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XIIIe SIECLE. — CHANGEMENT SPONTANE DANS L'ARCHITECTURE, — GOETHE ET L’ECOLE BYZANTINE. — NOMBRE TOUJOURS CROIS- SANT DES CALLIGRAPHES 1LLUM1NATEURS EN FRANCE. — VARIETE DES OUVRAGES QU’ILS SONT APPELES A ORNER. — ILS CACHENT LEUR NOM PAR HUMILITE. — REVOLUTION COMPLETE DANS LE STYLE DES MINIATURES.
O M M E de goût & ingénieux écrivain, M. Ch. Magnin, dans Ton excellente notice fur la fiatue de la reine Nantechilde, s’exprime ainfi :
« N’eft - ce pas une chofe extraordinaire & vraiment notable, que vers les premières années du xme hècle, dans tous les pays de domination franque, faxonne ou germaine, il y ait eu, un peu plus tôt, un peu plus tard, un jour & une heure 011 toute pierre qui s’éleva du fol prit une route nouvelle. . .
Plus de ces arcades cintrées, lourdes ou légères, félon qu’elles étaient grecques ou romaines, plus d’élégantes rotondes
TRICHON . , ,
octogones, plus de coupoles orientales, plus de toits en terraffe : tout bâtiment qui furffit de terre, fe termine invariablement en cône, en flèche, en lancette; toit & clocher, tout devient aigu, effilé, pyramidal. Les portes, les croifées, les voûtes, fuivent ce mouvement afcenfionnel ; l’ogive enfin, qui a fur le cercle l’avantage d’une variété indéfinie de combinai-
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Ions, a remplacé partout le plein cintre, & ce n’efl pas là un accident, un hafard géométrique, c’efl un goût général, inflinctif, reffenti de tous, & qui règne trois cents ans fans réclamation ni partage. »
Nous ne fuivrons pas ici l’habile critique dans les confédérations morales & politiques par lefquelles il cherche à expliquer le changement radical qu’il fignale; nous conftatons avec lui ce changement, parce qu’il exerce dès fon début une influence fur toute efpèce d’ornementation. Dès que le flyle à ogives prédomine, l’art byzantin difparait.
Il avait fait fon temps, & il était alors en décadence, même à Confiai! tinople. Un grand poète a conflaté fon influence & caractérifé fon action.
Goethe efl: l’un des premiers, en ce temps, qui ait fait fentir, qui ait même démontré ce qu’il y avait de defpotifme impérieux & d’exigence étroite dans l’école byzantine, lorfqu’elle avait tranfmis fes règles aux artiftes de l’Occident; mais, en même temps qu’il fait faifîr avec une rare fagacité quelles furent les obligations fatalement impofées par elle aux artifles, il fait apprécier d’un mot le fervice qu’elle rendit :
« Si elle avait confervé, dit-il, les formes & les traits faillants des faints perfonnages avec un foin minutieux & pédantefque, dont on ne faurait trop déplorer le flyle uniforme, fi l’art dégénéra trop fouvent chez elle en métier, fous l’influence des évêques, heureufement elle avait adopté dès le principe une règle dont les anciens Grecs, & après eux les Romains, ne s’étaient jamais écartés : celle de la fymétrie dans l’ordonnance. Avec le temps, comme le dit encore filluflre écrivain, ce noble fouvenir eut la plus grande & la plus heureufe influence fur les fiècles moins barbares & mieux infpirés. » (VV. Goethe, ueber Kunfl , und ait en hum unden T^hein, &c.)
Au xme fiècle, l’indépendance de l’art était conquife, & l’art marchait vers de nouvelles deftinées. Le Campo Santo de Pife déroulait fes pages immortelles; nos livres magnifiques faifaient l’admiration du monde, & les riches abbayes où s’exécutaient ces minutieux chefsd’œuvre, fervaient de modèles au refte de l’Europe.
On peut facilement s’en convaincre, chez nous, la peinture n’efl plus confacrée avec une ferveur exclufive à l’ornementation de certains livres religieux ; le temps des grands Evàngéliaires femble être même complètement paffé ; les Ménologes, les Obituaires, les Pontificaux, les
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Bénédictionnaires, fe montrent plus rarement; les Piau tiers, les Miffels, fe multiplient; les merveilles de la calligraphie ornée font plus fréquemment réfervées pour mettre dans tout leur relief les beautés des Pères de l’Eglife, & l’œuvre de faint Auguflin fe place en tête de cette efpèce de mufée facré.
De même que la poéfie a eu déjà fes infpiradons dans une langue nouvelle, de même la fcience du moyen-âge commence à s’épanouir, vivifiée par l’idée religieufe. Plus que jamais aufli, la fcience & la poéfie réclament du peintre expert en l'art d'enluminure (c’efl le terme employé), un fecours quelles employaient naguère rarement, & elles exigent qu’il n’épargne pour les faire briller aucune des fplendeurs de la calligraphie.
Nous donnons en regard de cette page, comme fpécimen des initiales de cette époque, un V majufcule qui commence le livre de Job, dans une magnifique bible de la Bibliothèque Motteley, en faifant remarquer toutefois que, par une erreur du photographe dont nous employons le fecours pour l’exacte reproduction de toutes nos lettres hidoriées, cette initiale efl retournée.
ENTIONNONSces belles chanfons de Gefles, qui commencent au poème de Roland, & qui, fous le nom de romans, condiment de vraies épopées.
Plus tard le roman lui -même" tel que nous l’entendons, les chroniques, les livres de fauconnerie , les Befliaires , les Cofmographies , les Traités encyclopédiques, tels que ceux de Vincent de Beauvais , de Glainville & de Brunetto Latini, en un mot, tout ce qui, durant cet âge, marque le progrès de l’efprit humain, s’enrichit de fines & gracieufes peintures.
Le lieu où s’exécutent ces merveilles de la calligraphie, ed Paris, comme nous l’attede le Dante &, avec lui, Brunetto Latini, fon mai-
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tre, que tout à l’heure nous venons de nommer; mais fi l’Italie donne à bon droit le prix en ce genre à Franco Bolognefe, la France produit auffi à cette époque d’innombrables artiftes qui relieront à jamais ignorés.
Fatal à ceux qui voudraient que l’on put rendre un nom à tant de chefs-d’œuvre, un ufage entretenu par l’efprit d’humilité exige qu’une devife chrétienne, une fentence, fincère expanfion de la foi, remplace la fignature du peintre calligraphe qui a voué fon temps à une œuvre, mais que la fainteté de fon labeur a fuffifamment glorifié.
Quelques-uns de ces noms, cependant, nous font tranfmis comme par hafard, & échappent à un complet oubli : tel efl celui de ce Mufeignols, qui, enfermé durant fept ans dans les combles du Châtelet, tranfcrivit un Guillaume de Tyr ; tel efl également celui d Arnulph de Comphaing, qui femble avoir appartenu à l’un des plus habiles calligraphes de l’époque de faint Louis. Henry ou Henris eft fignalé encore comme un habile enlumineur. Puis vient Jean Mados, le neveu du célèbre Adam le Boffu d’Arras. Il fe livre plus fpécialement à la tranfcription des livres & à la calligraphie ornée, qu’à l’enluminure proprement dite.
Nous poffédons une lifte de dix à douze enlumineurs dreffée en 1292, pour F acquittement de la taille; mais rien n attelle quelles furent leurs œuvres, & en quelle efhme fut leur talent. (Voyez P. Lacroix & Ed. Fournier, le Livre d'or des éM crier s .)
Sans aucun doute, la France renfermait à cette époque des peintres calligraphes dont les œuvres étaient tenues en telle ellime, qu’elles égalaient dans l’opinion, fi même elles ne les furpalfaient, les pages des artilfes les plus renommes. Mais Conrad, le moine de Scheyren, Maneirius qui vivait encore en Angleterre, Diotifalvi, 1 honneur de l’Italie, avec les bénédictins Serrati & Benoît de Ban, rattachent tous leur nom à quelque livre fplendide ; il n en efl malheureufement pas ainfi des nôtres. Maître Bernar, Baudouin, Nicolas, qui fe faifait aider par fa mère, Guiot de Houvre, fire Jehan, fire Eudes, n appartiennent encore à l’hiftoire de l’art que par les regiflres qui tiennent compte du minime impôt auquel on les foumettait. Nous favons feulement qu’ils habitaient pour la plupart, à Paris , cette rue d Erembourg de
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Brie, dont les générations fuivantes altérèrent li étrangement le nom en l’appelant la rue Boutebric, & qui, au xi i Ie fiècle, fut nommée, dit-on, un moment, la rue des Enlumineurs.
L n’y a malheureufement aucun nom de calligraphe célèbre indiqué, pour les deux belles Bibles latines de l’Arfenal, auxquelles on a fait plus d’un emprunt, afin d’expofer dans tout fon jour l’originalité de l’art du miniaturise durant cette période. (Pages 124, I2f, 1 f 8, 1 f 9.)
Le P. Cahier a dit avec beaucoup de raifon , en parlant du caractère fpécial qui diSingue les oeuvres calligraphiques du fiècle de faint Louis : « La France, au xme fiècle, nomme l’art des miniaturiftes. Elle les fait appeler enlumineurs , & donne fi bien le ton dans la miniature, de i2ÿo à 1360, que plufieurs beaux manufcrits yjïoriés, à dater de cette époque, font écrits en langue françaife, ou avec traduction foit continue, foit intermittente. La diflufion de la langue françaife occafionnée par les croifades, par les guerres d’Italie, par les princes français d’Angleterre & de Flandre, par les poéfies de nos romanciers & de nos trouvères, a dû fans doute y contribuer beaucoup. Du refie, la France, y compris les Flandres, fous les ducs de Bourgogne , fe maintint en première ligne dans cet art, jufqu’au xvie fiècle. »
Soit que les ardfles des autres nations de l’Europe n’aient jamais eu dans leurs principes le rigorifme des peintres français, foit que leurs compatriotes aient été plus foigneux de leur gloire que nous ne l’avons été à l’égard de la nôtre, plufieurs noms qui brillent en Italie & en Allemagne, nous font parvenus. Tel eft, après Oderifi & après le Margheritone, le fameux Taddeo Gaddi, né en 1239, & qui, vers la fin du fiècle, fe fit une fi grande réputation ; Sylveftro Calmaldolefe, qui était fon élève, l’égala s’il ne le furpaffa point 5 Franco Bolognefe, a pour lui le mémorable fouvenir du Dante 3 Cimabuë eft lui-même un peintre de manufcrits (un exemplator ) avant que d’être un chef d’école.
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Toutes les villes de l’Europe, tous les monaflères, participent à ce mouvement : l’Efpagne nomme Ton Pedro de Pamplona ; l’Angleterre, Ton Nicolas Treveth, & d’habiles calligraphes allemands Te groupent autour de Théodoric de Prague.
U C U N E œuvre de l’art français, même parmi les plus précieufes, n’efl comparable, durant cette époque, à un monument calligraphique anonyme, qu’on met également au nombre des monuments religieux : les Heures de faint Louis, confervées au Mufée des Souverains, offrentlapreuve variée, dans leurs pages étincelantes, fe font opérés. (Page 387.)
des changements immenfes qui
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