Profitez de tout pour votre avancement
Si vous voyez de bons exemples, ou si vous les entendez raconter, animez-vous à les imiter.
Que si vous apercevez quelque chose de répréhensible, prenez garde de commettre la même faute ; ou, si vous l’avez quelquefois commise, tâchez de vous corriger promptement.
Comme votre œil observe les autres, les autres vous observent aussi.
Qu’il est consolant et doux de voir des religieux zélés, pieux, fervents, fidèles observateurs de la règle !
Qu’il est triste, au contraire, et pénible d’en voir qui ne vivent pas dans l’ordre, et qui ne remplissent pas les engagements auxquels ils ont été appelés!
Qu’on se nuit à soi-même en négligeant les devoirs de sa vocation, et en détournant son cœur à des choses dont on n’est point chargé !
6. Souvenez-vous de ce que vous avez promis, et que Jésus crucifié vous soit toujours présent.
Vous avez bien sujet de rougir, en considérant la vie de Jésus- Christ, d’avoir jusqu’ici fait si peu d’efforts pour y conformer la vôtre, quoique vous soyez, depuis si longtemps, entré dans la voie de Dieu.
Un religieux qui s’exerce à méditer sérieusement, et avec piété, la vie très-sainte et Jji Passion du Sauveur, y trouvera en abondance tout ce qui lui est utile et nécessaire : et il n’a pas besoin de chercher hors de Jésus quelque chose de meilleur.
Ab ! si Jésus crucifié entrait dans notre cœur, que nous serions bientôt suffisamment instruits !
7. Un religieux fervent reçoit bien ce qii'oii lui commande, et s’y soumet sans peine.
Un religieux tiède et relâché souffre tribulation sur tribulation, et ne trouve de tous côtés que la gêne, parce qu’il est privé des consolations intérieures, et qu’il lui est interdit d’en chercher au dehors.
Un religieux qui s’affranchit de sa règle est exposé à des chutes terribles.
Celui qui cherche une vie moins contrainte et moins austère sera toujours dans l’angoisse : car toujours quelque chose lui déplaira.
8. Comment font tant d’autres religieux qui observent, dans les cloîtres, une si étroite discipline?
Ils sortent rarement, ils vivent retirés, ils sont nourris très-pauvrement et grossièrement vêtus ; ils travaillent beaucoup, parlent peu, veillent longtemps, se lèvent matin-, font de longues prières, de fréquentes lectures, et observent en tout une exacte discipline.
Considérez les Chartreux, les religieux de Citeaux, et les autres religieux et religieuses
MT. i. CHÀP. XXV.
de différents ordres, qui se lèvent toutes les nuits pour chanter les louanges de Dieu.
Il serait donc bien honteux que la paresse vous tînt encore éloigné d’un saint exercice, lorsque déjà tant de religieux commencent à célébrer le Seigneur.
9. Oh ! si vous n’aviez autre chose à faire qu’à louer de cœur et de bouche, perpétuellement, le Seigneur notre Dieu ! si jamais vous n’aviez besoin de manger, de boire, de dormir, et que vous puissiez ne pas interrompre un seul moment ces louanges ni les autres exercices spirituels! vous seriez alors beaucoup plus heureux qu’à présent, assujetti comme vous l’êtes au corps et à toutes ses nécessités.
Plût à Dieu que nous fussions affranchis de ces nécessités, et que nous n’eussions à songer qu’à la nourriture de notre âme, que nous goûtons, hélas! si rarement !
10. Quand un homme en est venu à ne chercher sa consolation dans aucune créature, c’est alors qu’il commence à goûter Dieu parfaitement, et qu’il est, quoi qu’il arrive, toujours satisfait.
Alors il ne se réjouit d’aucune prospérité, et aucun revers ne le contriste ; mais il s’abandonne tout entier, avec une pleine confiance, à Dieu, qui lui est tout en toutes choses, pour qui rien ne périt, rien ne meurt, pour qui, au contraire, tout vit, et à qui tout obéit sans délai.