‹ L'imagination: poëmeChapitre 10 sur 14 · LES CULTES · texte numérisé non relu

LES CULTES

Image de son Dieu, favori de son roi, L'hontme venait de naître , et , soumis à sa loi , Les animaux vivaient sans révolte et sans guerre ; Mais tous , d'un front servile ils regardaient la terre; Leur souverain , lui seul , marchant au milieu d'eux , Levait un front sublime et regardait les cieux. ^' lies cieux rentretenaient d'un Dieu^ l'auteur des mondes^ Mais de l'immensité les demeures profondes y A ses faibles regards le dérobaient encor.

L'Imagination, par un sublime essor, Emporta ses pensers vers le Souverain être , L'approcha de son trône , et lui montra son maître;

De la bontë divine il adora les traits ^ £t revint sur la terre imiter ses bienfaits.

Quel ami des tyrans , quel apôtre du crime Attenta le premier à cette foi sublime ?

D'un dogme consolant, destructeur odieux, Bteins donc le soleil , éclipse donc les cieux ; Au cri du monde entier impose donc silence. ^* jLe monde à haute voix proclame sa puissance ; Le remords éloquent nous en parle tout bas :

Où Dieu n'existe plus la morale n'est pas. Ainsi la noble fleur , au grand astre si chère ^ JLanguit j s'il disparaît, revit , dès qu'il l'éclairé. Mais l'homme, que des sens enchaîne le pouvoir , Eût oublié bientôt un Dieu qu'on ne peut voir r Sa bonté de trop loin rassurait l'innocence ; De trop loin les méchants redoutaient sa vengeance ; lEt , lancés de la terre à la voûte des cieux , Un intervalle immense eût fatigué nos vœux.

Alors , fille du ciel , la religion sainte , Conduisant sur ses pas l'espérance et la crainte , Vint combler cet abîme , et , nous servant d'appui , Par le culte dç Dieu nous rapprocha de lui.

L'autel devînt; son trône , et la douce prière Mit le çiçl çn commerce avec l'humble chaumière j

Le malheur éplor^ tendit ses bras vers Dieu ; L'homme connut un culte, en tout temps, en tout lieu ; L'encens a parfume le$ monts les plus antiques , Et l'écho du dësert rëpëta des cantiques.

Base auguste des lois , lien de l'univers , La religion sainte est l'objet de mes vers :

Mais, tel qu'un voyageur sur les mers orageuses Cherchant ou sa patrie , ou les îles heureuses , A travers cent périls et cent monstres affreux , Doit par de longs détours acheter ces beaux lieux , Tels , avant d^arriver à cette foi si pure , Noble fille du ciel , amour de la nature , Combien de cultes vains , bizar^^s ou pervers , A l'homme humilié vont s'offrir dans mes vers ! Il faut les peindre , il faut,' dans son délire extrême | De ce hideux tableau l'épouvanter lui-même.

Toutefois c'est trop peu d'offrir aux nations Ces absurdes ramas de superstitions , Sur ces rêves menteurs que l'erreur déifie , Je veux porter le jour de la philosophie , En chercher le berceau , vous montrer d'un coup-d'oeil Comment la peur , l'espoir , l'intérêt et l'orgueil , Les mœurs et les climats , et les feurbes célèbres ^ Ont de l'esprit humain épaissi les ténèbres;

202 L'iMAGINATIOrr.

Gomment , les yeux voile's , Flmiagination

Suivant ou conduisant la vague opinion ^

Des dieux tristes ou gais, sanglants ou débonnaires ^

Adopta tour à tour ou créa leâ chimères ;

Et j trompeuse ou trompëe , en cette nuit d'erreurs

Entraîna les esprits et séduisit les cœurs.

Vaste et riche tahleau ! scène immense et féconde

Des crimes , des vertus , et des temps , et du monde!

Le projet est hardi y je ne le cèle pas ;

Mais des sentiers battus je détourne mes pas ;

Loin du vieil Hélicon ma muse étend ses ailes;

Il est temps de puiser dans les sources nouvelles ;

Il est temps de mardier couronné de festons

Dont nuls chantres encor n'ont ombragé leurs fronts^

Aux cultes différents qui donna la naissance ? Fut-ce d'abord ta crainte ou la reconnaissance ? Repoussons loin de nous un doute injurieux :

Oui , la reconnaissance a fait les premiers dieux. Ainsi j des nations la noble idolâtrie Honora les mortels amiç de la patrie.

Je sais qu'il est des lieux où , fameux à grands frais ^ Le mérite , à prix d'or , fait payer ses bienfaits ; Mais de l'antiquité le respect économe ^ Aisément acquitté ^ faisait un dieu d'un homme;,

UOlympe se chargeait des dettes des mortek :

Un peu d^encens brûlé sur de grossiers autels , Récompensait les arts , les vertus , la victoire j Et mêlait sa fumée à celle de la gloire.

Ce prix j au vrai mérite accordé par Tamour, Les vices adorés l'obtinrent à leur tour.

honte ineifaçable ! ô bassesse de Rome!

Ce peuple, jadis roi. qu'asservit un seul homme, A peine délivré de l'auguste bourreau , Entre le tyran mort et le tyran nouveau , Ne respire un moment de ces destins funestes Que pour déifier ses détestables restes ; Pour honorer un monstre il outrage les dieux ; Et, du bûcher royal élancé jusqu'aux cieux, L'aigle servile emporte , au séjour du tonnerre, Cette ame , ainsi qu^au ciel, exécrable à la terre. ^^ Ainsi , d'un culte vil se souillant sans remords , La crainte des vivants fit honorer lés morts. L'homme se plait à craindre ; et la reconnaissance , Et l'amour idolâtre , et la douce espérance , Créèrent moins de dieux , dans leurs nobles erreurs , Qu'un cœur pusillanime et ses lâches terreurs. Au fond de leurs forêts , que de peuples sauvages Des Dieux les plus hideux préfèrent les images I

2o4 L^lHAGirTATION.

C'est en les redoutant qu'ils vont les honorer^ Et les yeux n'osent voir ce qu'on ose adorer. Des démons y, des esjg^rits les fables ridicules Epouvantent encor cent nations crédules.

Voyez le froid Lapon dans son affreux séjour , Jeté loin du soleil et des routes du jour, Ses rennes pour tout bien, leur lait pour nourriture^ Par sa pauvreté même à Tabri de l'injure , . . De son peu de besoin composant son trésor ; Un si triste bonheur Lui suffirait encor; Mais des malins esprits Taspect affreux l'assiège. En vain dans ses foyers , sur ses tapis de neige , De son tambour magique il redouble le bruit ^ La secrète terreur qui toujours le poursuit . Trouble cette ame simple , et sous sa hutte obscure Vient ajouter aux maux que lui fit la nature. ^^ Et le bon indien qui , caché, dans ses bois , Ne connaît que son chien, son arc et son carquois^ Tout entier au présent , sans soins , sans prévoyance y Quels maux pouvaient troubler sa brute insouciance? , Mais la peur des démon» l'attend à son réveil , Vient troubler ses travaux , son repas , son somi;neil ^ Pour tromper leur fureur et conjurer leur rage , D'offrandes , en tremblant , il sème leuf passage*. ,

CHANT VÎII. 2o5

peuple infortuné ! puissent un jour les lois De rhomme par degrés te remettre les droits ! quel sage ^ gardant un heureux équilibre ^ Sans se rendre tyran , saura le rendre libre , Et sans le déchaîner saura briser ses fers I Mais aux champs de Colomb qu^s sons frappent les airs ? Partout l'assassinat , le meurtre , Tincendie , Et partout la fureur jointe à la perfidie.

Que de champs dévastes! que tie sang et de pleurs I Cruels j voulez-vous donc mériter vos malheurs ? Votre instinct était pur , et des accès de rage Sont de votre raison l'horrible apprentissage. ^*

De là si je parcours tous ces peuples divers ^ Qu'entourent du Midi les orageuses meift, Au lieu des dieux riants , des mensonges aimables y Dont souvent la raison daigne approuver les fables y Partout je vois la crainte encenser les autels , Partout les noirs esprits tourmentent les mortels; L'homme aveugle les craint pour lui , pour sa famille y Pour les jours de son fils , pour l'honneur de sa fille j Et l'époux y successeur de quelqu'esprit malin y De ses amours fîirtifs reconnait le larcin.

A ces dieux effrayants y l'horreur de la nature ^ Qui ne préférerait ce dieu que d'Epicure

206 L'iMiGlNATlON.

Un disciple autrefois dans Tlnde a transporte ,

Et que chez les Romains Lucrède avait chanté ?

Ce dieu dort : trop heureux ! sans sceptre , sans tonnerre y

Les crimes des tyrans, les horreurs de la guerre ,

Il ne répond de rien ; il n'a point l'embarras-

De régir ce troupeau de méchants et d'ingrats ;

Il n'entend point les chants de l'horrible victoire

D'un massacre fameux lui rapporter la gloire :

Le sort règne pour lui : tels d'un roi fainéant

Nos ancêtres jadis adoraient le néant;

Ou tels j en sommeillant , des magistrats augustes.

Prononcent des arrêts que le hasard rend justes.

Un tel dieu fait injure à la Divinité ,

£t sa religion est une impiété,

Je le sais ; mais du moins de ces douces chimères ,

Si lame espère peu, l'ame aussi ne craint guères ,

Et rhomme seul du moins peut effrayer son cœur.

Mais l'intérêt surtout fut père de l'erreur;

Il calomnia tout jusqu'à l'astre du monde ;

Et tandis qu'enrichi par sa chaleur féconde

L'heureux Persan l'adore ; en leurs déserts affreux

Les noirs peuples du Nil insultent à ses feux : ^^ ^

Tant le vil intérêt, cœurs faibles que nous sommes ,

Fait les mœurs et les lois , et les dieux et les hommes !

N'est-ce pas rinterêt qur^ plus puissant encor ^ Chez un peuple indien a fait un dieu de l'or? Sur l'exemple, il est vrai , son hommage sç fonde , £t cette idolâtrie est le culte du monde.

Eh ! qui pourrait compter les préjuges divers Qui font de Fintërét le dieu de l'univers ?

Voyez-vous en tous lieux ses arts , son industrie y Déterminer le choix de son idolâtrie ?

Sur les bords où vos mers reçoivent sur leur seia D'heureux navigateurs un innombrable essaim , Maldives ! combien j'aime la noble fête .

Qu'aux vents maîtres des mers tous les ans on apprête ! ^ Le jour vient : de parfums à grands frais rassembles ^ D'innombrables canots à la fois sont combles y Des feux sont allumes ; les flammes dévorantes Bientôt ont parcouru les feuilles odorantes ; De mille cris joyeux les vallons sont frappés ; On s'élance , et soudain tous les cables coupés Abandonnent aux flot^ les barques vagabondes ; Le flottant incendie édbiire au loin Içs o^des ^ Et, parfumant les cieux ^ et la terre et les mers ^ Va porter cet encens aux puissances des airs. Culte heureux , que la Grèce eût envié peut-être I, Dirai-je les erreurs qu« ïcargiteil « fait naître?

lo8 ' L^lMACmSAtlON-

L'orgueil à consacre des temples aux mortels;

L'orgueil au singe même érigea des autels }

£t de la vanité le ridicule hommage

De l!homme dan& ses traits divinisa l'image^

L'orgueil dicta souvent nos prières^ nos vœux ;

L'orgueil préside à tout. Quel tribut à ses dieuii

Offre cet Indien , de qui la chevelure

Se relève en anneaux bouclés par la nature ?

C'est ce ruban frisé , qui va s'amincissant

Sous le rabot léger qui l'enlève en glissante

De tant de passions ^ la plus riche en prestige^ C'est l'amour du nouveau ^ c'est l'amour despyf*odigei^« L'homme a dans ses plaisirs besoin d'étonnement ) Ce qu'il voit tous les jours , il le voit froidement. Dès lors , dénaturant les eSe^s et les causes ^ Il peuple l'univers de ses métamorphoses.

Tantôt du cœur séduit la complaisante erreur^ Au gré de l'espérance , au gré de la terreur ^ Adore j je l'ai dit j ce qu'il craint^ ce qu'il aime^ Et tout est Dieu poiir l'homme, excepté Dieului-*méme; ^' Tantôt ce sont les arts , les éléments divers ^ Qui choisissent des dieux à l'aveugle univers : Tels on vit naître Isis , Triptolême, Mercure ; Tout est surnaturel dans toute la nature.

€HANT vin* 209

Tantôt Vesprii crëdule est la dupe des sens : Les vents sifflent, oe sont les mânes gëmissanu Qui , pour le visiter, quittent les noirs royaumes; n donne une ame aux corps , donne un corps aux fantâtnes ; Pour lui tout est câeste, infernal, merveilleux, ' Et le plus incroyable est ce qu'il croit le mieux. Du monde des humains inexplicable histoire !

Partout c'est le besoin d^adorer et de croire; Il semble qu'en secret, de son cœur fatigue.

Sans raison et sans choix l'homme l'ait prodigué. On se rappelle encor ce fameux Dëmocrite , Ce contraste étemel du pleureur Heraclite; *

que ce Grec moqueur, philosophe joyeux.

Pour mieux rire de l'homme , a dû rire des dieux ! Quels mensonges grossiers ! quels rêves ridicules Ne consacrèrent pas ses hommages crédules !

Du culte du soleil , des célestes flambeaux , Voyez l'homme descendre aux plus vils animaux! Là, devant un insecte il se courbe avec joie; Ici son dieu mugit , et plus loin il aboie.

Voyez-vous , décoré d'ornements somptueux , L'éléphant dieu , marcher d'un pas majestueux ! Fier monarque des bois; ah! du moins ta sagesse Put de l'homme crédule absaudre la faiblesse ;

fia L^JMAOIAilTlON.

L'homme te cru dou^ dfùn oéles«it laptt^

Et ton «mtinct snbUme eaccuse «a raistou

Mais le iigt& crise. ^ mai» le lioii satttuge^

Çui V^ût CFH), <|tt€ âa Thcmme il» <jbt»»te«t iTlmw wwy »

Eux q^ui dm saiBg hum^Q l^tit oouMr dos toiTQHts;

Qui Feut cru^ s'il n'eût j^ifiit adc^ des tyijasA?

Parcoijurrai^je aveo tous ee» bord^où. , I^Uts. g^sièce^ La raison jelie à pdme une fiable Ivvnièré?

C'est là que daB3 l'erreur bien plv» enaerfb, • Par se^ divinités l'homme est plus avili« Voyez le Samoïèdev^en «on climat sauvagd^ Si son dieu répond mM à son siupiidei hommi^^f Il radotp^ dit-il ; et j gardant aon encen» y Il attend que le dieu reprenne son bon siuis*

Sur ces riches phtteaux foula par les Tâ^lares^ Des Scythes inhumains successeur» plu» hashare»^ Pour l'homme idolâtré par leur stupidité^ Qui ne connaît Texoè^ de leur crédulité?

De lui tout est s^cré, de lui rien a'ett imaiocide; Rois, princes, potenlàts, dominateurs du monde ^ Attendez que du jouir l'astre: maje^tneux Sèche de ses rayon» purs et respectueux Le rebut adoi^ deà fesiiins qu'il consommie^ Qui trahit dans un dieu ks ^ils besoins de l'homme:

tjHÀKT Vni. îiît

Voilà vos ôrhements, vos colliers, vos tijouxj El rexcrëinent divin vous enoi^ueillit tous* ^'*

Le stupide habitant de Vindien rivage , A force de folie eist pexit-éltt plus sage.

Jouet de ses tyrans , mais tyran de ses dieux j Nul d'eux ne l'asservit, lui seul dispose d'eux* Au premier mouvement ddnt son ame est saisie ^ Voyez-le se créer des dieux de fantaisie i Ses malheurs, ses succès, sa haine, son amour, Foiit, de'font et refotit ces déités d'un jour; Il oi&e un culte au fisr, à Ik tuile, a la terre; Apostat d'une plante, il adore une pierre ; Un hasafid fait l'idole, un hasard là détruit ^ Il l'achète, il b vend, il l'àdbre, il la fuite De nos fous d'autrefois k ridicule eispèce Chang^it moins de màgôt^^ de mode et de mâîtrefôé i Tant l'ignorance ajoute âfla Crédulité!

Que die^je, de l'esprit triste fatalité!

Soit qu'il veuille ignorer , sbit qu'il veuille s'ihstruire D'un délire souvent, il sort par un délire; Et vers la vérité qui lui montre un faux jour, Souvent ses premiers pas l'égarent sans retour. Aussi , dans ces amais d'erreurs inépuisables , Combien n'enfanta point de rêves méprisahles

i^i l'imagination.

Cet instinct curieux^ ce besoin de savoir ^ Qu'aiguillonne la crainte et qu'enhardit Tespoir! Séduit par Fespërance, inspiré par la crainte, Voyez-le du présent franchir Pétroite enceinte; En vain l'inipénétrahle et profond avenir, Couvert d'un voile épais , vers lui semble venir; Il en veut à son gré pénétrer les nuages ; Son esprit inquiet en cherche les présages Dans le feu de l'éclair, dans les flancs du taureau, Et dans son vor rapide interroge l'oiseau.

Soit que nous prédisant les beaux jours et l'orage^ Son instinct prophétique ait surpris notre hommage î Soit que fuyant la terre et s'approchant des cieux , Il semble entretenir commerce avec les dieux, Hélas! en poursuivant sa course vagabonde.

Il est loin de penser qu'il fait le sort du monde : D'un seul cri, d'un coup d'ailé, il décide un combat; Rois, tremblez, il vous ôte ou vous donne un Etat; Il épouvante un sage, intimide un grand homme} Et les poulets sacrés guident l'aigle de Rome.

Peut-être que rendus par la voix des mortels, Les oracles feront moins de honte aux autels. Ek hien! dieux des vieux temps, devins, fourbes sans nombre, Couvrczrvous de mystère, enfoncez-vous dans l'ombre,

CHANT vni. 2l3

En terme» ami^igus prononcez votre loi ^ Et vendez aux humains l'espérance et l'effroi. Déjà l'ambition acquittant ses promesses , Sur l'autel mercenaire entasse ses largesses ; ^" L'ambition, pareille au monstre audacieux Qu'on peint foulant la terre y et le front dans les cieux , Qui , des menteurs sacrés protectrice puissante , Achète des autels la &veur complaisante j Aux trônes des trépieds prostitua la voix j Et fit souvent des dieux les ministres des roix. A ses pieds est la Fourbe , et vaine et mensongère , D'une main conduisant l'Opinion légère, De l'autre soutenant des voiles, des bandeaux, Baguettes, talismans, amulettes, anneaux.

Tout ce que , de TOrgueil trop adroite complice , L'imagination lui prête d'artifice.

Ne croyez pas pourtant que des rois et des dieux Le contrat fiit toujours un contrat odieux.

Non , de ces deux pouvoirs l'union légitime N'a pas été toujours le pacte affreux du crime. ^•

Osons sans intérêt , sans préjuges , sans fiel , Peser ce grand accord de la terre et du ciel.

Lorsque loin des forêts qu'habitaient ses ancêtres y. Le peuple eut des cités , des princes et des prêtres^

^i4 l'imaoination.

Pour polioer ce peaple , hète grossier des bmk j Le prêtre fit un culte ^ et le prince des lois. Mais de l'homme encor brut l'ahière ii!idépeiidaAce y Des pouvoirs séparés £itiguait la prudence ; Alors un gnmd traité fut proposé par eux; Alors rhomme des lois dit à l'homme des dîeu3( : « Unissons les pouvoirs que notre rmig non^ donne ]( » Je défends ta thiarcy, affermis ma couronne; » Pour leur propre intérêt lions nos ennemis ^ » iLihres, mais gouvernés; fortunés , mais wumis; )> Et , consacrant un nœud que l'intérêt resserre ^ )) Joins les foudres du ciel aux foudres de la terre. « Le traité fut conclu : sous des rois généreux , Sous des pontifs saints ce traité fut heureui^; Et le peuple j oubliitnt sa rudesse sauvage ^ Connut l'obéissance , et non pas l'esdavage\ Trop heureux 4e^ Etats où ce sublime accord Au bonheur du plus faible enchaîna le plus fort.

Ainsi ^ 4e nos erreurs examinant la coujrse, Dans nos secrets penchants j'en découvris 4a source j J'en suivis les effets ; mais je n ai pas encor De la tradition déployé le trésor ; Vieille divinité qui ^ trompeuse et légère ^ Pvopagea des f^ux. dieux la race mensongère > .

Et , àe^ hovâ»'d^ Memfbi» é\&aiue «n u>m i^^W^) Sous miU« cinit» diT^n» veproduiMt ks 4i«ai(. Voyoïis coapun9.> e9 wivi^iit «a marché ei aea T^tigeS| L'imaginajûim y joîgmx M» pr^i»tigea«

Dans r£gypt«i d'abord itt seul 4iw f<tt eoimu ; Et quand sur aa gnindeur k difd aa seiak rà| Le Nil, dont tou» lea aiia h ratour la rassure , Proclamait aaaez ba«t le dieu de la nature* Mais les ^gr^nds^ dans le fonddW sanctuaire obscuff GonseryaieQt du vfrai Dieu le culte toujours pur^ Et de-Taines errei^» ils amusaient la foule. ^^'^

Ainsi, quand du pressoir le jus briUant s'écoule , On garde le nectar le plus délicieux Pour la coupe des rois et les banquets 4^3 diewK^ Et la lie au hasard enivre le vulgaire^

Des cultes différents dont T Egypte est la mère^ Uun , aux lois dun seul Dieu fidèlement soumis ^ Par le divin Moïse aux Hébreux fut transmis; Les Hëb;reux j dont la race en prodiges féconde Remonte dans les temps jusqu'au berceau du monde. Jamais législateur j par des traits si puissants j Ke frappa la pensée, et n'ébranla les sens.

A l'Hébreu pour monarque il donne un dieu suprême ; Ce dieu le récompense et le punit lui-mume j,

2l6 l'imà&ination.

Dans les flots suspendus il lui fraie un chemin ;

Ce dieu , dans le dësert , le conduit par la main.

Nourri par un prodige , instruit par des oracles ,

Il ne marche jamais qu'entouré de miracles :

Reçoivent-ils la loi du roi de l'univers?

C'est au bruit de la foudre , aux lueurs des ëclait^.

Aussi cette loi sainte , avec terreur suivie ^

Saisit tous leurs pensers , soumet; toute leur vie,

Les accompagne aux champs, aux combats, aux festins,

Elle règle leurs mets , elle ordonne leurs bains ,

Les suit dans leurs foyers , leur parlé dans le temple,

Sut des tables d'airain leur respect la contemple..

Dans quelle nation , chez quel peuple , en quel lieu ,

Un culte plus auguste a-t-îl honoré Dieu ?

Les candélabres d'or, les pierres précieuses ,

Des lévites en chœur les voix mélodieuses ,

Les parfums, les métaux, les arts les plus vantés,

Tout rehaussait l'éclat de leurs solennités.

Mont sacré de Sion , redis-moi quels cantiques ,

Quels hymnes résonnaient sous tes palmiers antiques!

L'esprit divin lui-même y répandait Son feu ;

Partoutla voix , la main et le regard de Dieu : Ainsi , marqués dès lors d'un sceau que rien n'allère , lis en ont conservé le profond caractère.

CHANT VIII. ZlJ

k travers tam d'ëtata , d'4ges y de lieu^ divers , Avec leurs vieilles lois parcourant l'univers ^ Seuls ils sont demeures sur sa base profonde y Gomme ces vieux rochers , contemporains du monde. Tandis qu'un peuple saint portait dans le saint lieu La loi de l'Etemel et l'autel du vrai Dieu ^ Des dieux menteurs du Nil , de leurs brillants génies ^ La Grèce dans son sein reçut les^ colonies.

Mais comme un étranger , admis dans nos remparts , Façonne par nos mœurs et forme par nos arts , Perd insensiblement ses coutumes grossières , Ennoblit son maintien et polit ses manières y Tels ces dieux adoptifs , dans la Grèce accueillis , De leurs attraits nouveaux furent enorgueillis ; Le ciseau leur donna de plus aimables formes^ A l'Egypte laissa ses colosses énormes :

Sans être monstrueux ils parurent plus grands ^ Et l'art en fit des dieux , ot non pas des géants. Par quelle adresse encor ses utiles chimères De l'homme ont rapproché ces dieux imaginaires! Sur la terre autrefois , laboureurs ou bei^ers , Us soignaient les moissons , les troupeaux ^ les vergers. L'homme est prompt à chérir l'être qui lui ressemble : Sur la terre embellie ils habitaiefit ensemble ^

Compagnons de plaiairs , de peia^ , dt travaux j ; Ils eurent.^ oopame nou^ y et leurs biens ^t leurs maui:) Et , sans aucun eÇbirt, la faiblesse xponeU^ S'élevait à des dieuj; qui descendaiem vecs elle. Rien de dur ^ rien de triste autour de lews auteli; Des danses et des chaAts fêtaient w^ immortels. Moi-même , touu-^Mxtup y plein d'un heureux; dâir^> Je vois encor ces dieuK., j'entends enapr la lyre; J'attelle avec des fleurs les pigeons de C;pri9^ Sur son arc radieux je &is glisser Iris ; Profanes, loin d'id : pr^s de cette onde p4re Les nymphes de Vénus detacjient sa c^nMare.

Ainsi la Ëdble antique y en vers mélodieux y Avec profusion jeta partout des dieux :

Tout connut son génie et son dieu tutélaire ^ Et le moindre coteau fut l'olympe d'Homère.

Et ne demandez pas oemment de ces erreuit Le charme si long-temps put séduire les cœurs ^ L'Imagination s'en étaU amusée y Et la Raison craignit d'être désahusée :

Ainsi l'amant crédule y au moment du réveil y Nourrit le rêve heureux qui charma son sommeTL

A ces dieux si riants y empruntés de la ixrèeei Home y plus sérieuse y imprima sa sagesse.

QHàKT VII!. 219

L'Olympe de Numa fut plnjd ma}e$tiiiettx ^ Mercure moins fripon , Mars XBom$ voluptueux; Jupiter l>rûla moins d'une flamaie adultère^ Vénus même reçut un culte plqs sévère* Admires par quel art le peuple s^mverain Même par ses erreurs soumit le genre humaiii* Lorsque de mille ëtats la fqlle idolâtrie Dégradait la raison sans servir k patrie, Le sénat, s'emparant des superstitions^ Employa sagement leurs folles visions ; ^'^ Cest par^'U quHl régnait, par-^là que sa sagesse D'un peuple turbulent sut maîtriser T ivresse : Le bonnet du pontife asservit à ses lois Le casque des guerriers , la couronne des rots j De vains rêves servaient une raison^ profonde , Et le sceptre augurai fut le sc^tre du monde. honte glorieuse! utile déshonneur!

Le Romain fuit : au nom de Jupiter Stateur , Il s arrête ; un beau temple en garde la mémoire^ Et ce temple à jamais commande la victoire :

Ainsi leurs dieux servaient la grandeur de l'Etat*

Avec plus de noblesse encore et plus d'éclat, De la religion la pompe solennelle Consacrait la victoire et marchait devant elle,

Et du pied des autels semblait dire aux humains : (( Rome commande au monde , et le ciel aux Romains, i Le juste del sans doute abhorrait ces conquêtes; Mais si quelque vertu peut expier ces fêtes , C^est que Rome honora , dans ses jours' de splendeur^ Ces simples dëités qui firent sa grandeur :

Le dieu du Capitole habita des chaumières.

Loin de ces chars sanglants ^ de ces pompes guerrières , Où le sang des taureaux , satisfaisant aux dieux, Du sang humain verse rendaient grâces aux cieux. Que j'aime à revoler vers ces fêles champêtres Où Rome cëlëbrait les dieux de ses ancêtres ! La dëesse des bleds , et le dieu des raisins y Les nymphes des forêts , les faunes j les sylvains y Toi surtout 5 toi , Pales , de'ité pastorale î Â peine blanchissait la rive orientale j Le berger, secouant un humide rameau , D'une onde salutaire arrosait son troupeau* « Paies! disait-il, reçois mes sacrifices, !► Protège mes brebis , protège mes génisses , ^'* » Contre la faim cruelle et le loup inhumain ;• » Que je trouve le soir le nombre du matin ^ » Qu'autour de mon bercail, vigilant sentinelle, p Sans cesse en haletant rôde mon chren fidelle ;

» Que mon troupeau coimaisse et «ma flûte et ma voix; » Que le lait le plus pur écume entre mes doigts ; I» Rends mon bélier ardent^ et mes chèvres fécondes^ » Puissent de frais gazons^ puissent de claires ondes ^ )) Dan^'un.riant pacage arrétier mes brebis I » Ofte-leur fine toison com^pose mes habits ; » Et quand le f us^u tourne entre leurs mains légères^ » Ne blesse pas les doigts de nos jeunes bergères. »

Il dit j et t(mt«à*^^up un &isoeau.pétiUant S'allume, et dans les airs s'élève un feu brillant Que trois fois j dans sa vive et folâtre all^esse j D*un pied léger franchit une ardente jeunesse. Jeux charmants , vous régnez, encor dans nos hameaux 1 Ëh ! qui n'est point ému de ces riants tableaux ? La superstition sied bien au paysage ; Triste dans les cités , elle égaie au village ;. Et le sage lui-même aime à voir , en ces vœux j La terre à ses travaux int^essant les icieux.

Dirai-je quelle heureuse et sage politique Joignit  tous les dieux de l'empire italique Un pouvoir plus obscur et plus puissant encor ? Le dieu Terme est son nom : aux jours de l'âge d'or Il n'avait point d'autel ^'^^ ; alors aucun partage Ne proËinaii des ijiamps la commun hérita)g[e ;

222t l^IMi^tSATtOlt.

Mais qmssi dilMpie itootitl eut son cfaAmp aëptrtf , Dieu juste I pour oliacoa toQ som^viat.Mcné.

Tu boruM 1«» <i\is y les haitMiia; et l'ftttifiwe ; RieAat peut t'ëlnAiikr^ rien ne {>em leeëduire^ Cher à deux poseeAeors^ fidèle à deux f ràiû» 7- Du soc usurpateur tu df^eade leiic» eoiifiiu } Axam des deux cètës^ suit k médue coiemie ^ Chacmi; irieni déposer son gàtearu ^ sa oouroA&e ^ Et nul impetnrfiiiem nfoee eifremdfe tes droits : Deux Gsaopiies ont péri victimes de tes lolsw Quand Jupirter parvit au nou^ieau Capitek j Tous le» dieur ûrent pkee à i'impesaMe lidok ; Toiaeal gardae k tieme ^ et toi «eut eft «mWI Noble iixiage des droits de k propritflé r Droits puissants ^ droit» sae^s, et smr qui M&h M fonclë Et le bien des^ dtata ^ei le repoi^ du aïoiide. Ainsi paxkh , priaiit , ce peuple de ^nmtpiÊ^iX : Ses moeurs faisaîeut êêê dkinti sè8idieoiC((JÉdrieAtSés4ûattur9< Mais passons , il est tempsy de ces igttes publiques , « Des temple» de ÏEtat aux tetnpka doiwesti<(^eS' Où régnaient faumideiitent les dieux hospitaliers. Je ne sak quoi me phit dans kttfe humbks fe-yersi L'homme pouwit ks voir ^ les prier à leoEte heure ; Ils avaient mène table, araîem méioM demeute j

CKASi VI IL ^%^

Ils soigoûent de pin» prêt s» Ycnu^ êoft bonbear ^ De la vierge! nodeste tb pcM^ttient l'komieur ; Présidents de» £esûi» ^ confidenu des alfrrme^^ Ils partageaient «t joie et reeueiUaient ses larmes^ Sous le toit parfume de leur humble rëduîi ^ LlmaginaUDiLiiioâ-^niitiM me-cendRiic; Taime à voir tous ksaais k pève de famille ^ Rassemblait so» ëpouse , «a ioa fik et sa fille ^ Présenter ppui: tributs ^ à cea £eixx iioiocei», Quelques gouttes de bat et cpiekfuës graine d^ei»;ens; Heureux d'e& obtenir^ par on si sim|kl6 faonlmagiey L'aisanee et k repos ^ les preaoievs bî^na d« sage I Mais nudbeiir à oca dieu^ si l'kosittHige étk h vain Leurs sujets rtfvoksftlespunisBaianitiiinidain^ £t de leu» vœUx ùtatmé» leuf infligeaient k peine*

Le sage àbsecvatcur'^dB k nature humaine Se pkît à .icnoonrtaer j 'dana des cHinuita dm» , £t les mêmes vertus et ka mémisa travées.

La Chine ^^ ainst que Borne, a ses âiem du mâmge ; Ainsi qu!à Rome, cdrjeta et d'iasuke et dfhonmiage ^ l^écompensësy tttrfa dana un jour de kûnheay ^ l^ans un jour désastreux dékisaëa sana bonnetur; Avec eus:, on ae brouille, oa se réconcilier t^e là si je poroattcs la aoufeil^ itaUe|

Je ris, d'y retraUyer l'erreur des vieux fi6maiiu« Et qui ne conuait pas le plus fétë des saints y Ce bon Antonio ^ qu'importune sans cesse D'un dëyot ignorant la crédule faiblesse ?

Il le croit le garant de sa félicite^ Du jeu , de la faveur ^ du cœur de sa lieautë ^ Des caprices du sort ^ de son pro|n*e caprice ; Il lui demande grâce ^ ou bi^fi en &it justice^ Et vingt fois sacrilège et dévot en un )our , L'aime , le hait ^ le baise et le bat tour à tour* Ainsi tout se-ressemble^ ainsi Terreur voyage ^ Passe d'un monde à l'autre , et vole d'âge en âge.

Enfin quand nous, cherchons par quels ressorts divers Les préjugés sacrés ont rempli l'univers y Pouvons-nous oublier s^r le simple vulgaire Ce que peut le génie et le grand caractère?

Tels de la renommée ont atteint le sonoumet^ Zoroastre, Numa, toi surtout^ Mahomet^ Dont l'Orient entier garde encor la mémoire; Tel finit par tromper qui commençapar croire : D'abord enthousiaste^ et bientôt imposteur^ Un rêve pr/épara sa future graudeuir :

O pouvoir d'un grand homme et d'une âme profonds! Il rêve, et son délire a fait le $oi:t dum<Hide.

CHANt Vin. a25

Uû songe j une colombe , un glaive et l'alcoran^

Dans l'histoire ont placé son terrible roman ,

Dont les sanglants feuillets , traces par la victoire y

A la saine raison font horreur de sa gloire ;

L'ignorance &rouche et la fatalité ,

Et Tidole des sens, Fardefnte voluptë,

Gomme trois fiers coursiers sous un maître intrépide ^

Ont dans des flots de sang roule son char rapide;

Et sous ces étendards vainqueurs de l'univers y

Une moitié du monde adore encor ses fers.

Après le fier torrent cpii , gonflé par l'orage ,

Tombe , roule et bondit j gros d'écume et de rage y

L'f il aime à rencontrer ce fleuve sans courroux y

Qui suit dans les vallons son cours paisible et doux :

Tel ce Confucius , l'ami de la nature^

Versait d'une ame tendre une morale pure ;

Tous deux hommes d'état, tous deux législateurs ^

Et de l'esprit public éloquents fondateurs ,

Semblèrent emprunter , pour éclairer la terre y

L'un les doux feux du jour y l'autre ceux du tonnerr».

Ne peut^n pas encor dans les religions

Reconnaître Fesprit , les mœurs des nations ?

Sur l'amour du repos appuyant son empire ^

Un <îulte simple et doux au Midi peut suffire;

a2,6 l'imagination.

Mais dans les champs du Nord , où le terrible Mars A son arc^ son carquois, son tonnerre et ses chars ^ Odin, le grand Odin, aux âmes valeureuses Va montrer des houris les demeures heureuses. Ce n'est plus ce ciel calme où, dans un doux loisir, Régnaient l'aimable paix et l'innocent plaisir; Les exploits éclatants , et le doux bruit des armes , D'un paradis guerrier leur présentent les charmes; Amoureux des dangers , mais exempts du trépas , Quittent-ils tout sanglants la scène des combats ? Des plus fraîches beautés une foule choisie Vient étancher leur sang, leur verser l'ambroisie; Puis chacun prend sa lance , et passe tour à tour Des plaisirs aux combats , des combats à l'amour. Je crois voir des Français la grâce et la vaillaince.

Les climats même, enfin, ont aussi lev^ puissance. L'haiiitant des rochers ou des marais fangeux, Sur les monts , dans les eaux , pense trouver se$ dieux; Mais sous un ciel plus pur les fils des Zoroastres Adorent à genoux le i^oi brillant des astres. Que dis-je ? ô dieu du jour! est-il quelques mortels Qui ne t'aient consacré des teiûples , des autels ? ^"* Le Perse t'encensa, le Mexicain t'adore; Ton triomphe commence pu commence l'aurore ^

CHANT Vîlî. ^2'J

Et s'ëtend aux lieux même où ton char n^atteint pas ; Le Sarmate t'invoque au milieu des frimas; £t , t'adressant de loin son cantique sauvage ^ Le Lapon tout transi t^ offre encor son hommage. Ainsi , des noirs frimas au ciel le plus ardent^ Et du berceau du jour aui portes d'occident y Loue par le regret ou la reconnaissance , Tout hënit tes bienfaits ou pleure ton absence. Ah ! si rhomme est coupable en adorant tes feux^ Tes éternels bienfaits demandent grâce aux cieux» Eh! qui méritait mieux d'usurper notre hommage Que cet astre 9 des dieux la plus brillante image ^ Qui dispense les ans , la vie et les couleurs , Enfante les moissons, mûrit For, peint les fleurs, Jusqu'aux antres profonds Ëiit sentir sa puissance , Revêt les vastes cieux de sa magnificence, De saison en saison conduit le char du jour, Nous attriste en partant, nous charme à son retour, Eclaire, échauffe, anime, embellit et féconde, Et semble , en se montrant, reproduire le monde ? Ame de l'univers, source immense de feu.

Ah ! sois toujours son roi , si tu n'es plus son dieul Plaisirs , talents, vertus , tout s^allume à ta flamme : Le jeune homme te doit les doux transports de l'ame ,

Et le vieillard dans toi voit son dernier ami.

Eh bien! astre puissant, contre Page ennemi

Protège donc mes vers et défends ton poète!

Verse encor, verse-moi cette flamme secrète,

Le plus pur de tes feux, le plus beau de t^ dons.

Encore une étincelle , encor quelques rayons,

Et que mes derniers vers, pleins dt s feux du jeune âge.

De ton couchant pompeux soient la brillante image.

Mais quoi! pour le soleil j'oubliais son auteur! Fuyez, dieux impuissants , devant le créateur ; Dieu, le vrai Dieu s'avance ; il veut que je publie De sa religion la sublime folie. ^'^ Ce n'est plus cette erreur, dont les séductions A des divinités prêtaient nos passions : /

Loin d'abaisser l'Olympe aux voluptés humaines, Elle nous montre un Dieu se chargeant de nos peines ; Nous montre des mortels s' élevant jusqu'à Dieu^ Des folles passions elle amortit le feu ; Elle commande aux sens , subjugue la nature , Né puise nos vertus qu'en une source pure.

Ces doux liens de père , et de fils , et d'époux , Au trône de Dieu même elle les suspend tous ; Bien loin des vœux mortels place nos espérances, Craint les prospérités , jouit dans les soufirances,

Joint l'homme à l'Etemel , joint leâ hommes entre eux j Cultive sur la terre et cueille dans les cieux. Comme ces cultes vains que Terreur a fait naître ^ L'Imagination ne lui donna |>oint l'être ; Ainsi que le soleil ^ les astres et les mers y Elle sortit des mains dont sortit l'univers.

Mais y telle qu'une reine en sa grandeur suprême Permet à d'humhles fleurs d'orner son diadème ^ L'Imagination eut l'honneur immortel D'emhellir sa couronne et d'orner son autel* Quand les prophètes saints , dans leur sacré délire y De sa grandeur future entretenaient leur lyre^ Tantôt comme un miel pur vantaient ses douces lois^ Tantôt de son tonnerre épouvantaient leà rois ; Elle-même dictait leurs odes immortelles.

C est elle qui y montrant les palmes éternelles y Sous les yeux des tyrans , sous le fer des bourreaux y Transformait des enfants y des femmes en héros ; Et lorsque sous la terre , au fond des catacombes^ Vivants j ils habitaient le silence des tombes , Dans ces noirs souterrains conduite par la foi ^ L'Imagination charmait leur sombre effroi.

C'est elle qui , changeant tous leurs maux en délices ^ Assaisonnait le jeûne j émoussait les cilices y

23o l'imagination.

Mêlait les chœurs divins à leurs hymnes pieux y

£t du fotid des tombeaux anticipait les cieux.

Avec non moins de zèle,^ aux jours de sa victoire ,

De la religion elle servit la gloire.

Avant ces jours heureux ^ autour de ses autels ,

Aucune pompe encor n'attirait les mortels ;

Seule 5 sous l'œil de Dieu , dans sa douleur obscure ,

Ses maux étaient sa gloire et ses fers sa parure ;

Mais lorsque des tyrans elle eut vaincu Torgueil ,

Alors elle jeta ses vêtements de deuil ,

Prit et ses chants de joie et ses habits de fêtes.

L'imagination , secondant ses conquêtes ^

Vint parer son triomphe et hâter sa grandeur^

De ses solennités augmenta la splendeur ;

Des vierges , des martyrs, retraça les exemples j

L'orgue majestueux retentit dans les temples ,

Et les sens ^ entraînés par ces charmes puissants y

S'armèrent pour un culte armé contre les sens.

Nature j apprête-toi! Dieu s'avance; prépare

Ton ciel le plus brillant , ton encens le plus rare ;

Tout s'assemble , tout sort , avec ordre rangé ^

En chœurs harmonieux le peuple partagé ^

Les prélats rayonnant de l'or brillant des mitfes,

Les grands devant leur maître humiliant leuis titres j

CHANT Vin. a3i

De vierges et d'enfants un innocent essaim ^ En ceinture flottante , en longs habits de lin ; Le cortège pieux , qui lentement s'avance j Tantôt chantant, tantôt dans un profond silence ; Uéclat des vêtements , la pompe des autels , Faisant hommage à Dieu du luxe des mortels ; Les drapeaux des guerriers j leur escorte brillante y Leur foudre proclamant , d'une voix triomphante, L'arbitre de la guerre et le Dieu de la paix; Autour du saint des saints qui marche sous le dais , Les encensoirs montant , remontant en mesure ; Ces nuages de fleurs, encens de la nature ; Tantôt un peuple entier tout-à-coup prosterné; Tandis que sur leur front , humblement incli^ié , Un prêtre ouvre le ciel, et, les mains étendues , Leur verse ses faveurs à grands flots répandues : Tout enivre le cœur , les oreilles y les yeux ; La terre est un moment la rivale des cieux :

Partout ce grand triomphe en offre à Dieu l'image. Et quel lieu dans ce jour ne lui rend pas hommage ! Sous la zone brûlante , au séjour des hivers , Au milieu des cités , dans le fond des déserts^ Sur ces rocs qu'entoura la ceinture des ondes , Deux mondes à Fenvi fêlent l'auteur des mondes.

aSa l'imagination.

Ces lieux mêmes , ces. lieux où le culte naissant N'a point de nos cités l'éclat éblouissant, Les tabernacles d'or ^ les pompeuses arcades , ' Le faste des habits , l'orgueil des colonnades y Pour célébrer ce Dieu né parmi des pasteurs , N'ont- ils pas leurs festons , leurs guirlandes^de fleurs j Leur trône de gazon , leur tapis de verdure ? Souvent j dans ce grand jour , le Dieu de la nature S'arrête satisfait d'un reposoir grossier , Sous l'ombrage d'un cèdre ^ à l'abri d'un palmier ; 'Et plus sa fête est pauvre , et plus elle est touchante* Mais si j dans tout l'éclat de sa pompe imposante , Avec plus d'appareil que ces fameux Romains y Je veux voir triompher le maître des humains , JUrai dans cette ville en prodiges féconde j Veuve du peuple roi y mais reine encor du monde : C'est là y c'est dans ses murs y le siège de la foi ; Que sous les yeux d'un chef, père , pontife et roi y Au milieu des palais y des temples , des portiques, Et du faste moderne , et des pompes antiques^ Dieu se montre aux mortels dans toute sa grandeur. En vain l'œil de l'impie en veut fuir la splendeur, Dieu l'accable en secret de toute sa présence. Malheureux , il est seul dans cette foule immense y

Et SCS remords du moins confessent l'Etemel :

C'en est fait ; dans un ordre , et d'un pas solennel,

Dieu revient vers ]e temple et dans le sanctuaire;

Sa majesté terrible a repris son mystère :

Là , se courbe en tremblant l'ange respectueux ;

fLa j la religion vient lui porter ses vœux ;

La vertu son espoir , le remords ses alarmes ,

Le bonheur son hommage , et le malheur ses larmes.

Mais si le fanatisme entoure les autels ,

Dieu ! quels torrents de maux menacent les mortels ! .

Oh ! si Dieu me prétait cette voix solennelle -

Qui proclama sa voix chez un peuple fidelle ,

Je ne parlerais pas dans le fond des déserts ;

J'irai^ , je publîrais devant tout l'univers

Cette loi non moins pure ^t non moins salutaire ,

Aux mortels séparés par un double hémisphère;

« Par les monts, par les mers, et surtout par vos dieux,

» Aimez-vous j leur dirais-je, et vous plairez auxcieux.»

Mais, égarée, hélas! par leurs fureurs bizarres,

L'Imagination les a rendus barbares y

Tout est fourbe ou cruel dans ce vaste univers.

Je crois voir un grand temple où cent cultes divers

De la crédulité se disputent Thommage :

Tous ont leur sanctuaire j et , dans sa folle rage,

L'air trouble , l'œil hagard y chacun vante sa foi :

)) Venez , croyez , priez , adorez comme moi ;

)) Brama , le seul Brama mérite qu'on l'honore ;

» Lania y le seul Lama mërite qu'on l'adore ;

)) Ce crocodile est dieu , gardez de l'insulter ;

» A ce dragon divin^gardez-vous d'attenter;

» Moi 5 je vois Dieu dans l'air ; moi, je le vois dans l'onde;

)) Profanes , à genoux devant l'astre du monde ! »

£t dans le même temple , aux pieds des mêmes dieux, Que de cris obstines ! que de chocs furieux ! Un mot 5 une syllabe enfante des volumes.

Que dis-je? Les poignards ont remplacé les pltmies^ Et la terre se change en théâtre d'horreur.

Ces lieux mêmes , ces lieux où je peins leur fureur , Tout n'y parle-t-il pas de nos guerres sacrées ? ^^ A l'aspect de ces tours par les feux dévorées , Assis sur ce tombeau , je rêve tristement :

Celui que dans son sein cache ce monument ^ A dormi deux cents ans dans la nuit sépulcrale ; Voilà sa mitre encore et sa croix pastorale.

Vingt autres après lui , dans l'ombre descendus y Régnèrent dans ces murs sur de pieux reclus.

La mort moissonne tout, et des races sans nombre Tombent y tombent sans cesse en cet abîme sombre»

CHANT vin. 235

HëlaftI et sur ces bords les mortels malheureux ^ Suspeadus un instant, se déchirent entre eux !

Des Grecs plus modérés les dieux imaginaires Rarement ont connu ces fureurs meurtrières; Leur temple était paisible , et ces dieux fraternels Loin de les diviser unissaient les mortels.

Eh ! qui ne connaît pas ces pompes annuelles Qu^oSraient au dieu du jour cent nations fidelles? A peine commençaient les danses de Dëlos , Tous les Grecs accourus s'élançaient sur les flots; Le zéphir se jouait dans leurs voiles pouprees , Les vagues blanchissaient sous les rames dorées ; Couronnés de festons , peints de milles couleurs, Les vaisseaux sur les mers formaient un pont de fleurs^ ÂppoUon accueillait le saint pèlerinage ; La Grèce toute entière inondait le rivage ; Tous aux mêmes autels priaient le même dieu, Ne connaissaient qu'un culte et ne formaient qu un vœu ; 'Et tous , conciliés par les mêmes mystères , Attroupés en rivaux , se séparaient en frères.

Toutefois dans les camps, au milieu des combats, Que le ciel ait souffert ces longs assassinats , Mon esprit le conçoit ; mais dans le sanctuaire , Quels dieux ont pu souffrir un culte sanguinaire?

O Dieu £on! j'avais cru que tes puissantes mains Avaient mis la pitié dans le cœur des humains ; Mais quelque nation que mon œil envisage ^ Je rencontre partout ces pompes du carnage.

Les Grecs même ont connu ces cultes odieux»

O Français ! rougissez pour vos tristes aïeux ! Souvent encore aux lieux de ces horribles scènes y Le voyageur errant dans les vieilles Ardennes ^ Rencontre avec effroi ces barbares autels. ^'* Et toi y qui fus tëmoin. de ces cultes crliels ^ Cësar 5 était-ce à toi de traîner ta victoire Daps les sentiers battus d'une commune gloire T Va , cours , du fanatisme heureux persécuteur ^ ' Détruis l'autel j le dieu, le sacrificajteur ; Et vengeant et le ciel , et la nature et l'homme , Fais chérir une fois les triomphes de Rome.

Et vous j fiers Mexicains , souillés de plus d'horreur^ Tremblez; voici venir l'Espagnol en fureur.

Ah ! qui pourrait compter les meurtres effroyables Qu'exigeaient sur ces bords des dieux impitoyables^^* Là j des lions d'airain , de feux étincelants , Recevaient des mortels dans leurs gosiers brûlants; Là y le sang qui ruisselle en éternel hommage ^ Fait au ciel qu'il invoque un éternel outrage ^

"CHAKT VIII. aSj

It nul n'a droit d^entrer dans ce temple inhumain ,

^ue d'un meurtre rëcent il n'ait souille sa main.

Nature ^ tu n'as donc plus d'abri sur la terre ?

Le fanatisme affreux te fait partout la guerre.

^h! sans doute , abhorrant ce culte criminel <)

Tu te réfugias dans le cœur maternel :

Non, de ces dieux cruels la fureur l'en exile^

Et la nature a fui de son dénier asile.

Des mères, aux autels de ces dieux redouta ^

Leurs enfants dans les bras.... Cruelles, arrêtez!

Ayez-vous oublie, saintement inhumaines ^

Vos amours, vos serments , vos plaisirs et vos peines?

Quel démon inhumain proscrit ces jeunes fleurs?

Ah! voyez leur sourire et regardez leurs pleurs^

Et cessez d'immoler , à d'horribles chimères ,

Les nœuds sacrés d'hymen et le doux nom de mères!

Hélas ! où sont les temps où d'un rayon de miel ,

D'un peu de lait, de fruits , #n appaisait le ciel? ^''

Mais du moins au milieu de ces cultes barbares ,

Chez le Scythe inhumain , chez les cruels Tartares ,

Qaelsquesoientleur esprit, leurs costumes, leurs dieux^

Une idée adoucit ces tableaux odieux :

C'isst qu'au pied des autels, auprès de la vengeance,

Partout le repentir rencontre l'indulgence y

a38 l'imagination.

Partout la consolante et sublime raison Accueille le remords et là religion , Près d'un dieu qui punit y montre un dieu qui {pardonne. Sans lui , le crime aveugle au crime s'abandonne ^ £t l'affreux désespoir, ëgarë sans retour, Produit par les forfaits , les produit à son tour. Mais détournons nos yeux de ces tableaux funestes ; Muse , qui fus admise aux délices célestes , Dis comment du pardon le consolant espoir Rendit un cœur coupable au bonheur,, au devoir; Parle ; et que l'homme impie , oubliaîit le blasphème, A ce récit touchant soit attendri lui-même. ' Dans l'Espagne naquit une jeune beauté , De qui le cœur ardent, mais longtemps indompté, Du plus brûlant amour sentit enfin la flamme ; Alyar , malgré son père , avait séduit son aine. Son père , dans l'excès de son ressentiment, Sous les yeux de sa fiU^immola son amant , ' £t du même poignard dont s'amia sa colère , Sa fille à son amant sacrifia son père.

Ainsi , par deux forfaits un instant a dissous Et les nœuds les plus saints , et les nœuds les j)lus doux. L'amour fut de tout temps barbare en sa vengeance. Mais, de ce jeune cœur qui peindra la souffrance?

Nul ne fut confident de son affreux secret; Un hameau renferma sa honte et son regret.

Une femme, en ces lieux, son unique ressource, Témoin de ses malheurs , en ignorait la source : Jamais un être humain n'offirit dans l'univers Des contrastes si grands et des traits si divers. Quelquefois se plongeant dans un profond silence, Son ame du remords domtait la violence ; Mais ce pënible effort , pour contraindre son cœur, Faisait de son visage un spectacle d'horreur. Tout-à-coup il changeait ; et tel que dans Forage , Un doux rayon s'échappe à travers un nuage , Dans ses traits altére's par son affreux tourment^ Un souris triste et doux se montrait un moment. Osait-elle pleurer ? une douleur sans charmes , N'arrachait de ses yeux que de pénibles larmes. Quelquefois, ô douleur! ô supplice nouveau!

De ses jours innocents Tintéressant tableau Lui rappelait cet âge où d'une tendre mère Les baisers la cédaient aux baisers de son père : Alors un trouble affreux agitait ses esprits; Elle errait, se roulait, tournait, poussait des cris ; Dans les champs , sur les monts , dans la forêt profonde^ Fuyait, précipitait sa marche vagabonde ,

î4o l'imagination. V

£t y lasse enfin , tombait sans force et sans couleur. Ces courses cependant soulageaient sa douleur. Mais rentrait"«elle seule en son obscur asile ? C'est la que, moins distraite et non pas plus tranquille j Son crime sur son cœur semblait s'appesantir; Là j dans un long tourment , elle croyait sentir Goutte à goutte tomber sur son cœur solitaire ^ Le sang de son amant et le sang de son père : Tantôt , du bras fatal à l'auteur de ses jours ^ Elle efiace ce sang qui reparait toujours ; Tantôt 5 d'un spectre affreux se croyant poursuivie : (( Cher Alvar , disait-elle , on attente à ma vie ; » Vois mon père irrité, vois le glaive assassin! » Dieu ! c'est le même fer dont j'ai percé son sein! » Où l'a-t-^il pris ? » Alors , croyant voir la mort prête j Comme pour fuir le coup elle baissait la tête. Mais comment fuir son ame et le remords rongeur? Tout lui peint son forfait y lui montre un dieu vengeur; L'enfer s'ouvre , l'air gronde , un Dieu lance la foudre; Et Dieu pardonnât-il y son cœur ne peut l'absoudre. Quelquefois elle espère et veut le supplier^ S'agenouille ^ se lève , et renonce à prier : Tant l'épouvante un Dieu vengeur des parricides ! D'autres fois cependant, dans ses courses rapides^

èllANT VÏIÏ. fe4t

t)e loin elle observait le temple du hameau j

Ombragé d'un cyprès et d'un antique ormeau*

Il semblait qu^en secret une force invisible

L'attirât vers ce lieu consolant et terriblci

Elle approchait : soudain ^ par un Dieu courroucé^

Son Cœur avec eflfroi se sentait repoussé*

Mais un joiir, sous les murs de la demeure sainte^

Promenant ses regards autour de san enceinte^

lEUe voit accourir aux pieds du Dieu sauveur ^

Des pécheurs repentants la pieuse ferveur j

C'était dans la saison où la riche nature ^

En couronnes de fleuri ^ en habits de verdure ^

Comme une jeune vierge échappée au cercueil j

Des dirétiens attristés vient égayer le deuil;

C'était dans ce grand jour où la foi glorieuse y

Fétànt d'un dieu mourant la croix victorieuse ^

Dans le sang de l'agneau^ sourde heureuse de paix^

Jlevient puiser la grâce et laver nos forfaits.

Elle , sans se mêler à la foiile chrétienne j

À leur sainte douleiir joignait tout bas la sienne J

Comme un vaisseau battu par un orage affreux ,

Pour entrer dans le port n'attend qu'un souffle hçurétlx«

Sur la' porte sacrée elle fixait la vue;

Soudain elle aperçoit, ô faveur imprévue!

û^ii L'ïMAGlbîAtlON.

Un simple villagepis , qui dans ce lieu sacre ^

Pousse par le remords dont il fut déchire'^

Des célestes vertus pour ranimer la fiamme, '

Au ministre de Dieu venait ouvrir son ame;

De ces crimes secrets sévère délateur,

Il revenait heureux ; un Dieu consolateur

Se peignait dans ses yeux , brillait sur son visage ;

De la paix qu'elle implore, elle y croit voir le gage;

Alors un saint espoir surmontant ses remords ,

Elle laisse en ces mots éclater ses transports :

t( Ah! du haut de la croix , quand la grâce féconde

» Verse à grands flots Tespoir et le salut au monde ^

» Laisserai-je , dit-elle , échapper ce beau jour ?

» Ne puis-je prendre aussi ma part de tant d'amour,

» Et d'un si long tourment misérable victime,

» Dan3 ce sang rédempteur noyer aussi mon crime? »

De ses. plus jeunes ans le souvenir vainqueur

Vient encore en secret aiguillonner son cœur^

Que de fois dans le temple elle suivit sa mèrô ?

Que de fois elle y vint sur les pas de son père?

Quel refuge au pécheur offre un espoir plus doux?

« Là , s'ils sont avoués , les crimes sont absous ;

I) Là, m'attend le bonheur, la paix d'une ame pure;

D Là, doit d'uu long remords se fermer la blessure. i^

tËANt Vllt. ^t^^

Alons, plus côilfiànie, elle li'hësiie ptils; Et bientôt rassurant seîs pas irtésolus , Vers l'àsile indulgeiit où Dieu même l'incite j Du pardon de'isirë l'espoir la pre'cipile ; Elle s'approche , elle entre , elle avànde à pas lents i Et d'abord se dëcouvi*e à Ses regards tremblants Ge tribunal ouvert au i^epentir sincère :

Ah I dit-elle en pleurant ^ ce tribunal sévère )) Où les inëchants de Dieu viennent subir k loi^ » A des pardons pour tôUs , mais n'en à pas pour moi. >> * Au même instant paraît un vieillard vënërslble^ G'ëtaît de ce hameau le pasteur respectable ^ Qui depuis quarante ans sert son Dieu ^ fait le bieii^ Keçoit peu, doniie tout, et ne demande rieii. Chéri diams Sott hameau, respecté dans son temple^ îl prêche par Ses înœurs , instruit par son exemple j Des pères , des enfants il resserre les nœuds ; L'enfant même l'adore, et souvent dans Ses jetii^ D'une timide main en pâssstnt il arrête Le vieillard qui sourit en détoilmant là tête; Des aVeux, du remords, quel confident plus sûtt Il écoute le vice et reste toujours pili* :

Tel un^Uguste înont entourd de niiageS , Voit bien loin soi^ sa cime expirer les orageér^

!i44 L^IMAGINATIOÎÎ.

tandis que son front calme habite dans les cieux* A peine Fun de lautre ils. ont frappe les yeux ^ Tous les deux arrête's, dans un profond silence, Sont prêts à se parler : l'un et l'autre balance ; EUe j avec un regard eloquemment muet , Semble à la fois trahir et garder son secret ; Lui 5 sans l'interroger (les âmes gene'reuses Respectent le secret des âmes malheureuses) j Montrait cette pitié' d'un ministre de Dieu , Qui d'un crime caché semble enhardir l'aveu.

Au sacré tribunal ils arrivent ensemble ; Elle tombe à genoux, elle hésite , elle tremble , Trois fois de son forfait veut soulever le poids y Sur son trop faible cœur il retombe trois fois. Impatiente enfin du fardeau qui l'accable , Elle laisse échapper cet aveu redoutable ; Et , la rougeur au front , du ministre des cieux Son repentir tremblant interroge les yeux.

Tant de malheur l'émeut , tant de remords le touche, Et des mots consolants sont sortis de sa bouche. Alors elle respire , alors ses pleurs taris Commencent à couler de ses yeux attendris ; Non plus ces pleurs cruels arrachés par la rage , Qui de leurs flots brûlants sillonnaient son visage;

Mais ces pleurs Lienfaîsanis , ces pleurs délicieux Que donne aux cœurs touche's Tindulgence des cieux; Semblables en leur cours à la dquce rosëe Qui rafraîchit le sein de la terre embrasëé ; Tourne tantôt vers elle, et tantôt vers le ciel , Le prêtre enfin pardonne au nom de rÉterncl.

Ah ! qui peut exprimer ce moment plein de charmes ?' Elle offre à Dieu son cœur, ses prières , ses larmes , Sent calmer ses tourments, ses remords douloureux ^ Et s'accorde un pardon cju'ont accorde' les cieuX.

Dès lors quel changement dans ta nature entière l L'air reprend sa douceur , le soleil sa lumière : Tel qu'un stérile arbuste à la terre arraché ^ Son cœur dans l'abandon languissait desséché^; De joie et de bonheur un doux torrent l'inonde j Elle renaît au ciel , elle renaît au monde ; Et , sûre d'y trouver un dieu consolateur, Elle ose sans effroi descendre dans son cœur^ Enfin tout est possible au Dieu qui la rassure : Elle entend sans frémir la voix de la nature. Une boîte en son sein gardait fidèlement Les traits jadis si doux d'un père et d'un amant; Ving fois d'espoir, de crainte et d'amour enivrée j Elle essaya d'ouvrir cette boîte adorée,

£t yingt fois , écoutant sa secrète terreur^ Sa main Payait soudain ferme'ç avec horreur^ plus confiante j enfin , ellç ose davantage ; J)\i Christ , en son asile , elle adorait l'image ; Elle-même a 3es pieds place les deu3t portraits ; Trembla^nte , çUç s'essaie à supporter leurs trait»^ Jl semblait (jne du haut de la croix tute'laire ^ Dieu reconciliait ^on amant et son père ; EUe-méniç espérant les revoir plus heureux ^^ Osait de'jà Içs joindre et se placer çntr'eux. Son bonheur renaissait , quand ses forces j lassée^ Par le Iqng gentiment de ses douleurs passées , Succombèrent ^nfin ; son simple et vieux pasieuj;^ A ses derniers moments yint soutenir, son cœur^ Elle , serrant la main dç Fami qui la pleure : « Adijen donc, je vais voir la paisible demeure ^ Où le malhçur repose 5^ où le remord s'éteint. » Malgré mon crime affreux Dieu sans doute me plainl. }) Un avenglç transport m'a f^it commettre un crime , )) Mai» ^u coim'onx d'uu Diçu f p£Fre wi\ Dieu pour victime j » Je vais me présenter deyant ses yeux vengeurs , » Couverte de son sang, couverte de ses pleurs. >> toi 5 dont mes malheurs ont troublé la £iniillç î

^ Nç §91$ pa's plus <pie lui sévère pour t^ ûUe j

» Et loi y mortel trop cher j cause de tant de maux ,

» Ah ! puissent nos troiâ cœurs t . ..» En prononçant ces mots* ,

L'œil tourne vers les cieux où son espoir aspire j

Sans douleurs j sans regrets ^ doucement elle expire ^

Et les anges en chœur ont proclame' son nom.

Charme heureux ^ charme pur de la religion

Qui j des faihles mortels mère compatissante ,

Et plus que rhomme méfne aux hommes indulgente,

Sur le crime qui pleure exerce un doux pouvoir,

Et lui rend les vertus en lui rendant l'espoir.

FIN nu HUITIEIME ET DERNIER CHANT..

py CHANT HUITIÈME,

i) p^OB 199^

^ ON content de célébrer TempTre de Tiinaghiaticvn shp fea çbjets nombreux où elle régne en souveraine avec uae ILutorîté exclusive , ou presque sans partage ^ notre poète chante ses rapports les plus éloignés avec les objets sur lesquels elle n^a que Tinfluence la plus légère^ II. e$t certaiu que tout se tient dans Thomme ^ et même dans la nature entière j tout se lie par des rapports plus ou moins délicats y plus ou moins visibles. Les Cv-îprits bornés n'aperçoivent point ces rapports^ les esprits justes les apperçoivent, mais ils ne confondent point les objets , parce qu'ils voient aussi les limites qui les séparent. Les esprits brillants, les imaginations vives franchissent ces limites y et se plaisent à réu-< nir dans le même ordre d'idées y sous le même point de vue y çt dans le même tableau les objets les plus distincts et les plus réellçmeiiit séparés. Telle est , en général , la manière de Delille. Elle l'a fait accuser de faire entrer dans chacune 4e ses çompositious des objets qui y étaient assez étrangers «^

et de multiplier ainsi ses tableaux à Vinfini. Mais comment ne pas s'abandonner au penchant de tout peindre , lorsque, comme lui , on avait le talent de tout orner et de toi^t embellir?

Au reste , un pareil reproche ne pourrait s'appliquer à ce chant , par lequel il fait entrer dans le plan de son poëme la religion et les cultes. En effet, ces institutions sacre'es sont de son domaine 5 elle y exerce un grand empire ^ c'est elle qui a crëé les dusses religions ; mais elle embellit aussi les rites et les cérémonies de la religion véritable et révélée 5 elle donne de la pompe et de la magnificence à leurs pratiques ) de l'éclat et de la majesté à leurs fêtes , et n'a même pas toujours été sans une influence plus ou n&oins heureuse sur les sentiments qu'elles inspirent , sur les préceptes qu'elles donnent, sur les dogmes quelles enseignent. C'est rimagîmition grossière des sauvages qui enfanta les dieux grossiers qu'ils adorent. La vive et féconde imagination des Grecs créa une mythologie riante , qui fut fixée et consa* crée par leurs poètes , et surtout par Homère , et adoptée ensuite par la sagesse et la gravité des Romains. Nourri à Técole de ces poètes , échauffé par leurs inspirations , le génie de Delille ne pouvait manquer de célébrer , dans des chants consacrés à la puissance de Vimagination , tant dQ îuerveilles créées par elle,

9} PAGE 199, TERS â.

Les animaux yiyaient sans réyolte et sans guerre ^ Biais tous , d'un front servile , ils regardaient la terre J * Leur souverain lui seul , marchant au milieu d^cux, ILeyait uq front sublime , et regardait les oieux^

25o NOTES

Ces vers sont une heureuse imitation , e.t même une assez fidelle traduction de ces trois yers célèbres d'Ovide i

Pronaque dum »pectent animalia cœtera terram ,, Os homini sublime dédit , cœlumque tueri Jussit , et erecto» ad sidéra toUere yuUus.*

3) PAGE aOO>TBAS 7.

D'un dogme consolant destructeur odieux ^ Éteins donc le soleil , éclipse donc les cieuf ^ Au cri du monde entier impose donc silence.

Les preuves de Texistence de Dieu , tirées des merveilles de la nature , ont été , pour les poètes de tous les âges et de toutes les nations , une source inépuisable de richesses. Les cantiques , les psaumes , les prophéties des chantres ins-^ pires par Dieu même ^ sont pleins ^ peinture» admirables de la puissance souveraine et de Tordre de la nature. Rien n^est plus digne , «n effet , d'élever la pensée et dWflanmier rimagînation. II est bon de faire observer quHci la philoso-^ phie et la poésie marchent d'un commun accord. Pendant long-temps , les preuves de ïexistence de Dieu furent principalement tirées de la métaphysique , èi plusieurs philosophes négligeaient même les preuves soi-disant popalaires^ telles que celle tirée de Tordre de Tunivers. Il s'est opéré ^ sous ce rapport, une heureuse révolution ^ et quelques-un& de nos esprits les plus distingués pensent que Texistence de Dieu peut être aussi rigoureusement démontrée par les preuves populaires y que par les preuves métaphysiques. Us. pensent , avec raison , que cette manière de traitei^ la ques« lion religieuse et morale la plua importante ^ étant la plus propre à agir sur la classe la plus nombreuse y mérite uhê

DU CHANT VIII. 25l

Ultention particulière. Eu effet , ce n'est que lorsque la philosophie aura pu rendre la doctrine religieuse accessible à rintelligence vulgaire, du moins sur les questions ëtroitement liées à la morale , qu elle exercera une influence vrai* ment bienfaisante. C'est alors qu'elle sera t;omplètement yengëe des calomnies, dont l'ignorance et les préjugés la poursuivent encore. C*est alors également que le nom de philosophe ne sera plus uBurpé par les destructeurs de la morale et de la religion , et qu'il sera réservé a celui dont les discours et les écrits ont pour principal but le bien de sea semblables,

4) pa6b ao3, vers' x6,

Hi^aigle servile emporte au séjour du tonnerre Cette ame , ainsi qu^au ciel exécrable à la terre.

Dans l'apothéose des empereurs romains on plaçait un aigle sur le bûcher , et cet oiseau , s'élevant dans les airs au moment où on mettait le feu , était censé emporter dans r01ymj)e l'ame du nouveau dieu. C'est ce qui fit dire à Tempereur Claude , au moment où il sentait la mort s approcher : « Je sens que je deviens dieu. »

5) PAGE ao4 , YBRS l6.

En vain dans ses fc^ers, sur ses tapis de neige , De son tambour magique il redouble le bruit , La secrète terreur qui toujours le poursuit , Trouble cette ame simple , et sous sa hutte obscure Vient ajouter aux maux que lui fit la nature.

On trouve, dans le Voyage de Hegnard en Laponîej^ des détails curieux sur les pratiques superstitieuses des La^ pons* Le principal instrument dont ils se servent dans leurs;

enchantements , est une espèce de tambour couvert d'une peau de renne , sur laquelle ils peignent en rouge quantité de figures , et d'où Ton voit pendre plusieurs anneaux de cuivre et quelques morceaux d'os. Ils tracent vers le milieu du tambour une ligne transversale , au-dessous de laquelle ils mettent les dieux qu'il ont en grande vénération , comme Thor, avec ses valets , et la déesse Seyta. Ils en tirent une autre un peu plus bas , comme la première , maïs qui ne s'étend que jusques vers la moitié du tambour; là , on voit l'image de Jésus-Christ, avec deux ou trois apôtres. Audessus de ces lignes sont représentés la lune , les étoiles et les oiseaux j la place du soleil est au-dessous', avec les animaux, les ours, les serpents. Ils y représentent aussi quelquefois des lacs et des fleuves. Telle est la figure de ce tambour, instrument nécessaire de tous leurs sortilèges , et dont ils se servent principalement pour trois choses : pour obtenir une chasse ou une pèche abondante , pour les sacrifices ^ et pour savoir ce qui se p^sse dans les pays les plus éloignés.

A ces détails Regnard ajoute le récit d'une scène fort plaisante , dont ses compagnons et lui furent les témoins. On leur avait amené le plus fameux sorcier du pays , pour leur donner. une idée de son pouvoir «t de sa science» « Sitôt ,. » dit Regnard , que notre Lapon eut la tête pleine d'èau-de- « vie , il prit son tambour et se mit à frapper dessus , avec y) des agitations et des contprsions de possédé. Nous- lui de- 5) mandâmes si nous avions encore père et mère ; il était assez 5> difficile de parler juste sur cette matière; nous étiona » trois , Tun avait son père , l'autre sa mère , et le troisième » n'avait ni l'un , ni l'autre. Notre sorcier naus dit tout cehj^

)) et se tira assez bien d^a£faire , quoique ceux avec qui nous » étions , qui étaient des Finlandais et des Suédois , n'en )} eussent aucune connaissance qui nous pût faire soupçon- » ner qu'ils auraient instruit le Lapon de tout ce qu'il devait » dire. Comme il avait affaire à des gens qui ne se conten- )) taient pas de peu , et qui voulaient quelque chose de plus » sensible et de plus particulier que ce qui pouvait arriver )) par un simple effet du hasard , nous lui dîmes que nous )) le croirions parfaitement sorcier , s'il pouvait envoyer son » démon au logis de quelqu'un de nous , et rapporter un )) signe qui nous fît connaître qu'il y avait été. Je demandai 3) les clefs du cabinet de ma mère , que je savais bien qu'il » ne pouvait trouver que sur elle, ou sous son chevet, )) et je lui pi'omis cinquante ducats s'il pouvait me les ap- )) porter. Comme le voyage était fort long, il fallut prendre » trois ou quatre bons coups d'eau-de-vîe, pour faire le che- » min plus gaîment , et employer les charmes les plus forts )> et les plus puissants pour appeler son esprit familier , et le » persuader d'entreprendre le voyage et de revenir prompte- » ment. Notre sorcier se mit en quatre; ses yeux se tour- » nèrent , son visage changea de couleur , et sa barbe se j> hérissa de violence. Il pensa rompre son tambour, tant )) il frappait avec force , et il tomba enfin sur sa face , roide » comme un bâton. Tous les Lapons qui étaient présents, )) empêchaient avec soin qu'on ne l'approchât en cet état , » éloignaient jusqu'aux mouches , et ne souffraient pas » qu'elles se reposassent sur lui. Je vous assure que quand » je vis cette cérémonie , je crus que j'allais voir tomber I » par le trou du dessus de la cabane ce que je lui avais der

254 NôTÊS

)» mandé , et j^attendaîs qne le charme (ai fini poùf lui eti » conmiander un autre , et le prier de me ménager un quart- » dlieure de cqnyersation avec le diable « «..<.« é . ^ » Notre Lapon resta mort pendant un qoart-dlieure, et y> revenant un peu à lui ^ il commença à nous regarder Tun » après Tautre , avec des yeux hagards. Âpres nous avoif )) tous examinés fort attentivement ^ il m'adressa la parole ^ » et me dit que'son esprit ne pouvait agir suivant son inten« tt tion ) parce que j'étais plus gtand sorcier que lui ^ quc^ » mon génie était plus puissant ^ et que si je voylais com^ » mander à mon diable de ne rien entreprendre sur le sien ^ ^» il me donnerait satisfaction* J'avoue que je fus fort étonné yi d'avoir été sorcier si long-temps sans m'en apercevoir) » je fis mon possible pour mettre notre Lapon ^ur les voies; -» je commandai à mon démon familier de ne point inquië- » ter le sien, et avec tout cela, nous ne pûmes savoir » autre chose de notre sorcier. Il se tira fort mal d'un pas » si difficile , il sortit avec dépit de la cabane , pour aller , )) je crois , noyer tous ses dieux et tous ses diables qui -» l'avaient abandonné au besoin , et nous ne le revîmes 9 plus« »

^) t»AGK QdSy VBAS 1^4

Que de champs déyastés ! que de sang et de pleurs ! -Cruels, YoùleZ'-yous donc mériter yos malheurs? . Votre instinct était pur , et des accès de rage

Sont de votre raison Phorrible apprentissage.

L'histoire de Taflranchissement des noirs , à Saint-^Oo*» mingue , e^t un des plus horribles épisodes de notre révolu* tion. Les épouvantables excès auxquels ils se livrèrent ^

DU CH4NT VlîL l55

méritent toute notre exécration 5 maïs ce sentiment doit tomber avec plus de force encore sur les scélérats qui brise» rent leurs fers , ^vant de[ les ayoîr préparés à la liberté; et d'un autre côté , je le demande , est-il une nation européenne, quif avec des données et dans des circonstances absolument semblables , pût se vanter d'être moins féroce ? Le passage subit et immédiat de l'esclavage à la liberté , a presque toujours été signalé par plus ou moins d'excès. Les peuplades de l'Afrique , qui alimentaient la traite des nègres , ont offert aux voyageurs modernes une intelligence au moins égale à celle des individus européens placés sur la dernière échelle de la civilisation , et un instinct moral , dont le développement' produirait sûrenient les vertus quj» nous honorons.

7) PAGE ao6) YBBS 22.

Mais l'intérêt surtout fut père de Terreur ; II calomnia tout , jusqu'k l'astre du monde ; Et, tandis qu'enricUi par sa chaleur féconde L'heureux Persan Fadore , en leurs déserts «ifirem Les noirs peuples du Nil insultent à ses feux.

Ce dernier vers rappelle la strophe admirable de Lefranc

dePompignan, dans son Ode sur la mort de J.-B. Jtous^

seau y

Le Nil a yu sur ses rivages De noirs habitants des déserts^ Insulter par leurs cris sauvages L'astre éclatant de VunÎTers.

Cris impuissants ! fureurs bizarres !

Tandis que ces montrés barbares . Poussent d'insolentes clameurs ^

Le dieu poursuivant sa carrière^ Verse des torrens de lumière Sur ces obscurs blasphématèurf»

256 NOTÉi*

*) PAG< a07, VERS 12. '

Sur les bords où yos mers reçoiyent sur leur seîii

D'heureux navigateurs un innombrable essaim ,

O Maldives ! combien f aime la noble fête

Qu'aux vents ^ maîtres des mers > tous les Ans on apprêt^ t

Les insulaires des Mâldiyes o£freiit des sacrifices à un ceT-* tain génie ou roi des vents* Voici en quoi ils Consistent < On fait construire exprès de petites barques qu'on remplit de parfums , de gomme , de fleurs et de bois odori£érans« On met le feu à ces barques ^ qu'on abandonne ensuite au gré des eaux et des vents. Un nuage de fumée s'élève jusqu'au ciel^ et porte une agréable odeur au génie des airs , qui , selon les idées de ces peuples , se trouve très flatté d'un pareil sacrifice. D'autres honorent le roi des vents à moins de frais j il se contentent de jeter dans la mer un certain nombre de coqs et de poules ^ mais tous ont un si grand respect pour lui , qu'ils ne manquent jamais , avant de s'embarquer, de lui faire des vœux , fidèlement acquittés lorsqu'ils rentrent dans le port ,. qu'ils ne se permettent pas même de cracher ou de lancer quelque chose contre le vent , et qu'en mer ils craignent de regarder derrière eux ver« le point d'où le vent soufile.

Tous les voyageurs ont vu cette fête que Delille a si bien décrite , et ils se sont crus transportés au milieu de l'ancieu Archipel de la Grèce. •

9 } >iGE ao8 i TBBs ao.

Et tout est Dieu pour l'homme, excepté Dieu lui-méi

DU CHANT VIII. iSy

Bossuet a exprimé la même pensée de la même manière > dans son Discours sur T Histoire ûnwerselle,

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