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avoir réduit en principes Part d’affigner un âge aux manufcrits, par la forme des lettres , la paléographie peut encore obtenir desréfultatsaufli poli tifs en interrogeant avec attention les parties acceffoires de ces manufcnts : les fonds fur lefquels ils font peints, les ornements qui les entourent & les vignettes qui les décorent.
On a écrit fur ce fujet, au xvme fiècle, un ouvrage qui avait ia prétention detre utile, mais on avait à cette époque des idées trop peu piécifes fur les écoles qui fe font fuccédé parmi les illuminateurs & les miniaturises des XIIIe, xive & xve fiècles, pour parvenir au but qu’on fe piopofait; il fuffit de jeter un rapide coup-d’œil fur les planches giavées par labbe Rive, pour fe convaincre des idées fauffes que l’on avait alors fur lart du moyen-âge.
Nul aujourdhui ne fe méprend fur le Sylc byzantin & fur les va-
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riétés qu’il affecte dans les divers pays de l’Europe où il eft en honneur, depuis le vie fiècle jufqu’au xne. Il prodigue l’or furtout au vme, en fe prolongeant jufqu’à la fin de la période carlovingienne, <5c les merveilles de la chryfographie fe distinguent par une foule de particularités dont on trouvera la théorie dans le V^ouveau traité de Diplomatique des Bénédictins, tandis que les fplendides ouvrages des Baftard, des Schaw <5c des Sylveffre, auxquels on peut ajouter les pages de notre Imitation de Jéfus-ChriJl , en feront paffer chronologiquement fous les yeux du public de brillants fpécimens.
Le P. Cahier a dit avec beaucoup de jufteffe dexpreffion, en caractérifant la première période de l’ornementation parmi nous : « Les enlumineurs franco-germains <5c britanniques du ixe fiècle empruntent prefque toujours leurs ornements architectoniques au flyle roman... Ils affectionnent fingulièrement les animaux fantaftiques compofés de parties hétérogènes & s’enlaçant comme par manière de jeu ou de combat, furtout dans les bafes <5c les chapiteaux des colonnes... Une efpèce de vignette courante fert d’encadrement aflèz ordinaire au texte. La furface eft fouvent glacée par une forte de vernis. »
Vers la fin du fiècle fuivant, fi l’or eft moins prodigué dans les majeftueux ornements des majufcules, il brille avec éclat dans les fonds, & c’eft par là, furtout, que fe révèle l’influence byzantine.
Struve eft l’un des premiers qui ait fignalé, pour cette époque, l’emploi de lamelles d’or extrêmement ténues que l’on fixait avec beaucoup d’adrelfe au moyen d’une eau gommeufe fur le parchemin, «5c qui reçevaient fouvent par le polifloir l’éclat de l’or bruni. Les calligraphes de la Perfe ont enchéri encore fur cette méthode coûteufe d’embellir les manufcrits. Nous avons vu de petites émeraudes <5c des moitiés de perles, fixées fur le parchemin <5c mêlant harmonieufement leur éclat à celui de l’or <5c du vermillon .
Durant le xn° fiècle, les fonds d’or font fouvent guillochés «5c préfentent à l’œil de petits difques, des points ornés, des efpèces d’aftérifques, une forte de gauffrure, qui ne peuvent guère être obtenus que fur une épaiffeur affez folide de la furface métallique.
Au xme fiècle, les ors brunis des fonds font encore très éclatants; on en a la preuve dans le Bréviaire de faint Louis, confervé au Mufée des Souverains, «5c dans une cApocalypfe latine de la Bibliothèque impériale. Les petits difques font abandonnés pour faire place plus fré-
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quemment à de légères arabefques, tracées légèrement au burin : le magnifique manufcrit de l’c 4b, baye intérieure en fait foi.
Comme on l’a dit avec beaucoup de raifon, de 1 1 ÿo à i2ÿo, « il fe fait tout d’un coup une forte de révolution puiffante: l’imagination s’éveille avec un élan paffionné, » & l’ornementation pure fe reffent de ce mouvement qui vient de fe manifefler. « Plus capables de vérité, a-t-on dit encore, les imagiers abandonnent les fantaifies bizarres, <3t, au xme fiècle, les ornements empruntés au règne végétal commencent à prendre de la prépondérance. » (Voyez les c Annales de Thilofophie chrétienne .)
Le payfage proprement dit n’eflpas encore employé dans les fonds, comme cela aura bientôt lieu: les arbres, lorfqu’on les introduit, font encore d’une forme conventionnelle; l’or, alternant avec des couleurs diverfes, difpofées en petits carreaux réguliers, forme une forte d’échiquier aflez uniforme dans fa difpofition quoique varié dans fes détails, (ur lequel fe détachent les figures des miniatures, & dont on retrouve l’emploi un peu au-delà du xive fiècle. Il efl bon de rappeler que la lettre initiale introduite dans le manufcrit, avait à l’origine la forme carrée. Plus tard, comme une plante élégante, elle a projeté fes rameaux, elle s’efl développée dans la partie fupérieure, elle a fleuri enfuite par en bas, pour en arriver à enferrer la page entière & compléter l’encadrement.
Mais, les vignettes ( viticolœ ) qui courent le long des marges & dont la variété fe pare de mille détails inconnus précédemment, les capricieufes arabefques, dont le règne a duré plus de quatre cents ans, fans perdre de leur charme, empruntent une partie de leur grâce à la réalité. Les animaux fantaffiques apparaiffent plus rarement, & le grotefque, quand il efl: employé dans l’ornementation, efl faifi fur la nature ellemême. L’introduction de certains animaux, que le commerce avec l’Orient amène plus fouvent dans nos contrées, où ils produifent toujours la furprife en excitant l’hilarité, crée un mot nouveau dans le langage des imagiers ; parmi les fleurs de nos champs & les pampres de nos vergers, fe joue bientôt le linge africain : orner les marges d’un livre, c’efl dès-lors le babouiner, & l’habitude de multiplier, vers la fin du fiècle, cet ornement zoologique, conflitue une forte de manie, dont les moralifles du temps ne manquent pas de déplorer la coûteufe prodigalité. (Voyez page 3^3.)
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Un fait bien remarquable, c’efl que lorfque l’étude de l’hiftoire naturelle n’exifle pas encore , lorfque les Belon , les Aldrovande , les Geffner n’ont pas encore fait entendre leurs enfeignements, la botanique <5c la zoologie ingénues, qu’on nous paffe le terme, font fur les marges des beaux manufcrits. Le réalifme de certains artifles fait retrouver la vérité, lorfqu’on ne la foupçonne pas encore dans les gros livres, ou lorfqu’on n’y atteint que bien faiblement. Cette obfervation s’applique furtout au xve & au xvie fiècle, & nous la faifons ici pour n’y plus revenir.
Elle n’a pas échappé, du refie, aux maîtres vénérables de la fcience ; les Bénédictins ont dit : « C’efl au xvi0 fiècle qu’on commence un « peu à fe réconcilier avec la belle nature. On en découvre même « quelques faibles préludes dès le xive. Ces filigranes & ces échapcc pements de lettres hifloriées donnèrent lieu à des vignettes, à des « rinceaux, où l’on vit naître des fleurs <5c. des fruits ; les enlumineurs « s’exercèrent d’abord beaucoup fur les fraifes, & c’efl peut-être en « quoi ils réuflîrent le mieux !
Nous abandonnons ici les doctes auteurs du U^ouveau traité deViplomatique , nous n’admettons nullement leurs reflrictions, & lorfqu’il s’agit de fleurs naïvement dépinéles , de beaux fruiéis favoureufement vermillonnés, nous ne penfons pas comme eux que dans les Heures & dans les Miffels « la nature ne fût pas encore tout-à-fait copiée. » Le plus grand naturalise, à notre avis, du xve fiècle, c’efl Poyet, que Anne 'de Bretagne avait choifi pour peindre fur les marges de fes Heures, les plus aimables productions de nos contrées, celles qui ont infpiré à Dubartas tant de délicieufes peintures dans les Sept jours de la Création.
Il n’efl pas un humble brin d’herbe, pas une plante délicate, pas une fleur majeffueufe, qui n’ait fourni aux peintres imagiers de la France & de l’Allemagne les plus doux fymboles des vertus religieufes ou Amplement des qualités morales. A partir du xne fiècle, la branche de lis eft l’emblème de la chafleté, &, comme l’ont fait très bien obferver les Bénédictins, « les fleurs (d’efpèces diverfès), les rofes, les <c lis, dans la main des évêques, des abbés <Sc des dames, expriment « l’intégrité des mœurs. Rien de plus ordinaire que ces fymboles dans « les fceaux des églifes & des anciens monaflères, pour fîgnifler leur
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« état floriifant & le loin que l’on y prenait de répandre partout la « bonne odeur de Jéfus-Chrift. »
Le fymbolifme très varié qui le rattache aux animaux, celui qui nous fait connaître les qualités occultes, émanant des pierres précieufes, ont été l’objet tout fpécial des recherches d’une dame archéologue. Pour bien comprendre les ornements du monde végétal, l'emés avec tant de profufion par la main du calligraphe, il faudrait qu’un favant botanifle fe vouât à ce genre de travail tout nouveau, & fît pour les plantes ce que Madame Félicie d’Ayzac a tenté avec fuccès pour les deux autres règnes de la nature. (Voyez notre ‘Bibliographie.) Mais nous nous contentons d’indiquer en paffant ce fujet fécond, & nous reprenons notre examen des productions de l’art en fuivant le cours des temps.
Ornementation
RENOVATION DANS L’ART AU XIe SIECLE. — ECOLE BYZANTINE FONDEE EN SICILE. — SON INFLUENCE. — OEUVRES CALLIGRAPHI- QUES IMPORTANTES REMONTANT A CETTE EPOQUE.
imaginaires c|ui allombrirent la fin d un fiecle, quel que 1 oit le dédain montré maintenant par plufieurs hiftoriens, pour un fait qu’on va jufquà reléguer parmi les légendes, d’inconteflables changements eurent lieu dans le mouvement artiflique qui fignalales premières années du xie fiècle. Le ftyle dans les œuvres fut à peu près le même, mais ce fut, pour a in fi dire, à l’infini que les œuvres fe multiplièrent.
Les anciennes bafiliques avaient été abattues; on conftruifit de nombreufes églifes & de nouveaux monaflères : c’efl de la fin du fiècle que date Cluny, cette abbaye renommée où l’œuvre patiente du calligraphe eut des adeptes fi paffionnés.
Ce qui avait lieu alors en France, fe paflait dans le refie de 1 Europe,
, 1 an mille était
arrivé , le jour terrible avait paffé comme tant d’autres jours, l’efpérance renaiffait au cœur des populations, & avec elle l’activité dans la culture des arts fe réveillait. Quelle que foit l’opinion que l’on puiffe avoir aujourd’hui fur les terreurs
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<Sc lurtout dans la région méridionale. Les peintres <5c les or nemen tilles étaient conviés à d’innombrables travaux. Pour nous fervir des paroles dun naïf écrivain, il femblait que partout on eût befoin de nouvelles parures pour le monde qui rajeunilfait.
Ainli qu’elle l’avait fait en tant d’autres circonflances, l’Italie tourna les yeux vers la Grèce, & la Grèce lui envoya, dans les premières années du xie fiècle, ces artifles byzantins qui ornèrent St-Paul hors des murs & qui conflituèrent une école dont on retrouve partout les œuvres.
Vers le même temps, Paris voyait poindre dans fon Univerfité cet efprit de libre examen qu’Abailard allait propager, & qui, li puiffant en théologie, devait fervir d’une façon fi efficace le développement des arts : partout on réclamait une complète indépendance pour les œuvres de l’intelligence.
1 lufieurs peintres français obtinrent alors une réelle renommée. C était un Herber, moine de Reims, qu’à fa mort les populations défolées accompagnaient en foule au tombeau pour lui rendre des honneurs inufités ; un Bernard, qui orna de fes frefques le dôme de l’églife de Lobbe, & qui reçut pour fon œuvre de magnifiques récompenfes ; un Thiénon, qui unifiait à l’amour des lettres la culture des arts, & qui plus tard fut appelé à occuper le fiége épilcopai de Saltzbourg.
Les peintres îlluminateurs étaient encore plus nombreux que ces hommes éminents qui cultivaient toutes les branches de Part. Sans doute la chrylographie, qui avait étalé fes brillantes merveilles trois fiècles auparavant, remplaçait alors par le vermillon & par l’azur les belles majufcules dorées, fi fréquentes, employées jufqu’au xe fiècle; mais les miniatures proprement dites commençaient à offrir bien plus de variétés. Les perfonnages les plus éminents dans la hiérarchie eccléfïaffique ne dédaignaient pas le titre d’illuminateurs.
Sigon, abbé de St-Florent de Saumur, confacrait toutes fes heures de loifir à l’ornementation des livres; Heldnc, abbé de St-Germain d Auxerre, ne montrait pas moins de zèle & de talent comme calligraphe; Foulques, que l’on appelle auffi Foulcuin, rempliffait l’abbaye de St-Hubert de fes œuvres, & paffait alors pour le plus habile miniaturise du Brabant.
L art en Angleterre n’avait encore rien perdu de fa fplendeur qui allait tout-à-coup s eteindre. Un homme qui brille au premier rang
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parmi les théologiens, le repréPentait : c’était Lanfranc qui, né à Pavie en iooy, traverfa prel'que tout le fiècle & mourut archevêque de Cantorbéry en 1089. Plus tard Paint Anfelme l’imitait, & ces hommes éminents Pe voyaient Pecondés dans leur amour tout religieux pour l’art, par un moine Prançais que les chroniques nomment ErnulPe.
Saint AnPelme & LanPranc purent Paluer encore du regard un grand peintre candiote, qui ne dédaigna pas Part des livres & qui, à la fin du xie fiècle, vint s’établir à Florence : Andréas Rico de Candia a laiPle l’on nom à quelques œuvres admirables.
Si nous pénétrions dans les couvents de la SuilPe & de l’Allemagne, bien d’autres noms, pour ainfi dire inconnus, devraient être évoqués. Les monaflères de Fulde, de St-Gall, de HirPchnau , rappelaient le mouvement qui avait régné trois fiècles auparavant dans l’Univerfité naifiante de Charlemagne. Sintramn ou Sin trame continuait, par la perPection de Pes œuvres, à être le déPePpoir des calligraphes de Pon temps; Nootker contribuait auPfi à leur Pervir de modèle.
Par ordre des évêques, Part du peintre illuminateur était religieuPement enPeigné dans les grands monaPlères cités plus haut & dans les couvents d’un ordre inPérieur.
Si Bernard de Hildesheim, par exemple, que Pon a honoré du titre de Saint, exécutait de Pa main habile des moPaïques, & Pe PaiPait accompagner, dans les nombreuPes millions politiques qu’on lui confiait, par de jeunes religieux, voués à la reproduction des livres, c’était pour mêler à la culture de Part grandioPe, celle d’un art plus délicat. Il paPPait pour un des derniers chryPographes, héritiers des grandes traditions. GodePcard, qui ne tarda pas à lui Puccéder Pur le fiége épiPcopal. Pondait dans Pon palais une école de peinture & de calligraphie. Meinwert, évêque de Paderborn, créait bientôt un centre pareil d’en- Peignement, oh Part de Y amiquarius prédominait Pans doute, mais oh il exigeait que Pes diPciples s’initiaPPent aux beautés de la poéfie antique.
Nous nommerons encore le Paxon EnPnth, HelPwulP, l’artifle palfionné, & nous Perons obPerver que, bien différents des Pcribes des xive & xve fiècles, qui outragent fréquemment le Pens des livres par la légèreté de leur tranPcription, ceux-ci mettent en générai une religieuPe conPcience à s’initier aux textes Pacrés.
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U nombre des autres promoteurs du mouvement de rénovation, nous citerons Burchard, évêque de Halberftadt; Othon, qui occupait le fiége de Bamberg; faint Wolphelm, abbé de Brunweiler. Les calligraphes en titre de ce fiècle, dont les œuvres étaient recherchées en Allemagne, font bien connus : c’étaient, pour la plupart, des moines qui latmifaient leur nom, tels que Hilpius & Modeflus. Un religieux de St-Emmeramm, Othlon, était calligraphe de profeffion avant d’embraffer la vie religieufe ; VViking n’était pas moins habile, & l’on croit que le beau manufcrit de la Bibliothèque impériale (Supp. lat. n° 641) fut exécuté par lui. Jean, le chanoine de Ouedlembourg, exécutait un Tlenarium , livre magnifique, que l’empereur offrait à fon églife. Une femme fe difünguait encore parmi ces ar tilles dont les noms pourraient être multipliés à l’infini, c’efl la religieufe Diemulde.
Mais lorfque l’on veut prendre une idée exacte de l’efprit dont fe fentaient animés ces artiftes pleins de ferveur, ce font les chroniqueurs qui les ont vus à l’œuvre, que l’on doit interroger. Il en eft un dont les récits embraffent la fin du xie fiècle & la première moitié du xne, c’eft Orderic Vital. Pénétrons avec lui dans l’abbaye d’Ouche ; voyons-le dans une fainte admiration lorfqu’il a à dépeindre l’abbé Théodoric, dont les travaux monafliques ont fi bien édifié fon époque. Ce n’efi: pas pour lui feul qu’il, réferve l’éloge ; il manquerait quelque chofe à fon tableau, s’il ne pouvait fignaler les fcribes diligents dont le zèle infatigable reproduifait tant de précieux écrits ; auffi fe plaît-il à les nommer. « Ce font Bérenger, qui depuis devint évêque de Venofa, Gofcelin & Radulphe, Bernard, Turquetit, Richard & plusieurs autres, qui remplirent les bibliothèques de St-Evroul des Traités de Jérôme <5c d’Auguftin, d’Ambroife & d’Ifidore, d’Eusèbe, d’Orofe & de divers docteurs; leurs bons exemples auffi encouragèrent les jeunes gens à les imiter dans un pareil travail. » L’homme de Dieu, comme Vital appelait Théodoric, répétait fans relâche à fes moines : Ecrivez ! une lettre tracée dans ce monde vous fauve un péché dans le ciel... ce En d’autres abbayes, on avait fait une prière pour glorifier & fanctifier le travail des copifies ; on la difait à l’œuvre j comme le Bénédicité avant de commencer le repas. » (Voyez Ecrivains enlumineurs, dans le Livre d'or des ^Métiers .)
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Conftandnople , comme dans l’Occident, une école active n’avait pas ceffé de fe livrer à l’ornementation des beaux livres, depuis la chute définitive des Iconoclafles. Cet amour pour la calligraphie avait fait naître de nombreux chefs-d’œuvre. Vers la fin du xie fiècle, un empereur de Byzance marchait fur les traces de Théodofe & s’honorait du titre de calligraphe : les œuvres de faint Chryfoflôme furent décorées avec toute la fplendeur imaginable, par Nicéphore Botoniata, entre les années 1078 & 1081 .
11 efl certain , toutefois , que la décadence fe manifeflait dès cette époque dans l’art byzantin. Aulfi n’efl-ce pas aux artifles de Conflantinople que l’on a emprunté, pour V Imitation, les fpécimens deftinés à faire connaître le goût des artifles du xic fiècle. Ainfi que cela efl arrivé pour des temps bien poflerieurs, la France a répondu a de nombreufes invefhgations, & elle nous a fourni des modèles, ou charmants de grâce, ou empreints d’une réelle originalité.
Nous avons ouvert un Commentaire fur l’Apocalypfe écrit dans l’abbaye de St-Sever en Gafcogne, au temps de l’abbé de Montamer (page xiv de la table des matières), c’eft-à-dire au début du fiècle, & les deux qualités que nous fignalions plus haut fe font rencontrées.
Mais il efl bon de le remarquer cependant, ce beau livre, contemporain du Cid, & qui appartient à la Bibliothèque impériale de Paris, repréfente furtout l’art des provinces méridionales fi protégé, cinq ■ fiècles auparavant, par faint Ferréol, dont la règle avait été écrite pour les couvents du midi de la France.
Orné de nombreufes peintures par un artifle nommé Garcia, ce livre efl à coup fur un des monuments les plus précieux à confulter, lorfqu’on veut fe faire une idée de l’art tel qu’il était pratiqué dans l’Aquitaine & dans celles des provinces de l’Efpagne où la religion chrétienne n’avait pas ceffé de dominer. Le nom du peintre calligraphe auquel il efl dû fait fonger involontairement à cet élève du fameux Vigila, qui efl déjà connu dans le fiècle précédent, & qui commence une école dont les monuments apparaillent de temps à autre dans certaines régions pour ainfi dire oubliées de la Péninfule.
Le livre du moine aquitain parle à la fois pour la France & pour l’Efpagne, en dépit de l’œuvre purement fymbolique qu’il reproduit; c’efl un vrai monument qui, grâce à fes foixante-quinze grandes peintures, peut fervir aux artifles, aux archéologues & aux hifloriens.
Nulle œuvre de ce temps, mieux que celle-ci, ne fert à apprécier le caractère des luttes victorieufes où triomphe la civilifation chrétienne. Ici, des hommes pleins de foi, réfugiés dans la montagne, l’emportent par fart fur les peuples mufulmans. L’c Apocalypfe de l’abbaye de St-Sever proclame, pour ainfi dire, en préfence des Maures une puiffance qui les abattra. (Voyez page 400. )
Un beau volume contemporain de celui-ci a fervi encore à orner les marges de Y Imitation des peintures toujours fi rares qui remontent à l’époque du roi Robert: c’efl le magnifique Miffel que l’on conferva jufqu’à la fin du xvme fiècle, dans l’abbaye de St-Denis, & qui de là elf pafle à la Bibliothèque impériale (Table, page xiii); vient enfuite une page infiniment remarquable, tirée d’un autre Miffel à l’ufage de l’ancienne abbaye de St-Maur-les- Foffés, diocèfe de Paris. (Table, page xii). Nous ajouterons que l’ornementation de deux de nos marges, qui offre le caractère le plus original, efl due encore à l’art du midi de la France (pages 242 & 243), & il femble impoffible ici de ne pas reconnaître une certaine parenté entre te flyle des Evangiles du mont Majour d’Arles & l’œuvre de Garcia, qui continue cette école féconde de l’Aquitaine, dont certainement Vigila efl le chef.
Au Xe fiècle, l’art, tel qu’on le pratique dans les grands monaftères de l’Angleterre, eft encore dans toute fa fplendeur : le beau Bénédictionnaire anglo-faxon d’AEthelgar (Table, Titre & pages i & viii) que nos voifins d’outre-mer envient tant à la Bibliothèque publique de Rouen, en offre la preuve. M. Champollion a fait remarquer avec raifon qu’on trouve à la fin d’un Miffel de la même époque, une formule d’excommunication contre quiconque fe rendra coupable de l’enlèvement de ces livres facrés. (Voyez la Taléographie univerfelle .)
On peut citer, en paffant, la belle Bible du cardinal Mazarin, qui exifte aujourd’hui à la Bibliothèque impériale (n° 7, f. latin); puis pour l'Italie, <Sc comme contraftant peut-être, par fa barbarie, avec ce magnifique fpécimen, le Code des lois lombardes (Codex legum longobardorum), où l'on voit un portrait groffier du prince Arechis, tentative
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peu heureufe d iconographie , fans douce , mais qui prouve , tout au moins j une nouvelle afpiration de l’art, que bientôt on réalifera.
Nous ne devons pas oublier enfin la magnifique Bible, n° 1300, fonds de Sorbonne, Bibliothèque impériale, du Xe fiècle, dont nous reproduifons la page qui commence l’Evangile de faint Jean. Elle vient comme Ipecimen de ce que nous difons des lettres enchevêtrées.
Le xie fiècle a produit encore un ouvrage confidérable : c’elE cet Exulte 1 que Ion conferve à Rome dans la Bibliothèque Barberini. Ce chant de la bénédiction du cierge pafcal a été reproduit par d’Agincourt, avec les nombreufes peintures dont il eft orné.
Rien à cette époque, parmi les livres qui jouiffent d’une réputation hiftorique, ne peut fe comparer au bel Evangéliaire que donna jadis la comtefife Mathilde à St-Benoît de Mantoue, & que possède aujourd hui la Vaticane. Lanzi ne peut louer fuffifamment, à fon gré, cette férié de précieufes miniatures qui repréfentent la vie de la fainte Vierge.
Parvenus à une époque oh le flyle byzantin va fubir de notables modifications, nous n’héfitons pas à reproduire ici quelques paroles précifes , par lefquelles un homme de goût a fu caractérifer la dé- gradation que 1 art antique fubit à partir des teinps de Charlemagne,
& qui fe prolongea certainement jufqu’au XIe fiècle. « L’influence de cet art fur celui de France, dit M. de Héris, ne lauraitfe méconnaître. Le caractère des têtes, la maigreur des plis des draperies, l’emploi exagéré du cinabre & du bleu pur, l’application des hachures dorées aux étoffes, & le ton vert des ombres dans les carnations la trahiffent à lœil le moins exercé. Mais en même temps, on voit à l’élément byzantin s allier un élément barbare qui fe manifefte par la difproportion des membres du corps, par l’ampleur des têtes, par l’énormité des pieds & des mains dont les doigts allongés fe retournent en dehors, enfin par la rudeffe de l’exécution.
cc Pendant que les artiRes de Byzance s’engageaient dans la voie dont ils ne devaient plus fortir, les artiffes francs reliaient, à un certain degré, fidèles aux traditions de l’antiquité. Au commencement du ixe fiècle, on les voit encore s’efforcer de maintenir dans l’efprit de leurs conceptions quelques réminifcences de l’art chrétien de la belle époque; mais dès le milieu du même fiècle, on remarque que leurs
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manufcrits prennent généralement un caractère plus barbare, bien que dans certaines parties ils confervent encore quelques traces du goût traditionnel. Aufli on y voit parfois apparaître des perfonnifications antiques, comme, par exemple, dans les repréfentations du Calvaire, le foleil & la lune fous la forme d’Apollon & de Diane. Enfin, les coflumes des perfonnages bibliques rappellent religieufement l’ancien coflume romain. Mais durant la fécondé moitié du ixe fiècle, les proportions des figures deviennent régulièrement trop longues ; les formes plus épaiffes & plus lourdes, les nus plus groffiers, annoncent l’abfence de toute étude anatomique ; les plis parallèles & uniformes des Byzantins difparailfent pour faire place à d’autres jeux des draperies qui tantôt fe ballonnent, tantôt ondulent, tantôt forment des coins dont les angles s’enchâffent les uns dans les autres. L’architecture ne préfente plus le caractère purement antique ; elle efl romane & polychrome ; les fonds fe compofent de {Iriures coloriées, & l’or n’y efl plus guère employé que dans les nimbes ; enfin, fi dans les encadrements on voit encore fe préfenter quelques motifs antiques, tels que l’acanthe, le griffon, le dragon de mer ailé, on y remarque une quantité d’oifeaux de toute efpèce, & de fcènes fantaftiques ou grotefques, des linges avec des nains, des boucs furieux qui échangent des coups de cornes, & une multitude de figures fabuleufes de la famille de celles que la fantaifie anglo - faxonne avait déjà inaugurées deux fiècles auparavant. » ( Voyez ^Mémoire en rcponfe à la quejlion fuivante : Quel ell le point de départ, & quel a été le caractère de l’école flamande de peinture, &c. ? zMém. couronné en 1854.)
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