XVII
VENTE DES LIVRES DE LA COURONNE. — LE DUC DE BEDFORD. — RETOUR DE CES VOLUMES A LA BIBLIOTHEQUE DU ROI. — BEAU- NEVEU. LEGENDES ET TRADITIONS QUI SE RATTACHENT A QUELQUES MANUSCRITS.
0 M M E on ferait tenté de le fuppofer,
1 art ne tomba pas en décadence fous le règne défadreux de Charles VI: la protection éclairée des ducs d’Anjou, de Bourgogne Sc de Berry, l’achemina, au contraire, vers de meilleures dedinées. Il ne faut pas oublier que c’ed à cette époque que l’on peut faire remonter les c -Miracles de la Vierge, admirable volume exécu té pourle duc de Bourgogne, & cette Vie de faime Catherine de Sienne que possède la Bibliothèque impériale, & dont chaque miniature, peinte en camaïeu, ed un véritable chef-d’œuvre.
Après la mort de Charles VI, un incident déplorable, & dont on n a pas encore bien apprécié les conféquences, menaça de difperfer, à tout jamais, les fplendides volumes réunis par Charles V, & ceux que le goût indinctif d’Ifabeau de Bavière avait pu ajouter à la merveilleufe collection du Louvre. En 1423, comme Garnier de St-Yon était garde de la Bibliothèque, le duc de Bedford, régent du royaume, fit dreffer l’inventaire des livres du roi. On voit, d’un feul coup d’œil, combien leur nombre avait diminue, puifque, dépaffant naguère le nombre de 90O) ds n offraient plus qu un total de 8^3 volumes. Selon divers bibliographes, plufieurs beaux livres faifant partie de la collection avaient ete tranfportes dans les châteaux royaux. A l évaluation de la prifee, ces magnifiques volumes s élevèrent à la fomme de 2,323
livres & 4 fous, fomme confidérable pour l’époque ; mais, lelon Langlois, ils ne furent achetés que 1,200 fr. par le duc de Bedford, ou du moins, on remit cette fomme à P. Thierry, l’entrepreneur des tombes royales. D’après l’inventaire même, qui nous a été confervé, on peut faire remonter le temps de cette fpoliation temporaire au 2 y octobre 1429, époque à laquelle le bibliothécaire reçut une décharge complète des tréfors confiés à fa garde. Les livres de la Bibliothèque du Louvre ne procédaient pas tous de la collection primitive, fi généreufement difpofée, naguère encore , pour que le public en pût jouir ; ils furent, pour la plupart, tranfportés en Angleterre ; mais, fans que l’on ait pu encore expliquer par quel enchaînement de circonflances cela eut lieu, ils ne furent perdus ni pour les arts, ni pour la France. Ce qu’il y a de certain, c’eff que plufieurs d’entre eux furent rapportés par deux princes de la maifon d’Orléans, Charles & Jean, comte d Angoulême. Le premier, comme on fait, avait fondé une bibliothèque à Blois 5 le fécond avait établi la fienne dans la capitale de l’Angoumois. Nous devons le catalogue fi précieux de la collection raffemblée en 1427 par Charles d’Orléans, à M. Le Roux de Lincy.
L y avait vers cette époque un grand nombre d’artiffes éminents, à la tête defquels il faut placer cet Andrieu Beauneveu, mentionné déjà à propos du duc de Berry, mais dont parle Froilfard, & qui appartenait au Hainaut. Beauneveu vécut jufqu’au début du xve fiècle, &, félonies juftes expreffions du comte Horace de Viel-Caflel, « cet artifte a laiffé un grand nombre de miniatures qui le claffent à part & le rendent prefque digne d être placé à côté de Jehan Foucquet dont il fut le précurfeur. »
Cet admirable miniaturifle était dans tout 1 éclat de fon talent en 1409, car ce fut l’époque à laquelle il termina les grandes Heures de Jehan, duc de Berry, ce beau livre à la vue duquel M. Champollion ne peut s’empêcher de dire : « Un cri s’élève de la confcience de tout homme de goût... en l’honneur du prince promoteur des talents qui ont créé un tel chef-d’œuvre. »
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EAUNEVEU n’était pas apprécié feulement par les grands de la terre, il était admiré par le fiècle. Froiffard, qui fe montre connaiffeur habile jufque dans les détails les plus minutieux des œuvres d’art, Froiffard nous fournit fur lui des renfeignements auxquels il ne manque qu’une date précife pour être infiniment précieux. Après nous l’avoir montré à Mehun-fur-Yèvre, devifant avec le bon duc qui l’entretient de tailles & de peintures, il ajoute en parlant du prince : « Et il effoit bien adreffé, car, deffus ce maître Andrieu dont je parle, n’avoit pour lors meilleur ni le pareil en nulles terres. »
N pourluivant la lecture du fpirituel écrivain, on fe demande fi ce n’était pas Beauneveu ou tout au moins un de fes plus habiles élèves qui avait orné ce beau livre de Méliador, dont notre chroniqueur s’en alla faire hommage au roi d’Angleterre. Il y a là un petit tableau d’intérieur tracé de la façon la plus aimable, & qui rentre trop bien dans notre fujet pour que nous héfitions à le reproduire. Pour en faifir la grâce, il faut fe rappeler en quel degré de familiarité était Froiffard avec le roi Richard II. Le livre qu’il voulait offrir au monarque avait été dépofé par les ferviteurs dans la (aile où il fut admis. « Si le vis en fa chambre, dit-il, car tout pourveu ie l’avoie, & lui mis fur fon lict, & lors l’ouvrit & regarda dedans, & luy plut très grandement & plaire bien luy devoyt, car il eftoit enluminé, efcrit & hiftorié, & couvert de vermeil veloux, à dix clous d’argent dorez d’or & rofe d’or au milieu, à deux gros fermaux dorez & richement ouvrez, au milieu rofiers d’or. Adonc, demanda le rov de quoy il traictoit, & ie lui dis d’amour: de ceffe refponce fuff tout refiouy. »
moins d’avoir étudié, dans tous leurs détails, les faits 1 curieux qui fe rattachent à l’hiffoire de nos beaux manufcrits, on ne peut fe faire une juffe idée des traditions pleines d’intérêt, des légendes poétiques même, dont ils mêlent le fouvenir aux emblèmes parfois étranges
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dont leurs marges font ornées. Qui n’eft frappé., par exemple, dans les grandes Heures du duc de Berry, dont nous parlions tout à l’heure, de la préfence d’un lourd quadrupède fe détachant fur un fond d’or au-deffus d’un cygne qui reploie fes ailes ? Ici, l’artiffe a voulu rappeler, dit-on, le fouvenir d’une princeffe célèbre dans la tradition germanique, & la noble Urfina voit fon nom indiqué, dans cette page magnifique, par une forte de rébus zoographique dans lequel, il eff vrai, les lois de l’étymologie font quelque peu outragées. Urfus-Cygnus rappellent, ici, une légende ; fi ces deux animaux ne fervaient de fupports à des bannières, les aftrologues du xve fiècle y auraient pu voir auffi deux conftellations.
( Imitation , pages 98, 99, 102, 103)
E S traditions moins obfcures, des fouvenirs moins vagues, fe rattachent parfois à ces fplendides volumes, & leur ingénieufe élégance n’efi bien fouvent deftinée qu’à perpétuer un douloureux oubli ou bien un cruel facrifice. Lorfque ce fils aîné d’Anne de Montmorency, qui fut, comme lui, grandmaître de l’artillerie de France, faifant fes premières armes vers l’année 1 ÿÿ 1, ne fongeait pas encore à l’alliance de fa maifon avec la maifon de Bourbon en époufant Diane, fille légitimée de Henri II, il avait aimé une des filles de la reine. C’eff pour Louife d’Halluin de Pieynes, dont les aïeux faifaient remonter leur illuftration auxme fiècle, que fut exécuté le manufcrit qu’a reproduit X Imitation. (Voyez les pages 188 & 189.) Le jeune François de Montmorency lui offrit ce beau livre comme gage d’une union projetée, peut-être, à la fuite de cette expédition d’Italie, où il avait montré tant de bravoure. Mais, ne comprenant ni les affections du cœur, ni les faints engagements d’une foi jurée, le vieux maréchal, d’accord avec la famille, ne voulut pas donner fon confentement à ce mariage. Après avoir été accepté comme fouvenir d’une pieufe tendreffe, ce livre fut confervé, bien qu’il ne rappelât qu’un amer abandon : il fut rendu. Louife d’Halluin de Pieynes, fe retirant au couvent des Filles-Dieu, à Paris, n’eut plus qu’à prier pour celui qui avait dû être fon époux & dont la carrière, terminée en 1 ^79, fut fi orageufe !
ET T E tradition touchante, qui s’attache à un beau livre, nous a tranfporté, un moment, bien loin de l’époque où brillaient les peintres fucceffeurs d’Andrieu Beauneveu.
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Autant les noms d’artiftes étaient rares durant les âges qui viennent de s’écouler, autant, maintenant, ils fe preffent & forment des liftes nombreufes
Ces noms, le zèle vraiment admirable des archéologues de notre temps fait les retrouver où la barbarie ignorante femblait les avoir cachés à tout jamais. Après avoir fcruté laborieufement des comptes dédaignés, relégués au fond de nos archives, après avoir défait, avec une patience tenant du prodige, les feuilles de parchemin qui fe mêlent à la reliure des vieux livres, ces favants font allés dans les arfenaux, &, qui le croirait, c’eft au milieu d’inftruments de deftruction que la moiffon qui peut vivifier fhiftoire a été la plus abondante. Le parchemin écrit des gargouffes, ravi à de fplendides manufcrits, en 93, a révélé à fon tour des noms & des faits inconnus. Auiïî, grâce à quelques gens de goût dont les noms viennent à la mémoire de tous, fhiftoire de fart français, fi complètement méconnue, il y a trente ans, donne-t-elle, au xixe hècle, le fpectacle d’une vraie renaiffance.
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JEHAN FOUCQUET ET SA FAMILLE. — PROTECTION ACCORDEE PAR LA COUR DE FRANCE A CET ARTISTE EMINENT. — MINIATURISTES FRANÇAIS ET ALLEMANDS DU XVe SIECLE. — THOMAS A KEMPIS.
ERS l’époque où la Flandre poffédait un peintre miniaturifle qu’elle proclamait fans héfiter comme étant le premier artifle de fon âge, la France en avait un dont elle faifait moins de bruit, & qui eft refié néanmoins comme le type le plus pur dans lequel s’efl réfumé l’art français du xve fiècle.
N l’a dit avec raifon, Foucquet ed, pour la France, la plus complète & la plus haute manifeflation de notre art national. C’elF en réalité à M. Augufle de Baflard que revient l’honneur d’avoir affigné à ce grand artifle le rang qui lui appartient. C’efl à M. Léon de Laborde & à M. Vallet de Virivilie que nous devons les premiers renfeignements à l’aide defquels on peut recondituer fa biographie.
Jehan Foucquet (nous fuivons ici l’orthographe de M. P. Paris) naquit à Tours, vers 141^ ou 1420, car on n’a pas la date précife de * fa naiffance 5 ce qu’on fait d’une manière podtive, c’ed que la capitale de la Touraine était, à cette époque, le centre d’un mouvement artiftique que les poètes contemporains ne fe laffent point de vanter. Rien n’égalait, dit-on, les richeffes de la cathédrale & la fplendeur des ornements qu’on y admirait.
La châfTe avez de faint Martin fi noble,
Qu’on n’en voit point jufqu’à Conflantinoble De fi grant pris, car tous les rois de France Y ont donné pierres de grant chevance.
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\ N S les monaflères, même hors de la ville, fe trouvaient des œuvres d art, que le vieux poète contemporain de Foucquet ne fe laffe pas de vanter; il veut furtout que, fans négliger les vingt-deux paroiffes ouvertes alors à la piété des fidèles, on vifite ce monaflère de St-Saturnin où un bas-relief incomparable attirait tous les étrangers. (Voyez le Livre des ‘Blafons, publié par Méon.)
ANS quitter fon pays natal, Jehan Foucquet put donc s’initier à tous les fecrets de l’art, tels que devait les pofféder le peintre de plate peinture au xve fiècle. Il était d ailleurs à cette école féconde qui devait produire les Coulombes , les Hefdin & les Rigot. Il ne fe contenta pas de cet enfeignement, & il fe rendit en Italie, à Rome même, où il pratiqua la grande peinture. Il y était en 1440, & l’on affirme qu’il y avait peint le portrait du pape Eugène IV, portrait précieux à mentionner pour l’hiftoire de lart, & fur lequel M. Vallet de Viriville a donné d’intéreffants renfeignements, mais qui ne prouverait pas, félon nous, que l’artifle eût été choifi dans 1 indigence où fe ferait trouvée l’Italie de peintres expérimentés. De retour en France, il fe maria, & il eut deux fils, Louis & François, auxquels il enfeigna fon art & qui s’y montrèrent affez habiles pour qu on les ait confondus avec leur père dans les éloges que l’on prodiguait à celui-ci.
A Tours & à Paris, Foucquet fe livra exclufivement à la peinture des manufcrits. Il était dans la première de ces villes en 1472, lorfqu’il vint à Blois pour travailler aux Heures fplendides de Marie de Clèves, ducheffe d Orléans & de Milan. Louis XI l’employa, & il prit dès lors le titre de bon painélre & enlumineur du cRpy. Sa réputation alla dès lors croiffant, &, quelques années plus tard, lorfque fon nom venait fous la plume du chroniqueur, il n’était guère défigné fans que quelque épithète, témoignant de fadmiration générale, montrât en quel honneur il était dans l’opinion de fes contemporains. Lorfque Lemaire de Belges le nomme, après Maiflre Roger, l’orfèvre éminent de cet âge, c'efl Jehan Foucquet en qui rom loi Remployé. Pélegrin l’infcrit également parmi les plus fameux.
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A RV E N U à ce degré de réputation où un artifte ne voit plus guère de rivaux qui puiffent lui difputer le premier rang, Foucquet fe vit à même d’acquérir des biens confidérables, & M. de Laborde nous l’a montré poffédant, à Paris même, des propriétés qui, li elles ne renouvelaient pas pour lui l’exemple d’une fortune acquife uniquement par l’exercice de la calligraphie , comme cela était arrive à l’égard de Flamel, prouvaient du moins que le fièclequi 1 admirait n’avait pas été ingrat envers lui. Jehan Foucquet pourfuivit fa carrière, félon toute apparence, jufqu’en 148^.
Malgré la haute réputation qui s’attacha aux œuvres de cet artifte éminent durant près d’un fiècle, en dépit des éloges qui lui avaient été prodigués, même après l’apparition desClouet & des Godefroy, le nom de Jehan Foucquet n’était plus guère répété parmi nous , dilons-le même, il était oublié, lorfque M. le comte Augufle de Baflard entreprit de lui rendre le rang véritable qu’il devait occuper dans l’hifloire de l’art français.
N 1837, l’écrivain que nous venons de citer difait à M. P. Paris, à propos du grand artifte qu’il venait de réhabiliter: « Digne précurfeur de Léonard de Vinci, d’Albert Durer, d’Holbein & de Raphaël, Foucquet prend un vol fi élevé qu’on doit lui donner place parmi ces grands maîtres & le nommer déformais avec eux. Et fi l’on obferve qu’au moment où le peintre de Louis XI nous apparaît ainfi dans toute la hauteur de fon génie, le plus ancien des quatre que je viens de citer n’était pas encore né pour les arts, puifqu’il n’avait pas vingt ans, on ne peut s’expliquer comment le nom de cet homme prodigieux, une des gloires du xve fiècle, le chef d’une école célèbre, ne fe montre ni dans les ouvrages confacrés à l’hiftoire de la peinture, ni dans aucun de ces nombreux recueils qui confervent inutilement le fouvenir de tant de gens obfcurs & de talents médiocres. » (Voyez le Catalogue des zManufcrits français de la ‘Bibliothèque royale , t, 1 1, page 267.)
Cet éloge fi enthoufiafte , & fi mérité cependant , eft infpiré à M. de Baflard par un admirable volume , qu’on peut confidérer, dès à préfent, comme l’un des joyaux les plus précieux de la Bibliothèque impériale. Commencé en 1416 pour le duc de Berry, il figure dans le catalogue des livres de ce prince fous le titre descAnciennetés des Juifs félon la femencede Jofèphe, puis ilappartient à Jacques d’ Armagnac, duc de Nemours. Le beau livre des c Antiquités Judaïques , fi favamment décrit par M. P. Paris, fous le n° 6891, a trop vivement préoccupé les premiers critiques du fiècle pour que nous tentions de réfumer ici ce qui en a été dit; nous nous contenterons de rappeler que ce magnifique volume n’efl pas dû tout entier au célèbre artifle de T ours : Roberte t nous l’apprend. Un peintre contemporain fort habile, Pierre de Limbourg, en a fait la plus grande partie ; onze peintures feulement dans ce manufcrit font dues, comme le rappelle très bien M. de Baflard, au pinceau de Foucquet, & parmi ces miniatures vraiment admirables, la critique fait encore un choix ; elle met en première ligne : la Prife de Jéricho, la Conftruction du Temple de Salomon, la Douleur de David à la vue du diadème & du bracelet de Saiil, & furtout la Clémence de Cyrus envers les Juifs captifs à Babylone. Ici, nous nous affocions pleinement à l’auteur de la vafle collection connue fous le nom de Teinture des zManufcrits : « Ce tableau eft fupérieur à tout ce qui nous refie de l’école françaife de cette époque. »
Tout ce que l’on a pu découvrir fur l’enfemble de l’œuvre de Jehan Foucquet, & même fur les travaux de fes élèves, au rang defquels figurent fes deux fils, a été l’objet d’un travail fpécial, fait en ces derniers temps par M. Vallet de Viriville, bibliothécaire de l’Ecole des Chartes. Nous devons néceffairement y renvoyer le lecteur. (Voyez notre Life bibliographique .) Nous rappelons cependant que limitation ne reproduit, parmi fes peintures, aucune des illuflrations citées jufqu’à ce jour par les critiques allemands ou français. Ce n’efl ni à la Bibliothèque impériale, ni au Mufée de Munich, fi fier, à jufle raifon, de fes 90 miniatures, ni même au livre d’Heures, exécuté pour Etienne Chevalier, le contrôleur général des finances fous Charles VII, qu’on a cru devoir faire un emprunt. Le fpécimen defliné à mettre en évidence la manière de Jehan Foucquet a dû être tiré d’un manufcrit où l’art des ornements ne fût pas d’un art inférieur à celui des figures. Ces conditions fc trouvaient dans un magnifique volume qui porte auffi
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le titre d’c Antiquité, des Juifs; il nous a merveille ufement fervi. Cependant, l’exactitude d’attribution qu’on doit attendre de notre part, dans une œuvre confciencieufe, nous oblige à le dire : ce beau livre, fur lequel le taifent les écrivains les plus récents, & qui nous a fourni quelques-unes de nos plus belles pages, n’eft en réalité que l’œuvre de difciples habiles. Jehan Foucquet fe complaît d’ordinaire dans l’incomparable ordonnance de fes petits tableaux, dans la variété charmante de fes compofitions ; ici, fes élèves ont mis tout fon génie dans la grâce de l’ornement. (Voyez les pages 1 14, iiÿ, 118, 119, 130, J3C H6, H7, *fo, ifc if 6, if 7, 238, 239.) Nous
ne faurions donc trop prémunir le lecteur contre la penfée que le charmant Jofèphe de l’Arfenal eft de la main du peintre de Louis XI 5 des parties infiniment plus récentes ont été mêlées à l’ornementation du livre. Commencé pour la cour de Bourgogne avant 1477, il n’a été fini, félon toute apparence, que dans les premières années du xvie fiècle.
Ainfi que cela nous eft attefté, même par un écrivain du xve fiècle, Foucquet lailfa après lui une école : outre fes deux fils, Brèche, le jurifconfulte tourangeau, cite Jean d’Amboife, Bernard & Jean de Pozay. Poyet, qui fe voua prefque exclufivement à l’ornementation calligraphique, & dont il fera queftion plus loin, paraît avoir occupé le premier rang dans cette pléiade d’illuminateurs nouveaux qui créèrent les chefsd’œuvre du xvie fiècle.
Il nous ferait aifé de dreffer des liftes nombreufes: ce ne font déformais ni les œuvres , ni les noms qui manquent. Léon de Laborde , Héris, le P. Cahier, H. de Viel-Caftel & bien d’ autres chercheurs infatigables ne laiffent fur ce point rien à défirer. Bientôt de courtes biographies fuccéderont aux noms ifolés, & des lacunes regrettables feront comblées. Alors, fans doute, outre les élèves fucceffeurs de Foucquet, Marmion, le fouverain efcripvain , prince dû enluminure , le calligraphe Pierre de la Noube, Jean Godard de Maubeuge, que fes contemporains nomment le nouveau Zeuxis, Bohiface de Remenant, qui illuftre le Boccace, Jehan Riveron, que nous allons bientôt voir employé par Anne de Bretagne, & tant d’autres que nous paffons à deffein, pourront fervir à nous faire comprendre ce que fut le développement de l’art, furtout fi l’on joint à ces noms ceux que nous donnent Pélegrin & Lemaire.
des oManu faits. ! j j
vers la même époque, nous tournons nos regards vcis les Pays-Bas & vers l’Allemagne (car Part, chez les Anglais, n’exifte plus), les liftes fe développent encore, les détails fe multiplient. Liévin d Anveis & Gérard Van der Meere exécutent le magnifique Bréviaire du cardinal Grimaldi; Hans Burgmeier, le peintre miniaturifte allemand, s’occupe des manufcnts avant de deffiner, par ordre de Maximilien , les belles planches du Thewerdankh ; Henri Cremer peint, à Mayence, fa belle Bible latine; Conrad de Scheyren illuftre les énormes volumes; Jean de Spire, Jean de Weglheim, Jean de Carniole, lont 1 honneur du couvent de Mœlke. La ville de Nuremberg, dans ce mouvement artiftique, ne faurait fe repofer, & elle nomme, parmi fes îllummateurs. Frère Jean Rofenbach; bientôt elle donnera naiffance à Albrecht Durer, le plus grand artifte de la Renaiffance : c’eft le temps, du refte, où un Antiphonaire, qui n’a pas moins de huit volumes,' prend à Catherine Carthacuferin, douze années d’un patient labeur pour en enrichir la même ville. Jean Gobelin de Lintz écrit, vers cette époque, la belle Ciré de Vieu qui fut calligraphiée à Mantoue, & dont \ Imitation reproduit quelques peintures. (Voyez pages 66, 67, 70 & 71.)
En Allemagne, comme en France, on le fait, la Cité de Dieu de faine Auguftm ouvre fes pages fymboliques aux innombrables fantaifies que icve 1 îlluminateur. Dans notre pays furtout, la traduction de Raoul de Prelle popularife un texte fi favorable à la compofition. Il n’eft pas de grande bibliothèque, pour ainfi dire, qui ne renferme cette oeuvre de faint Auguftm. Parfois, la pourfuite d’une perfection idéale trahit, chez le calligraphe, fon amour de Part. S’il a au fond du cœur la modeftie mgénue, qui lui fait cacher à jamais fon nom, il n’a pas une refignation fuffifante pour livrer fans regret à la poftérité une œuvre qu il na Pu amener à fa perfection. Le beau volume grand in-folio, honneur de la Bibliothèque Ste-Geneviève, que nous avons fi fouvent mis à contribution, porte, fur toutes fes marges, l’expreffion de ce regret ; partout le pauvre religieux s’écrie :* hajïiveré ma brûlé. Et dans cette devife du cloître, qui témoigne tout au moins de l’obéiffance in-
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fatigable du vieux moine, on devine les délits de perfection infinie qui ont tourmenté le cœur d un véritable artifle. (Voyez les pages bS, Sq,
C’était prefque un habitant du cloître que ce giand miniaturifte allemand que Ion connaiffait, au xve fiècle, fous le nom de Thomas de Hoemmerlein, qui s’appelle, dans les traités latins, c ■Malleolus, & auquel Y Imitation a donné une réputation menfongère, puilque c’eft un grand peintre & non pas un fublime écrivain. Thomas à Kempis, dont nous voulons parler ici, remplit l’Allemagne de fes beaux manuferits. Chanoine régulier du monaftère de S te- Agnès, il travailla jufqu’à quatre-vingt-dix ans, & ne s’éteignit qu’en 1471. Ses Heures ornées pour Catherine , la ducheffe de Clèves , paffent à bon droit pour un chef-d’œuvre, & c’eft par ce beau livre qu’il faut clore ce que nous avons à dire fur l’art chez les Allemands.
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