FIN DU SIXIÈME CHANT
I) PAGE 769 ySM 7,
Et comme Raphaël noas a peint les Amoorsy Caressant toi|r à tour ou battant leur chimère , Ce que font ces enfans , la raison doit le faire.
Allusion à ces jolies arabesques , 011 Ton voit des amoura montés sur des chitnères j les uns les battent,' les autres le$ caressent et les couronnent de fleurs. On a retrouvé de^ images semblables dans quelques peiitfures antiques des Baina de Titus à Rome, dans celles d^Herculanum, et dans d'autres endroits. Plusieurs savants ont fait de profondes recherchesh pour expliquer le sens allégorique de ces peintures , qui nei sont peut-être qu'un caprice de l'art et un jeu de rimagi-t nation.
») ?ACB 78, VEms a3.
Du festin de la yie , où Fadmirent les dieux , Ayant goûté long-temps les mets délicieux , Conyiye satisfait, sans regret, sans enyie, 3^il ne yit pas , du moins il assiste à la yie.
On reconnaît ici cette pensée si philosophique de Lucrèce :
cur non, ut vitce plenus conviva^ recedis? qui a été tra«
duite plusieurs fois et d une manière à peu prés semblabk^
parce que Tidée et Texpression sont données par le poète
latin,
Tant le ciel entretient la douce illusion !
Dans V Art poétique d^Horace ,et dans celui de Boileau y les quatre âges de Tlxomme sont considères sous le rapport dramatique , et peints avec les modifications que le même caractère éprouve aux différentes époques de la vie. Ici , le i poète n'envisage le même sujet que dans ses rapports avec ; l'imagination , dont il veut diriger Finfluence par les conseils, de la morale et de la raison. Personne ne soupçonnera Delille d'avoir voulu re&ire les tableaux de deux grande maîtres > dont il est lui-même Tadmirateur le plus éclairé^ mais il entrait dans le plan de son poème 4^ présenter ces mêmes tableaux sou& un point de vue différent » et de prouver que I les plaisirs de l'imagination appartiennent à tous les âges >. ' conoone à toutes les situations de la vie,.
4) PAGE 80, YKRS 5.
Du Sauvage y diUon, l'ayide imprévoyance Quelquefois coupe Farbre , avec lui respérancOb « Voilà le despotisme , » a dit un grand auteur.
G est le mot si souvent cité de Montesquieu : « Quand » les sauvages du Canada veulent avoir le fruit ^ ils coupent ^l'arbre au pied : voilà le despotisme, n^
5) pxGB 91 , VIRS x5.
lÀ haat sur la colline il est assis, peut-être.
Pour saisir , le premier , le rayon qui y* naître. ^
Ces Ters et les suivants rappellent un passage de TÉlëgie de Gray sur nn cimetière de campagne :
Haply gome hoary-beaded swain may say :
« Qft haye ve seen him at the peep of dawn, « Brushing with hasty steps the dews away , 3» To meet the sun upon the upland lawn.
» His listless leogth at noon-tide would be stretch^ » And pore upon the brook that babbles by.
^) PAGBgti, VBas i;i.
Le vieillard qui s^ëteint , l'enfant simple et timide Qui ne sait pas encor ce que c'est qu'an perfide....
Yoyeàs, dans les Confessions de J.^J, Rousseau j, les inquiétudes que lui causèrent un vieil invalide et tin jeune en&nt, qu'il ne retrouva plus dans la promenade où il avait coutume de les rencontrer , et quHl croj^ait conspirer avec ses ennemis.
1) PAGsga, TERs i3.
Son h6te , son parent, son ami lui font peur.
Ï.-J. Rousseau fut, en effet, le modèle et la victime de . cette défiance continuelle qui empoisonne les plus douces affections , et dénature les procédés les plus généreux. On connaît sa conduite et ses étranges accusations contré Hume. Presque tous ceux qui avaient eu quelque part à son intimité, éprouvèrent plus ou moins les effets de sa misantropie ; et
M, du Peyrou lui-même , qu'il se plut long-temps â appeler
Vhôte de son cœur^ finit par 4evenir Vobîet de ses ipjurieiix
(Qupçonsi,
S) PAGE 93, VBAS 14*
Tout son cœur s'épouvante au ndm de bienfaitèui^ .Voyez note i5.
, 9) PAGE 94 , TER s l6.
Je sais qu^aux bords du Nil un solennel usage 9 De la mort aux festins associait IHmage.
Les Égyptiens, diaprés le récit d'B[ërodote , faisaient ap« porter , selon l'expression de Montaigne , une grande imagede la mort j au milieu de leur repas j par un esclave qui disait : « Bois et rëjouis-toi , car la mort te rendra, tel ! »
Notre poète piféfèrç les strophes anacrëontiques., dans lesquelles Horace, après -avoir chante Bacchus et Glycère , nous montre la, mort , mais comnie au milieu d'un nuage , çt moins pour nous ef&ayer ou nous préparer" à. son approche , que pour nous engage à profiter du peu de moments qu'elle nous laisse. Qu'il nous soit permis de rappeler, comnie o^d)re à ces tableattjfc , le spectacle du sang et de la mort , que les Sybarites de Rome mêlaient souyçnjt aux [ouis-^ liances de l^a table ^
Quin eti^.m exhilarare viris conyiyia caed»
Mosolim^ et miscere epulis spectacula dira Certantum fervo , sspe et super ipsa cadentun^ Pocula , respersis non p^uço sanguine mensis.
( SiLius Italic. , lib. XI. )
X^s, inçtitutions morales, et politiques des {égyptiens, ojjâ
DU CHANÏ Vî. tdSi
fÈté l'ob}et de beaucoup de critiques ; fnais il est permis de croire qu'ayec tous leurs défiiuts > ils valaient encore mieux ^ et étaient considérés en masse > plus heureux que les Ro-* mains du siècle d^Auguste. On ne parle que de la paix qu'An* guste donna au inonde , des réunions chez Mécène , et des beaux génies qui signalèrent cette époque ; mais on oublie les suites de tant de proscriptions et de calamités de tout genre , les haines^ les jalousies , les dissensions de famille ^ si élés^treuses pour les contemporains ; et nos yeux glissent sur le tableau de cette profonde dépravation , de cette bas*sesse générale , quii , plus tard\ firent Supporter patiemment AUX Romains Tibère , Caligùla et Néron, '
(*0 PAGE qS, VEM i4.
Cher Montagne, pardonne ^ Ah\ qaels tristes conseils ta sagesse nous donne! Que la mort , disais-t» sur un ton moins chagrîn ^ Me trouve oublieux d^nUe et'bcchant ibon jardin !
« Je veux qu^on agisse , et qu^on allonge les offices de la B vie tant qu'on peut , et que la mort me trouve plantant med j> choux, mais nonchallant dVUe, et encore plus de mont « jardin imparfait. » {Essais , liv. 1. , chap. 19. )
") PÀGB 969 viM a.
Chaque Jour tu sens moins la beauté des couleurs , Les charmes du toucher , le doux esprit des fleurs.
Cette peinture touchimte de la vieillesse ^ que la nature prépare i la mort pai: Taf^iblissement progressif de tous lea organes Ad la vie , rappelle un mot connu de Fontenelle. On sait que cet bonun^ iUvu^trç conserva jusqu'à Fâge de cent
tft6 NOYËS
ans la finesse d'espri1> et la sérënitë d'âme qui Savaient ton* jours caractérisé. Ses forces physiques diminuèrent aussi très-tard. Il était nonagénaire quand il perdit IWie, et que sa vue s^affiiiblit. Cest alors quHl dit à ses amis : J'en* voie devant moi mes gros équipages, Dflas bq& dernier» moments son médecin lui ayant demandé s^il sou£5rait , ilré* pondit : je ne sens qiûune difficulté d'être», La vieillesse de Fontenelle semble avoir servi de modèle & Delille , pour peindre la fin d'un sage qui terminera carrière sana douleur et sans regrets. *
*>) PA6B 96 f y m ift. '
Suis donc son doas instinct, et bënîs la nature. Bien plas cruel encor, le chantre d'Épicure, Qui, fidèle à ses y ers , et mécontent du sort» Calomnia la yicen se donnant la mort, etc.
Ces vers et les cent vingt'^liuit suivants 9 ainsi que jdus iû cent autres, ont été ajoutés par l'auteur.À U première édi' tion. n ayait peint la vieillesse et ces dégoûts qui affikiblis' sent chez elle le regret de mourir f pour que le tableau Alt complet , il devait le terminer par la mort du vrai sage au sein de sa famiUe et de ses amis. Hél^s ! cette scène , à-lâ" fois sublime et douloureuse, qu'il traçait en si beaux vers, est l'image de son dernier jour* U expira auprès de son épouse adorée , environné de ses vieux amis , et ses dernières yo* lontés , comme ses derniers sentiments , furent ceux du sage dont il chantait les vertus. Il ne semblait pas quitter la vie t Ses adieux étaient ceux d'un ami qui s'éloigne un moment 1 et qu'on doit revoir bientôt. Cest au milieu de Timmensl assemblée de ses élèves , que , quelques mois avant sa mort^
DU CHANT Vî. Ï27
il prononça ces vers avec un sentiment profond qui leâ ren* dait plus touchants encore.. On ignorait qu^ les fiiisait eu* tendre pour la dernière fois , et cependant des pleurs coulaient de xmis les yeux. Sa voix un peu faible , sa vieillesse ^ sa dëmarcbe chancelante , le choix du sujet , tout semblait prépai^r la perte que la France allait faire. Environne dV mour et d'admiration , il put jouir d'avance du jugement et des regrets de la postérité 5 il put entendre Téloge de ses talents et de son noble caractère. Ce n'était pas seulement le poète qu'on aimait , c'était Thomn^ ; et toutes leSlarmes qu'il fit couler ne fexent pas données à ses vers.
<3) piGi io3, VBBS I.
Et si la mode éncor Tottlait que les Houdon , Les Moreaa , les ^ajou , rivaux d'Alcim^don , Gravassent sur ses bordsrle lierre qui serpente. Ou les bras tortueux de la vigne rampante , Malgré toi )e saurais en connaître le prix»
On reconnait ici une heureuse imitation de ces vers de la
troisième ëgl(%ue de Virgile.
PocuU ponaoi Fagina , caelatum divini opus AlcimedDntis ; Lenta quibus torno facili superaddita vitis Diffnsos hederà vestit paHente corymbos.
Les trois sculpteurs français , nomtnés dans les vers dô M. Delille , sont célèbres par de très-beaux ouvrages , et mentaient l'honneur d'être opposés à Âlcimëdon. '4) P4GB 1069 VERS aa.
Pour vivre ici contents , H faut si peu de chose , et pour si peu de temps !
A quoi bon tant d'apprêts pour un si court voyage? Ce qu'il iatti au besoin suffit aux vœux du sage.
Ces vèïs et piiisleurs autres du même morceau ren^rmeiit tine heureuse imitation d'Horace» Ducis^ dans une de ses ëpltres ) s'exprime ainsi s
Amis , vivons contents ; tl faut 81 peii âe chose ^ et pour si peu de temps t Renfardez^ C9 cyprès : poui-quoi sur le rivage Tant de vivres y d^apprêts^ pour deux jours de voyage?
I)ëlîcat) lorsqu'il peint ses plaisirs; vëhément j lorsqu'il attaque les vices de son siècle ) superbe , lorqù'il s'élève aux grandes idées philosophiques, Horace est toujours admirable, tnéme quand il ne fait que badiner. Il est le poète des beaux esprits ) comme Tibulle est celui des amants * il est aussi le poète des vrais philosophes ^ On aime à lé voir prendre tons les tons ^ essayer tous les genres ^ sans cesser d'être un modèle , mais ce qu'il ofiEre de plus admirable , c'est cette raison qui n'exclut pas les grâces^ cette variété de tableaux , cette richesse d'expressions > cette abondance qui ne fatigue jamais^ cette rapidité qui dit tout en peu de ihots ; *enfin ces descriptions de la naturç qui reposent doucement l'esprit $ qui rattachent , et qui sont interrompues soudain par une réflexion fiur le néant de la vie; Ce sont ces différents traits que Delille me semble avoir saisis très-heureusement dans la marche générale , la disposition et le ton' de ce chant consacre à b morale et au bonheur.
»5) Picis to8, VBRS 10.
Tel chez don noble ami, dans sa belle vallée y S^emparant d^un bosquet , d^un berceau , d'une aîlee y Sans soin^ sans gens d'affaire , et partant sans souci > Jeaii-Jacqa«8 fut souvent le vrai Montmereaci^
BU CHANT Vi. mg
Si Rousseau , victime de son imagination ardente et sombre j avait pu connaître et conserver le bonheur, il Teût trouvé dans sa -retraite de Montmorenci. S'il faut Fen croire luimême , Vampur de la solitude lui était inspiré par cet indomtable esprit de liberté que rien n^avait pu vaincre , et devant lequel les honneurs , la fortune et la réputation n^étaient rien pour lui» (t II est certain ^ dit*il , que cet esprit )) me vient moins d^orgueil que de paresse ^ mais cette pan resse est incroyable : tout FefFarOuche ; les moindres de- D voirs de la vie civile lui sont insupportables. Un mot à » dire , une lettre i écrire , une visite à faire , dés qu'il le » faut, sont^ pour moi des supplices. Voilà pourquoi ^ quoi- )» que le compierce ordinaire, des hommes me soit odieux, » Tintime amitié m'est si chère > parce qu il n^y a plus de » devoirs pour elle 5 on suit son cœm* , et tout est fait. Voilà x encore pourquoi j'ai toujours tant redouté les bien£aits : car
> tout bienfait, exige reconnaissance j et je me sens le cœur » ingrat, par cela seul qye la reconnaissance est un devoir.
> Enfin Tespèce de bonheur qu'il me j&ut , n'est pas tant de
> &ire ce. que je veux , que de ne pas faire ce que je ne veux )> pas. » — Il eut ce bonheur dans- son séjour. à Mo^tmo=^ reuci : les :30Îns de l'amitié la plus délicate lui procurèrent , dans cet saâiê , la douce, niédiocrité dont le poète de Vlrna^ gination a fait ici la peinture. On observera peut-être que ce n'est point la pauvreté qu'il avait d'abord annoncée ; mais quoique l'iniagination puisse adoucir tous les maux de Findigence , ce ne sont pas les rêves d'Irus que Delille veut donner pour consolation aux malheureux; et, pour trouver des plaisirs au sein àfi la pauvreté ,. jd crois qu'il a dû néçessai«
î3o Notés
rement ladistlngûér de la misère. Ce morceau biiarih^ni pa& fut.dahs les feuilles publiques ^ quelqites aânëes avant la première édition de V tmagination s et fut reoueil i par tous ceux qui ont conservé le goût et le seittiDaeni des beaur rers,