‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 223 sur 323 · LIV. III. CHAP. LIV · texte numérisé non relu

LIV. III. CHAP. LIV

s'enorgueillit point du nombre de ses amis ; elle ne compte pour rien la noblesse et les ancêtres, à moins qu’ils ne se soient distingués par la vertu; elle favorise plutôt le pauvre que le riche , compatit plus à l’innocent qu’au puissant, recherche l’homme vrai, fuit le menteur, et ne cesse d’exhorter les bons à s’efforcer de devenir meilleurs 1 , afin de se rendre semblables au Fils de Dieu par leurs vertus.

45. La nature est prompte à se plaindre de ce qui lui manque et de ce qui la blesse.

La grâce supporte avec constance la pauvreté.

16. La nature rapporte tout à elle-même , combat, discute pour ses intérêts.

La grâce ramène tout à Dieu, de qui tout émane originairement; elle ne s’attribue aucun bien, ne présume point d’elle- même avec arrogance, ne conteste point, ne préfère point son opinion à celle des autres ; mais elle soumet toutes ses pensées et tous ses sentiments à l’éternelle sagesse et au jugement de Dieu.

17. La nature est curieuse de secrets et de nouvelles; elle veut se montrer et voir, et examiner par elle-même; elle désire d’être connue, et de s’attirer la louange et l’admiration.

La grâce ne s’occupe point de nouvelles, ni de ce qui nourrit la curiosité ; car tout cela

1 I. Cor., xii, 31.

n’est que la renaissance d’une vieille corruption , puisqu’il n’y a rien de nouveau ni ae stable sur la terre.

Elle enseigne à réprimer les sens, à fuir la vaine complaisance et l’ostentation, à cacher humblement ce qui mérite l’éloge et l’estime, et à ne chercher en ce qu’on sait , et en toute chose , que ce qui peut être utile , en l’honneur et la gloire de Dieu.

Elle ne veut point qu’on loue ni elle, ni ses œuvres ; mais elle désire que Dieu soit béni dans les dons qu’il répand par pur amour.

48. Cette grâce est une lumière surnaturelle , un don spécial de Dieu ; c’est proprement le sceau des élus, et le gage du salut éternel. De la terre où son cœur gisait , elle élève l’homme jusqu’à l’amour des biens célestes, et le rend spirituel, de charnel qu’il était.

Plus donc la nature. est affaiblie et vaincue, plus la grâce se répand avec abondance j et chaque jour, par de nouvelles effusions , elle rétablit, au dedans de l’homme , l’image de Dieu.

RÉFLEXION

Selon la doctrine du grand Apôtre, nous avons en nous deux lois opposées : la loi de la chair, qui nous asservit au péché , et la loi de l’esprit qui nous retient dans l’ordre par le secours de la grâce que Jésus- Christ nous a mérité *. Partagés entre ces deux lois, entre la chair et l’esprit qui se combattent sans cesse *,

* Rom., vu, 23. — * Galat., v, 17.

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