MICHEL DE MARILLAC
Michel de Marillac naquit à Paris, en 1563. La protection de Marie de Médicis, qui avait su apprécier son intelligente probité dans la gestion des intérêts du couvent des Carmélites qu’elle avait établies au faubourg Saint -Jacques , attira sur lui l’attention du cardinal de Richelieu, et il devint successivement intendant des finances en 162/|, et garde des sceaux en J 626. A tous ces titres, l’histoire conservera son souvenir; mais ce qui le recommandera surtout à la mémoire de la postérité, c’est le mérite de sa traduction de l’ Imitation de Jésus- Christ. On s’étonne maintenant qu’un travail de ce genre ait trouvé place parmi les soucis d’une si haute élévation ; mais ce qui surprend la frivolité de notre âge paraissait fort naturel à un siècle qui ne s’étonnait pas de voir la récitation du bréviaire dans les pratiques journalières de Corneille et de Louis XIV.
D’ailleurs, pour entrer dans cette voie, Michel de Marillac avait reçu de sa famille de nobles leçons : s’il jetait un regard en arrière, il apercevait Charles de Marillac, son oncle, se distinguant par
son zèle pour la défense de la vérité religieuse, dans l’assemblée que Henri II avait convoquée à Fontainebleau ; s’il regardait à ses côtés, il voyait Louise de Marillac , sa sœur, fondant avec saint Vincent de Paul, sous le nom de Mme Le Gras, l’institution de ces admirables filles, aujourd’hui si nombreuses, et qui chaque jour, en se multipliant, acquièrent de nouveaux droits au titre de Sœurs de Charité.
L’avertissement qui précède cette édition suffit pour faire connaître la partie bibliographique de la traduction de Marillac ; mais, peut-être manquerait-on des éléments nécessaires pour la bien apprécier, si l’on ne faisait attention au temps où elle a paru : c’est celui où la langue française allait subir une complète transformation. Elle reste donc comme un dernier monument de notre vieil idiome, si original et tout à la fois si souple à se plier aux tournures et à reproduire jusqu’aux expressions des langues étrangères.
Si j’osais hasarder, dans un mot, le résumé de mon opinion sur Marillac comme traducteur, je serais tenté de l’appeler l’Amyot de Y Imitation.
La première édition fut le fruit des exercices de piete qu il allait fréquemment suivre au couvent des Carmélites, où il s était fait bâtir un appartement. Il était garde des sceaux quand, en 1626, il fit paraître la seconde, dont le texte a été reproduit dans cette édition. Le soin des deux qui suivirent consola les jours de sa captivité, quand, renversé du pouvoir, après une journée célèbre dans l’histoire, il fut, en 1630, renfermé par Richelieu dans le château de Caen , puis dans celui de Châteaudun, où il mourut en 1632. Après sa mort, les éditions se succédèrent rapidement jusqu’en 1652, que Rosweyde la soumit à des révisions qui lui ôtèrent sa physionomie particulière, et le goût du public s’en éloigna pour s’attacher à Cusson et à de Beuil, qui apportaient des traductions plus en harmonie avec les nouvelles allures du langage transformé.
L’abbé H. DELAUNAY,
Chanoine de Meaux , Curé du diocèse de Paris.