‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 31 sur 139 · XX · texte numérisé non relu

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LES MINIATURISTES FRANÇAIS DU XVIe SIECLE. — LE PREMIER DES TROIS CLOUET. — LES HEURES D’ANNE DE BRETAGNE. — JEHAN BOURDICHON. — JEHAN POYET. — JEHAN RIVERON, ETC.

O I C I un nom auquel fe rattachent dans l’hifloire deux précieux fouvenirs, c’efl celui de la reine Anne de Bretagne. Cette princeffe encouragea d’abord Jehan Clouet le père; plus tard, elle fit exécuter les Heures. Ce chef-d’œuvre que nul peintre n’a figné, a rendu populaire le nom de la reine Anne & le tranfmettra aux âges à venir.

Elle était encore enfant; elle venait de quitter fes fraîches campagnes de Bretagne pour vifiter le jardin de la France; elle fe trouvait à Tours, en un mot, lorfqu’elle s’éprit du talent de ce Jehan Clouet qui, arrivant de Flandre vers 1480, héritier de lart des maîtres, voulait fe fixer à la cour, & devait commencer la lignée d’artifles auxquels notre pays doit tant de merveilles. Douee dun goût exquis, la jeune ducheffe l’employa. Jehan, que diflingue dès lors un talent hors de ligne, devint, en 148c père de ce Clouet dit Janet, collègue de Bourdichon & de Perreal : c’efl le fécond des Clouet, auteur des deux raviffants portraits équeflres de François Ier, dont 1 un fait partie de 1 admirable cabinet de M. Sauvageot. François Clouet dit Janet, comme on fait, eut la gloire d’être chanté par Ronfard. Il ny a nul. doute, félon nous, que le nom de Jehan, le premier des Clouet, celui que diflingua la reine Anne, ne doive s’infcrire au premier rang parmi les peintres de livres. Son petit-fils eft l’incomparable artifle auquel on doit un beau portrait de Henri 'II, de telle dimenlion qu on peut peut-etre le mettie

des éManufcrits . \ { y

au nombre des miniatures. Les trois Clouet ne {auraient être rangés cependant, d’une manière abfolue, parmi les illuminatèurs du xve& & du xvle fiècle.

Il n’en eft pas de même à l’égard de Jehan Bourdichon ; il figure à bon droit parmi les peintres habiles auxquels s’adreffait Anne de Bretagne , lorfqu’elle voulait faire enluminer fes livres d’Heures & fes

Milfels. Jean Bourdichon, toutefois, n’efl pas l’auteur des célèbres Heures exécutées vers 1497.

Lorfque la penfée s’applique à défigner un ou deux chefs-d’œuvre de 1 art, qui 1 emportent fur toutes les productions contemporaines, elle héfite, on le fait, entre quelques merveilles, honneur des mufées ; il en eft de même à l’égard des manufcrits. Il y a, dans les bibliothèques de 1 Europe, ttois ou quatre fplendides volumes, dont la prééminence efl inconteflée, dont la beauté efface celle des œuvres rivales. Les Heures d’Anne de Bretagne font de ce nombre. (N° 1 19 du Catalogue.)

Cet admirable volume, longtemps confervé à la Bibliothèque impériale, fait, aujourd hui, partie du Mufee des Souverains. Il a été terminé dans les premières années du xvie fiècle, mais, depuis, confondu avec bien d’autres livres de ce genre. A une époque où l’on dédaignait, de la manière la plus abfolue, les productions de nos vieux calligraphes, Millin le proclamait l’honneur de l’art français !

Le nom des maîtres qui ont peint les figures principales eft refié jufqu’à ce jour ignoré : M. Léon de Laborde fuppofe, d’une manière tiès plaufible, que ces figures font dues à des élèves infiniment habiles de Jehan Foucquet. Le même myftère n’exiffe pas, heureufement, à 1 égard des délicieux ornements qui couvrent les marges du livre. Ces Heuis de nos champs, reproduites avec une vérité fi gracieufe, ces fiuits, qui font à la fois un fymbole & un fouvenir aimable, font dus en partie, du moins, à Jehan Poyet, l’enlumineur renommé jadis, oublié maintenant, que célèbrent Lemaire de Belges & Pélegrin.

Il faut faire intervenir, de toute neceffité, parmi ces poétiques fouvenirs, un compte puifé en de vieux inventaires ; mais, ce compte ne laiffe guère de place au doute, fi on l’examine fans préoccupation. On lit dans les papiers provenant des archives de la ducheffe, au temps où elle réfidait en Touraine, à propos d’un Miffel dont la date conelpond, on ne peut mieux, à celle que nous venons d’infcrire: « Et a Jehan Poyet, enlumineur & hijlorieur , demourant au dict Tours, la

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lomme de fept-vingt treize iivres trois lois tournoys, pour avoir faicc ès dictes Heures, 23 hiftoires très riches, 271 vignetes & if oo verles. (En géométrie on appelle finus verfe d’un angle,) »

« Poyet, a dit M. Léon de Laborde, faifait fa fpécialité de ces entourages & les exécutait avec une naïveté, une bonhomie toute flamande ; mais, auffi, avec une grâce, une élégance, un éclat de couleur entièrement français. » (Voyez la T{enaiffance des ans à la cour de France. )

O U R la calligraphie du livre <3t les belles lettres ornées, nous livrons encore aux curieux deux autres noms.

On lit, dans les comptes du tréforier de la ducheffe, depuis reine à double titre : « A Jehan Riveron, efcripvain, demourant àTours, pour avoir efcript à la main unes petites Heures , que la dicte dame a faict faire à l’ufaige de Romme & avoir fourny de vélin (3 feptembre 1497), quatorze livres. »

Nous trouvons, parmi des documents appartenant à une autre fource, qu’un fécond calligraphe, Jean Defmarets ,fe dit efcripvain d’Anne de Bretagne .

Nous laiffons à la critique le foin de difcuter la valeur des noms & d’établir les inductions qu’on peut tirer de certaines dates 5 mieux vaut dire ici un mot feulement, de l’image naïve, incomparable parla grâce de fon exécution, qui repréfente la reine Anne & les dames de fa cour.

Un connaiffeur, dont nous avons invoqué plus d’une fois le témoignage, a dit, avec une exquife vérité, en parlant de l’époufe de Charles VIII, en fa première jeuneffe : « Oui n’a préfent à 1 efprit le portrait de cette bonne reine, dont l’expreffion douce, le teint éclatant & la propreté recherchée étaient la beauté ! Oui ne lit avec une forte d indifcrète curiofité les foins minutieux de fa toilette, la recherche du linge le plus fin. . Comment oublier « ces tourets de front & de ne 1, qui formaient autour de fon frais vifage un de ces encadrements dont nos Soeurs de la Charité ont confervé le coquet ufage. A ce linge, il fallait la douce odeur de la violette ou des rofes de Provins. Desfachets étaient

des éManufcrits. ! 2 i

faits dans ce but, & ce beau linge, relevé par les plus riches atours s allociait aux fourrures d’hermine ou d’agneaux blancs à la laine longue oc crepée. » b

. Cef le Poète de la Bretagne, c’eft Brizeux qui, en fouvenir, peutetre, de cette image charmante, nous a peint une jeune femme en pnere :

■ • ■ • blanche &fereine,

Le front couronné d’or comme une jeune reine.

& a fu terminer ce tableau dune aimable piété, en ajoutant :

Tous les yeux, tous les cœurs, étaient remplis d’amour.

Ornementation

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