‹ L'imagination: poëmeChapitre 2 sur 14 · BU CHANT CINQUIÈME · texte numérisé non relu

BU CHANT CINQUIÈME

O t»AOB 7i

Lit, poète dOjasâiCte cetinqmème chaiit à'célâ>i*er les artst Ursont le cuke de h nature \ son auteur ^ sourde unique et ^ constante de toutes les impressions qui anin^ent et embel-> lissent nôtre existence ^ nous a donné des organes propres à les recevoir j à nous les transmettre , et il a voulu que nos sens fussent susceptibles de se perfectionner ^ accordant ainsi au travail un prix assuré 4 à Thomme -une prérogative qui Ici distingue de tous les êtres , et en âtitlà merveille de la créa^ tion.

Les arts ne font pas le bonheur ^ parce quils ne sont pa« des vertus ) mais à eux seuls il est accordé d^assoupir les dou*» leurs : amis toujours fidèles ^ consolateurs assidus ^ ils ne délaissent point celui que tout abandonne ) ils suivent le prosorit f ils le protègent : au milieu des troubles et des cris de Faf&euse discorde j ils lui ménagent des moments de calme^ et parent son solitaire asile de leurs brillantes illusions 5 c'est la terre sacrée de Délos j dont l'accès était interdit aux fureurs de la guerre ^ et où l'on célébrait avec une paisible solennité les £ètes d'Apollon^ tandis qu<^ tous les autres Etaid

de la ùrice (étaient agites par les plus funestes dissensions ,

ou asservis par d'odieux tyrans. .

C'était au premier , au plus ancien de ces arts , à la divine poésie , qu'il appartenait de les célébrer tous j c'était au plus sincère , au meilleur des hommes , à chanter les plaisirs les plus vrais , les consolations les plus douces qu'il nous soit accordé 4p saisir dans le cours de notre rapide , et souvent si triste existence.

' ) PÀGB 7 , VERS 5.

l^oî , qu^après la bonté riiofnme chérit le mieux , Toi , qai naquis un jour du sourire des dieux , Beauté ! je te salue.

C'est à la beauté que devait s'adresser le premier hommage du poète; les arts n'ont d''autre but> d'autre ambition, que de la célébrer, et d'en reproduire les victorieux effets; ils| hii doivent tous leurs hommages ; elle seule les a créés , elle seule les inspire. Le philosophe, le poète , l'orateur, le sta-j tuaire, le peintre, le musicien, «s'efforcent à l'envi de proclamer son empire , d'emprunter sa puissance , et de noas Élire jouir de ses mystérieux accords : tous la célèl>rent dans leurs divers idiomes: tous desservent ses a|^els avec le| même zèle y et l'univers est son temple.

Produit des harmonies sans nombre que le Créateur al prodiguées dans toutes les oeuvres de sa volonté, ce sentiment du Beau, pris dans sa plus noble et vaste acception, peut être regardé comme une émanation delà divinité même. Le Beau^ synonyme du bon^ suivant Socrate et Platon , ce 'feau universel , moral et physique, r» ««Aoy, expression

qui n^a point d'équivalent dans notre langue , nW donc point une convention volontaire des hommes réunis en so;: ciété , et ne varie point avec les lieux , les temps et les mœurs } c'est une loi fondamentale de la nature , c'est une sorte de conscience de tous les instants , dont Taction cons-* tante et infinie s'exerce stir la chaîne entière de nos sensa-* tiens et de nos pensées.

La civilisation commença le joiu: où l'homme , qui jusque lànWait obéi qu'à un pouvoir toujours odieux, la force, reconnut un empire plus doux, se découvrit accessible à des impressions qui n'avaient jamais pénétré jusqu'à son cœur , et rendit enfin hommage à la beauté. L'influence de ce nouveau pouvoir changea bientôt les mœurs et les habitudes des sauya^s habitants de la terre. Chez les Grecs , les sensations se perfectionnèrent plus rapidement qu'ailleurs 5 leur langue s'enrichit en proportion , et finit par devenir la plus belle qu^il ait été accordé aux hommes de parler.

Obéissant à des inspirations plus profondes, et reconnaissant dans l'ordre admirable de l'univers , une influence suprême , cette nation essentiellement ingénieuse et passionnée penpla le monde de divinités , qu'elle para des qualités idéalisées de l'homme , et auxquMles elle attribua une nature supérieore. Pendant ce temps , les autres nations rendaient hommage à des animaux amis pu méqie ennemisderhomme^ à des monstres , finiit d'une imagination déréglée , ou adoptaient comme symbole de la divinité des êtres fantastiques y et dont il n'existait aucun type sur la terre. De pareils écarts d'imagination n'auraient pu prévaloir chez un peuple , dont Tadioirable organisation métamorphosait en juges éclairéâ-.

ceuTC-mémes qui n'ëtaîent guidés que pai* leurs sensàlîotis , et qui étaient formés pour tous les aVts , comme les musiciens de la simple nature , dont l'oreille délicate exige des accords et ressent le besoin d^une parfaite harmonie , sans poayoir rendre raison d'aucun de ses mystères.

En effet , ce qui assure aux Grecs une supériorîtë incon* testable sur les autres peuples , sous le rapport des arts y c^est que leur imagination, brillante de tout ce qu'il y a de grand et de beau dans la nature , ne fut jamais emportée au-delà des bornes du goût et des convenances,

La beauté physique conquit /il faut l'avouer, ime grande partie des hommages dus au Beau 5 mais placée dans les tem< pies , honorée dans les cérémonies , dans les jeux , sur les théâtres | elle devint une puissance religieuse et politique ; enfin , les philosophes , même les plus austères , ne cessèrent de présenter , dans leur doctrine , la parfaite harmonie des formes extérieures comme un pronostic assuré des qualités de l'ame y et une preuve manifeste de la prédilection des Dieux,

3) PAGE 8, YBBS I.

Plus ayeagle que moi , Milton fut moins à plaindre ; Ke pouvant plus te voir , il sqt encor te peindre.

On assure que les trois filles de Milton avaient coutume de chanter et d^ jouer de plusieurs instruments , pour exciter en lui cette inspiration presque divine , dont il parait souvent animé. Elles lui lisaient aussi des ouvrage^ en plusieurs langues mortes et vivantes , quoiqu'elles ne sussent l^e l'anglais.

Milton fîit un des hommes les plus extraordinaires de son

siède par la rëonion rare de ses talents littëraires. H se distingua de bonne heure par d'excellents vers anglais et latins » et par une vaste érudition f il possédait presque toutes le# langues mortes et les principales langues vivantes de TEurope } ce fut lui qui composa la plupart des pièces et mémoires diplomatiques adressés aux cours étrangères depuis la mort de Charles I*'. jusqu'à la restauration , et dans lesquels il a montré une grande &cilité et flexibilité de talent. Mais c'est le Paradis perdu qui mit le cpmbleà sa gloire et le plaça, à câté de Shakspeare , au haut du Parnasse anglais.

Sa conduite privée ne mérite aucun reproche* H parait avoir été ce qu W appelle communément un honune honnête. Il avait même des sentiments religieux trés«exaltés ; mais lea plus grandes vertus privées et la plus grande gloire littéraire ne doivent pas &ire oublier de grands crimea politiques, Milton ne participa point directement à l'assassinat de Charlei^ I'''^) mais cet aasassinat doit lui être imputé comme à ses auteurs , puisqu'il employa tous ses talents à le justifier. On connaît ses deux défenses de ce qu'il a osé appeler le peuple anglais , dont la preçiiière , servant de réfutation à la drfensio fiegis du célèbre Saumaise> est un monument de talent, de mauvaise foi çt de mauvais goût. Mais on n'a pas^ assez parlé d'un écrit précédent ^ dans lequel il pose en prin« cipe , comme le titre même Tannonce , que quiconque est investi du pouvoir , est juge des Rois et des magistrats ^ et a le droit de les déposer et même de les faire mettre à mortf théorie , je ne dis pas seulement si épouvantable y mais telle* meut absuide , que ses plus^ chwds partisans n'ont pas Qa& la défendre.

MiltOA fut mis en jugement lors de la restauration; mais ses. amis réussirent à le faire comprendre dans Tam^istie , et il fut seulement exclu des charges publiques.

Tout ce qu'on a dit de l'obscurité, dans laquelle le Paradis perdu resta plongé pendant très long -temps , • et sur l'indigence de l'auteur pendant sa vieillesse , ne mérite aucune confiance. Ce poème fit en effet peu de sensation lorsqu'il parut. Le nombre des lecteurs était alors très peu considérable 5 les sciences étaient encore reléguées dans les universités 5 ce n'était guère qu'à la cour que la littérature était cultivée. Or ^ on conçoit que le nom de Milton fut une mauvaise recommandation pour le nouveau poëme. Malgré les obstacles , il en fut vendu 1 3oo exemplaires pendant les deux premières années. Mais ce ne fut qu'après la révolution de 16889 quatorze ans après la mort de Milton , et surtout après les éloges qui en furent faits dans le Spectator^ qu il acquit toute la célébrité qu'il méritait. — ^Milton avait; essuyé des pertes considérables lors de la restauration. « Néanmoins, » il n'y a , dit Johnson , aucune raison de croire qu'il ait été » réduit à l'indigence. »

Le même Johnson, grand admirateur du génie de Milton , mais écrivain vertueux , juge la conduite politique de Milton avec une juste sévérité. « Le républicanisme de Milton, » dit'il , était , je le crains , fondé sur une haine envieuse » de la grandeur , et sur un désir d'indépendance , et une a pétulance qui ne supportaient aucune autorité , enfin sur » un orgueil qui dédaignait tout ce qui était au-dessus de 3» lui . U haïssait les monarques dans l'Etat et les^prélats dans » TEglise 9 car il haïssait tous ceux auxquels il avait à obéir.

n On peut croire qu'il cherchait plutôt à détruire qu^à,fon- » der , et qu'il ayait moins d'amour pour la liberté que de > répugnance pour Fautorité. »

Si Milton fut supérieur à Delille en génie , combien celui-ci lui a été supérieur comme citoyen ! Les qualités sociales de Delille sont trop connues , pour qu'il soit nécessaire d'en parler; mais qu'il me soit permis de rappeler ici , par opposition , son constant attachement aux plus pures doctrines , aux plus nobles sentiments , à la plus belle des causes. Mais hélas ! pourquoi le chantre de la Pitié , qui avait plusieurs fois bravé la tyrannie , a-t-il été enlevé au moment où la providence allait récompenser sa longue fidélité? Sans doute il avait mérité du eiel quelques jours de plus, cehi qui a £iit entendre de si éloquents soupirs sur les débris du trône et sur les tombes royales. Avec quel empressement ses^mis l'eussent porté au-devant du souverain chéri et des gënëreux princes rendus à nos vœux : ornement deleut* triomphe , et digne organe .de tous les cœurs français , il eût consacré ses derniers chants à célébrer leur fortuné retour et la fin de nos malheurs.

4) PAGE 89 VERS ils.

Au sein d'Aatiparos tu filtres goutte à goutte Tous ces glaçons d'albâtre , ornement de ta yoûte.

C'est dans le F^o/age pittoresque de la Grèce de M. de Choiseuil-Gouffier et dans le Voyage de Milady Craven , gu'il faut lire la description de cette ^otte magnifique.

» ^) PlGB 10 , VERS 2.

C'est FHôpital si par ^ sous le règne du crime...

Michel de FH^ital, chancelier de France^ ne en i5o5 , mort en 1673 , fut le modèle de Thonneur et de la vertu dans un temps où les guerres civiles et le fimatisme religieux ëtoufi&ient si souvent Tun et Fautve. Ni les fureurs do la ligue j ni la corruption de la cour , ne purent altérer sa mo* dëration et son intégrité. Il est trop connu pour qu'il soit nécessaire de rappeler à quel titre le poète présente ici ce caractère simple et sublima comme un exemple du beau moral*.

Cest KoU f du coup->d'œîl de rhomme yerto^ax, .Golmapt d'un peuple ému les flots tumultueux....

. Ce nom , Fnn des plus illustres de la magistrature fran" eaise , rappelle plusieurs hommes célèbres qui méritèrent également Thommage que M. DeliUe offre dans ces vers à Mathieu Mole» Edouard Mole , son père , était procureurgénéral du pariement de Paris pendant la ligue. Ce fut sur son rapport et sur ses conclusions , qu'en présence des ambassadeurs de Philippe II » et , pour ainsi dire y sous le poignard des Seize y le pai4ement rendit ce fameux arrêt par lequel il déclarait que ia couronne de France ne pou%Hiit passer ni à des femmes^ ni à des étrangers. Son fils , Mathieu Mole ( dont il est ici question ) , fiit premier président pendant les troubles de la fronde , et fit paraître avec le même éclat la grandeur d'ame , la fidélité , le désintéressement et le coul*age héréditaires dans sa maison. Une populace furieuse était i^ttroupée devant son hôtel , et manifestait , par des cris de rage , le projet d'assassiner cet incorruptible magistrat. Il en Ht ouvrir les portes , en disant que la maison du premier

f rendent devait être ouiferie à tout le mondes alors se mon» trant à ces furieux , qui Tomissaient les plus terribles menaces contre lui , il leur déclara quHl les feraient pendre , s'ils ne se retiraient sur*le-champ, et ils se retirèrent.

CVst cette audacieuse intrépidité , dont il ayait donné plu» sieurs exemples , qui a &it dire au cardinal de Retz : « Si ce s n'était pas un blasphème d'avancer que quelqu'un ait été 3D plus brave que le grand Condé , je dirais que c'est Mathieu Mole, » Cet homme illustre mourut garde •* des -sceaux eA i656 , laissant à ses fils un exemple mémorable qui a été fidèlement suivi,

La magistrature jQrançaise a été illustrée par plusieurs personnages également distingués par leur intrépidité et leur fidélité , sans parler de ceux qui , n'ayant pas eu les mêmes occasions de déployer un pareil courage , ont fiiit admirer de grands talents et de grandes vertus. Je né puis m'empécher de nommer le plus grand peut-étre de tous ceux qui ont , en des temps orageux , défendu avec un égal courage les droits du trône et les droits du peuple, toujours inséparables , cet Achille de Harlay , proférant ces paroles immortelles : » C'est » une honte , monsieur , que le valet mette le maître horg » de la maison : au reste , mon ame est à Dieu , mon cœur » au Roi ) et quant à mon corps , je l'abandonne , s'il le « iaut , aux méchants qui désolent ce royaume. » Et à qui , s'adressait cette noble et énergique profession de foi ? Au i^edoutable duc de Guise , arbitre menaçant de la vie du ma-< gistrat, maître de Paris, de la France presqu'entière , et déjà parvenu , à l'aide d'une faction toute puissante , sur lea marches du trône où il semblait près de s'asseoir»

6o NOTES

7) PAGE XO, YKRS 7.

C'est Grillon.... .

Henri I Y fit peu de choses pour la fortune de CriUon ; mais il s en justifia par ces paroles , qui suffisent à la gloire de ce guerrier célèbre : « J'étais assuré du brave Grillon , et » j'avais à gagner ceux qui me persécutaient. »

^) PAGS i3, vsas 4*

O prodige ! loog-temps dans sa masse grossière Un vil bloc enferma le dieu de la lamière.

L'art commande , et d'un marbre Apollon est sorti ; Son €01 a vu le mpnstre , et le trait est parti...

« De toutes les statues antiques , dit Winkelmann , qui % ont échappé à la fureur des barbares et à la puissance du .3» temps y la statue d'Apollon est sans contredit la plus sul» blime. L'artiste a composé cet ouvrage sur l'idéal , et n'a » employé de matière que ce qu'il lui en Êillait pour exé- » cuter et représenter son idée. Autant la description qu'Ho- » mère a donnée d'Apollon surpasse les descriptions qu'en a> ont fûtes après lui les poètes , autant cette figure l'emporte » sur toutes les figures de ce même Dieu. Sa taille est au- » dessus de celle de Fhomme , et son attitude respire la ma- ;» jesté. Un étemel printemps , tel que celui qui régne dans 3> les champs fortunés de l'Elysée , revêt son beau corps » d'une aimable jeunesse , et brille avec douceur sur la fière » structure de ses membres. Pour sentir tout le mérite de ce » chef-d'œuvre de Fart , tâchez de pénétrer dans IVmpire . « d^s beautés incorporelles , et devenez y s'il se peut , créateur » d'une nature céleste j car il n y a rien ici de mortel ,. rieu

DU GHiiNT V. 6l

> qui soit Sttjelaax besoins de rhumanité. Ce corps n'est ni » échauffe par des veines , ni agite par des ner& ;. un esprit » céleste cireuk comme une douce yapeur dans tous les con- » tours de cette figure admirable. Ce Dieu a poursuivi Pi- » ihoti^ contre lequel il a tendu pour la première fois son c arc redoutable : dans sa coulrse rapide il Fa atteint et lui a ' 3> porté le co.up mortel. De la hauteur de sa joie son auguste » regardpénètre comme dans Tinfini , et s'étend bien au-delà » de sa victoire. Le dédain siège sur ses lèvres , rin4ignation » qu'il respire gonfle ses narines et monte jusqu'à ses sour- » cils ; mais une paix inaltérable est empreinte sur son front, » et son œil e^t plein de douceur, comme s'il était au milieu des « muses empressées aie carresser. La grandeur avec laquelle » le père des dieux se manifesta à Tintelligence du divin « poète , ne se retrouve dans aucune des figures qui nous » restent de lui , i un degré aussi éminent que dans les » traits que vous ofi&e ici son fils ; les beautés individuelles » lie tous les autres dieux sont réunies dans cette figuie 9 comme dans celle de Pandore. Ce fit>nt est le front de » Jupiter renfermant la déesse de la sagesse ; ces sourcils , » par leur mouvement , annoncent sa volonté } ce sont les » grands yeux de la reine des déesses , et sa bouche est j> la bouche même qui inspirait la volupté au beau Bran- 4 chus. Semblable aux tendres rejetons du pampre , sa belle 3> chevelure flotte autour de sa tête , comme si elle était » légèrement agitée par l'haleine du zéphyr. Elle semblç » parfiimée de l'essence des dieux et attachée négligem- }> ment an haut de sa tête par la main des Grâces. A l'aspect » de ce cHef-d'œuvre j'oublie tout l'univers : je prends moi-

6i NôfËS

m même utiê attitude noble pour le contempler arec dignit^j « De raamiration je passe à Textase ) )e sens ma poitrine qui » se dilate et s'ëlève , comme réprouvent ceux qui sont rem* » plis de Tesprit de prophéties ; fe suis transporté & Dëlos et 9 dans les bois sacrés de la Lycie ^ lieux qu^ApoUcm bono^ » rait de sa présence : car la figure que f ai sous les yeux .» parait recevoir le mouvement ^ comme le reçut )a^s la ' 9 beauté qu^enlGintà le cisieau de Pigmalien. Mais comment n te décrire , chef-d^œuvre iniknitable? U&udrait^ pour cela, » que Tart même daignât mMnspirer et conduire ma ^ume. » Les traits que je viens de crayonner , \e les dépose à tes 9» pieds : ainsi ceux qui né pouvant atteindre jusqu^à la tête » de la divinité quHls adoraient, mettaient à ses pieds les guir- « landes dont ils voulaient la couronner. » ( Wink^lmank , Histoire île Part chez tes andms, îom. III , liv. 6, ch. 6.)

9) Pi.GE l4 9 TBRS 20«

Oest toi que j^en atteste , O divin Raphaël , dô&t le pinceau céleste *

Osa représenter , par ub sublime essor.

Le Girist transfiguré sor le mont «te Tabor !

Le tableau de ta Transfiguration passe pour le ckefîd^œuvre dW peintre qui n'a &it que des chefs-d'œuvre , et qu'une mort prématurée a seule empêcha , peut-^être , d'atteindre à cette perfection qui semble interdiKîi à la main des liommes. On aait que Rapliaël destinait son ouvrage à Fran^ içois I^'., dont' les bienfaits allaient dans toute TEnrope chercher la reconnaissance des talents. La cotir de Rome ne voulut point accomplir la demiête volonté de Baphaëlj niais elle ordonna que le tableau de là Transfiguration serait

DU CHANt V. 63

porte en pompe à ses funérailles. Nous ayons vu an salon un tableau représentant la mort de Raphaël : le peintre démarque arec beaucoup d^expression et de vérité le deuil que ce triste éyènement répandit dans les arts, dans les lettres, et parmi les personnages les plus illustres de la cour de Léon X. Le tableau de la Transfiguration^ placé dans le lointain , rappelle les honnenirs funèbres qui furent rendus à son auteur. Cette composition ingénieuse est de M. Moncîan , qui a £sdt pour les éditeurs de ce poème un dessin représentant aus^i les derniers moments de Raphaël , tels que lès a exprimés M. Delille, et dans une situation peut-être plus intéressante et plus pittoresque que le tableau dont je viens de

«>) »A«B i5 , viu ft.

Ah ! ieune infoitané , digne d^oB lueillear soct , Hâte-toi , le temps fuit , achève ton ouyrage ! Si le destin sévère épargne ton jeune âge , Tu seras Raphaël !

On aime a reconnaître ici ces vers admirables de Vii|[ile , qui arrachèrent des larmes au maître du monde , et firent évanouir Octavie de saisissement et de douleur. Elle té-* moigna sa reconnaissance et son admiration au poète , en lui faisant compter dix grands sesterces pour chaque vers ( environ 32,5oo firancs). Au reste, il n'y a de ressemblance entre le jeune MarceUus et Raphaël que celle d^uue fin prématurée j et j^ose croire que rimitation de ce morceau célèbre pourrait êtte placée plus heureusement. 2\i * MarceUus eris rappelait nn des plus illustres àieux du jeune prince , Marcus Clau&us Marcellus , surnommé TEpée do JRomèp qui fut cinq fois consul , et qui périt en combattant

contre Annibal , après avoir gagne deux batailles. Çest à ce grand honune que Yirgile Élisait allusion : ce sont les mêmes triomplies q[u'il promet au fils d'Octayie , sll peut vaincre sa destinée. Tu seras Raphaël na ni le même intérêt » ni le même sens. Ici les regrets du poète portent sur le tableau qui reste impar&it^ nriais Raphaël n'avait pas besoin de vivre davantage pour être lui-même , encore moins pour égaler les artistes qui Tavaient précédé : il a même vécu assez, pour servir à jamais de modèle à ceux qui sont venus et qui viendront après lui.

Au reste , nous croyons pouvoir adopter ici la conjecture d'un des amis les plus distingués de M. Delille , qui pieuse que ces vers furent destinés d'abord à un artiste trop tôt enlevé aux arts , au jeune Drouais , mort à Rome en 1790 , et qu ils serbnt rentrés dans ce beau morceau , en quelque sprte y à Tinsu de l'auteur , qui , privé de la vue , ne pouvait pas , toujours revoir Tensemble de ses productions > et en lier les diverses pairies autant qu'il eût été à désirer. I

") PAGE 16 , yER8 a. 1

Miûs le temps ne peut rien sur les yers du poète , :

Et dans le Vatican , par le temps outragés ,

Les traits de Raphaël périssent négligés ! i

Il est ici question de ces fameuses salles ( Stanze) du Va' l tican , où Raphaël a peint la batailU de Constantù}^ W- . liodore chassé du Temple^ V école d Athènes ^ Saint-Pierre sortant de prison^ et autres firesques qui ont le plus contri- 1 bué à lui assurer la réputation colossale dont il jouit. Ces chefs-d'œuvre ont déjà beaucoup souffert des injures du

temps y et n'ont fts été conserves a^ec les soins rdîgieux qu'ils méritaient.

") »AGB aa 9 TBms 6.

Le ciel semble eppayé aur sa y taie rotonde » De sa hautear sacrée elle commande an monde..

n n'y- a pins rien à dire sur cet édifice , qui est peut* être le prodige de Uaiehitecture ancienne et moderne j et qui y k rextérienr^ et surtout à rintérieur> produit, au uremier coup-d'œil, un effet extaiordinaire, quelle que soit Tidée qu'on s'en est formée d'ayance. On ne sait ce qu'on doit ad* mirer le plus , ou de la hardiesse de ce Panthéon élevé dans les airs y ou des belles jucoportions qui régnent dans tous les détails. Si quelque grec ou romain reparaissait en Europe, parmi les ouvrages sortis des mains des hommes , l'église de Saint* Pierre serait probablement un de ceux qui lui cause* .raient le plus grand étonnement.

Toutefois , la magnificence de ce monument n'est peut* être pas égalée par sa solidité , et il est ficheux que Blâmante et M ichetAnge aient ignoré , ou aient négligé d'appliquer à lenr ouvrage le procédé employé , dix siècles auparavant , pour la coupole de l'église de Sainte^Sophie. Cet édifice , par son ingénieuse construction , a constamment résisté aux nom* bréux et terribles tremblements de terre, qui, à diverses époques, renversèrant la ville de Constantinople. Tandis que le d6me de Saint-Pierre écrase ses énormes fondements , et s'entrWvre , vaincu par sa propre solidité , celui de Sainte- Sophie résiste par la légèreté même des matériaux dont il est formé; les historiens du temps nous> a*pprennent que cette vaste coupole est construite de pierres- ponces réunies

66 NOTEi

par im ciment yetsé avec abondance , et ^i , pënétranl cei pierres poreuses, forme, par leur^adhérence et sa ténacité , nne voûte entière d^une seule pierre. Conservant une légèreté , que par tout autre moyen il serait impossible d^obte^ nir , cettp voûte ne fait aucun efSort latéral , et ne pèse même que men faiblement sur les pilliers qui la soutiennent j elle est inébranlable , précisément parce qu'elle est légère^

. Gu^és par ce principe^ les anciens ont quelquefois sup« [^éé les pierres-ponces par le plus ingénieux moyen ^ en leur substituant des pots ou caisses de terre cuite successivement engrenés , et que joint et recouvre une couche de mortier. Ce procédé a été récemmem essayé avec succès à Paris : appliqué au dôme de Sainte«Greneviâve^ il eût épargné tout à la fois plusieurs Aiillions , de longues disputes , des craintes très Ibndées , et enfin les nouvelles constructicms qu'a exigées la sûreté de l'édifice. . .

>3) P«B aa^ TIRS i&.

O toi deTamitiè le plus parfait modèle > Respectable Ledouxl artiste citoyen.

ficdoux^ célèbre architecte , était un homme de parfaite | probité , qui raina ceux dont il obtint la confiance , et un artiste distingué , que son imagination trop ardente jeta dans j de perpétuels écarts. U avait été chargé de construire autour de Paris. une longue muraille destinée à diminuer les abus ! de la contrebande , qui se faisait par trop Êicilement sous ime indulgente administration. Cette enceinte assurait une •augmentation de revenu au gouvernement. Les fermiers^é- j aéraux en firent les frais , et consentirent généreusement à supporter aussi ceux des monuments dont Ledoux ambition-. 1

uait dVnricliir les nombreoses portes de te capitale. Ces petits ^îfices sont presque tous sans aucune utilité ; mais il en est plusieurs qui font grand honneur au goût de rarûste%

Ce succès Fencouragea à suivre avec plus d'ardeur que jamais le projet qui, depuis sa jeunesse > absorbait toute la chaleur de sa tête 5 et il ne cessa de perfectionner les plans d'une ville imaginaire , dans laquelle se seraient trouvés réu* . nis , et placés dans les rappcMrts les plus convenables , tousjes monuments destinés à Futilité ou aux plaisirs des habitants, . temples > palais » académies , théâtres, manufactures > bains publics , etc. : c'était une véritable utopie d'architecturç , et ce travail aurait dû être dédié à la république de Platon. Il n'eût fidlu , pour l'exécuter , que plusieurs milliards et quelques siècles de pait , avec un zèle toujours soutenu de génération en génération } rien à0 tout cela n^embarrassait Ledoux; et dans son enthousiasme » il ne se permettait même pas de perdre son temps à écouter de si puériles objections.

U avaii autrefois présenté ses ptemiers dessins à Turgot » qui avttit poliment loué son talents L'artiste s'était aussitôt persuadé que le ministre ^ sans vouloir s expliquer plus clai* rement ^ adoptait son projet , et qu'on, ne tarderait pas à jeter hs fondements de sa ville. Il n a jamais attribué la prompto disgrâce de Turgot qu'à la noire envie des artistes ses pro* près rivaux , trop irrités de la gloire dont ce ministre éclairé allait lui firajer le chemin. Rousseau n'est-il pas mort persuadé que le Roi de France n'avait conquis la Corse que pour l'empêcher, lui, philosophe ^ de devenir le Ljcurgue dm cette nouvelle Sparte » qui deiaaandait des lois à sa sagesse 7

La rie entière de Thonnéte Ledoux fut consacrée k ce r^e brillant , qui lui a procure , sans doute , quelques instants ^ bonheur , et qui , du moins , n'a nui au repos de personne, n fut digne , par les qualités de son co&ur , de Testime «que lui témoigne ici M. Delille ji on pouvait Tavoir pour ami; il fiillait seulement , quelle que fut sa probité , quel que filit son talent, ne Tavoir pas pour architecte. Cest lui qui a construit si dispendîeusement la maison placée à Vextrémité âelarue d'Artois , où, pour rendre sa composition plus pittoresque^ il a crensé xm précipice au milieu de la cour , et dont la porte , disait le marquis de Caraccioli , semble une grande bouche qui s'ouvre fastueusement pour dire une

«ottise«

x4) PAGB a4» '^^^^ 19* ^u'en vers pleins de bon sens , et quelquefois de §race , Boileaa dicte en détail Ifes règles du Parnasse ; Le sublime idéal seul m^occupe aujoard'hui.

B ne sagit ici que de Pjirt poétique^ ouvrage écrit sous la dictée du bon sens par le goût le plus sévère et le plus pur. Sous ce rapport^ il n'appartient point à l'imagination, ce qui ne prouve rien contre celle du poète qui a fait le Lu* | trin j ou plutôt ce qui prouve que les grands, écrivains ne | s'écartent, jamais du caractère et des convenances de leur su- 1 )el. Cette observation serait inutile, si , pour &ire une injuie égale à Boileau et à M. Delille , on n'avait accusé le traducteur de Virgile de ne pas admirer le législateur du Parnasse | et s'il ne fallait pas ôter à la malveillance l'inépuisable n source des fausses interprétations. Tous ceux qui sont ei Aài d'apprécier les vers de M. Delille , n'ont pas besoin d'aj l^endi^e qu'il n'y a point d'auteur français qu'il ait étudia

qae Boileau y m dont il estime davantage la versification.^ Ils en trouvent la preuve dans ses ouvrages , oh d'ailleurs il a dépose cent fois le tribut de son admiration éclairée pour le poète de la raison , et entr'autres dans ce même chant-

Salut ! toi , le plus cher de tous ses favoris.^ Vieil Homère , salut !

Le règne des arts de la Grèce , ainsi que lliistofre un: peu certaine de ses habitants , commence pour nous à Homère ; mais d'autres avaient y avant lui y chanté les exploits d'un peuple guerrier , sorti des forêts de la Thrace pour s*éiablir ' sous un ciel qui lui promettait des jouissances inconnues; et plus récemment encore , les exploits des Grecs , devant nion , avaient inspiré quelques anciens poètes dont lesi accents charmaient des instants de loisir y ou excitaient à de nouveaux combats.

Nous ne pouvons même douter que ces enfants d'Apollon f dont les noms seuls nous ont été conservés y, n'eussent déjà porté Tart à un assez haut degré de perfection , puisqu'ils avaient formé des auditeurs capables de sentir les grandes beautés de V Iliade ; c'est le talent d'Homère qui dépose en iaveur de ceux qui lui avaient frayé la route ; on ne £ait point de beaux vers , là , où ils ne pourraient être appréciés» Toutefois y il est probable que les productions d'Orphée , de Linus y de Musée y n'étaient que des hymnes de peu d'étendue, ou des relations versifiées assez semblables y peut-être^ aux romances et aux complaintes de nos troubadours y rêve-* liant de leurs expéditions d'outre-mer. Quoi qu'il en soit ^ Homère suipassa^ sans doute , tons ses prédécesseurs^ em

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enfantant Yïiée d'un grand ouvragé ^ dont toutes les parties concourraient à un but unique , et sembletviient naître du fond du sujet ; où tous les personnages en action ofiS-iraient des caractères opposes , constamment soutenus , et qui , par la richesse des conti*astes et la variété des incidents , formeraient un drame complet avec son exposition , son nœud et son dénouement : principe générateur , avec lequel nous sommes aujourd'hui familiarisés , comme avec les merveilles de la création , mais qui n'a pu naître que dans la tête h plus fortement organisée.

Maximus Iltacae gentis certamina vates.

Et quinquaginta regum regemque patremqiié^ * Hectoreanique facem, tutamque sub Hectore Trojam'j^ Erroremque ducîs totidem quot vixerat annis lastantis Pelago , geminataque Pergama ponte Qre tocro cecinit; patriam cui Gr«cia septeia Dum dabat eripuit : cujusque ex ore profusos OmDis posteritas calices in carmina duxit , Amnemque in tenues ausa est deducere moa Unias fœcunda bonis. ( Manil. }

ïfi) PAGE 33, VERS i3.

Bouchardon des héros t'empruntait les modèles...» On connaît le mot de ce sculpteur célèbre : quand je lis Homère y disait-il , il me semble que les hommes ont dis pieds de haut.

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