THOMAS A KEMPIS
Kempis est un petit village près d’Utrecht, dans le diocèse de Cologne : c’est là que naquit, en 1380, Thomas Hœmerlein , que l’histoire a dépouillé, comme Gerson, de son nom patronymique, pour ne lui conserver que celui du lieu de sa naissance, sous lequel seul il est aujourd’hui connu.
Né d’un père laboureur et d’une mère qui tenait école poulies petits enfants, il serait à jamais resté dans l’obscurité, s’il n’eût été recueilli par une pieuse dame qui lui fit apprendre la grammaire, le latin et le plain-chant, dans l’école publique de Deventer, sous la direction de Jean de Brême.
A l’âge de dix- neuf ans, il se retira au monastère des chanoines réguliers du mont de Sainte- Agnès , dont son frère était prieur ; c’est dans ce pieux asile que s’écoulèrent les paisibles jours de sa longue carrière, qu’il prolongea jusqu’à l’âge de quatre-vingtonze ans.
La vie du cloître est peu fertile en événements; aussi, dire que toutes ses excursions se bornèrent au trajet de l’église à sa cellule ,
et de sa cellule à l’église; qu’il fut honoré de la prêtrise, au milieu de l’édification générale, en l’année. 1413; qu’élevé aux diverses charges de son ordre, il en remplit tous les devoirs avec cette inclination chrétienne qui remplace la force du commandement par 1 autorité de l’exemple , et se plaît à voiler le maître pour ne laisser voir que le père et le modèle , c’est révéler les points les plus saillants de son existence, c’est presque raconter sa vie. Pour achever de la faire connaître, il suffit des quelques détails qui vont suivre. '
Tout le temps que lui laissait l’accomplissement de ses devoirs réguliers , il le consacrait à la transcription de manuscrits dont le produit servait à soutenir sa pauvre maison , qui vivait ainsi du fruit de ses travaux, comme elle s’animait du spectacle de ses vertus.
Parmi les nombreuses productions de ses efforts calligraphiques, on remarque surtout une Bible en quatre volumes in-folio, dont l’exécution dépensa quinze ans de sa vie sans épuiser sa patience. Il ne se borna pas à transcrire les ouvrages des autres; il composa aussi plusieurs petits traités, tels que le Soliloque de l'âme, la Vallée des lys, Y Exhortation au progrès spirituel, les Conférences aux novices, etc., etc., où respirent les plus suaves sentiments d’amour de Dieu et du prochain.
Un recueil manuscrit de 1441, écrit tout entier par lui, contient, avec d’autres ouvrages , le traité de Y Imitation. Ce recueil , comme les autres copies sorties de ses mains , est terminé par la formule : Finitus et complétas per manus fralris Thomœ à Kempis.
Quoique la plupart des critiques n’aient pu consentir à voir dans cette formule autre chose que ce qu’elle signifiait partout ailleurs, c est-à-dire 1 attestation d’un copiste; quoique de la comparaison de ses ouvrages incontestés avec le livre de Y Imitation ressorte cette incontestable différence, que les uns nous montrent une intelligence impuissante à franchir la sphère étroite des faiblesses et des vertus du cloître, tandis que Y Imitation suppose un esprit dont la
haute portée n’a d’autres limites que les besoins sans bornes de l’humanité tout entière, cependant les droits d’A Kempis à 1 honneur d’avoir produit Y Imitation ne sont pas restés sans d assez nombreux défenseurs.
On fait remarquer que plusieurs manuscrits des plus anciens nous apparaissent avec son nom ; mais on ne dit pas qu’aucun de ces manuscrits ne remonte au delà de Ykhï, date de celui que Thomas A. Kempis signa comme copiste et qui devint le point de départ de l’opinion en litige qui le prit pour auteur.
On fait remarquer que la première édition qui fut imprimée de ce livre en fait l’attribution à Thomas A Kempis; mais on ne dit pas que, dans la seconde édition, qu’il donna trois ans après, l’imprimeur Zainer, loin de persévérer dans sa première opinion, remplaça le nom d’A Kempis par celui de Gerson.
On fait remarquer que Thomas A Kempis peut seul revendiquer en sa faveur un genre de preuves qui paraît décisif : c’est l’attribution qui lui est faite successivement de cet ouvrage , près de trente ans avant sa mort, par plusieurs de ses contemporains; mais on ne dit pas que ces contemporains appartenaient à son ordre, et qu’il n’est rien de plus naturel, mais en même temps de moins décisif, que, dans une lice déjà ouverte entre deux concurrents, ils se soient déclarés pour le parti qui favorisait Leur gloire commune. D’ailleurs, si les supérieurs de l’ordre se taisaient en présence d’une attribution particulière que leur silence semblait accepter, comment n’élèvaient-ils pas la voix pour protester contre une prétention qui les dépouillait et qu’ils ne pouvaient ignorer? Ces deux silences, en apparence si opposés, ne trouveraient-ils pas leur explication, d’un côté, dans l’intérêt de l’ordre, qui ne permet pas de refuser; de l’autre, dans l’intérêt de la vérité, qui ne peut permettre de revendiquer?