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FIN DU X VI : SIECLE. — DECADENCE ABSOLUE DE L’ART. — LOUIS XIII ET LOUIS XIV. — LES DERNIERS MINIATURISTES ET LES DERNIERS CALLIGRAPHES. — JARRY. — NICOLAS ROBERT. — AUBRIET.
E S que les guerres religieufes, qui eurentlieu durant cette période , commencèrent à fe développer, les livres fe multiplièrent, mais l’art des manufcrits eut à en fouffrir.
La corporation deslibraires jurés, qui comprenait dans fon fein la fection des ef cri-
vains, était trop vivace & avait été trop féconde, pour s’arrêter toutà-coup. Il y eut çà & là quelques beaux volumes, quelques Miffels qu’on peut comparer, fans peine, à ceux des âges précédents, puifque plufieurs d’entre eux font l’œuvre de Louis Duguernier, artide enlumineur fort renommé à cette époque; mais, à l’exception des livres réfervés aux têtes couronnées, la décadence fe fit fentir vifiblement dans tous les états de l’Europe. C’ed, fans doute, un fplendide volume que ce livre d’Heures de Henri IV, confervé naguère à la Bibliothèque de l’Arfenal, & expofé, aujourd’hui, au Mufée des Souverains, mais l’art délicat du peintre n’a pas fait les frais de fa magnificence. Ce n’efl pas, d’ailleurs, un fimple livre d’Heures; la follicitude
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maternelle de la reine Marie de Médicis ne lui avait donné tant d’éclat que pour appeler fur fes majufcules, dont l’enfemble forme un alphaber, les yeux d’un royal enfant. (Voyez les pages 266, 267 , 270 <3c 271.)
Les miniaturises habiles, cependant, ne manquaient complètement encore ni au temps de Henri IV, ni à celui de Louis XIII ; il luffit de jeter un coup d’œil fur la magnifique collection de vélins, honneur de la Bibliothèque du Jardin des Plantes, pour s’en convaincre. Nicolas Robert, le peintre en titre de Gaflon, y a répandu tout le preSige d’un talent confommé. En ce temps, l’enlumineur de livres ne s’enfermait plus dans le cloître, il voyageait. L’habile compagnon de Tournefort, Aubriet, confacrait uniquement fon pinceau à reproduire les merveilles de l’hifloire naturelle.
Pérugin & Raphaël avaient peint des manufcrits ; ainfi que nous l’a fait voir M. Vitet, l’immortel Lefueur ne dédaigna pas de confacrer fon talent à l’illuftration d’une thèfe. (Voyez un art. de la %evue des Veux c Mondes , Ier juillet 1841 .) Nicolas Pouffin eut la même condefcendance, bien que fon génie indépendant en fouffrît, comme il nous l’apprend dans fes lettres. C’était encore un hommage rendu à l’ornementation des livres que ces efforts du grand artifte, travaillant à donner des patrons majeflueux, que les relieurs du roi devaient mettre en œuvre.
U E devenait alors la calligraphie proprement dite? La fuprême élégance qu’elle montrait encore au xvie fiècle, les gracieux caprices dans lefquels on la voyait fe jouer , ce goût varié qui favaitfi bien choifir, entre les traits les plus hardis, la pieufe majeflé de fes ma-
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jufcules, tout avait difparu. Ce n’était plus l’imagination qui entraînait la main de l’artifte, c’était le compas qui régularifait Ton travail monotone. Une lourdeur fyflématique pefait fur ces prétendus chefsd’œuvre des maîtres écrivains jurés.
La merveille fuprême, le dernier effort du maître d’écriture (car le maître d’écriture était né), ce fut d’imiter, d’une manière fouverainement régulière, les caractères de la typographie. Alors, naquirent les traits à main -levée, les majufcules déformé abfurde,réel effroi des gens de goût. Bien qu’ils aient reçu fous ce rapport une atteinte de leur fîècle, Jarry & Rouffelet fe préfentent à notre fouvenir comme une exception, & ils ne travaillèrent guère que pour les têtes couronnées.
ULIE-LUCINE d’Angennes, fille de la marquife de Rambouillet, &, plus tard, ducheffe de Montaufier, infpira un livre charmant, dans lequel furent dépofés les hommages d’une fociété d’élite, adreffés à l’une des femmes les plus aimables de fon temps. Le dernier monument de la calligraphie ornée, qui ait confervé une renommée populaire, ne fut pas, comme on le voit, un de ces livres que on garde dans le tréfor des rois. La Guirlande de Julie , deflinée à perpétuer le fouvenir d’un amour profond , qui avait emprunté au fîècle fon caractère cérémonieux & chevalerefque, la Guirlande de Julie conferve, après deux cents ans, une réputation inconteflée. ' Ecrite par Nicolas Jarry, en 1641, reproduifant ces lettres italiques régulières, irréprochables, qu’on pourrait comparer à celles qu’employaient les Aide, bien longtemps avant, fi elles n’avaient moins d’élégance, elle donne parfaitement l’idée d’un art devenu tout exceptionnel. Trois copies in-folio du claffîque chef-d’œuvre furent faites par Jarry en la même année, mais une feule, tranfcrite en lettres rondes, fur vélin, renfermait les figures. C’était, on le comprend aifément, l’exemplaire de choix, deftiné à une préfentation folennelle. Les fleurs en avaient été peintes par Robert. Le duc de Montaufier put l’offrir le Ier janvier 1642.
des zManufcrits. 1 3 y
EPRODUISONS ici la defcription qu’en a faite M. Livet, l’un des jeunes écrivains qui ont fu le mieux faire revivre les galantes délicateffes de ce monde choifi. Vingt-neuf fleurs feulement la formaient, « & pour chacune il y eut au moins un madrigal & fouvent plufieurs, puifque ces petites pièces font au nombre de foixante-
une, outre la dédicace Le corps de
l’ouvrage était précédé de huit feuillets dont les trois premiers & le fixième font refiés blancs; lé quatrième contient le titre; fur le cinquième efl peinte une guirlande qui entoure ces mots : La Guirlande de Julie; une miniature, finement exécutée fur le feptième feuillet, repréfente Zéphyre entouré d’un nuage, tenant dans fa main droite une rofe & dans fa main gauche la guirlande de fleurs, qu’il fouffle légèrement fur la terre. »
A R R Y n’était plus même un de ces calligraphes enlumineurs comme il y en avait encore cinquante ans avant lui ; fur la fin de fa carrière, il avait reçu de Louis XI V le brevet & Ecrivain & de STJoteur de la mujîque du roi. Il marchait de pair avec les artifles le plus en renom.
On a voulu faire voir dans 1 "Imitation ce que l’art du miniaturifle avait produit d’achevé (c’efl: le terme du temps) au fiècle de Louis XIV, & l’image du jeune roi entouré de cette ornementation magnifique, dont les yeux font à chaque pas éblouis au Louvre ou à Verfailles, dit affez ce qu’était devenu l’art religieux. Cette page néanmoins ouvre, d’une manière toute fplendide, les portes d’un vrai mufée : forte de galerie en miniature, où fe fuccèdent une multitude de chefs-d’œuvre trop longtemps dédaignés. (Voyez le frontifpice de F Imitation.')
Grâce à un élégant volume, publié l’an dernier avec la coopération d’un de nos favants bibliographes, il nous ferait facile de continuer jufqu’à nos jours cet expofé des transformations fubies par l’art de la calligraphie. Les noms de Mlles d’Aligny, Pons de l’Hérault, Sivel; de
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MM. Moritz Greiner, H. Delacroix, Baudet, Langlumé, Kraufe, Le Doux, Laroue, Berliner, Quertinier, dont nous avons pu apprécier les productions, nous prouveraient que les Barbedor, les fétré, les Allais, les Sénault, les Roffignol, ont eu d’habiles fucceffeurs. (Voyez pour les progrès de la calligraphie au xixe fiècle le Rapport de M. R. Merlin.)
Après avoir été oubliée durant trois cents ans, la peinture des manufcrits eft enfin étudiée; on fent la néceffité de lui faire occuper, dans fhiftoire de l’art, un rang quelle ne quittera plus.. Le dernier programme de l’inftitut eft un appel à l’examen férieux de cet art charmant qui, à l’époque du Dante, & même longtemps après lui, fut une des gloires delà France.
des zManufcrits.