‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 20 sur 139 · IV · texte numérisé non relu

IV

PEINTRES ET C AL L 1 G R AP H E S DE L'ANGLETERRE ET DE L’IRLANDE. — < SAINT AUSTIN. — LIVRES ORNES APPORTES DIRECTEMENT DE BY- ZANCE. — THEODORE DE TARSE.

A N T que durèrent les bas fiècles, lorfque l’on voulait retrouver les pures traditions de la fcience , telles qu’elles étaient confervées par la Grèce ou par Rome, lorfque l’on voulait même s’initier aux queftions de haute philofophie qui agitaient naguère le monde antique, c’était, au vne fiècle, à quelques rares monaflères de l’Angleterre ou de l’Irlande qu’il fallait aller les demander : &

en

effet , l’Hibernie proprement dite , par cela même qu’elle s’était trouvée davantage à labri de l’invafion des peuples barbares, avait offert un afile aux arts. La fleur délicate de la civilifation ( pour nous fervir de l’expreffion d’un maître), s’était épanouie à l’abri de fes cloîtres, & l’on y avait

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conl'ervé, en les modifiant, des fouvenirs précieux qui s’éteignaient fur le continent, & qui ne tardèrent pas à produire en calligraphie quelques œuvres affez indépendantes de l’art byzantin dans leur imitation, pour qu’elles aient formé dès le v 1 1 Ie fiècle une école influente qui ne tarda pas, grâce aux efforts d’Alcuin, à répandre fon goût & fes principes dans les monaflères de la France.

Plufieurs caufes fe réunirent pour amener d’abord en Angleterre cette manifeftation d’un fyftème calligraphique , à la fois original & imitateur, que l’on remarque furtout au fiècle d’Ethelbertôt d’Offa. Il faut faire remonter à faint Auflin (Auguflin) les premiers enfeignements qui déterminèrent en divers couvents d’Angleterre & d’Irlande, un goût fi prononcé pour la calligraphie ornée. En y 96, quand ce prélat miffionnaire fut nommé au fiége de Cantorbéry par Grégoire- le-Grand, il apporta avec lui une règle de faint Benoît & de nombreux ouvrages deflinés à répandre la liturgie romaine; ces livres fervirent de modèles aux peuples que Rome prétendait inflxuire. Saint Auguflin trouva, dit-on, dans les couvents de l’Irlande, une grande réfrftance à accepter ladifcipline nouvelle qu’on voulait leur impofer ; ils s’y fournirent néanmoins, & ayant reçu enfin les livres que répandait l’apôtre de l’Angleterre , ils en modifièrent la forme , félon leur goût original , en les acceptant.

De même que l’écriture qui prévalut alors en Angleterre & en Irlande, conferva toujours fon type roman, bien qu’on l’ait défignée fous le nom de faxonne, de même, les peintures facrées reproduifirent , avec un caractère qui leur était propre , les formes de l’art accepté à Rome.

Plus tard, un événement dont on n’a peut-être pas fuffifamment apprécié l’influence, mit bientôt les calligraphes des monaflères anglais à même de développer les rudiments imparfaits de l’art, tels qu’ils leur avaient été enfeignés par les difciples de faint Auguflin. Un jour, c’était bien avant le fiècle régénérateur d’Alfred, on vit arriver à Cantorbéry un faint archevêque qui apportait à la l’Angleterre & à l’Irlande toute la fcience religieufe de Byzance , & qui allait flimuler d’une ardeur nouvelle le zèle des moines fludieux : c’était le vénérable Théodore de Tarfe, qui venait d’être élevé à la dignité d’archevêque dans ces régions lointaines, & dont la fcience était célèbre dans toute la Grèce.

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1 lieodore de Taile , c efl un fait atteflé, avait apporte avec lui une multitude de livres grecs & latins 5 ces divers ouvrages avaient été ornés à Byzance de tout le luxe de la calligraphie, & ils fervirent dès-lors de modèles. Le faint archevêque ne vifita pas feulement fon diocèfe en y encourageant le goût des arts; il parcourut, dit-on, avec follicitude tous les pays voifins, & fit de nombreufes Hâtions dans ces couvents de 1 h lande ou la Icience était en honneur. Il dut y animer encore de les conleils éclaires le goût des lettres & des arts, qu’on n’avait point ceflé d’y cultiver depuis le début du ive fiècle. Ne foyons donc plus furpris de la purete du flyle byzantin qu’on remarque dans les miniatures dont faint Dunflan orna plufieurs beaux livres, deux fiècles plus tard. Ne nous étonnons pas, en nous rapprochant de l’époque où vivait Théodore de Tarfe, de voir Alcuin enfeigner à la cour de Charlemagne 1 art de la calligraphie, & dans tous les couvents de la France, répandre, ainfi que dans ceux de 1 Allemagne, des préceptes qui ne tarderont pas à fructifier.

U T R E faint AuguHin , l’Angleterre nommait à cette époque parmi les illuminateurs primitifs , ce faint Columban de Luxeuil dont la renommée fe lie à tant de pieufes légendes, & que l’on confondit fi fouvent avec faint Columban d’Iona, irlandais comme lui.

Cet art de l’Hibernie & de l’Angleterre efl repréfenté en cet Ouvrage, pages 6 & 8, par des majufcules du flyle le plus gracieux, remontant au vie& au vne fiècle. La première efl tirée de la Bible Cottonienne, confervée au British Mufeum ; la fécondé appartient à un Pfautier anglo-faxon de Rouen. Le même dépôt nous a fourni d’autres lettres appartenant à fart anglofaxon du vme fiècle, & par conféquent contemporain d’Alcuin.

Finiffons ces indications en fignalant à ceux qu’intéreffe cet art rudimentaire, d’où procède cependant l’école françaife , les beaux fpecimens donnés par M. le comte A. de Baftard & puifés dans les magnifiques Evangiles poffédés par St-Willibrod. De fon côté, M. Sylvefire,

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dans la Paléographie univerfelle, en a reproduit plusieurs; tel eft, entre autres, ce fragment du vne fiècle, tiré d’un Evangéliaire anglo-faxon, puis ces Décrétales des papes, qui remontent à la même époque.

C efl la bibliothèque du Corpus Chrifti, à Cambridge, qui eft dépofitaire des Evangiles de laint Auflin. Les Evangiles peints, confervés dans 1 églife de Lichtfield, faifaient partie de la bibliothèque Cottonienne.

La Vie de faim Paul Hermite , confervée au collège du Corpus Chrifli, à Cambridge, offre encore un modèle du deffin & des lettres ornées, telles qu’on les entendait au vme fiècle.

Tous ces beaux livres, dont nous pourrions encore augmenter la lifte, font empreints du ftyle byzantin 5 on a dit cependant avec beaucoup de juftelfe, à propos de ceux qui ont leur origine dans les couvents de l’ancienne Hibernie :

« L’école d’enluminure irlandaife exige une claffification à part ; elle a un ftyle qui lui eft particulier, & qui, fans doute, eft originairement emprunté des Latins, mais caractérifé par un deffin & une exécution que l’on ne rencontre pas dans les manufcrits d’autres nations ; la preuve la plus convaincante de l’ingénuité de cette école , peut fe puifer dans le célèbre livre de Durham ou Evangile defaint Cuthbert. » (Voyez le P. Cahier, dans les c 'Annales de Philofophie chrétienne .)

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MANUSCRITS DE L’EPOQUE CARLOV1NGIENNE. — CHARLEMAGNE. — ECOLE D’ILLUMINATEURS FONDEE EN FRANCE PAR ALCUIN. — TRADITION QUI LA PLACE DANS LE PALAIS DES THERMES. — ILLU- MINATIONS CELEBRES DU VIIIe ET DU IXe SIECLES.

E A U C O U P d’illuminateurs habiles , formés fur les modèles les plus purs du flyle byzantin, honoraient, par leurs travaux, les grands monaftères de Canterbury, que l’on défignait encore fous fon vieux nom faxon de Kent-Wara-Bryg, & les beaux couvents de Bangor ou de Lindisfarne, lorfque la France ne comptait guère encore de calligraphes dignes de ce nom.

Il n’en fut pas ainfi lorfque, vers l’année 781, Charlemagne ayant rencontré à Parme un religieux de la ville d’York, déjà célèbre fur le continent par fa fcience, il l’eut engagé à quitter l’Angleterre pour fe fixer près de lui, & lui eut donné pour attributions, non -feulement le foin de diriger l’éducation de fes fils, mais celui de répandre dans fa cour le goût des lettres. Alcuin poffédait toute la fcience de fon époque; comme Auguftin & comme Théodore de Tarfe, il fe montrait habile dans l’art de reproduire les manufcrits & de les orner. C’était un calhgraphe de premier ordre, comme on l’entendait dans l’ancienne acception de ce mot; il ne s’était pas formé feulement à cet art dans les couvents de l’Angleterre : il avait déjà pu étudier la peinture des livres grecs en Italie. Iffu d’une ancienne famille anglo-faxonne, il avait accompagné dès fes jeunes années l’archevêque d’York, Egbert, qui fe rendait à Rome, &, dès l’année 766, il avait pour miffion d’a-

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cheter dans cette ville les beaux livres qu’il y pourrait raffembler ; chargé de la direction de la grande école d’Angleterre jufqu’en 780, il avait eu le temps de fe préparer, en dehors de les autres études, aux minutieufes recherches exigées par un art qui marchait de front alors dans l ertime des clercs avec les arts les plus relevés. Si l’on s’en rapporte à un bibliographe célèbre, précifément au moment où Charlemagne tentait d attacher le moine anglais à fon palais impérial, Alcuin écrivait, pour le magnanime empereur, ces Heures célèbres qui furent commencées en 78 1 .

I E N que l’on ait établi en principe l’inhabileté que montrait le grand empereur dès qu’il s’agiffait de tracer les caractères de l’écriture, & en admettant même (ce qui refie douteux) qu’il ignorât la pratique d’un art dont il comprenait fi bien la valeur, il n’y avait qu’un bien petit nombre d’hommes à fon époque dont le goût fe trompât fi peu que le fien, dès qu’il s’agiffait d’apprécier les fineffes les plus délicates de la calligraphie : tous les monuments qu’on peut fuppofer lui avoir été confacrés, ou qui ont fait partie des rares volumes confervés dans fes bibliothèques, font encore là pour l’atterter; & l’un de fes contemporains n’héfite pas à le déclarer habile à reconnaître la bonne exécution des livres : peritus in une librorum.

Bientôt Alcuin, qui occupait, depuis plufieurs années, un porte éminent à la cour de l’empereur, donna aux études une impulfion qui changea la face du monde intellectuel dans tout l’Occident. « Ce fut en 788, a dit le favant éditeur d’Eginhard, que Charlemagne publia la célèbre conrtitution de laquelle date la renaiffance des lettres au moyen-âge, & le rétabliffement de l’inftruction publique dans les Gaules & la Germanie. On peut croire que déjà il avait donné l’exemple, & que l’école palatine , dont Alcuin fut le premier directeur, exiftait alors depuis plufieurs années. » (A. Teulet. Notice fur Eginhard & fur fes ouvrages .)

Mais dès qu’il fe vit à la tête de l’enfeignement, Alcuin fentit la néceffité de multiplier les livres. C’était par la tranlcription des traités fcientihques & des ouvrages religieux, rt rares alors en France, qu’il

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fallait nécelfairement débuter. Pour lérvir le noble projet de Charlemagne, des écoles de calligraphie furent donc établies régulièrement dans l’empire, à partir du vin0 fiècle. Outre celle d’Aix-la-Chapelle, qu’on vient de fignaler, il y eut un peu plus tard & dans le IXe fiècle, ainfi que le prouve M. le comte A. de Eaflard, les écoles très diflinctes de Tours, de Metz, de Reims <5c de St-Gall; dans notre opinion, il y en eut une à Paris. Tout nous fait fuppoler que cette école de fcribes miniaturises avait fon fiége dans le palais des Thermes, dont Charlemagne fit fa demeure, & qu’Alcuin vint habiter avec lui.

N archéologue dont la mémoire eft chère à la France, M. du Sommerard, s’eS plu à faire quelques recherches fur ce point d’hiSoire locale, & il ne doute pas que les voûtes de l’antique palais n’aient abrité les dilciples aimés auxquels Alcuin enfeignait l’art charmant qui le délaffait de fes autres travaux. La réfidence que fit aux Thermes le favant religieux anglais, eft atteffée par Eginhard, & l’on fuppofe que les jeunes princeffes, iffues du fang impérial, y copiaient fous fa direction des manufcrits. Sans mettre en doute un moment l’habileté reconnue d’Alcuin comme calligraphe, fans tenter d’amoindrir celle que l’on reconnaiffait à fes contemporains Gottfchaick & Modeflus, il efl bien certain que l’école dont ils purent être les chefs ne fut pas créée dans les Gaules uniquement fous leur influence ; Part du calligraphe, plus fplendide à Conflantinople , plus varié dans fes productions à York ou bien à Lindisfarne, n’avait nullement ceffé de multiplier les beaux livres durant, les fiècles antérieurs. Pour fe convaincre de ce que nous difons, il fuffit d’examiner quelques pages du ‘Bréviaire d'cAlaric, connu auffi fous le nom de Bréviaire d'cAnien , & qui, remontant au vie fiècle, n’efF autre chofe qu’un abrégé du code Théodofien; il fuffit encore de parcourir certains manufcrits de Grégoire de Tours, écrits durant la même période, ou de confulter le Pfautier latin que l’on confervait à l’abbaye de St-Germain , & dont le bel ouvrage de M. Sylveflre a reproduit un fpecimen. Il ne faut pas oublier non plus que lorfque faint Céfaire fondait un couvent de femmes à Arles, il prefcrivait, comme l’une des premières règles împofées à ces religieufes, l’obligation de confa-

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crer chaque jour plufieurs heures à la reproduction des livres légués par l’antiquité au vie fiècle. Saint Ferréol en faifait également une obligation aux moines qu’il dirigeait dans la ville d’Uzès.

Il réfulte de ces faits que fi nous pouvons nommer, dès le vme & le ixe fiècle, des peintres & des chryfographes habiles, qui fe perfectionnèrent peut-être fous l’influence des inflitutions provoquées par Alcuin, ils avaient déjà trouvé fur le fol de la France des modèles qui n’étaient pas fans éclat. Les Dagulf, les Engelhard, les Chadold, & poflérieurement les Beringar, les Liuthard, ne furent pas abfolument réduits à fe guider fur les modèles qui leur venaient de Byzance ou d’Angleterre. La péninfule ibérique elle-même, vers laquelle Charlemagne porta fes armes, n’était pas tellement défolée par la conquête récente des mufulmans que l’art du calligraphe en eût complètement difparu 5 il s’était réfugié dans la Catalogne ou dans les Afturies, tandis que F Andalou fie fe prêtait à tous les caprices de l’art tel que le comprennent* les Orientaux. Les chroniques nous Lignaient un prêtre nommé Beatus, illuminateur habile, auquel on dut au vme fiècle une Apocalypfe que l’on conferva longtemps dans la cathédrale d’Urgel, & qui fe difiinguait par cet éclat prefque fulgurant, que les artiftes aquitains obtenaient peut-être parfois aux dépens de l’harmonie.

I F N qu’il exifle un affez grand nombre de manufcrits écrits en France, à la fin du vme fiècle, celui qui offre des peintures de plus grande dimenfion efl l’Evangéliaire de Charlemagne, aujourd’hui confervé au Louvre dans le Mulée des Souverains ; il efl: plus connu fous la dénomination affez impropre d’Heures de Charlemagne , & il fe compofe en réalité d’extraits de l’Evangile pour toute l’année.

Il fut écrit vers 781, par ordre du grand empereur d’Occident & de l’impératrice Hildegarde. Le couple impérial en fit don à l’abbaye de St-Sernin , le plus antique monaflère de Touloufe, à l’époque où Charlemagne fe rendit auprès de l’un de fes fils, fouverain de l’Auftrafie.

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Gottfchalck ( Godefcalcus ) ne mit pas moins de fept années à l écrire & à l’enrichir de toutes les fplendeurs de la chryfographie. Le texte efl à double colonne, fur un fond pourpre. Jufqu’en 1793, cet ineflimable monument de l’art du vu Ie fiècle fut confervé dans un étui d’arsent; l’étui volé, ce beau livre fut enlevé du monaflère de St-Sernm & jeté dédaigneufement parmi des parchemins deflinés à être vendus. M. de Puymaunn le fauva de la deflruction & le fit parvenir à Paris. Réintégré plus tard dans la ville de Touloufe & placé momentanément parmi les volumes précieux de la Bibliothèque, la ville en fit hommage à Napoléon Ier, lors des folennités qui accompagnèrent la naiffance du roi de Rome.

Les grandes miniatures de ce livre capital ont été reproduites au trait par M. A. Dauzatz, & figurent dans les Voyages pinorefques & romantiques de l'ancienne France , par Taylor & Ch. Nodier. (Voyez le tome Ier, du Languedoc, 1833.)

N peut à coup fur ranger parmi les plus beaux livres que nous a légués la période carlovingienne, ce manufcrit infpiré par les plus nobles fouvenirs de la calligraphie antique ; mais celui que devait furtout préferver avec amour Gerwrard, le bibliothécaire de Charlemagne , a fourni à l’une des pages de l’ Imitation , un de fes plus fplendidesentourages(7aè/<?, page 11 ) : c’efl l’Evangile provenant de l’ancien monaflère & prieuré royal de St-Martin-des-Champs, dépofé à la Bibliothèque impériale de Paris. Le livre d’Evangiles de St-Médard de Soiffons, qui exifle à la même bibliothèque, & qui dut être auffi fous la garde de Gerwrard, a permis de reproduire des ornements d’un flyle merveilleux (Table, pages iv <Sc v), après avoir fourni au vafle recueil de M. le comte de

Baflard une de fes pages fymboliques les plus magnifiques.

Un amateur éclairé, M. Jalabert, avait recueilli un Evangéliairefaifant

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partie des fomptueux volumes exécutés par Charlemagne 3 il nous a été libéralement communiqué , & eft venu mêler Tes ornements de ftyle roman pur aux quatre autres volumes appartenant à cette grande époque, & mis à contribution pour ï Imitation (page 400).

Toutes les richeffes calligraphiques de la période carlovingienne pourraient à peine être décrites dans un volume entier, & la Bibliothèque impériale de Paris eft fans contredit fur ce point la plus favorifée de celles qui ont un nom en Europe. Lorfque quelque beau livre de cette époque apparaît, à de rares intervalles, dans les ventes, il fait une vraie révolution dans le monde des bibliophiles. Il y a quelques années, Tilluftre auteur de la Vie de I{aphaèï, M. Paffavant, n’a pas craint de confacrer les rares connaiffances en eflhétique à une de ces Bibles, & l’on a vu, en 1836, un fimple amateur, M. Giordet, acquérir au prix de 37,^00 francs un de ces tréfors bibliographiques que poffédait M. Evans de Pall-Mall. Il efl vrai que cet Ancien Teftament, commencé en 800, terminé en 80 r, par Alcuin, ne laiffait rien à délirer par la fplendeur des ornements.

A I S fi ce beau volume marque une époque, il ne fignale pas un changement dans Part. Le ftyle des peintures efl le même, celui de la calligraphie va toujours en fe modifiant, la majufcule romaine efl de plus en plus abandonnée. M. Champollion a dit avec beaucoup de jufleffe : « Dès le règne de Charlemagne, l’écriture teutonique fe forma à la voix impofante du grand monarque, & la minufcule moderne pénétra de plus en plus dans les chancelleries, dans les actes de l’autorité publique & dans les habitudes des nombreux fcnbes qu’une apparence de renaiffance des lettres multiplia temporairement pendant le grand règne. » E S noms de calligraphes habiles qui apparaiffent à cette époque font un peu moins rares que par le paffé. Peut-être Dagulf, qui traçait avec tant d’élégance les lettres d’or, vivait-il encore au début du fiècle; mais Beringar & Luithard en étaient l’honneur. Deux faintes religieufes, abbeffes de ce couvent de Maefeyck où, foo ans plus tard, devaient naître les frères Van

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Eyck, fe diftinguaient dans la peinture des manufcrits. Harlmde & Relinde figurent encore dans tous les ouvrages où il eft traité des commencements de Fart en Belgique. Ingbert, Filluminateur franc, appartient plus particulièrement à cette férié d’artiftes que protégeaient les fucceffeurs de Charlemagne. Scribe & peintre à la fois comme on le fuppofe, ce fut lui qui exécuta la belle Bible latine du couvent des Bénédictins de St-Calixte à Rome, dite Bible de faint Paul, & que Ruhnmor a réhabilitée.

Ingbert, In gober rus , (illatinife lui-même fon nom) put travailler auffi à ce chef-d’œuvre calligraphique, dont les figures ont été reproduites dans tous les ouvrages que l’on a publiés fur le coftume, & il a fourni à F Imitation, un choix inappréciable d’ornements pour les pages 394, 39c 398, 399. Cette grande Bible, offerte folennellement à Charles-le-Chauve , en 866, par les chanoines de St-Martin de Tours, eff allée, après mainte viciffitude, repofer fous les vitrines du Mufée des Souverains. Protégée ainfi contre les regards indifcrets, ce magnifique manufcrit fe trouve d’ailleurs reproduit dans l’ouvrage de M. le comte A. de Baftard, qui en donne d’admirables fpécimens, complétés, pour la chryfographie, par la Paléographie univerfelle. M. Champollion fuppofe que ce livre célèbre fut écrit entre 842 & 846.

Charles-le-Chauve, qui alla mourir fi miférablement dans la cabane d’un berger, aimait paffionnément les beaux livres 5 ce fut pour lui que Fon écrivit encore cette jolie Bible, dite de faint Denis, que possède la Bibliothèque impériale (Table, pages ii, iii, vi & vii), & l’Evangéliaire du monaffère de St-Emmeramm de Ratisbonne eff paffé dans cette riche bibliothèque de Munich, où tant de chefs-d’œuvres ont été claffés avec habileté.

Les Evangiles dits de Fauchet, dont le calligraphe eff reffé inconnu, offrent un des fpécimens les plus élégants & les plus harmonieufement nuancés, quant à l’ornementation, qui nous foient reffés de cette période. (Voyez les pages 2^0, 2ÿi, 2^4, 2ÿj\)

Cette rare élégance du ftyle franc , offre, il faut bien le dire, un certain contraffe avec les enroulements zoologiques fi fortement accentués, qu’on remarque dans les pages 246-247; & dans lefquels l’artiffe a lu habilement combiner les ornements franco-faxons d’une Bible de Charles-le-Chauve avec ceux du livre d’Evangiles, dits de

d'es zManufcrits.

François II. Ces belles pages font le réfultat d'une combinaifon renouvelée rarement dans notre livre; pour les obtenir, il a fallu recourir à deux magnifiques volumes du Mufée des Souverains & de la Bibliothèque impériale.

E R S le ixe fiècle encore, on trouve l’un des plus beaux livres religieux de la Bibliothèque impériale, dont les ornements ont été répandus fur les marges des pages 178, 179, 182 & 183 . Il fut écrit pour Drogon, ce fils naturel de Charlemagne, qui, devenu évêque de Metz, inflitua des écoles où les lettres reçurent de fi grands encouragements.

Au ixe fiècle, le fcripiorium de St-Martin de Tours était un centre actif où les livres fe multipliaient; les Evangiles dits de Lothaire, que l’on conferve à la bibliothèque de la rue de Richelieu, y furent écrits pour ce petit-fils de Charlemagne qui avait été aflocié à l’empire d’Occident en 817. (Table, page x.)

Le Sacramentaire dont les pages 276 & 277 offrent de fi brillants fpécimens, & où le texte de F Imitation a été mis en harmonie avec 1 élégante originalité de l’ornement, eft, félon toute apparence, un produit de ces écoles fécondes que répandit partout Charlemagne. Il appartient aujourd hui à la bibliothèque d’une univerfité célèbre, mais il provient originairement du couvent de Petershaufen, près de Confiance, & il fut écrit pour Grégoire IV, qui, devenu pape en 827, vint en France & tenta vainement de rétablir la bonne harmonie dans la famille impériale.

N G B E R T fe vantait au ixe fiècle de pouvoir faire oublier par fon habileté les illuminateurs de Fltalie. Il avait fous les yeux, félon toute probabilité, de pures réminifcences d’un art perdu, longtemps préfervées chez les Romains & qui, au ixe fiècle, pouvaient encore lui fervir de guides. On trouve dans le précieux ouvrage de Willemin, publié fous ce titre : éMonuments français inédits, la formule modeffe par laquelle le célèbre calligraphe aimait à fe caractérifer.

Ornementation

U A N D un artiffe prétendait alors reproduire les exprellions les plus énergiques de la phyfionomie humaine, il était arrêté fans doute par une formule qu’on lui impofait, mais, s’il voulait étudier la variété des attitudes chez l’homme, il trouvait un modèle fur dans le beau Térence de la Vaticane, que l’on croit avoir été écrit entre le vi i Ie <5cle ixe fiècle. Ce livre fi varié n’a de rival que dans un volume du même genre, dans cet autre manufcrit de Térence, peut-être un peu poflérieur quant à l’exécution, dont la célèbre Mme Dacier fit jadis graver les figures. Grâce à ces deux livres, on en a la preuve : l’art en Italie avait des fouvenirs du monde antique qui, à l’abri du cloître, lui faifaient chercher une forte d’émancipation.

Pour ne mentionner ici, & bien rapidement, qu’un certain genre d’ornementation, celui des marges ou celui de ces canons eccléfiafliques, l’ornement des beaux livres religieux de ce temps, il eft bien certain qu’une foule de manufcrits détruits dans les temps de troubles poftérieurs au IXe fiècle, pouvaient reproduire encore ces lortes d’arabefques pleines d’élégance, que l’on devait à l’école de Ludius, le calligraphe aimé des Romains, l’illuminateur qui furpalfait en habileté, de l’avis de Pline, tous les artiftes du même genre que l’on eût été tenté de lui oppofer.

I E N T O T l’influence de ces l'plendeurs calligraphiques s’étendit fur l’imagination des peuples, 8c l’on peut dire auffi fur l’elprit de quelques individus appelés par leur fituation à dominer le mouvement intellectuel de leur époque ; une anecdote conlervée par le P. Ch.

Cahier, fuffit pour nous le faire comprendre :

« Ce fut la beauté des lettres ornées qui excita l’amour de la lcience & le défir de l’étude dans le cœur du grand Alfred, demeuré fans lettres jufqu’à l’âge de douze ans. Un jour qu’il entrait avec Ion frère chez Judith, fille de Charles-le-Chauve, l’élégance d’un manufcrit que cette princeffe lifait en ce moment, frappa les deux enfants. Et fur l’affu-

des m anufcrits. j i

rance qu’elle leur donna d’en faire préfent à celui qui le premier aurait appris à le lire, Alfred commença, pour l’amour du beau livre, cette vie ftudieufe & appliquée dont il contracta l’habitude. » (Affer. ap. Stolberg, Vie d'cAlfred-le-Grand , chap. V.)

Ornementation

LE X- SIECLE. — RARETE DES LIVRES ECRITS A SON DEBUT. — MO- NUMENTS CALLIGRAPHIQUES DE CETTE PERIODE. — TERREURS RELIGIEUSES INSPIREES PAR L’AN MILLE. — QUELQUES BEAUX MA- NUSCRITS. — PERSISTANCE DU SYMBOLE ANTIQUE.

I E C L E de révolutions , de troubles intérieurs, de guerres fans En, les cent années qui s’écoulent entre la déposition de Charlesle-Gros & l’avénement de Hugues- Capet , peuvent être confidérées comme l’époque la plus funelïe de notre hiftoire .Ce n’eft point , comme on efl tenté de le croire, le temps où le

aisat/aram. (Jgg artg a

complètement expiré. L’impulfion féconde donnée par Charlemagne ne s’efl pas éteinte : les inftitutions politiques ont fait naufrage, les livres n’ont pas difparu.

Pour être exact cependant, il faut le dire, on conferve les beaux manufcrits, mais on n’en fait plus 5 il y a même un moment oùl’induftrie du fcribe femble tout-à-fait ignorée 5 ce redoublement de ténèbres peut être fixé au moment où s’éteint le IXe fiècle, ou va poindre le Xe:

des oManufcrits. j j

alors l’ignorance eft univerfelle, & il n’eft pas rare de voir les dépolitaires de la loi, étrangers à l’art le plus rudimentaire du calligraphe, ne pas favoir ligner leur nom.

Les beaux modèles fubfiftent neanmoins, & ils féconderont bientôt 1 époque qui va fucceder. Durant la deuxieme moitié du xe fiècle, la bibliothèque d’Abbon ne contenait pas moins de cent volumes ; l’homme le plus éminent de cet âge, Gerbert, étudiait de nouveau l’antiquité

& poffédait quelques-uns des génies immortels qui ont conduit l’humanité.

E S le Xe fiècle, la fociété dut fe bafer en France & dans le refie de l’Europe, fur une organifation bien différente de celle qui régiffaitle vafle empire de Charlemagne. Comme cela arrive dans toute grande révolution fociale, ce n était pas fans peine que 1 initiation à un nouvel ordre de chofes s était faite. Des jours de douleur & d’abattement avaient fuccédé à ces jours d’enthoufiafme & d’étüde que l’on a délîgnés, par une expreffion heureufe, fous le nom de première renaiffance. S’il eft bien avéré que ce bouleverfement politique avait affaibli les lueurs d’une fcience naiffante, telle que la comprenaient Alcuin & Raban Maur, on a exagéré, n’en doutons pas, l’influence de ces orages politiques fur une époque de tranfition. Durant quelques années, on n’en faurait plus douter, l’art des antiquarii s’éteignit complètement, le fcriptorium fut délaiffé ; mais cet abandon ne fut, après tout, que momentané, & encore ce dédain pour les travaux intellectuels a-t-il fes exceptions. Le zèle des illuminateurs & des calligraphes fe réveilla bientôt, & il nous ferait poffible de citer plus d’un peintre miniaturise qui s’illuSra dans ces temps réputés barbares. Ce que nous affirmons ici eft vrai, furtout des monaftères de Rome & d’Angleterre. Parmi nous, ni le cifeau de l’orfèvre, ni le burin du cifeleur, ne s’étaient arrêtés, & certaines indu- Sries tenant de près aux beaux-arts, brillaient alors de plus d éclat, peutêtre, qu ils n en avaient eu dans des temps comparativement heureux.

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en croire néanmoins une tradition fort répandue, & fi Ton obferve attentivement l’âge des monuments qui précèdent ceux du XIe fiècle, une prédiction lamentable, qui fe propagea dans ces temps d’ignorance, arrêta pendant plufieurs années la marche de l’efprit humain. La terre avait fini fon âge, difait-on ; les hommes avaient vécu leurs jours, les dix fiècles accordés à l’humanité pour qu’elle pût fe repentir, s’étaient écoulés à jamais & ne devaient point reprendre leurs cours : rien de ce qu’avait admiré l’homme ne devait fe renouveler. L’an mille était le terme fatal pour toute créature vivante, & l’an mille allait venir. Les plus finiflres avantcoureurs annonçaient la dernière conflagration.

LORS, fans doute, il y eut une grande terreur dans toute la chrétienté 5 félon l’autorité irrécufable de certains hiftoriens, les travaux furent interrompus, & il efl probable que l’artifte dont les loifirs étaient confacrés à l’embellilfement des livres, ceffa fon paifible labeur, œuvre de patience & d’amour, déformais inutile. Peut-être ces terreurs ont elles été exagérées; ce qu’il y a d’affuré, c’eff que l’on rencontre fort peu de livres ornés appartenant à cette période, défolée d’ailleurs par des misères très réelles. Le fcribe pouvait bien délaiffer fes beaux livres, quand l’architecte abandonnait les monuments. Si nous graviffions cependant la montée folitaire qui conduit au couvent de la Gava, dans le royaume de Naples, nous pourrions admirer dans cet afile fludieux, fermé aux bruits du monde, quelques beaux manufcrits de cette époque, & nous offrons ( Table, titre & pages i & viij ) le fpécimen d’un livre magnifique datant de cette époque, qui fait à bon droit aujourd’hui l’ornement d’une des plus riches bibliothèques de la France. Le Bénédictionnaire de l’archevêque Robert, écrit de 960 à 980, fut exécuté en Angleterre, & a fervi à fanctifier le couronnement des rois anglo-faxons, jufqu’à la conquête; il fut exécuté pour Ethelgard, archevêque de Cantorbéry, par un moine chapelain d’AEthelwood, évêque de Winchefler, & le nom du calligraphe auquel on le doit, a conquis une certaine notoriété dans l’hifFoire de l’art : c’efl celui de Godemann , qu’ont répété les nombreux écrivains qui fe font occupés du fameux Bénédictionnaire,

des zManufcrits.

auquel on ne (aurait rien oppofer dans la riche bibliothèque de Rouen. L humble fcribe Godemann , moine de St-Swithin, Te fit remarquer par une telle habileté, que vers l’année 970 il reçut la confécration de Ton ancien patron, comme abbé de Thorney.

Tout a ete dit fur le fplendide volume qu il a orne, <5c il prouve une fois de plus combien il faut être circonfpect lorfqu’on applique à la marche de l’art certaines généralités hiftoriques. Il s’en faut bien d’ailleurs que ce beau livre foit le feul qui nous ait été légué par le x« fiècle.

DEPENDAMMENT des livres du monaflère de la Cava, on trouve dans la bibliothèque Bodléienne d’Oxford une paraphrafe en vers de l’Ecriture fainte, compofée par Cædmon, dont AElfvine fut probablement l’habile illuminateur. AElfinus , l’un des religieux d’fdyde Abbey, près de Winchefïer, était renommé également comme un habile calligraphe. A la même époque, <5c dans des régions pour ainfi dire oppofées de l’Europe, un Paint prêtre catalan, Vigila, qui vivait dans le monaflère de Albeda , prenait, avec jufle raifon , le titre d’ illuminât or , <5c terminait en l’année 976, ce beau livre, connu fous le nom del Vigilano , forte de mifcellanée religieufe, contenant les prefcriptions de divers conciles généraux, entre autres celles qui lurent décrétées à Tolède, le Fuero “Juqgo, fi cher aux hommes indépendants de l’Aragon, «5c quelques opufcules politiques. Ce qui efl: fort rare à cette époque, des portraits ornent l’œuvre du prêtre catalan, qui a donné lui-même fon effigie à la fuite des miniatures repréfentant Sanche-le-Gros, Don Ramire de Navarre & la reine Urraca. Deux artifies aquitains du xe fiècle figurent à côté de Vigila : ce font les difciples Sarraçino «5c Garcia, qui continuèrent une école féconde <5c dont Cean - Bermudez nous a fait connaître les réfultats. (Voyez notre Catalogue bibliographique .)

Plus de cent ans auparavant, l’Efpagne, en proie à une guerre d’invafion, tentait déjà de remplacer les livres que Rome lui avait cranfmis «5c que brûlaient les Sarrazins. Un prêtre affuriçn nommé Beatus,

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que nous avons déjà fignalé, s’infpirait des fouvenirs antiques; mais

fanglantaientle continent, l’art du calligraphe ne pouvait guère trouver

ces opulents monaffères de l’Angleterre & de l’Hibernie, momentané-

Normandie, vinffent incendier ces pieux ailles, c’était dans les monallères de Lindisfarne, d’York, de VVinchefter, que s’exécutaient les plus beaux livres ; c’était dans ce dernier couvent que vivait ce Godemann, le religieux dont la ville de Rouen possède le chef-d’œuvre, & qui a écrit le magnifique Pontifical que le duc de Devonshire conferve dans fa riche bibliothèque, & qui a fourni à l’ Imitation une belle page. (Table, page ix.)

damental ne varie point.

D’où vient donc ce caractère de famille fi fortement accentué, cette

preinte facerdotale qui fubfifte pendant trois fièclesPC’eft toujours dans les grandes métropoles qu’il a pris naiffance, mais auffi c’eft toujours de Byzance qu’il nous vient.

Dans tous les livres récents d’efthétique qui ont pour but l’hiftoire de l’art, les manufcrits à miniatures des vu Ie, ixe & xe fiècles, font invariablement défignés , en effet, comme offrant l’empreinte du ftyle hellénique modifié par Byzance. Cette vague appréciation ne faurait fatisfaire ceux qui ont eu fous les yeux un grand nombre de ces peintures, & furtout les ornements infiniment plus délicats dont elles fe trouvent accompagnées.

Beatus s’était féparé de Rome & avait embraffé avec ardeur les erreurs religieufes d’Elipand, l’archevêque de Tolède. (Voyez Ocios de Efpaholes emigrados , t. il.)

En ces jours d’orages politiques ou de combats acharnés , qui en-

de refuge que dans les âpres montagnes de l’Aflurie, fur les hauteurs folitaires où s’élevait le monaflère de la Cava, ou bien encore dans

ment à l’abri des événements qui enfanglantaient le refie de l’Europe, & encore dans la fécurité que leur infpirait l’Océan .

Avant que les pirates du Nord , & plus tard les conquérants de la

AÏS, quelles fuffent exécutées à Lindisfarne ou bien à la Cava, à Bamberg ou bien à Tours, ces peintures offrent, prefque toujours, des images religieufes dont le flyle fon-

forme prefque hiératique qui fe pourfuit d’âge en âge , cette em-

des zManufcrits. ^7

ÎL eft hors de doute , pour ceux qui ont contemplé fréquemment ces images faintes, que l’artifle auffère du xe fiècle peignait quelquefois avec rudeffe, mais toujours avec amour. Pour ceux qui fefontfentis émus d’une réelle vénération, à la vue de ces figures qui prouvent auffi bien la naïveté des croyances que leur énergie, le flyle byzantin a d innombrables variétés, & il en efl de même à l’égard des ornements. On peut apprécier fans difficulté les caractères qui les diflinguent, félon les fiècles & félon les pays. Non, les lucceffeurs de Théodofe, de Caffiodore, du moine Lazare, ne font pas en tout pareils aux élèves d’Alcuin, d’AEtfrid, de Gottlchalck & dHarlinde. La chofe eft encore plus fenfible lorfqu’il s’agit de l’école d’Aquitaine repréfentée par Vigila. Dès fon début, l’art chrétien adopte, fous une forme incorrecte fans doute mais toujours grandiofe, le flyle fpécial qu’il doit garder fous tous les climats. Avec une forme prefque hiératique , il a une naïveté trop fimple pour fe louflraire à l’influence des lieux ou des fouvenirs. Ceci peut paraître une forte de paradoxe aux obfervateurs fuperficiels, mais il exifle des différences marquées, effentielles, entre les illuminateurs primitifs de Byzance & leurs élèves les Siciliens, entre l’art anglo-faxon & l’art des Francs, entre le flyle précieux de certaines oeuvres exécutées en Flandre & celles qui ont pour auteurs des peintres catalans.

Et pour n’envifager que les différences principales qui fe produifent en Italie & en Grèce , ici, la chafle févérité des attitudes, la triffeffe des fymboles, une pureté d’expreffion qui a quelque chofe de douloureux; là, tous les fouvenirs de la cité reine, la lplendeur des coflumes, la richeffe des acceffoires, la pompe des édifices, &, ce qu’il y a de plus étrange, la parfaite intelligence de la croyance chrétienne foumife pour un moment aux fouvenirs des divinités de l’Olympe : voici l’art de l’Italie & voilà celui de Byzance. Le grand afpect dans l’ornementation, une attitude féneufe dans les figures, l’inflinct guerrier fe iaiffant deviner fous l’impreffion religieufe, une exécution parfois barbare unie à une élégance pleine de fineffe, toujours un fentiment de la beauté pure, malgré les incorrections qui choquent dans le deffin des extrémités, tel efl l’art de l’Hibernie & de l’Angleterre. Habiles à diverfifier à l’infini l’ornementation des initiales, les calligraphes anglais &

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irlandais affectent furtout les formes zoologiques ; ils empruntent les formes vraies de la nature pour les affouplir aux fantaifies les plus étranges d’une imagination fans frein, & l’on voit naître fous leur pin-

ceau ces êtres fans nom qui étonnent par leur bizarrerie & leur infinie variété.

Mieux que tout autre, il nous fait connaître ce qu’on pouvait réunir d’artiftes illuminateurs dans Byzance & dans la Grèce. Ce bel ouvrage

noms de huit peintres calligraphes : Pantaléon, Simon, Michel Blachernita, Georges Ménas, Michel Petit (Mwpôs) & Neftor étaient fans aucun doute les hommes les plus habiles de leur temps.

La Bibliothèque impériale de Paris possède un admirable monument de la calligraphie grecque de cette époque. C’eff un manufcrit orné de belles peintures de ffyle byzantin pur, intitulé : Commentaires & Trières publiques (x<= fiècle), qui a été mis à profit par M. Sylveftre dans fa magnifique collection.

Nous avons dit quelques mots en palfant de la perhftance des louvenirs antiques dans l’art religieux, tel qu’il était pratiqué par les illu-

A B I T U E S d’ailleurs à l’emploi de ces formes , ils caractérifent ainfi Part infulaire & celui de la France qui

yt en eff iffu. Nous ne pourfuivons pas plus longtemps de m pareils parallèles 5 ils s’effacent d’ailleurs trop fouvent en ^ préfence des monuments : ce qui ne s’efface jamais com- , plètement, c’eff le fouvenir énergique de Part byzantin

lui-même .

Après les guerres des iconoclaftes, au Xe fiècle, Byzance s’éprend d’un nouvel amour pour les fplendeurs de la calligraphie. C’eff de cette époque qu’eff le fameux Ménologe offert à Paul V par le

cardinal Sfrondati, & placé par lui dans le Vatican.

Ecrit par ordre de Bafile II, le Jeune, qui règne à ^ partir de 989, ce livre, magnifique en dépit de fes incorrections, fait voir combien Part antique avait

confervé fon influence à Conffantinople, au temps même du plus grand abâtardiffement politique.

publié fous Benoît XIII par les foins du cardinal Albani, offre les

mmateurs de Byzance. Nul ouvrage, peut-être, ne donne une idée plus complète de cette fufion momentanée de [allégorie païenne avec le lÿmbole chrétien : chacune de ces belles pages révèle l’alliance que

Dans les fcriptoria de 1 Occident, l’art ne fuivit pas ces errements, & il fut infiniment plus févère. Le fymbole ne fut pas dédaigné, mais il refia chrétien. Pour saffurer de ce fait, il fuffit d’examiner les beaux ouvrages de faint Ulric, de Godemann, de Foulques ou Foulcuin, l habile illuminateur de 1 abbaye de St-Hubert, qui leur fut un peu poflerieur ; de faint Dunflan, le plus infatigable calligraphe du Xe fiècle ; de Sintramn , dont les travaux honorèrent l’abbaye naiffante de St-Gall.

Selon le P. Cahier, Sintramn fit jadis le défefpoir des calligraphes de fon temps, pour la beauté du trait, la régularité des pages qu’il exécutait & dont, fans aucun doute, il peignait les encadrements. Une tranfcription des Evangiles, exécutée par lui, reçut en guife de couverture les tablettes d ivoire que le moine Tutilon avait jadis fculptées, & qui avaient affez vivement excité l’admiration de Charlemagne pour que le grand empereur en fît orner l’un de fes plus beaux livres. Goldafï de Heiminsfeld, né à St-Gall au xvie fiècle, & hifïorien de 1 abbaye, avait vu encore de tels chefs-d’œuvre exécutés par Sintramn, que, lelon lui, jamais calligraphe ne pourra lui être comparé, ni pour le nombre des ouvrages fortis de fes mains ni pour leur beauté.

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