‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 21 sur 139 · VIL · texte numérisé non relu

VIL

PRIX DES MANUSCRITS DU VIIIe AU XIe SIECLE. — PRODIGIEUSE CHERTE DES MATIERES PREMIERES. — UN LIVRE POUR UNE ME- TAIRIE.

E N D A N T la période qui s’écoula depuis le temps de Grégoire de Tours jufqu’au fiècle des croifades, un beau livre orné de tout le luxe de la calligraphie faifait fouvent partie du tréfor d’une abbaye ou d’une églife métropolitaine ; il avait parfois fa place parmi les joyaux de la couronne. Rien n’était négligé “pour le préferver de la dedruction, & le bel Evangéliaire donné à St-Sernin deTouloufe par Charlemagne, était renfermé dans un étui d’argent malfif. On avait déployé plus de fplendeur encore dans la cadette qui devait renfermer une copie des quatre Evangiles, commandée par faint Wilfrid au vne fiècle : elle était d’or, enrichie de pierreries.

Lorfqu’un monadère, tel par exemple que celui de St-Victor-lez-Marfeille , était parvenu à réunir un affez grand nombre de volumes, au x i Ie fiècle, pour que l’inventaire en devint néceffaire, on peut dire que la communauté religieufe poffédait une valeur que nul ne pourrait edimer aujourd’hui. (Voyez les Documents inédits relatifs à ÏHijloire de France. )

Le prix exceffif de la matière fubjective dedinée à recevoir l’écriture, n’était pas ce qui concourait le moins à rendre exorbitante la

des zManufcrits. ^i

chei te des livies. Cette cherte le fit fentir depuis les temps antiques jufquà une époque bien rapprochée de la Renaififance. Sans parler ici du papyrus, dont, félon les calculs ingénieux de M. Firmin Didot, une fimple feuille ne coûtait pas moins de 4 fr. yo cent, de notre monnaie, jamais le parchemin, quelle que fût l’habileté avec laquelle on le pieparait, ne put etre donne a un prix affez modéré pour qu’on l'employât, nous ne dirons pas avec l’efpèce de profufion que nous mettons même dans 1 emploi des papiers de choix, mais feulement avec l’efpèce de réferve que les Orientaux gardent toujours, lorfqu’ils lé fervent de papier de coton ou de foie pour la tranfcription de leurs fplendides manufcrits; on fait qu il faut atteindre le xne fiècle, pour rencontrer lulage du papier tel que nous l’employons aujourd’hui.

Les lavants ne nous ont pas encore appris ce que valait le parchemin au temps d’Eumène, roi de Pergame, qui, nous difent-ils, le perfectionna, s il n en fut 1 inventeur 5 mais aux plus beaux temps de Rome ce prix était encore exceffif. Les citoyens les plus opulents de la ville éternelle n héfitaient pas à faire fervir plufieurs fois une même feuille de papyrus ou de parchemin: ainfi que le fait très bien obferver M. Champollion, Cicéron lui-même, auquel rien ne coûtait, on le fait, pour l’entretien de fa bibliothèque & de fon riche cabinet, Cicéron « écrivait au jurifconfulte Trébatius, pour le louer de fon induftrieufe parcimonie en ce point, & lui demandait en même temps s’il n arrivait pas qu’il effaçât les lettres qu’il écrivait, pour écrire économiquement fes réponfes fur les mêmes feuilles. « Le grattage des parchemins, fi fréquemment déploré de notre temps, n’était donc pas, on le voit, le fait des barbares, mais il fe répéta peut-être un peu plus fou vent durant les bas fiècles & même durant le moyen-âge, où les peaux préparées pour recevoir l’écriture furent certainement plus chères que dans l’antiquité, furtout lorfque, par des préparations dont le fecret femble s etre perdu vers le ixe fiècle, les parchemins étaient magnifiquement teints en pourpre, en bleu ou en violet. (Voyez Natalis de Wailly, Eléments de T aléo graphie, t. i,page 572.)

Ce n était pas tout; les couleurs choifies que l’on tirait prefque toujours de l’Orient, de l’Efpagne ou de l’Italie, l’or & l’argent employés par les chryfographes, furtout depuis le vi 1 1° fiècle jufqu’au xe, rendaient la tranfcription des livres ornés d’un prix plus confidérable. Ce prix s eleva encore lorfque les métaux précieux ne furent plus employés

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par le calligraphie, réduits à l’état d’encre, & que l’on difpofa des lames très fines d’or pour en orner certains fonds ou pour donner plus de fplendeur à certaines lettres.

On le voit donc : non-feulement par le foin méticuleux que les calligraphies apportaient à leur œuvre, mais auffi par la richeffe des matières employées dans la confection toute matérielle d’un livre un peu confidérable, les beaux volumes de l’époque carlovingienne ne pouvaient guère appartenir qu’aux têtes couronnées ou bien aux grandes maifons religieufes. Il n’était pas rare alors de voir une métairie, pourvue de tous fes moyens d’exploitation, échangée contre un Pontifical ou un Bénédictionnaire.

Trois fiècles plus tard, une comteffe du pays d’Anjou, nommée Grécie, ne craignit pas de confacrer à l’achat d’un feul volume une variété d’objets dont le prix fuffirait, de nos jours, pour acquérir une bibliothèque, finon fort importante par la rareté des éditions, du moins affez variée pour qu’on y pût réunir tous les auteurs jouiffant de quelque renom. En échange des homélies compofees par Haimont d’Alberftadt, elle fit délivrer par fon intendant 200 brebis chargées de leur laine, un muid de froment, un muid de feigle, un de millet & trois peaux de martre. ( Hiji . litt. de France , t. vin, page 3.) U y avait encore progrès fur l’antiquité, puifque Platon fit acheter pour cent mines, équivalant à 9,000 fr., trois traités de Philolaüs, & qu’Arifhote donnait trois talents, plus de 16,000 fr., pour un petit nombre de volumes dont Speufippe avait fait ufage. (F. Didot, Sur le prix du papier dans l' antiquité .)

des zMamifcrits.

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