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UNE OPINION DU DANTE SUR L’ART FRANÇAIS. - ANTIQUITE DE LA PEINTURE DANS LES LIVRES. - L’ART CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. — BAS SIECLES.
E S T le genie le plus puiffant qui ait éclairé le moyen-âge, c’eft le Dante qui rappelle le premier l’amour de la France pour les beaux livres ornés de peintures, & cefl Paris, ou le grand homme avait vécu dans Ion exil, que le poete regarde comme la cité par excellence, dès qu’il s agit de trouver des peintres habiles qui avaient fans doute enfeigné ceux que fon pays admirait :
&Çon fe, tu Oderiji Lotior d'cAgobbio e ïonor di quelï arte Ch' alluminare è chiamara in Tarif.
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La parole du poète, c’eft ici l’opinion de fon fiècle ; elle nous fuffit. L’art en France , tel qu’il était pratiqué à partir du temps de Charlemagne jufqu’au xvie fiècle, eut de nombreux admirateurs, & créa des écoles affez célèbres pour qu’il demeurât fans rival en Europe.
A I S eiïayons de faire comprendre par quels efforts habilement dirigés, par quelle férié d’études renouvelées des antiques traditions, par quelle protection non interrompue, due tantôt à des fouverains, tantôt à des prélats, l’art de l’illuminateur profpéra en France & dans les Flandres plus que dans les autres pays.
47\\ E E par les Grecs <3c connu des Rojj JJ mains, perdu pour ainfi dire du- ?// rant les bas fiècles, reconquis avec X tout fon éclat, grâce à l’impulfion
que lui donna le puiffant empereur, ami d’Alcuin, cet art charmant fleurit furtout au xve fiècle , & ne s’arrêta parmi nous dans fes évolutions variées, qu’au fiècle de Louis XIV.
Bien que monaftique à fon début & réfervé aux pieux recueillements du cloître, il refta longtemps étranger aux couvents de la France. S’il laiffa des traces dans le vie fiècle, il ne fut réellement cultivé qu’au v 1 1 Ie . Avant de fe faire admirer, la France eut des maîtres <3c admira des modèles : on verra bientôt quelle fut la fucceffion des œuvres dont elle s’infpira.
Confié durant l’antiquité à une matière en apparence des moins durables, ce genre de peinture remonte aux temps les plus anciens ; il a même furvécu à ces empreintes dont lart monétaire a perpetue les merveilles, & que l’on pouvait fuppoler avec raifon devoir 1 emporter en durée fur tous les chefs-d’œuvre de la calligraphie ; mais, ici, hâtons-nous de le dire, la nature du climat joue le rôle principal, & fi l’on possède des rituels vieux de trois mille ans, où les fymboles de la religion égyptienne font reproduits en couleurs d une rare vivacité fur
des cMaïu/fcrits. y
certains papyrus , ces peintures contemporaines des Pharaons n’ont exercé leur influence fur Part d’Occident que par un genre d’enfeignement dont il ne nous efl: plus poffible de démêler la myftérieufe origine. (Voyez, pour ce genre de peinture, un beau papyrus orné, repréf entant la déejfe de l'or, reproduit par M. Théodule Devéria, dans les ^Mémoires des ^Antiquaires de France .)
Aucun manufcrit de l’extrême Orient, contemporain de ces rituels vénérables, ne nous efl: parvenu. Il en efl de même à l’égard des anciens livres qui reproduifent les chefs-d’œuvre de l’antiquité grecque, &, en fe rapprochant de notre âge, aucun des volumes carbonifés de Pompeia, dont tout le monde connaît l’hifloire, & que la patience des favants napolitains effaie d’arracher à un complet anéantiffement, n’a produit de vefliges de peintures que l’eflhétique moderne pût mentionner pour ajouter une page à l’hifloire de l’art. Selon quelques écrivains cependant, Parrhafius, dont le nom doit s’infcrire à côté des plus grands noms de l’antiquité, pourrait ouvrir la lifte des peintres qui ornèrent de leurs chefs-d’œuvre le papyrus ou le parchemin.
Nous favons de fcience plus certaine, que l’embelliffement des livres par la calligraphie ornée & par la peinture, était en honneur à Rome.
LINE nous apprend que les Hebdomades de Varron (forte de biographie illuftrée), qui renfermaient les vies des , hommes les plus célèbres de l’antiquité romaine, n’offraient pas moins de 700 portraits. Ces effigies, plus ou moins fidèles, n’étaient pas le produit néanmoins d’un artifle né à Rome ; elles avaient été peintes par une femme qui, venue de la Grèce, s’était fixée en Italie. Lala était originaire de Cyzique, ville de l’Afie mineure, dont le prytanée était réputé le plus magnifique de la Grèce, après celui d’Athènes; elle fit peut-être école à Rome, mais elle n’y vint pas étudier.
Quand Pomponius Atticus, dont le goût pour les . v w/a\j Lyy arts eq. devenu proverbial, méditait de faire exécuter un livre analogue aux Hebdomades, & de le faire
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fervir à la gloire de l'on pays, il vivait dit-on en Grèce, <5c ce dut être parmi les artiftes grecs qu’il choifit ceux auxquels il confia l’exécution de Ton projet.
E livre dû au patronage de Pomponius Atticus , nous reporte, de l’avis de certains archéologues, à l’année 32 avant J.-C. Chofe curieufe, il faut voir peut-être dans ce volume de l’antiquité romaine le modèle de ces iconographies louangeufes, qui occupèrent tant de graveurs au xvie & au xvne fiècle, & qui, en donnant les portraits d’un certain nombre d’hommes renommés à des titres differents, laiffaient aux poètes , fouvent les plus vulgaires, le foin de célébrer le favoir ou les vertus du perfonnage repréfenté.
On en a la certitude, les Romains ne s’en tinrent pas néanmoins à reproduire de fimples portraits. Plusieurs beaux livres, confiés par eux à des peintres fpéciaux, étaient ornés de peintures hiftoriques & de majufcules du ftyle le plus grandiofe. Le feul ouvrage qui puiffe nous donner une idée de ces richeffes de la calligraphie antique, eft malheureufement trop rapproché des temps barbares , pour qu’on puiffe fe faire, en ce genre, une opinion fur ce qui exiftait au fiècle d’Augufte.
OURTANT il faut en excepter un Aratus orné, que l’on veut faire remonter au 11e fiècle de notre ère, mais dont l’antiquité n’efl rien moins que certaine. Le livre le plus ancien qui nous foit parvenu décoré de miniatures, efl: le Virgile confervé à la bibliothèque du Vatican, dont on fait remonter la date à la fin du ive fiècle, ou même au commencement du ve. Cette précieufe relique d’un art déjà bien dégénéré, fut momentanément tranfportée à Paris, & J :-M. Langlès en fit reproduire les diverfes peintures par une gravure au trait, mais ne donna pas fuite à fa publication. Sans parler des gravures peu fidèles de Bottari, nous rappellerons qu’on trouve un fragment du livre original très fincèrement reproduit dans la Taléographie univerfelle, dans Le fM oy en-âge & la %enaijfance, Sc dans XE (fai fur la calligraphie de H. Langlois.
des zManufcrits. c)
Quelque curieux que puiffe nous paraître aujourd’hui le Virgile de la Vaticane, ce livre, en réalité, ne mérite guère de fixer l’attention pour 1 hiffoire de 1 art : exécuté par un artifte plus que médiocre, à une époque ou le ffyle romain s était profondément altéré, il ne peut donner qu’une idée imparfaite de l’art de l’illuminateur, tel qu’il était pratiqué jadis à Rome, dans les beaux temps de la littérature. Virgile, travefli de cette façon, n offre plus à nos yeux qu’un art en complète décadence.
OU T E FO I S, f époque à laquelle il fut exécuté, n’était nullement une époque où le zèle des copifles fe fût éteint, & où les livres manquaffent au zèle des religieux 5 le P. Cahier a pu dire avec raifon : « Les moines .... n’avaient pas attendu, pour s’adonner à l’étude & réunir des collections d’ouvrages, que la fcience chaffée de la fociété cherchât fon dernier abri dans l’enceinte des monaffères. La règle de faint Pacôme (111e fiècle) entre dans de curieux détails fur la diffnbution des livres parmi les folitaires, fur leur claffement dans la bibliothèque, fur le foin qu’on devait prendre des lecteurs, ôcc., &c., &, ce qui femble indiquer une quantité confidérable de livres, il veut que deux religieux foient chargés de la bibliothèque. On ne le trouvera pas étrange, fi l’on fonge que chaque foli taire devait avoir fon livre de lecture d’après la règle, & que les monaffères de faint Pacôme étaient ordinairement formés de trente ou quarante maifons habitées chacune par une quarantaine au moins de religieux. »
Durant ces bas fiècles, le bibliothécaire prenait, en Occident, le nom d armarius , & les copifles, qui d’ordinaire dépendaient de lui, recevaient le titre d 'amiquarii ; on les défignait par plufieurs autres dénominations, on les appelait cancellarii , fcribœ , chanularii, librarii , noiarii , archeographi , bibliarores. S’ils appartenaient à une hiérarchie plus élevée , s’ils étaient attachés à des fouverains , ou même à des princes, on les défignait fous les titres de graphiarii , fcribones , f cubaines, fcriptuarii , & plus volontiers encore fous celui de capellani.
Pour peu quelle fût confidérable, chaque abbaye réfervait une vaffe falle, defbnée aux amiquarii : c’était le fcriprorium , lieu folitaire où, dans le plus grand filence, les fcribes illuminateurs exécutaient leurs patients travaux.
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1 D E L E au culte de la fcience calli-
graphique , la France , au milieu du fiècle terrible qui marque l’époque mérovingienne, n’était pas tellement déshéritée , quelle ne comptât quelques-uns de ces ailles où la Fcience refiait en honneur. Au vie fiècle, fe formait, non loin d’Orléans, la bibliothèque de Mici (depuis St-Mefmin), & un armarius inftruit qui corrigeait les livres dus au zèle des religieux.
Petit-Radel, qui mentionne ce fait en paffant, dit qu’un fiècle plus tard, c’était à une abbeffe de Nivelle, à fainte Gertrude, l’honneur du Brabant, qu’on devait les livres li impatiemment attendus de Rome ou d’Irlande. (Voyez ÏHiJloire des ‘Bibliothèques .)
Parmi les antiquarii des bas fiècles, il y avait certainement d’habiles calligraphes ; il y avait même quelques illuminateurs. Si un abbé des premiers temps de la vie cénobitique, Petrus Acotantus, s effrayait du luxe accordé à certains livres, & voyait dans cette complaifance des antiquaires pour leur ouvrage un fentiment de vaine gloire, « des hom- « mes non moins auftères, a dit le P. Cahier, ne partagèrent point (( la févérité des cenfeurs-, Paint Ephrem, cité par Mabillon, ajoute- '« t-il , loue au contraire les folitaires du IVe fiècle, qui écrivaient en cc or ou en argent fur des peaux teintes de pourpre, & ce luxe fut « confidéré plus tard comme de rigueur pour les copies de l’Ecriture << fainte & pour les livres deflinés au fervice de l’Eglife.
des zManufcrits.