‹ L'imagination: poëmeChapitre 6 sur 14 · PAGE 108 J VERS · texte numérisé non relu

PAGE 108 J VERS

D'ua seul tnot dé Louis , le grand Racine pleiire j^ 1 , La censure déchire , et la louange effleure.

le Parce qu'il est grand poète ^ veut-il être ministre? » dit Avec humeur Louis XIV à madame de Maintenon t elle avait çu la faiblesse de lui avouer que Racine était lauteur d'un fnémoire ou la Hiisère dés peuples et les vices de TadminisA 'tration étaient peints des couleurs les plus vives et les pluâ louchantes. Ce mémoire fit une impression pénible sur IW prit du roii Madame de Maintenon réussit à Teffaoer 3 mais elle ne put dissiper les idées tristes et la mélancolie profonde quMnspirait à Racine la ctainte d'avoir déplu au monarqde qui Tavait comblé de ses bien£aiits. On a écrit que ce senti* tnent douloureux avait abrégé sa vie 5 mais on sait que Racine^ ttiourut d'un abcès au foie< Au reste $ il est très vrai que la plus mauvaise critique lui causait un chagrin violent , et que ^ malgré toutes les faveurs de la cour et les éloges encoura^ géants de Louis XIV ^ la cabale de l'hôtel de Nevers , et les satires des protecteurs de Pradon ^ éloignèreiit de la scène l'auteur de Phèdre et à?/phigéniej dans la force de l'âge et du talent. Cette déplorable vengeance du génie est retombée Èuv la postérité : nous avons perdu tout ce que Racine aurait f ù faire dans les quatorze ans qui s'écoulèrent entre les rc* présentations de Phèdre et celle SAthalie.

bu CHANT vt. i3l

«7) PACB liai TEM 8-

p fîiit, il se relègue au donjon de Copet ^ Malheureux , et prêtant une oreille alarmée Aox mourantes m'ineàrs de tant de renommée.

il y a, sans doute , dans TëléTation et la chute de M . Nec^er^ bn grand exemple de Vinconstancc du peuple et dçs caprices de sa fayeur. Maïs T^poque de la fortune politique de ce mi» histre, et les ëvënements qui le renversèrent sont encore trop près de faons pour qu il soit possible de fix«r sa re'putation. Quand Tacite, au conimencement de ses Annales, promet de parler sans nnîmositë comme sans flatterie^ il a grand soin d^ajouter : Quorum tausas procul habeo : «Les A motifs en sont dëjà loin de moi. ]»

»8) J>ÀGB Ii3, VBRS 3.

Fontenelle , toujours craignant quelque surprise ^ Aax passions sur lui ne donne point de prise , Soigne attentivement son timide bonheur , Même dans l^amitié met en garde son cœur ; Amî des vérités, par crainte les enchaîne

Ce dernier vers feiit ëUusion à ce que disait iPohtcnellè * Si j'aidais la main pleine de vérités j je me garderais bi^rl rie Fouvriré On a voulu quelquefois lui faire un reproche de cette réserve phîlost)phique 3 elle me parait aussi conforme à llionneur qu'à la prudence. Il y a peu de vëritds absolues^ et, parmi les maximes qu'on admet pour telles en philosophie , il en est dont Timprudefate publication n'a jamais produit que àJè% malheurs et des crimes « Ainsi le mot de Fonte^ iielle annonce non seulement un caractèrie sage et modéré ^ soigneux de son bonheur (ce qui est très permis) , mais enfc^e un esprit juste et élevé , qui voit de plus loin et de plus baut que le vnlgaire des philosophes , et qui ne croit point

ï52 NOTES

permis de compromettre le repos de plusieurs gënërations, pour le plaisir orgueilleux de rajeunir d'anciennes erreurs , et de les présenter comme de nouvelles découvertes en morale et en politique. C'est à cette sage réserve, et à cette généreuse circonspection, qu'on doit reconnaître les vrais philosophes , et les distinguer de ces turbulents sophistes , dont les doctrines pernicieuses préparent et précipitent U bouleversçment des états.

*9) PACB Il6, VERS 7.

Dirai-)e les horreurs de la captivité ?

Combien de Tame alors je craias ractiyitc !

Ce tableau de l'homme en proie aux horreurs de la captivité; qui n'est ici qu'esquissé , a été tracé avec beaucoup plus d'étendue au commencement du second chant de la Pitié. Une peinture touchante de tous les sentiments qui concourent alors à accabler le malheur , adroitement contrastée par les images du bonheur passé , dont l'imagination vient accroître les maux présents , forme de ce morceau l'un des plus beaux du poème.

'O) PAGE 49, VBRS 10.

Des prisonniers français contemplez l'industrie. M. Delille a été témoin , pendant son séjour en Angleterre , de ces industrieuses occupations , et il s'est réuni aux Français qui se trouvaient alors à Londres, pour venir au secours de ces infortunés. Tout le monde sait lei maux qu'ils éprouvèrent j mais on ne saurait trop répéter qu'il se fit en leur faveur une quête parmi les émigrés français , et que de* familles ruinées par la révolution , des prêtres dignes de leur ministère sacré , partagèrent avec eux le peu de ressources

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qui leur restaient. C'eist ce beau trait que M. Delille a immortalisé par les vers suivants du poëme de la Pitié,

O yoos ! tristes captifs délaisses par la France , Gontex-nous quelle main nourrit votre indigence ? Dites^nous maintenant si ces nobles proscrit» Méritaient yos fureurs, méritaient vos mépris? Dans leurs persécuteurs ils n'ont vu que leurs frères ; Leur misère y. en pleurant, a servi vos misères.

"») PAGl II 8, VERS 6.

Tel fut ce Pclisson , dont la constante foi Brava pour un ami le courroux d^un grand roi.

Pëlisson , que le goAt des lettres u^ait point éloigne des afi&ires y et qui fat à la fois Tun des plus beaux esprits et l'un des meilleurs financiers de son temps ^ partagea la faveur et la disgrâce du célèbre et malheureux Fouquet. Il resta quatre ans à la Bastille , sans qu'on pât jamais altérer son attachement^ ni corrompre sa fidélité pour celui qu'il regardait comme son bienfaiteur et son ami. On avait cru que ^ pour découvrir les secrets de Fouquet, le meilleur moyeu était de faire parler Pélisson. En conséquence y on aposta un Allemand simple et grossier en apparence^ mais fourbe et rusé , qui cachait , sous les dehors d^un prisonnier malheureux , toute 1^ finesse et la lâcheté d^un espion. Pélisson le pénétra y mais , ne laissant point apercevoir qu'il eût reconnu le piège , et redoublant au contraire ses politesses envers l'Allemand, il s'empara tellement de son esprit, qu'il en fît son émissaire. Ds'en servit poui* établir un commerce de lettre» avec mademoiselle de Scudéri. Il employa tout son temps à. lui écrire et à défendre Fouquet. Ce fiit alors qu'il composa ^ pour cet illustre infortuné , trois mémoires qui sont eucoco^

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regardes comme des chefs-yd'œuvre. « Si quelque chose ap-. 9 proche de IVloquence de Cicërou , dit l'auteur du Sièck » de Louis XIV j ce sont ces trois^clzim^. Ils sont dans le » même genre que plusieurs discours de Porateui^ romain | » un mélange d'af&ires judiciaires et d'affaires d'état , trai« ^ tées solidement , avec un art qui parait peu et unç élo< )) quence touchante. » Poisson ^ à qui ces généreuses apolo* gies auraient dû procurer la liberté , n'en fut resserré que )) plus étroitement. On lui retira le papier et lencre iilse vit réduit à écrire sur des marges de livre , avec le plomb de h^ vitres , et conserva y pour toute société, un Basque stupide et morne , qui ne savait que jouer de la m^usette. Oa verra plus loin le parti qu'il en tira,

Louis XIV , qui devait finir par apprécier ce noble dévouement, mit un terme à la captivité de Pélîsson ^ se lat-. tacha, le fit maître des requêtes, et voulut qu'il écrivît l'histoire de son règne. Madame de Montespan , à qui l'intégrité de Pélisson ayaî^ fait perdre un procès considérable ^ choisit depuis Racine et Boileau pour le mén^e ouvrage; ainsi l'hommage rendu au talent n'était qu'une injustice en* vers la vertu. M^is Pélisson reçut du roi l'ordi:e exprès de continuer son travail , et conserva tous les avantages qui y étaient attachés. Peu d'hommes ont eu plus d'amis, ont mieux rempli les devoirs de l'ainitié , en ont mieux éprouvé la douceur et la constance. Pendant qu'il était à la Bastille, Tannegui Lefèvre lui dédia son Lucrèce et le Traité de la superstition de Plutarque, L'académie française, n'ayant point de place vacante à lui offrir , ordonna que la première s^'ait à lui , et qu'en attendant il aurait droit d'assister aux

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«sseioblëes et d^y opiner comime académicien. U y fonda de^ puis un prix de poë^^ie^ La petite vérole avait horriblement défiguré Pâisson , et mademoiselle Scudëri disait Assez plai-. sanunenti qu!il nbusaif de la permission qu'ont les hommes ^çtre laids } mais la noblesse de son ame , IVnergie et Vélér. vation 4^un caractère fenue et généreux , faisaient promptement oiû>lieir ce léger malheur : il jouit toute sa vie de Festime publique ^ et sa mort fut honorée des regrets et dea^ lamies de tous ceux qui Tavaient connu,

>>) PAGB ll8» VBBS tO.

Et Undis qae «Uns Vaux. , aux païades en plcara « Lafontaine faisait répéter ses douleurs....

La Fontaine n^avait pas eu , comme Pélisson , des liaisonsintimes ayec Fouquet| mais il avait eu part à &es libéralités* Le surintendant lui faisait une pension , pour laquelle il donnait tous les troi^ mois upe quittance en vers. C'en fut* assez pour que le poète de la nature , cet homm^ si négli-. geut et si facile , qui a dit de lui-même yje suis chose léghrp et %fole à tout sujets s^ttachàt courageusement ^ la disgrâce, de son bienfaiteur. On connaît son Élégie auxnjmphes rfe. Faux : il porta son attachement pour Fouquet jusqu'st l^injustice contre Colbert^ et fit, contre ce grand ministre ^^ les seuls vers satiriques qui soient sortis de sa plume^ si Tçt^ fxcepte ceux quç. le dépit lui arracha contre. LuUy.

'3 PAGE HQ, ysas, i4* Un insecte aux longs bras , de qui les doigts agiles Tapissaient ces vieux murs de U-urs toiles fragiles, Frappe ses yeux : soudain , que ne peut le malheur ! . , Voilà son compagnon et spn consolateur !

TJne araignée tendait sa tçile dans un sotipirail qu^.

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donnait du jour à la prison de Pëlisson^ Il entreprit de Fappriyoiser. Il mit des mouches sur le bord du soupirail, tandis qne son Basque jouait de la musette. Peu à peu 1 araignée s^accoutuma au son de cet instrument ; elle sortait de sou trou pour courir sur la proie qu'on lui exposait : ainsi , l'appelant toujours au même son , et rapprochant de lui les mouches qu'il lui offrait , il parvint , après un exercice de plusieurs mois , à discipliner si bien cette araignëe , qu'elle partait toujours au signal donné par la musette, pour aller saisir une mouche au fond de la chambre et jusque sur les genoux du prisonnier. Il est très-vrai qu'un geôlier imbécile eut la cruauté d'enlever à Pélisson cet amusement qui remplissait une partie de ses heures , et d'écraser Taraignée à ses yeux.

L'auteur de ce poëme racontait, avec cette grâce naïve et piquante qu'il mettait dans tous ses récits , qu'un prisonnier suisse avait imité Pélisson , et qu'au lieu d'une araignée il en avait apprivoisé deux. Elles étaient si bien familiarisées avec lui ,. qu'il croyait connaître parfaitement leurs besoins , leur instinct et même leurs maladies. Un de ses amis, qui avdit la permission de le visiter quelquefois , avait été témoin de l'empressement de ses araignées à courir vers lui , dés qu'il leur en donnait le signal. Un jour, il le trouva plus triste qu'à l'ordinaire, et ne vit plus qu'une araignée. «Et « l'autre? s'écria-t-il. — Elle est morte , répondit le pri- » sonnier. — Et comment? — Delà poitrine. » Ceux qui seront curieux d'anecdotes sur les araignées , peuvent consulter l'ouvrage de Quatremère Disjonval, intitulé : -4rfl- /i^o/ogie, pages 5o, 145, 161 , etc.

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