‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 19 sur 139 · III · texte numérisé non relu

III

LES ICONOCLASTES. — DESTRUCTION DES MANUSCRITS A MINIA- TURES. — MARTYRE DE QUELQUES ILLUMINATEURS. — FIN DE LA PERSECUTION DES EMPEREURS CONTRE LES IMAGES.

ART de rilluminateur n’eut pas d’ennemis plus perfévérants, plus implacables , que les iconoclaffes. Il n’eft perfonne qui n’ait entendu parler de ces fanatiques des bas fiècles, qui brifaient toute image de Dieu & des Saints, par refpect même pour la divinité. Cette fecte aveugle commença fes ravages au vie fiècle, & les continua pendant deux cents ans. On fe ferait néanmoins une fauffe idée du genre de fanatifme qui l’animait, fi l’on fuppofait que fa fureur fe portât fur toute efpèce de fujets. Plus les iconoclafles multipliaient leurs efforts contre les peintres & les ftatuaires qui cultivaient l’art facré, plus on voyait fe reproduire les images étrangères au culte. Sous Léon l’Ifaurien, fous Conftantin Copronyme, fon fils, fous Léon IV, qui avait pour père ce dernier empereur, le luxe byzantin n’avait rien abandonné de fes magnificences. Ce Léon l’Ifaurien, que nous venons de nommer, & dont la fanglante hifloire rappelle tant de haine & tant de fupplices, Léon voyait fa propre image honorée dans fon palais; des milliers d’autres ftatues ornaient les périflyles de fes lomptueufes habitations; fous fon règne, les portes triomphales de Byzance n’avaient point voilé la multitude de leurs bas-reliefs, & la ftatue d’or de Conffantin étincelait encore au-deffus de la cité fur fa colonne de porphyre. Mais fi ces derniers faits, longtemps débattus, font acquis déformais à l’hiftoire de l’art, il eft bien avéré auffi que nulle image reproduifant une effigie fainte ne fut épargnée.

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Rien en ce genre n’échappa à l’efprit de vertige qui s’était emparé des iconoclaffes ; il paraît prouvé que cet empereur, dont le nom fignale, après tout, une époque de deftruction, anéantit peut-être un plus grand nombre de monuments qu’Alaric & que Recimer; fa haine devint furtout fatale aux livres, & divers hifloriens font monter à plus de cinquante mille le nombre des volumes qui furent brûlés fous fon règne, en un jour. Vers le milieu du vme fiècle, quand fon zèle impie fe fut épuifé contre les flatues confacrées au culte, il fongea à détruire les fomptueux manufcrits que renfermait la bibliothèque de Byzance, & tous ceux qui portaient veflige de l’art chrétien furent livrés sans pitié aux flammes.

Des peintures magnifiques, derniers reflets de l’art antique qui s’é teignait, difparurent alors pour toujours ; mais, fi le récit des hifloriens n’efl pas exagéré, ces fcènes déplorables ne furent pas ce qu’il y eut de plus affreux durant cette période de fauvage perfécution : ceux qui avaient confacré leurs veilles à la multiplication des livres ornés d’images, furent condamnés à brûler comme eux. Par un raffinement de barbarie bien digne d’un fiècle impitoyable, ces malheureux furent enfermés dans l’édifice où ils s’étaient retirés, & qu’on venait de livrer aux flammes ; ils périrent étouffes fur des monceaux de manufcrits.

En ces temps de prompte exécution & de caprices irréfléchis, quand le feu n’atteignait pas l’œuvre, prefque toujours il atteignait l’artifte, & fi on lui laiffait l’exiflence, c’était pour le condamner à l’éternel regret de pourfuivre une vie inutile. Michel Rhangabé venait de rétablir le culte des images, que Léon l’Arménien devait de nouveau profcrire, lorfque, en 829, le fils de Michel- le -Bègue fut élevé à l’empire. Théophile hérita de l’antique haine des iconoclaftes qui l’avaient précédé fur le trône. Il y avait fous fon règne un peintre illuminateur dont les œuvres étaient célèbres, & qui favait donner à fes images cette majefté auflère qu’on remarque chez les vieux byzantins ; l’empereur le fitfaifir, un fer brûlant flygmatifa fes mains & les rendit pour longtemps incapables de peindre les attributs de la divinité. Le moine Lazarus devint martyr de fon art comme d’autres l’étaient de leur religion.

Et cependant, après cent dix- neuf ans de perfécution, le génie des peintres byzantins fe réveilla ; les veftiges de l’art antique, plus refpectés que ceux de l’art chrétien, furent étudiés avec ardeur & reproduits avec un caractère intelligent, qu’atteflent aujourd’hui encore quelques beaux

des zManufcrits. i y

livies venus (Je Conftantinople & conferves a la Bibliothèque impériale de Paris. (Voyez, entre autres, les Homélies de S. Grégoire deC^alianie.) Sous Léon, furnommé le Sage, qu’il ferait plus jufte de nommer le Savant, les livres le multiplièrent 5 les mauvais jours qu’on avait traverfés imprimèrent peut-être aux œuvres des calligraphes îlluminateurs un caractère plus auflère, j’allais dire plus chrétien, que par le paffé. Sans abandonner l’allégorie antique, l’art nouveau fe révéla. Selon toute probabilité, ce fut durant la fécondé moitié du IXe fiècle que s’opéra cette révolution 5 difons plus, ce fut durant cette période d’agitation politique que l’art byzantin fe répandit en Europe. Nous ne voulons pas dire cependant qu’il effaçât alors l’influence de l’art plus Ample & plus auflère, tel qu’il fe développait dans les régions occidentales, & tel que le pratiquaient les difciples des Gottfchalck & des Alcuin.

Loin de partager les principes religieux qui avaient animé les iconoclaftes contre les repréfentations de la divinité , le protecteur des arts en Occident, Charlemagne, referva toujours une partie du fanctuaiie, pour que les artifles, encourages fous fon règne, puffent l’orner d’images faintes.

Il y eut cependant fur ce point quelques lois reftrictives : le chœur leul des eglifes edifiees alors fut orne de peintures; les ornements que multipliait avec une fage réferve l’architecte, furent dorés dans cette partie du temple feulement; les autres portions d un monument confacre au culte piefentaient dans leur nudité un afpect infiniment plus févère, quelles perdirent vingt ans plus tard fous les fucceffeurs de Charlemagne.

Il femblait , par ces reflxictions, que la penfee du grand empereur n’eût pas encore manifefté toute fon indépendance, & qu’elle n’ofât protefler d une maniéré abfolue contre 1 lierefie qui venait d’enlanglanter une partie du monde. Comme nous le verrons bientôt, il n’en fut pas ainfi à 1 égard des livres, & toutes les magnificences de la calligraphie leur furent prodiguées fans réferve. Mais pour orner les fplendides volumes qu il devait confacrer au culte, Charlemagne eut recours aux monaflères d’York, de St-Alban, de Lincoln, de Lindisfarne, où 1 art facerdotal était pratiqué dans fa pureté primitive : il tenait fes enfeignements de ces grands couvents d’Hibernie, où depuis trois fiècles la lcience de Byzance s’était réfugiée.

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