‹ L'imagination: poëmeChapitre 3 sur 14 · PAGE 33, VERS · texte numérisé non relu

PAGE 33, VERS

Ta muse à Bossuet prêta souvent ses ailes....

On a dit que Bossuetlisait beaucoup Homère et queriD9a> gination du père des poètes enflammait souvent la sienne. Je croirais plutôt que ces deux ^ ands génies avaient y par la nature» des traits qui leur étai^t communs^ et par la reli'

gion des Inspirations différentes. Bossnet empruntait au christianisme je- ne sais quel caractère imposant et divin | on sent qu^il était rempli de l'éloquence des livres sacrés. On la reconnaît dans son Ifiscours sur Phistoire universelle et dans ses Oraisons funèbres. Mais il semble que l'idée d'Homère se mêle nécessairement à tout ce qui est majestueux et sublime

Au reste , la teinte homérique , que Ton a cru remarquer dans le style de Bossuet , pourrait bien lui être parvenue de la seconde main par les pères de TÉglise , dont il sut si bien s'approprier la forte dialectique et l'imposante éloquence , et qui avaient souvent emprunté du chantre des fiibuleuses divinités , les moyens de fiiire triompher la cause de l'Eter- Bel. D^un autre côté , des savants très éclairés ont cru que le poète grec avait eu connaissance des livres saints. Si cela était vrai , les pères de l'Église , et après eux i Bossuet, n'au^ raient fait que reprendre leur bien,

»«) VJMK 36, YÏR8 14.

Sbit qu^anz portes da gouffre où rigne là yengeanc&> U écrive ces mots : ]|ci , plus D^Espé^AircB.....

C'est la fiuneuse inscription de la porte d'enfer :.

« Per me si vk nella città dolente :

n Per me si va ueJl' eterno dolore :

> Per me si yk tra ]a perduta gente. .

» Giustitia mosse'I mio alto fattore : . ,

» Fecemi la divina potestate ;

» La somma sapienza , eU prim' amore^.

1» Dinanzi a me non fur cose create

> Se non eterne ; et io eterno duro ;

» liassat' o§ni speranza , voi che' ntrate. » {Jnfemof cli. iii]

7â NOTES

« C'est moi qai vis tomber les légions rebelles ; » C'est moi qui vois passer les races criminelles y '

» Cest par moi qu'on arrive aux douleurs éternelles, 9 La main qui fit les cieux posa mes fondements ; 31 J'ai dé l'homme «t du jour précédé la naissance ,

» Et je dure au-delà des temps. ^ » Entre , qui que tu sois , et laisse l'espérance. »

( Trad. de Rivarol. )

'< C^tte imitation rend trés-ÊLiUement Tharmonie sonrde , et Be conserve nullement les formes pittoresques de Voriginal j elle est bien loin de sati.<faire l'oreille et le goût de ceux qui connaisisent la poésie italienne, ce qui est beaucoup plus rare que d'entendre et de parler la langue vulgaire de l'Italie ; mais elle suffît pour donner une idée de ce passage du Dante, regardé partout comme le modèle d'une précision ei&ayante et d'un sublime profoiid et ténébreux 9 comme le sujet de son poëme.

Je profite avec empressement de cette occasion de parler d'uùe autre traduction du Dante , accompagnée dç commen* taires , par M. de GourbîUon , qui Ta annoncée au public , il y a quelques années. Les passages qu'il en a lus à ses amis , ne peuvent que donner une opinion très avantageuse de l'ouvrage. La langue française a produit une aussi grande quantité de chefs-d'œuvre poétiques originaux , qu^aucun autre de * FEurope 5 mais elle est bien éloignée de posséder la ftèxibilitë nécessaire pour s'approprier les beautés des autres langues , ce qui est éminemment le partage de la langue allemande. M. de GourbîUon obtiendra peut-être dans ce genre tout le succès qu'il est permis à la langue française d'espérer.

>9) PAC! 41 > vtM ai.

O Voltaire ! eoafelnen ton aort fîit moina henraiix ! Ton anjet , un peu triste , est trop près de noa yeux , Trop Yoisin de nos tempa.

Le si:qet de la Senriade n^est pas triste : cW Henri IV conquërant son royaume sur ses sujets révoltes. Il y a dans ce sujet de la yariëtë , de la grandeur , un intérêt vraiment national, et ce n'est pas un choix malheureux que celui dW héros dont le nom sev\ consacre un ouvrage. On a reproché plus }ust^nent i ce pdëme Timperfection du plan , la sécheresse des détails , Tabsence du merveilleux ; peut-être , en effet , comme 1 observe M. Delille , la cause principale de ces dé&uts reconnus , c'est que la sujet est trop près de nas yeux. JLes fictions épiques tiennent certainement trop peu de place dans la Hçnriade. Des hommes d^un goût sévère ont pensé qu elles s^aocoideraient mal iivec la gravité d'un sujet historique et récent. La distance des temps et des lieux , Tesprit de son siéde et le caractère de sa religion , permettent .au poète plus ou moins dans ce genre } et sans doute on n^aurait souffert dans la Henriade ni les prodiges de la fable, ni les enchantements de la féerie. Mais quoique Boileau pa~ raisse d'un avis contraire , des critiques célèbres ont jugé le christianisme très susceptible d'une espèce de merveilleux , que Voltaire a mis en œuvre avec un grand succès , dans la belle fiction du Fanatisme sortant des enfers , sous les traits de Guise ', pour exciter Jacques Clément au parricide , et lui remettre le poignard qui doit frapper Henri III. La Harpe croit que ce merveilleux pouvait figurer plus souvent dans la Henriade , et qu'il n'aurait blessé ni la raison , ni les convenances du sujet. Cet écrivain a discuté , dans son L/cée^

arec tout le talent cpiUl avait pour la critique lîtiëraîre > le*, beautés et les défauts de ce poëme : il n'en a jamais condamné le sujet. Ses observations , ^i mWt paru frappantes de vérité , sont restées sans répliqué , et j'y renvoie les lecteurs qtii auraient encore besoin d'être convaincus.

^) PAGE 49 » ▼BAS lO.

Un anifts de lambeaux et de sales chiffons ^ Éternise l'esprit des Plines , des Buffons ;. Par eux le goût circule , et , plus prompte qu^Éole y L'instruction voyage et le sentiment yole.

Dans Vun de ces nombreux ouvrages échappés à la vfeil* lesse de Voltaire y qui accusent aujourd'hui sa mémoire ^ sans^^ avoir augmenté sa renommée, on trouve aussi des vers sur le papier qui méritent d^tre remarqués. Ce sont les seuls qu'on ait retenus delà Guerre de Genève. Peut-être sera-t-on bien aise de les comparer à ceux de M. Delille sur le même sujet.

Tout ce fatras fut du chanvre en son temps ;

Linge il devint par Fart des tisserands ^

Puis en lambeaux des pilons le pressèrent ;

Il fut papier. Vingt têtes à Tenvers

De visions k Penvi le chargèrent.

Puis on le bride ^ il vole dans les airs 'y

Il est fumée aussi bien que la gloire :

De nos travaux voilà queUe est l'histoire^

Tout est fumée , et tout nous fait sentit

<Ie grand néant qui va nous engloutir. ^

Ces vers sont excellents , dit La Harpe ^ la rapidité de cettt transition inattendue , il est fumée , aussi bien que la gloire y est admirable. M. Delille , bien digne de soutenir la comparaison , a mis dans ses vers des images et des pensées différentes , mais également vraies , telles que la natyre de sou ouvrage devait les lui inspirer. C'est ainsi que deux grands; ^rivains se rencontrent , traitent le même sujet ,. et conservent le caractère particulier de leur talent. ^

IPOËME.

GHANT SIXIÈME.

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