LOCUTIONS DES PIERROTS
Les mares de vos yeux aux joncs de cils,
0 vaillante oisive femme,
Quand donc me renverront-ils La Lune-levante de ma belle âme ?
Voilà tantôt une heure qu’en langueur Mon cœur si simple s’abreuve De vos vilaines rigueurs,
Avec le regard bon d’un terre-neuve.
Ah ! madame, ce n’est vraiment pas bien, Quand on n’est pas la Joconde,
D’en adopter le maintien Pour induire en spleens tout bleus le pauv’ inonde
l’imitation
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Ah ! le divin attachement Que je nourris pour Cydalise, Maintenant quelle échappe aux prises De mon lunaire entendement !
Vrai, je me ronge en des détresses, Parmi les fleurs de son terroir A seule fin de bien savoir Quelle est sa faculté-maîtresse !
— C’est d’être la mienne, dis-tu ?
Hélas ! tu sais bien que j’oppose Un démenti formel aux poses Qui sentent par trop l’impromptu.
Ah ! sans Lune, quelles nuits blanches, Quels cauchemars pleins de talent !
Vois-je pas là nos cygnes blancs ?
Vient-on pas de tourner la clanche ?
Et c’est vers toi que j’en suis là,
Que ma conscience voit double,
Et que mon cœur pèche en eau trouble, Eve, Joconde et Dalila !
Ah ! par l’infini circonflexe De l’ogive oùj’ahanne en croix, Vends-moi donc une bonne fois La raison d’être de Ton Sexe !
l’imitation
Tu dis que mon cœur est à jeun De quoi jouer tout seul son rôle, Et que mon regard ne t’enjôle Qu’avec des infinis d’emprunt !
Et tu rêvais avoir affaire A quelque pauvre in-octavo...
Hélas ! c’est vrai que mon cerveau S’est vu, des soirs, trois hémisphères.
Mais va, l’œillet de tes vingt ans,
Je l’arrose aux plus belles âmes
Qui soient ! — Surtout, je n’en réclame
Pas, sais-tu, de ta part autant !
T’occupe pas, sois Ton Regard,
Et sois l’âme qui s’exécute ;
Tu fournis la matière brute,
Je me charge de l’œuvre d’art.
Chef-d’œuvre d’art sans idée-mère Par exemple ! Oh ! dis, n’est-ce pas, Faut pas nous mettre sur les bras Un cri des Umbes prolifères?
Allons, je sais que vous avez L’égoïsme solide au poste,
Et meme prêt aux holocaustes De l’ordre le plus élevé.
l’imitation
Je te vas dire : moi, quand j’aime, C’est d’un cœur, au fond sans apprêts, Mais dignement élaboré Dans nos plus singuliers problèmes.
Ainsi, pour mes mœurs et mon art, C’est la période védique Qui seule a bon droit revendique Ce que j’en « attellè à ton char. »
Comme c’est notre Bible hindoue Qui, tiens, m’amène à caresser, Avec ces yeux de cétacé,
Ainsi, bien sans but, ta joue.