PÀCE i38, VERS aa
Dans îa jeune beauté qui bondit en cadrnce , Des vierges de tes chœurs j^ai recjnnu la dMnje.
-(i)/tfWtf,liv. XlIlctXlV.
ï8d nomts
On pfeut voir dans les lettres de M. Guys sur la Grèce , ef -dans celles de M. Savary , combien de coutumes antiques se «ont conservées dans les cérémonies et dans les fêtes des Grecs modernes. Ce peuple spirituel et sensible > profondément avili sous le despotisme des Turcs , a perdu le souvenir de la gloire de ses aïeux : mais , par instinct plutôt que par tradition , il les imite encore dans ses plaisirs et daivrses jeux. Les danses, surtout, y ont un caractère qui rappelle rimage des vierges de Sparte , avec plus de mollesse et de volupté. « Une vingtaine de jeunes filles , dit M. Savary, j> toutes vêtues de blanc , la robe flottante , les cheveux )> tressés , entrèrent dans Tappartement : elles conduisaient ji un jeune hommQ qui jouait de la lyre , et s'accompagnait }> de la voix; plusieurs avaient des grâces ^ toutes de la ». fraîche urj quelques unes étaient d'une rare beauté. L'en- )) semble formait un coup-d'œil charmant 5 la parure* uni- 91 forme dé ces nymphes, la modestie qui relevait leurs « attraits , la pudeur qui brillait sur leur front , leur en- » jouement modéré par la décence, tout cela me fit croire ■ que j'étais u-ansporté dans l'île de Calypso. Elles com- » meucèrent par se ranger en rond, et m'invitèrent à danser, a» Le cercle que nous formâmes est singulier par la man nière dont il est entrelacé. Le danseur ne donne point » la main aux deux personnes qui sont le plus près de lui , i> mais aux deux suivantes 5 de sorte que l'on a les bras » croisés devant et derrière ses voisines , qui se trouvent en- » lacées dans les anneaux d'une douce chaîne. Au milieu du « rond se tenait le musicien; il jouait et chantait en même. 1^ temps. Tout le monde suivait exactement la mesure» soit
DU cnA*T VII. iSr
» enavaBçant, soit en reculant, ou en tournant autour de- » lui. Pour moi , je me laissai conduire » et mon esprit était 9 moins occupé de la danse que des personnes qui la com- » posaient. »
C'est à Casos , l'une des tles les plus sauyages et les plus pauvres de r Archipel , que M» Savary traça diaprés nature ce tableau charmant. Peu de jours après , il fut invité à une petite fête où l'on célébrait rarrivée d'une barque du pays qui venait d'entrer dans le port y. chargée de provisions et de fruits. La salle était entourée de danseuses , les cheveur étaient parfumés ; on avait mis les plus jolis corsets , les ceintures les mieux brodées , les robes les plus blanches. Oïl forma diverses rondes , les bras enlacés à la manière accoutumée. Deux lyres et des chanteurs placés sur une estrade animaient les mouvements^ la gaîté brillait dans tous les yeux. Les jeunes gens qui venaient d'arriver s'étaient placés près de leurs compagnes ou de leurs amantes j ils les entouraient de leurs bras en dansant ^ et sentaient les battements de leurs cceurs i aussi la joie paraissait sur tous les visages. Les jeunes Grecques, le regard baissé, la laissaient moins éclater ^ mais leur rougeur, mais la palpitation de leur sein annonçait qu'elles se trouvaient près des objets les plu» cWris ^ chaque mouvement était une jouissance. Nos danses^ recherchées ont infiniment plus de grâce ^ d'élégance et de majesté; mais qu'elles sont froides auprès des rondes de Kle de Casos i
4)| FÀGB ^39, VBR8 6.
Derrièie les rocher» de Sparte et de VÉpiee ^ De tei. anciens héxoi la liberté respire..
î82 ' NOTÉS
L^auteur fait allusion aux Maniottes , descendants on successeurs des Lacédëmoniens et aux Monténégrins qui , dans les rochers de FAlbanie et de l'Epire , défendent leur liberté farouche contre la tyrannie des pachas voisins. Ce nVst pas là cependant qu'il faut chercher une imnge de la j Gr^ce antique* Les mœurs ]/ss plus grossières, les vices les plus honteux , le vol et le brigandage déshonorent ces peuplades à demi-'Sauvages , qui vivent sans aits et presque sans lois. Il est triste pour les habitants de ces- contrées , de n'avoir à choisir qu entre cette liberté turbulente et féroce, et Vesclavage ignominieux d« leurs compatriotes et de leurs j voisins.
Art de» vrrs , sotiviéni^-toi de tes preniers miraclefi^
Les premiers poi tes furent les compagnons des héros et les législateurs des nations. Le noble u^age qu'ils faisaient de leurs talents et de leur influence^ les. firent regarder comme des hommes sacrés , les favoris et les interprètes des dieux. Ecoutez Horace, racontant les premiers bienfaits dç Vart des vers ;
Sylvestres homines Fucer inlerpretqtte Deorum Caodibus , et victu fcrdo dctcrruit Orpheus j Dictus ah. hcç lenire tigres rabidosque leoDCs , etc.
( Ai-t. poèt. )
L'Horace français décrit avec encore plus d'étendue les prçn^iers miracles de la poésie :
Avant que la raison , s^ expliquant par la voix , £ût instriiit les humains^ c(^t enseigné ^a I0U4
DU CHANT VII. , l83
Tous les homme^y suivant la grossière nAlure^ . Dispersés dsns les bois, couraient à la pâture > etc.
( Art poétique, ch. IV.)
^) PÂGS ifi , ysft s 8.
Lorsque les dieux, dit- il ^ au ciel prirent séance , Nul ordre n'y c^gndit, et nulle préséance Ne distinguait entr'eox les états différents , Les grand) et les petits étaient aux mcmes rangs.
M. Ddille, dans les yer9 suivant, ajoute au tableau trace par Ovide, plusieurs trait» digne de ce poète ingénieur et brillant. La fiction de la naissance de la Dignité ^ allégorie pleine de sens et de fines^ie , appartient toute entière au chantre de V Imagination • Ovide avait di I seulement que les dieux occupent dans le ciel difSérentes places , suivani; la difTérence de leur pouvoir :
Est yia sublimis , cœlo manifesta sereno :
Lactea nomen hahet ^ candore notabilis ipso.
Hâc iter est Superis ad magni tecta Tonantis , Regalemque domum. Dextrâ leeyaque Deorum »
Atria nobilium yalvis celebrautur apcrtis.
Plebs habitant diyersa locis : a fronte potentes Coelicolae , clarique suos postière pénates. Hic locus est y quem ,. si yerbis audacia detur ,. Haud timeam magni dixisse palatia eœli.
7) PAGK l43r TBRS 33.
Louis , qui quarante ans lui confia sa gloire » Louis lui dut peut-étre autant qu'à la yictoire.
n est certain que Loui» XIV dut en partie à h, magnifia cence etàlaMajesté qui environnaient son trône, Tadmii» ration respectueuse quHl inspirait àse& sujets et àTËuroje
l84 NOTES
entière. QuoiquW puisse lui reprocher avec justice de Tor^ gueil y et même de la vanité , il fut cependant le modèle de la véritable grandeur, de la dignité sans morgue^ de la politesse sans affectation ^ du bon goût dans les arts^ et du bon ton dans la société. SHl aima les louanges , il soufi&it du moins la contradiiction , et dans sa vie privée il fut toujours affable, imposant et généreux. U ne donnait à sa mère aucune part au gouvernement, maïs il remplissait «vec elle tous les devoirs d'un fils ^ il était infidèle à son épouse , m,ais il observait les bieuséances et multipliait les égards 5 bon père, bon mattre , toujours décent en public , laborieux daus le cabipet » exact dançi les i^ffaires ^ pepsant juste, pajrlaut bien, et descendant quelquefois de son raog avec dignité. Il ^ été de mode» pendant quelque temps, d'attaquer le règne de ce monarque, dont la plus grandie gloire , peut-être , est d'avoir si bien connu Tart de régner. Je ne connais pas de plus belle réponse à ses détracteurs ^ que, celle que leur adressait un orateur célèbre » au milieu de Tacadémie française , et dans un temps où la gloire des morts importunait Tambour -^propre de quelques hommes vivants qui s'étaient fait une grande renommée. On avait déjà beaucoup loué Louis XIV. M. Fabbé Mauri, dans une matière qui semblait épuisée, trouva le moyen d'être neuf, sans rien dire de nouveau. «Cest sous le. règne de » ce prince , s'écrîa-t-il , qu'on vit éçlore ces chefsrd'œuvi e » d'éloquence , de poésie et d'histoire , qui feront l'étemel » honneur de la France^ Corneille donna des levons d'hf'^ » roïsme et de grandeur d'amie dans ses immortelles trage% ^ dies } Racine, s'ouvrant une autre route , fit paraîtra sur le
DU CHANT VII. l85
> théâtre une passion que les anciens poètes dramatiques
> avaient peu connue , et la peignit des couleurs les plu^ 9 touchantes ; Desprëaux y dans ses épitres et dans son ^rt » poétique , se montra l'ëgal d'Horace y Molière laissa bien « loin derrière lui les comiques de son siècle et de Tanti^ 9 quité } Lafontaine surpassa Ésope et Phèdre , en profitant 9 de leur^ idées 5 Bossuet immortalisa les hdros dans sd& » oraisons funèbres , et instruisit les rois dans son Histoire » universelle^ Fénëlon, le second des hommes dans Vélo- » quence , et le premier dans Tart de rendre la vertu aima^ » ble, inspira par son Télémaque la justice et Thumanitéi 9 dans le même temps , le Poussin disait ses tableaux , » Puget et Girardon , leurs statues 5 Lesueur peignait le 9 cloître des Chartreux , et Lebrun les batailles d'Alexandre ; 9 Quînault , créateur à^nn nouveau genre , s'assurait Tim- D mortalité par ses poèmes lyriques , et Lulli donnait à a notre musique naissante de la douceur et de la grâce y » Perrault élevait la colonnade du Louvre 3 Mansard cons« 9 truisait les palais du monarque, et Lenôtre dessinait le » plan de ses jardins. Descartes , Huyghens, FHôpital, Cas- 9 sini , Pascal y sont des noms éternellement célèbres dans 9 l'empire des scieuces. Louis XIV encouragea et récom- 9 pensa la plupart de ces grands hommes ; et le même roi 9 qui sut employer les Condé , les Turenne , les Luxem- » bourg, les Créqui, les Catinat, les Yillars, dans ses 9 armées; les Colberts et les Louvois dans son cabinet , » choisit Racine et Boileau pour écrire son histoire j Bos- « suet et Fénélon pour instruire ses enfans; Fléchier, Boup- 9 daloue et Massilion pour l'instruire lui-même. Cest au
ï86 NOTES
» milieu de tous ces grands hommes, appuya pour ainsi » dire sur eux et sur leurs ouvrages , que Louis XIV » apparaît à la postérité pour défendre la gloire de sou D siècle et celle de sa nation. »
*) PIGE 145, TEBS 2.
» Dis donc , tous répond-il , dis aux os de nos pèces : » Levez-vous , et marchez aux terres étrangères. »
Rien n'est plus connu que cette réponse des sauvages de TAmérique septentrionale , à qui des Européens demandaient un territoire sans culture , et qui paraissait inutile i I^ tribu qui Tavait long-temps occupé: «Dirons -nous aux
» ossements de nos pères : levez-vous et suives -nous sur
» une terre nouvelle? »
9) »ACB t^6, YE«S 7.
Ainsi la yertueuse et tyrannique Rome,
Qui fut souvent Topprobre et la gloire de Thomme ,
Pour s'honorer soi-mtme, honora le cercueil.
Aucun peuple n'a porté plus loin que les anciens Romains le respect des tombeaux et la pompe des cérémonies funèbres. Aucun ne rendit aux morts un culte plus religieux et plus touchant. Dès qu'un homme avait rendu le dernier soupir, on lui donnait le dernier baiser^ et on lui fermait les yeux et la bouche pour qu il parut moins effirayant. Des voix plaintives rappelaient par intervalle. Le corps était ensuite lavé et embaumé. On le revêtait de ses habits, et» couronné de fletirs, on l'exposait sur un lit de parade y dans le vestibule de sa maison , jusqu'au huitième jour. Alors commençaient les funérailles* hes pueurs de ftûte^ le&
pleureuses , les bouffons précédaient le cadavre porté par les parents du mort. On voyait autour de son cercueil les images de ses ancêtres , et les marques d^honneur qu^il avait reçnesj venaient ensuite ses afiranchis, sa famille, ses enfants en habit de deuil et les cheveux épars. Le cortège s'arrêtait sur la place, publique. Là^ dans la tx'ibune auiç harangues , en présence du peuple , le plus proche parent ou l'ami le plus tendre faisait Voraison funèbre du mort. Les empereurs mêmes ne dédaignaient point de remplir ce devoir sacré. Auguste prononça Téloge funèbre d'Âgrippa, et celui de sa sœur Octavie. En sa qualité de souverain pontife, il ne pouvait toucher ni voir un cadavre; il se couvrit^ d'un voile pour prononcer son di9cours. Le grand César avait rendu les mêmes honneurs à sa tante. Quand on avait acquitté ce dernier tribut, on portait le corps au bi\< cher ou au tombeau qui lui était préparé , hors de Tenceinte de la ville : on ly déposait , en disant adieu pour toujours/ nous te suivrons dans l'ordre que la nature voudra^ Les parents et les amis revenaient ensemble pour le festin funèbre. Neuf jours après , on célébrait la fcte appelée No\*em^ dialia, et le lendemain on purifiait la maison. Il est inutile d'observer, d'ailleurs, que la pompe des funérailles se réglait sur le rang et les richesses des morts ; mais tous recevaient de la même manière , dans la proportion de la fortune qu'ils avaient eue, les derniers hommages de la nature et do l'amitié. {Voyez le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines , au mot Funus; les Mœurs 'et Coutumes des Romains, par Brîdault, etc)
l8S ïTOTES
^)l PAGE 149 y yZKS tP»
Aussi YOjez comment l'automne nébuleux , Tous les ans , pour gémir , nous amène en ces Uent:' Où. des siècles humains que les temps renouvellent^ Les générations en foule a'amoncèlent.
La f(éte des morts , le a novembre , est une des plus simples et des plus touchantes de la religion chrétienne. Quel- I ques superstitions populaires Tout défigurée dans le midi de VEurope; mais Tinstitution en elle-même est d'une profonde sagesse et d'un intérêt universel. Nous lui devons, outre les beaux vers de M. Delille , un morceau très remarquable de M. de Fontanes ( le Jour des Morts ) , qui , dans un temps de folie , de dégradation et d'impiété , donna du moins Tespérance de voir enfin renaître les sentiments reU* gieux , les idées morales et l'âoquence poétique.
»>) »AGB l53 , VERS 20^
D'un mal héréditaire , ainsi que tes yertus ,.
Tu meurs i mais tes bienfaits vivent où tu n'es pîns.
M« Turgot mourut de la goutte à l'âge de cinquante ans. Son père et son frère , distingués comme lui par l'élévation de leur caractère et Tétendue de leurs connaissances , étaient morts à peu près dans le même âge et de la même maladie. C'est ce qui a fait dire que la goutte était héréditaire dans cette Ëimille y comme la probité. Quoiqu'on ait fait à M. Turgot des reproches graves sur les opérations de son ministère , et quoique Texpérience ait prouvé qu'ily avaitbeaucoup de prévoyance dans l'apparente frivolité qui les tournait en ridicule ^ sa mémoire u'en est pas moins chère aux geas de lettres
DU CHANT Vin 189
et aux gens de bien. H honora constamment les premiers j et cultiva lui-même la poésie au milieu des plus grandes af« &ires. n mérita Testime àes autres par les bienfaits durable^ qu'il répandît sur la province du Limousin, pendant qu'il en fut Tadministrateur , par la pureté de ses intentions et de sa conduite pendant son ministère, et par les deux passion^ qui remplirent sa vie , celle des sciences et celle du bien public. Cétait un homme d'une ame forte , que rien ne pouvait écarter de la justice, d'une égalité de caractère que rien n'altérait, d'une activité si laborieuse que la maladie même ne pouvait la ralentir. Quelques heures avant sa mort , il méditait une expérience nouvelle d'électricité. A la coùr^ comme dans les premières places de l'administration , il s'oc-^ cupa sans cesse du bonheur des peuples. Il se trompa quelquefois sur les moyens ; mais il donna toujours de grands exemples, et fit preuve des meilleures intentions.
On sait qne M. Delille fiit long-temps son ami j cependant il ne Ta loué' qu'après sa mort , et l'on peut aussi re« marquer qu'il n'a loué M. de Choiseul quVprès sa disgrâce. Lorsque Turgot fut nommé contrôleur-général , M. Delilla s'abstint de le voir pendant trois mois , et ce ne fut que d'a« près une invitation pressante qu'il se rendit auprès de lui» Turgot y en l'accueillant avec sa bonté ordinaire , lui dit ingénieusement : « Depuis que je suis ministre , vous m'avear » disgracié. »
") PkQM x54» VRis aa.
Le Midi seul encor , de ses fêtes rustiques
À gardé dans ses champs quelques restes antiques.
Les bourgs et les villages dé' nos provinces méridionales
î§0 NOTE.^
offrent en effet ^elqu9 image ded moeurs anticjiies dans leui*s fêtes annuelles. On y décerne les prix de la lutte, de la course et de tous les exercices du corps 5 seulement les clievaux ont remplacé les chars. Dans ces jeux où Timagitiation peut reconnaître ceux de TElide^ chaque hameau parodie , une ou deux fois Tan ,ies )eux olympiques, et les amis de Fantiquitë retrouvent avec plaisir ^ dans ces iâibles restes j les traces des colonies grecques et les Vestiges des Romains. Les fêtes que M. Delille décrit sont d'un caractère plus gracieux , mais Tusage en est moins répandu , et rappelle moins de souvenirs.
-I» »^) PAGE l56, VERS 20.
Mais aucun temps ne yit d'aussi brillantes fttes , Que lorsque Paul Mmïle , en cjs murg glorieux , Guida ^ trois jours entiers, son char victorieux.
Que dis^-je ? 6 coup du sort ! 6 jeux de la fortune ! Le vainqueur, du vaincu partage Tinfortune ; La mort de ses enfant» jQétrit des jours si beaux y Et son char triomphal marche entre deux tombeaux.
■ Paul Emile avait perdu , peu de jours avant son triomphe , un fils qu^il adorait , et , immédiatement après , la mort lui en enleva un autre non moins chéri* . Après la victoire qui le rendit maître de la Macédoine, voyant à ses pieds le malheureux Persée qui perdait en un jour sa couronne et sa renommée , il fut touché d\ine nol le compassion 5 et se tournant vers les jeunes Romains qui l'accompagnaient : « Vous avez sous les yeux , leur dit-il , un » grand exemple de rinconstance de la fortune, Souvenez-
DU CHANT VII. ÎQl
» VOUS en , quand vous serez dans la prospëritë , pour rie » traiter personne avec orgueil , car nous ignorons tous Ip » sort qui nous attend à la fia du jour. Celu!*Ià est v<5rlt;.<* » klementbomme , dont le cœur ne s^enfle point dans le bon- » heur , et n'est point abattu dans l'adversité. » Et cependant on vît bientôt après ce prince infortuné et ses enfants suivre encliaînés le char de triomphe , et Ton entendit le vainqueur répondre par Tironie la plus dure à la prière que lui avait £ait parvenir Persée , de lui épargner cçtte JiumiliationT
Cet homme , d'ailleurs plein de sagesse et de modestie , d(fploya , pour plaire à ses compatriotes , une pompe extraordinaire dans ce triomphe , le plus imposant et le plus magnifique de tous ceux célébrés à Rome avant le règne des empereurs. Tous les trésors de la Macédoine, changée en provinces de la république, étaient exposés aux regards du peuple. Paul Emile les remit aux questeurs , et ne conserva pour lui de tant de richesses , que la bibliothèque du roi vaincu.
>4) Pi.G« 1679 VSM 10.
Tandis que du Tainqueur qui marche vers le temple , Tout redit les exploits , tout répète le nom , Seul, muet et pensif, le jeune Scipîo» , , Ij^œil fixé sur le char , sV^nivre de la gloire , £t àéïk dans son ceeur dévore la victoire.
L'aspect du triomphe de Paul Emile frappa tellcnlçnt rîoiagination de Scipion encDie eïLf4int ,, q«e dèp Iq:s t^ut^^i ses idées ae dirigèrent vers la gloire e,t Iqs cpncjuetes. Tout h mouà/d sait qu'il fut aufnomxoé danj^ la suite le second Africain et le JSimântin. Après ayoïir détruit Carjj^açe et
Namance , îl fut payé de ses services par l'îngràtîtiidé pôpi!» laire » excitée par des tribuns séditieux. On croit même que w mort imprévue fiit un crime de Caius Gracchus , le héros et le modèle de tous les factieux, quoiqu^il soit plus com^ mun d'avoir son ambition téméraire que son courage et ses talents*
ô combien j^aime mieux ces fêtes où les lois A c6té de leur tombe interrogeaient les rob !
Cette coutume de juger les rois après leur inôrl était une des institutions les plus remarquables de Tancienne Egypte. Elle personnifiait pour ainsi dire Topinion , et plaçait l'histoire sur le plus redoutable de tous les tribunaux. Il parait cependant que son influence morale et religieuse ne balao" çait qu'imparfaitement les séductions du pouvoir.
t6) pj^cs 166, YBRS 8«
D'un front qu^ennoblissait plus d^une cicatrice , ils s'inclinent de loin devant le gl'and Maurice « - Blarchent vers le tombeau , le sabre dans la main , £n aiguisent l^acier dur le marbre divin.
La guerre que la France fît en Allemagne , quelques an' nées après la mort du maréchal de Saxe , ne fut presque marquée que par des fautes et des revers. A cette époque, oji le souvenir récent de Fontenoi rendait plus douloureux le sentiment de nos défaites , des grenadiers fraurais pieu* rant sur le mausolée de Maurice , et croyant aiguiser leurs sabres sur le marbre funéraire dW héros, rappellent ces peuples de Tlnde ^ allaient au tombeau du grand Albu^
Dtl OHANT* Vît. tgS
q[n6rqiiê ^ lui demander justice contre ses sncceâseur^. lu-^ dépendamment de ses victoires ^ il n^est pas étonnant que la maréclial de Saxe fût adord des soldats^ et que sa mémoire leur ait toujours été chère* Aucun général célèbre ne fut peut-être plus avare de leur sang. Un officier général lui montrant un jour un poète qui pouvait être utile ^ si Ten-^ nemi en était chassé s « Il ne vous en coûtera pas , dit-il , » pins de douze grenadiers. — Passe encore « répondit la maréchal ^ si c'était douze lieutenants-généraux, x Non pas f comme Tobserve très bien Thomas ^ qu'il voulût offenser pat cette plaisanterie des hommes aussi respectables par Téléva-* tion de leur grade que par Tancienneté de leiirs services , mais pour leur apprendre que la Valeur du soldat était le gage le plus certain de leur propre gloire , et qu on ne pou-* Vait le ménager avec trop de prudence et d'affection*
O forfait exécrable ! 6 honte ! 6 barbarie !
Du vengeur de Fëtal le repos est troublé ^ Ses honneurs sont détruits ^ soU cercueil violé 1
Lliistoire des folies révolutionnaires n'offre rien de plud honteux et de plus absurde , que cette détestable profanation des tombeaux. La France , dans ces temps malheureux ^ ne devait qu'à ses guerriers l'avantage de conserver son rang parmi les nations 5 et c'est dans ce moment même que la gloire militaire était outragée ^ et qu'en dispersant la cendro de Turenne , on semblait annoncer à tous les défenseurs de l'État quelle récompense leur était réservée par un gouver<4 nement sans prévoyance > sans morale et sans honneur «
Le lecteur ne sera pas fâché de trouver ici le pass^
!94 ffOTËS
suivant du Géniâ du Christianisme sur té mime Sujet* L'auteur dit en parlant des caveaux de l'abbaye deSt.-Denis : « Cest là que venaient tour à tour s'engloutir les rois de % France. Un d'entre eux (et toujours le dernier descendu » dans ces abtmes) restait sur les degrés du souterrain, 1» comme pour inviter sa postérité à descendre* Cependant » Louis XIV a vainement attendu ses derniers fils : l'un s'est » précipité au fond de la voûte , en laissant son ancêtre sur » le seuil; l'aub-e, ainsi qu'OEdipe, a disparu dans une tem« à péte. Chose digne d'une étemelle méditation! le premier mo' 9 narqueque les envoyés de la justice divine rencontrèrent, n fut ce Louis si femeux par Tobéissance qi^ les nations lu^ » portaient! Il était encore tout entier dans son cercueil.
^ i> En vain, pour déTendre son trône , il sembla se lever » avec la majesté de son siècle, et une arrière-garde de huit ^ siècles de rois^ en vain son geste menaçant épouvanta les a ennemis des mcHrts , lorsque , précipité dans une fosse com- » mune , il tomba sur le sein de Marie de Médicisj tout fut
' • détruit « Dieu, dans l'effusion de sa colère, avait juré par « iui-méme de châtier la France. jCïe cheirchons point sur la p terre les causes de pareils événements; elles sont plus haut. >
«®) PAC» l68 , VBM 17.
César pleure k l'iispect du buste d'Alexandre ; Pleurs a&eux ! que de sang tous ayes fait répandre I
Tous les historiens rapportent que César, nommé gou« V^meur de l'Espagne , vit à Cadix la statue d'Alexandre , et ^'il dit en versant des larmes : « A l'âge où je suis , il avait »> conquis le monde ^ et je n'ai rien fait de mémorable!» L'âveùir de César était dans ces paroles et dans ces pleurs.
DU CttvNf Vil. I95
tttie SI noble Jalousie ne pouvait conyeuir qu^à lui. Son am? bition fit dam la suite répandre l>eaucoap de sang. Mais tel eBt encore} après TÎngt siècles > Fëclat de ses actions et de son génie ; tel est le charme que le souvenir de sa grandeur d:ame, de sa clénience ^t de sa dpuceur attache à sçn nom, que beaucoup de lecteurs trouveront peyt^étre un peu dure Tépithète que Delille donne à ces larmes, qui ne pouvaient couler que des yeux à^xm héros.
>9) PAGB 170^ TBR» 19.
Da Vivier , c^est k toi de tenter ces travaux. Jean du Vivier > né k Liège > en 1687 ' ^^^^ i Pam en 1761, s^est rendu recommandable dans la gravure % Son goût pour cet art Tentratna à Paris , où il le perfectionna. Il sV donna principalement à la gravure des médailles ^ et son mérite en ce genre lui mérita bientôt des récompenses. Il fut graveur du roi , obtint un logement au Louvre , et fut reçu de Tacadémie de peinture et sculpture» Cest le graveur qui a le mieuic trouvé la ressemblance de Louis XV» ( Dictions nuire historitjue.)
'o)>AGE 1^3, VERS 4.
Mais soudain se présente »
Dans le noble appareil d^ane toge imposante > Le fameux. Tullius ; et , saisis de respect » Ces flots tumultueux tonUient à son^aspect*
Tullius Cicéron n'eut pas toujours^ il est vrai) le pouvoir àe runener le calme dans le Forum par l'aspect de sa toge^ ktatamment dans Taffaire de Milon; m^iâ on ne peut pa4 douter que le costume romain n'en imposât k la multitude beaucoup plus que ceux des peuples moderues^ Lisi gravitd^
de cet orateur y ajoutait beaucoup , et tons les commenta* teurs de Virgile assurent que ce poète emprunta d^un trait de la "vie de Cicëron , sa comparaison du dieu qui , dans le premier livre de Y Enéide, appaise les flots irrités, à un vieillard qui , par son seul aspect , calme tout-a-coup une |K>pula[ce en fureur.
^ ") PA6B t74yERs i5.
Dira'i-je les fureurs , dirai-je les désastres Qu^ont produits les débats des Yorks, des Lancastres? La rose aux deux couleuis écbaufiait les partis.
La rose blanche était la couleur de la maison, d'York , et la rouge celle des Lancastres. Tout le monde sait que ces deux factions remplirent TAngleterre de carnage et d'horleurs. Les ëchafauds étaient dressés sur le champ de bataille, et les prisonniers de guerre périssaient souvent par la main des bdurreaux. Ces discordes sanglantes durèrent près d'un aiècle. Elles avaient commencé vers Van 1400, entre les petits-fils d'Edouard III , Tun des plus grands rois qu'ait eus TÂngleterre. Henri , fils du duc de Lancastre , troisième fils d'Edouard III , s'empara du trône qui appartenait , par les droits du sang , à Edmont, duc de Clarence , qui des* cendait du second fils d'Edouard. Celui-ci transmit ses droits à sa fille, qui épousa Richard, duc d'York. Edouard IV, né de ce mariage, enleva la coturonne à Henri VI, le troisième souverain de la maison des Lancastres, et la perdit lui-méùie par l'imprudence qu'il eut d'outrager le £uneiix coipte de Warwick, son bienfaiteur et son ami. C'est k sujet de la tragédie de M. de La Harpe : mais l'histoire est «Itérée dws le dénouement; car le comte , après avoir, dé*
ironë celui qu'il avait fait roi , fut tué , Tannëe suivante ^ en :oiubattant contre lui. Edouard IV remonta sur le trône ^ )i!i son fils , âge de onze ans, lui succéda. Richard ^ duc de [ïlocester, oncle et tuteur du jeune prince , le fit enfermée sivec son fréro dans la tour de Londi'es , et usurpa la cou* conne après avoir &iit égorger ses deux nevejix. Il ne jouit pas long-temps du succès de son crime. Henri , comte de Richemont , dernier rejeton des Lancastres , ranima la rose TQuge^ et souleva le pays de Galles contre Tusurpateur. Les deux partis en vinrent aux mains dans les plaines de Bowâ^th 9 le aa août i485. Richard ^ au milieu du combat^ mit la couronne sur sa tête , comme pour avertir ses sol* dats qu^ils combattaient pour leur prince légitime contre un prince rebelle. Mais le lord Stanley, l'un de ses généraux , qui depuis long-temps voyait avec horreur cette couronne souillée par le meurtre et le parricide , trahit son indigue maître , et passa du côté des Lancastres avec les troupes qu'il commandait. Richard, voyant la bataille désespérée, ne voulut point survivre à sa ruine; il chercha et reçut dans les rangs ennemis une mort plus glorieuse quHl ne la mé^ ritait. Cette journée mit un terme aux malheurs dont la rose blanche et la rose rouge avaient accablé TAngleterre^ le comte de Richemont fut couronné sous le nom de Henri Vil, et, par son mariage avec Elisabeth, fille d'Edouard IV, il réunit enfin tous les droits des maisons de Lancastre et dTork. Il eut pour fils et pour successeur le fameux Henri VIII.
•') PA.CK 176, VBB8 3.
O yierge de Nanterre, et si douce et si bonne! Ton temple est usurpé , tes honneurs sont ^roscritsa,
igS NOTES
L'église de Sainte-Genevîève mëtamorpTiosëe en temple profane , sous le titre de Panthéon Français, au lîeu d'être consacrée à tous les dieux comme le panthéon d'Agrippa, devait, l'être à tous les grands hommes que la France a produits. On frémit encore en songeant de quelle manière elle a rempli cette destination. Les cénotaphes de deux écrivains célèbres sont les seuls monuments élevés dans ce temple dont le ridicule n'excite pas IMndignation. Au reste ^ on assure que l'église Sainte-Geneviève sera bientôt rendue au culte public , et purifiée , par des fêtes religieuses , des Saturnales de la révolution.
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La pucelle à Thcroig'ae a légué ses yertus.
Nom trop malheureusement fameux , pour qu^il soit nécessaire de faire sentir l'ironie amére de ce rapprochement. Cette femme est depuis long-temps détenue comime folle à la Salpétrière.
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Sa popularité n^en défend pas Henri.
Pendant long-temps l'œil de Fétranger a cherché vainement sur le pont*Neuf la statue ^ meilleur des princes. Du seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire.
Des brigands qui s'appelaient le peuple, avaient détruit ce beau monument de l'amour des Français et du ciseau de Jean de Boulogne 5 mais la mémoire de ce prince était horsj des atteintes du vandalisme. Sa statue a été relevée par l'héritier de son sceptre et de ses vertus, qui comme lui commande l'amour de ses sujets, la confiance et l'admiration de l'Europe.