‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 32 sur 139 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

MINIATURISTES DU XVIe SIECLE. — TEMPS DE FRANÇOIS Ier ET DE HENRI II. — FONDATION D’UNE ACADEMIE DE C A L LI G R AP HE S SOU S CHARLES IX. — UNE MANIE DEPLORABLE DE HENRI III.

à la patience d’habiles ar tilles pour multiplier les livres ; mais , les miniaturises qu’ont produits les temps féconds de la Renaiffance confervent encore longtemps une prédilection marquée pour cet emploi de leur talent. Plufieurs fouverains encouragent d’ailleurs cette branche de l’art. François Ier & Charles-Quint font deux protecteurs magnifiques de la calligraphie expirante : plufieurs papes, plufieurs cardinaux les imitent. Charles-Quint a un illuminateur en titre.

locution proverbiale , dont l’origine efl ignorée de bien des gens qui en font ufage, journellement toutefois, témoigne auffi de cette renommée vraiment populaire. On dit encore

>’ H I S T O I R E de la calligraphie ornée & de la peinture dans les manuferits, finit en réalité avec le règne de Louis XII, lorf- 3 que l’imprimerie a pris fon effor. L’hiftoire des calligraphes ne finit pas encore. On ne | fent plus le befoin de recourir, fans doute.

lj r ( g* R A N Ç O I S Ier appelle à fa cour le plus lÜf5 favant calligraphe qu’ait produit la Grèce : jqQ Ange Végèce ou Vergèce, fuivi de fa fille

0 Ç) prefque auffi habile que lui, vient fe fixer à W Fontainebleau. Divers manuferits, confervés à la Bibliothèque impériale, font des

vés à la Bibliothèque impériale, font des témoins irrécufables du double talent qu on admirait chez le père & chez la fille ; une

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de nos jours : II écrit comme un cAnge; au xvie fiècle, cette façon de parler proverbiale était, dit-on, un hommage rendu à l’incomparable talent du calligraphe de la cour.

I nous citons un grand artifte étranger, combien il nous ferait plus facile de multiplierles nomsdespein très français. Tours, Lyon, Blois, Valenciennes, Lille, Troyes, Chartres, Limoges, Amiens, ces villes populeufes, luttent d’efforts avec les couvents d Italie ou d’Efpagne, &, comme l’affirme le Livre des TLlafons, peuvent fournir à la cour,

Paintres de pris & bons faifeurs d’ymaiges,

Subtilz, plaifans, fans faire aucuns oultraiges.

AIS, le curé de Meudon, qui a compris la puiffance croiffante de l’imprimerie, femble mettre en doute, dès ce moment, la néceffité d’encourager l’art des enlumineurs & la recherche des emblèmes qu’ils reproduifaient : il n’y voit plus que de la bejlerie & même de ïoultrecuy dance , c’efl ainfi qu’il traite du moins, un livre trapelu ,

Le 'Blafon des couleurs.

E S le début du fiècle, cependant, ces peintres féculiers prenaient leur art au férieux. En iÿoi, on doit nommer, parmi les enlumineurs qui pouvaient être auffi des peintres habiles, un Eftienne Dumonftier, père de la lignée d’artiftes qui va illuflrer ce nom. Son fils, Geoffroy Dumonflier, partage, en les travaux du Roffo.

Jean Seuclat, Raimond Rancard, Pierre Raymon, filluflration de Limoges 3 Jacques-le-Boucq, à la fois héraut d’armes, peintre & généalogifte, traité encore férieufement de rival dApelles; Michel Coulombes, le coufin du grand fculpteur & du

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grand architecte, peut-être le fils de Jofeph; le P. Rouchon, qui n’avait pas employé moins de 22 ans à l'ornementation du même livre (le Bréviaire de St-Jacques-la-Boucherie); Pierre Martin, autre Apelles d’une ville provinciale 5 Jehan Mandai, dont la famille s’eft perpétuée jufqu’à nous, & qui floriffait à Calais; Louis Maigret, l’honneur de Lyon; Nancy, peintre & calligraphe renommé; Maiftre Goudet, parifien, dont Belon le naturalise vante l’habileté ingénieufe, & tant d’autres qu’il faut paffer fous filence, peuvent certainement accroître la lifte, déjà longue, que nous fournit Pélegrin. Le plus éminent de ces artiftes, toutefois, c’eft fans contredit un peintre qu’il faut mettre à côté d’Andrieu Beauneveu, de Jehan Foucquet & de Perreal : Godefroy nous fut envoyé, très probablement, par la Flandre, & vint fe fixer à Fontainebleau. On a la certitude qu’il peignit, de 1Q9 à 1 y 20, le beau manufcrit des Commentaires de Céfar , qui appartint à François Ier, & il eft l’auteur de ce charmant Triomphe de Tctrarque, que l’on admire à la Bibliothèque de l’Arfenal.

partir de François Ier, le promoteur de tant de merveilles, jufqu’à la fin du xvne fiècle, l’hiftoire des livres ornés n’offre, pour ainfi dire, plus de myftères, & chaque fplendide volume fe place à fon rang & fuit, dans les catalogues, l’ordre chronologique des fouverains & des hauts perfonnages auxquels il a appartenu. Les pllis grands noms de la monarchie fe lient naturellement ici, à la réminifcence des époques les plus remarquables de notre hiftoire & parfois à celle des cataftrophes les plus lamentables. Oui ne fe fent attaché par des penfées graves, ou bien ému par des fouvenirs douloureux, à la vue du Bréviaire d’Anne de France & des Heures du duc de Guife, de Marie Stuart, de Henri IV? Qui n’éprouve un mouvement de curiofité, en feuilletant ce magnifique volume dans lequel Diane de Poitiers a laiffé des marques nombreufes d’un goût vraiment exquis? L Imitation a multiplié à deffein ces reliques de lart (on nous paffera le terme), qui, tout en charmant le regard, préfentent à la mémoire de grands enfeignements. (Voyez les pages 215, 90, 9 G. 6, 266, 267, 270, 271 & 344.)

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O M M E plufieurs de fes prédéceffeurs , Charles IX s’était épris de la calligraphie ornée. Il avait puifé, dès fon enfance, ce goût pour les beaux livres, dans les Heures magnifiques que lui avaitléguées Henri II. Ce fut fous fon règne que les calligraphes réunis en fociété régulière fondèrent, au mois de novembre 1^70, l’Académie d’écriture de Paris, qui fubfifle encore de nos jours, & qui continue à admettre dans fon fein les artiftes dépofitaires des bonnes traditions.

\ P Y R E Maffon nous apprend que ce fouverain avait attaché à fa perfonne l’un des plus grands calligraphes du fiècle; c’était ce Pierre Hammon qui, né à Blois, était à la fois un habile miniaturifte, un écrivain inflruit, &, nous en avons la certitude, un grand géographe comme fon contemporain Guillaume-le-Teflu. Après avoir enfeigné le roi, Hammon Bléfien, c’efl ainfi qu’il fe nomme lui-même, eut le fort de Bernard de Paliffy, ce maître immortel des ornemaniftes de fon temps : il fut cmprifonné & il périt de mort violente.

TRANGEMENT féparé des princes de fa race, par quelques années feulement, durant lefquelles la typographie avait accompli fes plus grandes merveilles, le dernier des Valois avait en fi peu d’eftime les manufcrits magnifiques légués à la France par fes pères, qu’il en faifait l’objet d’un puéril divertiffement. Il coupait fans pitié, dit-on, d’admirables vignettes, peut-être les chefsd oeuvre des Beauneveu, des Foucquet, des Godefroy, & les petites chapelles, les repofoirs de cour, parés journellement de ces ornements fans prix, devenaient ainfi une fource permanente de deflruction pour les plus riches bibliothèques. Il y avait bien loin, on le voit, de cette

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pratique bizarre, à la piété touchante qui avait donné lentement naiffance aux fplendides volumes anéantis ainli en quelques heures.

L n’en était pas ainli de la Péninfule. Depuis Ifabelle-la-Catholique qui employait, pour peindre fes Heures, l’habile Arias, jufqu a Philippe II qui prétendait remplir l’Efcurial de chefs-d’œuvre calligraphiques, l’Efpagne voyait fans interruption fe multiplier les beaux livres. Francifco de Holanda, le peintre favori de Charles-Ouint, la gloire artiliique du Portugal, n’était pas encore oublie. Fray Juan de St-Gerommo venait de s’éteindre avec la réputation d’un Paint (voyez le t. vu des Vocumemos inediios ), & c’était en if 8o que mourait, dans une des cellules de l’Efcurial, ce Fray Andres de Leon, proies de la Mejorada, qui n avait pas eu de rivaux en fon art.

N livre écrit à Lisbonne, en 1612, & dédié à Philippe III, furpaffe en richeffe tout ce quinousaété tranfmis par lexvie<5clexvne liècle. La Genealogia univerfal de la nobiliffima cafa de Sandoval, confervée à la Bibliothèque impériale de Paris, efl non-feulement ornée de belles miniatures, mais, quoique de format in-folio, a été reliée en plaques de vermeil couvertes d’émaux armoriés. Nonfeulement ce fplendide volume fait honneur aux peintres elpagnols & portugais, mais il atteffe 1 incomparable habileté des orfèvres de la Péninfule. L habile calligraphe auquel on doit cette belle tranfcription dediee au duc de Lerme, porte le nom de Duarte Caldeira.

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LES PREMIERS MONUMENTS DE LA TYPOGRAPHIE DESTINES A RAP- PELER CEUX DE LA CALLIGRAPHIE. — ORNEMENTS XYLOGRAPHD QUE S.

E S premiers parmi les bibliophiles Van Praët fit une obfervation que tout le monde peut vérifier aifément. Lorfque le célèbre Colard Manfion, calligraphe & imprimeur à Bruges, imprimait, en grand format, un de fes beaux volumes, vers 1474, « il était dans l’ufage de biffer, au commencement de chaque ligne, un efpace en blanc, de près de la moitié de la page , afin qu’on pût y peindre des miniatures. »

En offrant fon beau livre de la Tenitence cfcAdam, qu’il avait illuflré de cette manière, & dont il fit hommage au feigneur de la Gruthuyfe, le bibliophile le plus zélé de fon fiècle. Colard Manfion ne trompait plus perfonne: la typographie naiffante avait accompli fa révolution. Mais, à l’origine de l’imprimerie, les inventeurs de cet art prodigieux eurent d’abord un but, celui de faire croire à la multiplicité infinie des copies de certains livres, obtenues d’habiles calligraphes , difait- on (& cependant répandues au delà de ce qu’on peut attendre de la patience humaine). Ils eurent furtout une efpérance, celle de faire payer un très haut prix Y objet

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d'art, multiplié fecrètement par un procédé mécanique. Dès lors, tout ce qui fe rattachait à rornementation des manufcrits dut être, néceffairement, appliqué à l’ornementation des livres. On y fut trompé d’abord 5 par la fuite on en fut charmé.

E T T E Notice a pour but de faire connaître la marche fuivie par l’ornementation calligraphique dans fes évolutions diverfes; elle ne faurait avoir la prétention de fonder les myftères dont le berceau de l’imprimerie eft entouré & qu’a d’ailleurs expofés récemment en 9) maître, M. Firmin Didot. (Voyez EJfai fur la -'y7 Typographie, i8fi.) Nous tenons à constater l’infinie délicateffe, le goût parfois exquis, la façon toute magiflrale dont procédèrent les vieux artifles, en fe transformant. (Voyez entre autres les pages 138, 139, 142, 143, 194, iqy 198 & 199.)

Les premiers monuments de l’imprimerie, ceux qui précèdent l’invention à jamais mémorable, où le fublime ouvrier procéda par l’emploi des caractères mobiles, la cBiblia pauperum, ïcArs memorandi notabilis per figuras Evangelijlarum, 1 eSpeculum humanæ falvationis , &c., &c. , font autant de monuments xylographiques, ainfi que la petite grammaire d’c AElius Vonatus, & fon pendant, le petit vocabulaire défigné fous le nom de Catholicon.

Ces livres, car ce font des livres, ont été exécutés grâce au procédé de la gravure fur bois, qui a été mis en oeuvre avec date certaine, en 1418, filon admet comme authentique le fpécimen reproduit par R eiffenberg, ou en i423> lorfque l’on confidère comme premier type le Saint Christophe portant l’Enfant Jéfus. (Voyez La plus ancienne Gravure connue avec une date. Bruxelles, 184^, in-40. )

Comme on l’a fait fpirituellement obferver, « dans ces livres, véritable tranfition entre l’art de la gravure & celui de l’imprimerie, fimple acheminement vers la typographie, c’eft toujours l’image qui l’emporte & prend tout l’efpace; le texte ne fe dégage encore qu’à grand’ peine du deffin & n’en eft même, le plus fouvent, que le pâle corollaire. 33 Il eft bien prouvé aujourd’hui, <3t les judicieufes obfervations de Marie Guichard doivent confirmer les bons efprits dans cette penfée, que

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Fimpreffion en caractères mobiles une fois découverte, « on la fit fervir concurremment avec Fimpreffion tabellaire. » (Voyez le Livre d'Or des zMéders & la Notice de Guichard fur le Spéculum humanœ falvationis .)

Quelques-uns' des monuments xylographiques parvenus jufqu’ànous, nous offrent des modèles accomplis de Fart. Les plus grands maîtres, Albert Durer & Holbein, ne dédaignent point ce moyen de manifeffer leur penfée. La Vanfe des morts efl en réalité un des plus beaux monuments xylographiques qui nous aient été légués par la Renaiffance, & il femble que l’artifle , à l’heure où il comprenait mieux Fimmenfe popularité que fon oeuvre allait acquérir, ait redoublé de génie pour imprimer aux nations une crainte falutaire, un dédain abfolu des chofes mondaines, qui en fait, non pas feulement un peintre réalifle d’une incomparable vérité, mais auffi un vrai philofophe chrétien.

I E N T O T la France poffédera , dans ce genre de l’ornementation xylographique, des hommes du talent le plus éminent. A partir de 1470, où Ulrich Gering publia les Epures de Gafparin de Bergame, premier livre imprimé à Paris, jufqu’au début du xve fiècle, des hommes d’un goût éprouvé fe fuccédèrent en ce genre. Antoine Vérard, Kerver, Simon Voflre furtout, publièrent des ouvrages de la plus élégante exécution. Philippe Pigouchet, qu’employait de préférence Simon Voflre, n’a pas de rival pour les livres d’Heures, ornés d’encadrements gravés fur bois, & ce font ceux qui ont été reproduits par F Imitation. Pigouchet avait fi bien le fentiment de fa fupériorité, qu’il vante, avec un naïf orgueil, à la fin de fes livres, l’élégance fuprême de fes impreffions. Simon Voflre devint lui-même imprimeur en l’année Qoo. C’était le moment où allait briller de tout fon éclat un autre artifle vraiment admirable, ce Tory, dont M. Bernard vient de retracer la vie fi bien remplie.

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