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CHAPITRE II

Dans l’ensemble des changements qui affectent som organisme, il n’y en a qu’un petit nombre qui attirent lPattention de l’enfant et qui stimulent son activité. C’est surtout le privilège des sensations de douleur de susciter des réactions continues, qui forment un cycle fermé en ce sens qu’elles ne prendront fin (sauf épuisement ou distraction énergique), que lorsque la douleur aura disparu. L'équilibre rompu est alors rétabli et ne peut l’être que de cette façon : pendant toute la durée des réactions, si variées qu’elles soient, c’est la sensation pénible qui a donné à l’état mental son unité et ses limites dans le temps.

On retrouve les mêmes caractères dans les sensations «intéressantes », du moins pendant toute la durée de leur intérêt. Si les causes qui les ont fait apparaître ne suffisent pas à les maintenir, il se produit des réactions qui ne prendront fin que par le renouvellement de cette sensation (sauf fatigue ou diversion). Ici encore, tout le développement du phénomène est régi par une impression définie ; l’enfant « recherche » la sensation qu'il vient d’éprouver. Il est indifférent, au début, que cette sensation résulte de ses propres mouvements, à titre de conséquence plus ou moins directe, ou des actions qu'il subit, par exemple des soins dont il est l’objet ou des événements

dont il est le témoin. La reproduction de la sensation intéressante pourra résulter immédiatement des réactions de l’enfant ; dans d’autres cas, elle n’aura lieu qu’accidentellement et plus ou moins tard, avec ou sans intervention d’autres personnes ; enfin il arrivera parfois que ses efforts ou son désir resteront vains. Mais la répétition des mêmes expériences permettra la sélection des modes d’activité efficaces. L’imitation de soi-même, ou réaction circulaire, prendra donc une place croissante dans la vie mentale de l’enfant.

Donnons-en quelques exemples précoces. Dès les premiers jours, on peut observer que le nourrisson lorsqu'il a lâché le sein, le cherche par des mouvements d’oscillation latérale. L. (0. 15), porte la main à la bouche et cherche, sans y réussir du?premier coup, à l’y reporter quand on l’en a écartée. Elle maintient, en le serrant fortement, le crayon qu’on a mis dans sa main et qu’on veut retirer. Elle semble demander, par son attitude, qu’on continue à la faire danser, pleurant dès que le mouvement s’arrête, s’apaisant dès qu’il recommence.

Plus tard, les objets que ses mains rencontrent déterminent indéfiniment les mêmes ébauches de mouvement pour prendre, gratter ; pendant plus d’un quart d’heure, elle agrippe à pleines mains l’étoffe d’un coussin (2. 15); elle joue longuement avec sa robe (opposition du pouce), sans regarder la main. La recherche des sensations tactiles et kinesthésiques apparait encore dans les caresses (se gratter ou se faire gratter, se frotter les joues ou le nez contre le visage de la personne qui la tient) — dans l’exploration des parties du corps chez soi ou chez les autres (genou, pied, cheveux, barbe, vêtements).

Elle joue pendant une demi-heure à agiter un petit grelot, ou cherche maladroiïtement à enfoncer les touches du piano (4. 8) : ici la sensation auditive joint son action

.aux précédentes.

Les sensations visuelles interviennent également : suivre ou retrouver un objet en mouvement (0. 29), ou une personne qui a changé de place (2.5) : regarder sa main s’ouvrir et se fermer (4 m.).

Le jeu de la cachette, sous des formes simplifiées.montre encore cette tendance à provoquer, cette fois indirectement, le renouvellement d’une sensation intéressante (quelqu'un apparaît, puis disparaît derrière un rideau). Elle y joue un rôle passif au 5€ mois, puis actif au 8e. Elle prend aussi grand plaisir à ce jeu : son frère s’élance vers elle comme pour la saisir, et la personne qui la tient la porte vivement en arrière, comme pour lui échapper.

Les mouvements de préhension qui se développent à partir du 5€ mois donnent lieu à d’interminables jeux avec la chaîne, l’anneau, le médaillon, le hochet. Au 6® mois, elle se plaît à frapper indéfiniment la table avec tous les objets solides qu’elle peut tenir et se met en colère quand elle les laisse tomber.

Il est inutile de continuer à donner des exemples ; nous avons voulu seulement montrer la précocité de ce genre de réactions bien connues. On cite partout l’observation de Preyer, qui vit son fils ouvrir et fermer soixantedix-neuf fois de suite, le couvercle d’une boîte, après en avoir découvert accidentellement le mécanisme. La patience avec laquelle les jeunes enfants répètent indéfiniment les mêmes mouvements, les mêmes mots, sans se lasser, est une loi d’une vérité banale : C’est même une caractéristique psychologique de l’enfance.

Mais on restreint d'ordinaire le domaine de cette réaction circulaire au cas de sensations agréables ; mieux

vaudrait parler de sensations intéressantes, remarquables.

Exceptionnellement même, des sensations désagréables

ou douloureuses pourront la provoquer, jusqu’au mo-

ment où les réactions de sens contraire l’emportent. Voici quelques exemples d’observations prises chez P,

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