‹ L'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie (volume 2)Chapitre 10 sur 21 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

LA TRADITION VIVANTE DE L’ÉGLISE MANIFESTÉE PAR LE CONSENTEMENT UNANIME DES PASTEURS ET DES FIDÈLES DANS LA CROYANCE A L’iM- MACULÉE CONCEPTION DE MARIE.

L’église catholique est infaillible aujourd’hui comme au temps des Apôtres. — Sou consentement unanime en matière de foi ne peut errer, à quellequ’époque qu’il se manifeste. — L’accord moralement unanime des pasteurs et des fidèles existait à l’époque de la définition de l’immaculée Conception deMarie.— Demande adressée dès l’année 1859 à Grégoire XVI, pour célébrer ce privilège dans les litanies de Notre-Dame, puis dans la préface de la Messe. — L'Ordre de saint Dominique en demandant la même faveur, mit fin a la controverse, et marqua l’accord de toutes les écoles catholiques sans exception. — Instances des évêques de France, d’Amérique, d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne et de Chine auprès de Grégoire XVI, pour que le saint Siège définisse la pieuse croyance. — Cinq cent trente professions de foi ne purent déterminer le souverain Pontife à prononcer la sentence définitive. — 11 désirait encore quelques manifestations que S. S. Pie IX a obtenues. — Lettres encycliques du 2 février 18-49. — Réponses des évêques du monde catholique, au nombre de plus de six cents. — Analyse de ces réponses. — Conciles provinciaux qui sollicitèrent la définition. — Unanimité parfaite des évêques. — Liberté de leurs suffrages. — Publicité donnée aux avis contraires. — Haute impartialité et noble bonne foi de l’autorité souveraine. — Ces réponses constituent une espèce de Concile œcuménique par écrit, plus nombreux que les trois premiers Conciles généraux de l’Eglise. — L’accord qui existait en 1854 existait au XVIIP siècle, — au XVIIe, — au XVIe, — au XVe. — L’enseignement public, de temps immémorial, suppose cette croyance. — La discipline universelle prouve la vérité du privilège. — Le silence de l’Eglise qui abhorre toute nouveauté doctrinale dans sa croyance, suffit pour l’établir. — Le consentement unanime de l’Eglise depuis des siècles fournit un argument invincible en faveur du mystère.

Les promesses d’infaillibilité que Notre Seigneur Jésus-Christ a faites à son Eglise, sont telles que ni le

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corps des pasteurs en proposant une doctrine de foi, ni les fidèles en y adhérant ne peuvent se tromper. Il est impossible que le corps entier de l’Eglise adopte et croie une doctrine contraire à la divine révélation. Du moment que les pasteurs et le 'troupeau professent d’un accord unanime une doctrine dogmatique de sa nature, il est certain, que cette doctrine est vraie et qu’elle est révélée. Dès lors elle porte le cachet auquel le divin Maître a voulu que l’on reconnût son enseignement.

L’époque où ce consentement unanime se manifeste est indifférente. L’Eglise a la même autorité dans tous les temps; son témoignage a la même valeur à tous les âges, parce que les promesses de son fondateur lui restent jusqu’à la consommation des siècles. Si cet accord apparaît seulement de nos jours, il n’est pas moins décisif qu’il ne l’eut été dans l’ère des martyrs, parce qu’il a la même garantie qu’à cette époque. L’église catholique jouit aujourd’hui de la même autorité, et de la même assistance divine qu’au temps des Apôtres : elle jouit donc aussi de la même infaillibilité.

Eh bien, les pasteurs et les fidèles professent aujourd’hui d’un accord unanime la croyance à l’immaculée Conception de Marie ; et ils la professent depuis longtemps. Avant que sa sainteté Pie IX élevât cette croyance à la dignité de dogme de foi, le peuple était convaincu de la sainteté originelle de la Mère de Dieu; il ne souffrait point qu’on la contestât en sa présence; des royaumes entiers avaient supplié le saint Siège de prononcer la définition que S. S. Pie IX a prononcée de nos jours.

Cet accord suffit à lui seul pour démontrer la vérité

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de la croyance; il a paru d’un si grand poids, dans le domaine de la théologie, qu’un savant prélat n’hésite pas à dire que le consentement de l’Eglise à professer la croyance à l’immaculée Concepton est le grand argument qui en démontre la vérité (1).

Cet argument est grand en effet, il est décisif; il a une force propre, indépendante des autres arguments que la théologie peut faire valoir; mais il n’est point unique. Nous avons déjà prouvé que la tradition vivante de l’Eglise, telle qu’elle se manifeste dans le culte, atteste la vérité de l’immaculée Conception. Nous verrons plus loin que la tradition écrite fournit aussi un argument décisif et indépendant de tout autre. Nous tâcherons de démontrer plus loin qu’il est moralement impossible de refuser son assentiment à la croyance aujourd’hui définie, même lorsqu’on se borne à peser les raisons théologiques qui l’établissent. Il y a donc ici plusieurs grands arguments, indépendants les uns des autres, et qui sont, chacun à part, de force à convaincre les hommes qui cherchent la vérité de bonne foi. On aurait donc tort de croire que le consentement unanime de l’Eglise constitue le seul argument solide que l’on puisse invoquer en faveur du mystère. La théologie est plus riche que cela.

Mais constatons ici la croyance générale de l’Eglise, à l’époque qui a précédé immédiatement la définition.

Sous le règne de Grégoire XVI, d’heureuse mémoire, de l’année 1839 à l’année 1844, cent et trente évêques,

(1) Mgr l’évêque de Terni. Pareri. i. 482.

chefs d’ordres religieux ou recteurs d’églises particulières , ont sollicité du saint Siège la permission d’ajouter aux litanies de la sainte Vierge cette invocation significative : Reine conçue sans péché , priez pour nous (1).

Ces litanies, chacun le sait, sont les seules, avec les litanies de tous les saints, dont le rituel romain autorise le chant dans le service divin. En y ajoutant une invocation à Marie conçue sans péché, le saint Siège a autorisé une profession publique et solennelle de la pieuse croyance, dans une multitude d’églises répandues sur la surface du globe.

Du 6 septembre 1834 jusqu’au 7 mai 1847, trois cents évêques, chefs d'ordres religieux et recteurs d’églises particulières ont sollicité et obtenu la permission d’ajouter à la préface de la messe, célébrée en l’honneur de la sainte Vierge, ces paroles : Et te in Conceptione lmmaculata (2), paroles qui donnent à cette prière le sens suivant: Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire de vous rendre toujours et partout des actions de grâces, ô Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel; et de vous louer, bénir et exalter dans la Conception Immaculée de la bienheureuse Marie toujours Vierge . Il est impos¬

sible de professer la croyance à l’immaculée Conception de Marie d’une manière plus éclatante et plus solennelle, qu’en la proclamant au milieu du saint Sacrifice, au point d’en remercier, louer et bénir le Seigneur. Or

(1) P. Peirone. De 1mm. B. V. M. Conceptu... disquisitio lheol. p. 242 et seq. Romæ. 1847.

(2) P. Perrone. loe. cit. p. 248 et seq.

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cette profession de foi avait eu lieu pendant plus de vingt ans dans l’Eglise, lorsque S. S. Pie IX prononça la définition.

Et que l’on veuille bien le remarquer, ces demandes avaient été adressées au saint Siège de toutes les parties du monde catholique. Quoique la France, l’Espagne et l’Italie eussent pris la plus grande part à cet élan spontané de la dévotion générale envers la Vierge immaculée, l’Amérique méridionale (1), l’Allemagne, l’Angleterre et la Belgique y avaient participé.

L’ordre de saint Dominique lui-même abandonna alors ses anciens préjugés, pour s’associer à la dévotion commune. Lui aussi sollicita, par l’organe de son ministre général, la faveur de proclamer le privilège de Marie dans la préface de la messe; et il l’obtint le 10 décembre 1843. Ainsi finissait une controverse d’environ six siècles : la démarche de l’ordre de saint Dominique marqua évidemment la fin des anciennes disputes, et mit le dernier sceau à l’unanimité des écoles catholiques.

(1) « Quantum ad devotionem, qua noster clerus ac populus sæcularis afficiuntur erga Immaculatam Conceptionem Beatissimæ Virginis Mariæ, absque ulla hæsitatione atque errandi formidine asseverare possumus Sanctitati vestræ, hujusmodi piissimam devotionem, in ditione Chiliensi et in Iota nostra America , una cum Jesu Christi religione originem duxisse, et cum eadein æquo gradu fuisse eonsolidatam, hancque omnium fidelium cordibus inhærere tam fervidam, tamque fundatam radicitus, ut non tantum festum Immaculatæ Conceptionis sit ex illis quæ majori solemnitate, religiosoque cultu ac populorum frequentia universim in omnibus ecclesiis celebratur, sed insuper in omnium fidelium ore sæpius ejus præconium audiatur personare. » Episc. Sti Caroli di Anchud, in Chili Epist. de 16 Dec. 1849. Païen de’vescovi. t. h. p. 452.

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Sous le même règne de Grégoire XVI, du 10 mai au 30 septembre 1840, cinquante deux cardinaux, archevêques et évêques français prièrent avec instances le souverain Pontife de daigner définir, c’est-à-dire, élever à la certitude de dogme de foi, la pieuse croyance à l’immaculée Conception de Marie (î). Ainsi les cinq huitièmes de l’épiscopat français se prononcèrent alors en faveur de la définition de ce mystère.

Bientôt après, du mois de Juin 1843 au mois de décembre 1844, trente quatre évêques de V Amérique méridionale, de l'Espagne, de l’Italie, d’Allemagne et de la Chine adressèrent la même demande à S. S. Grégoire XVI (2). Mais le souverain Pontife, quoique vivement touché d’une manifestation aussi consolante et aussi belle, répondit à ces pieux prélats qu’il ne jugeait pas à propos de définir la pieuse croyance, parce qu’il n’avait pas reçu de suppliques assez nombreuses de plusieurs parties importantes de l’Eglise, surtout de l’Allemagne et de l’Angleterre.

Quelle prudence et quelle réserve ! Dans l’espace d’environ dix ans le saint Siège avait reçu cinq cent trente professions de foi au privilège de la sainte Vierge, professions qui lui étaient venues de toutes les parties du monde, et il ne voulait point prononcer encore!

C’est que la Providence entendait donner à ces manifestations de la piété catholique et de la croyance de l’Eglise de nouveaux développements.

(1) Pareri de’ vescovi. ix, part. i.

(2) Pareri. loc. cit.

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Du mois de juin 1846 jusqu’à la fin du mois de janvier 1849, S. S. Pie IX reçut encore quarante demandes du royaume de Naples, dix de France et quatre-vingts d’Italie et d’autres pays, en tout cent trente , en faveur d’une définition dogmatique de la pieuse croyance.

Tant d’instances émurent le cœur du pieux Pontife, qui, comme il déclare lui-même, n’avait rien eu plus à cœur, depuis ses plus jeunes années, que de témoigner à Marie son tendre amour, en faisant tout ce qui dépendait de lui pour augmenter sa gloire et étendre son culte. Afin d’obtenir les témoignages que Grégoire XYI n’avait point reçus, S. S. Pie IX adressa à tous les évêques du monde des lettres encycliques, par lesquelles il les pria de déclarer quelle était, à l’égard du privilège de l’immaculée Conception de la Mère de Dieu, leur croyance personnelle et celle de leur troupeau. Dans ce document remarquable, il rappelle d’abord les actes de ses prédécesseurs, puis les instances qu’il a reçues, dès les premiers jours de son pontificat, pour procéder à la définition de ce privilège. Il déclare qu’il a mis toute sa confiance en Marie, et qu’il espère d’elle la cessation des maux qui affligent aujourd’hui l’Eglise^ et le retour de temps plus heureux. Afin de mériter ces faveurs, il avait chargé quelques ecclésiastiques, distingués parleur piété et parleurs connaissances théologiques, d’examiner avec le plus grand soin et sous tous les rapports, de concert avec un certain nombre de cardinaux de la sainte Eglise romaine, illustres parleur vertu, leur piété, leur prudence et leur savoir des choses divines, la question de l’immaculée Conception de la bienheureuse

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Vierge Marie, et de soumettre au saint Siège leur avis avec toute la maturité possible.

Puis s’adressant à tous les évêques du monde catholique, le saint Père les invite à ordonner, chacun selon sa prudence et son jugement, des prières publiques dans son diocèse, pour obtenir que le Père des lumières éclaire le chef de l’Eglise, et lui enseigne d’en haut ce qu’il doit faire et décider dans cette affaire de la plus grande importance.

Enfin il les exhorte à lui transmettre l’expression de leur propre croyance et de celle de leur troupeau. « Nous souhaitons vivement, dit-il aux évêques, que vous nous fassiez connaître le plus promptement possible, de quelle dévotion votre clergé et le peuple fidèle sont animés envers la Conception de la Vierge Immaculée, et quel est leur désir de voir le Siège apostolique porter un décret sur cette matière. Nous désirons surtout savoir, Vénérables Frères, quels sont à cet égard les vœux et les sentiments de votre éminente sagesse... Nous ne doutons nullement, Vénérables Frères, que votre piété particulière envers la très-sainte Vierge Marie, ne vous fasse obtempérer avec le plus grand soin et le plus vif empressement aux désirs que nous vous exprimons, et que vous ne vous hâtiez de nous transmettre en temps opportun les réponses que nous vous démandons (1). »

Cet appel adressé à l’épiscopat catholique le 2 février 1849, de Gaëte, terre de larmes et d’exil, eut un im-

(I) Epist. encycl. Ubi primum, dater, Cajetæ 2 februarii 1849.

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mense écho. Non-seulement la majorité des évêques s’empressa de répondre au souverain Pontife et de lui offrir une profession de foi à l’immaculée Conception, comme nous le dirons à l’instant, mais un grand nombre de chapitres, d’ordres religieux, d’universités, de théologiens, de municipalités, de prêtres etde laïques conjurèrent le saint Père de prononcer au plus tôt la définition, que des milliers de pasteurs et de fidèles sollicitaient et espéraient depuis des siècles.

Laissant à l’écart ces manifestations privées, dont on ne peut cependant méconnaître la grande importance, occupons-nous des réponses adressées par l’épiscopat au saint Siège : car ces professions de foi suffisent pour attester en même temps la croyance du troupeau et celle des pasteurs (1).

Une analyse scrupuleuse, minutieuse des réponses

(1) Ces réponses des évêques, des corporations civiles et religieuses et des serviteurs les plus zélés de Marie, ont été réunies et publiées en dix volumes in-8° par ordre du saint Père, sous la direction des pères de la compagnie de Jésus. On a donné au recueil ce titre déjà cité bien des fois et que nous citerons encore souvent dans la suite : Pareri sulla definizione dogmatica dell’ immaculato concepimento délia Beata Vergine Maria, rasignati alla santità di Pio IX. P.M. in occasione délia sua enciclica, data da Gaeta il 2 febraio 1849. coi tipi délia Civiltk cattolica. Roma 1851-1854. Nous avions formé le projet de faire réimprimer en Belgique cet intéressant recueil, et déjà nous avions obtenu à cette fin l’agrément du saint Père ; mais nous avons renoncé à ce projet à cause du grand nombre de pièces écrites en italien, en espagnol et en portugais que ces volumes renferment, et à cause des répétitions inévitables que l’on y rencontre. Nous nous bornons à consigner ici le résultat de noire analyse. Ceux qui voudront connaître en détail les sentiments particuliers des évêques, pourront consulter l’excellent ouvrage que vient de publier S. E. le cardinal Gousset, archevêque de Reims, sous ce titre : La croyance générale et constante de l’Eglise touchant

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des évêques aux lettres encycliques du 2 février 1849, nous a démontré que,

Cinq cent quarante trois cardinaux, archevêques et évêques ont répondu au saint Père.

De ce nombre quatre cent quatre-vingt quatre attestent leur ferme croyance et celle de leur diocèse à l’immaculée Conception de la sainte Vierge, et sollicitent avec instance la définition pure et simple de ce mystère.

Dix demandent une définition indirecte.

Vingt-deux expriment des doutes sur l’opportunité de la définition, ou des craintes sur les suites qui en résulteraient.

Quatre ne parlent point de la définition.

Dix-lmit se prononcent positivement contre l’opportunité de la définition, et, parmi eux, six ou sept contre la définibilité de la pieuse croyance.

Ces derniers affirment, que la croyance au privilège de Marie est générale dans leurs diocèses, ou du moins ils ne le contestent point.

Pas un seul évêque n’affirme que la croyance n’existe pas dans son diocèse, ou bien qu’elle n’y est pas commune parmi les fidèles.

Nous en avons compté seize qui assurent que la

/’ Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, prouvée principalement par les constitutions et les actes des papes, par les lettres et les actes des évêques, e(c. 8°. Paris 1855. Le savant auteur consacre 660 pages de son livre a l’analyse des réponses adressées par les évêques à S S. Pie IX ; il ajoute à cette analyse des monuments tirés des livres liturgiques usités en France, et d’autres documents historiques. Notre plan nous oblige h supprimer ces détails qu’on lira avec intérêt dans l’ouvrage du savant cardinal.

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croyance est si profondément enracinée dans l’âme de leurs ouailles, qu’ils n’oseraient ni ordonner des prières afin d’éclairer le souverain Pontife, ni consulter leur troupeau sur cette matière, comme si le privilège de la sainte Vierge pouvait être mis en question ou paraître douteux, parce que la moindre hésitation à ce sujet eût fourni une occasion de scandale et de trouble, tant la persuasion est profonde et générale !

A ces manifestations particulières qui formaient, on le voit, un magnifique concert d’hommages rendus à la croyance à l’immaculée Conception de Marie, il convient de joindre la profession collective de presque tous les conciles provinciaux qui ont été célébrés dans le monde catholique, depuis que le saint Père eût adressé aux évêques son encyclique du 2 février 1849, jusqu’au jour de la définition.

Le Concile provincial de Baltimore, célébré en 1849, déclare que « tous les Pères réunis ont voulu témoigner au souverain Pontife, qu’il leur serait très-agréable de lui voir définir comme doctrine de l’Eglise catholique, si dans sa sagesse il le croit opportun, que la Conception de la bienheureuse Vierge Marie a été immaculée, et préservée de toute tache quelconque du péché originel (i).»

Il faut ajouter les suffrages des évêques présents à ce

(i) « Censuerunt Patres summo Pontifici significandum, gratum sibi fore ut veluti catholicæ Ecclesiæ doctrinam definiat, si in sapientissimo suo judieio opportunum videatur, Beatissimæ Virginis Mariæ Conceptum immaculatum omnino fuisse, atque ab omni prorsus originalis culpælabe immunem. # Concil. Baltimor. an. 1849. ap. card. Gousset. La croyance générale , pag. 784. l’immaculée CONCEPT. T. I.

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concile aux cinq cent quarante trois suffrages déjà mentionnés.

Le Concile de la province ecclésiastique de Reims, célébré à Soissons au mois d’octobre 1849, s’adressa en ces termes au souverain Pontife :« Mus par un sentiment de piété filiale envers la Mère de Dieu, et considérant l’honneur de Jésus-Christ, lui, qui étant la splendeur de la gloire de Dieu et la figure de sa substance, a pris notre nature dans le sein de Marie, nous tournons nos regards vers le Siège apostolique, et nous le supplions humblement, mais par des prières répétées, de définir, comme doctrine de l’Eglise catholique que la Conception de la bienheureuse Vierge Marie a été tout à fait immaculée, et exempte de toute tache quelconque du péché originel (1). »

Un mois plus tard, en novembre 1849,1e Concile de la province ecclésiastique de Tours, réuni à Rennes, émettait un vœu semblable et non moins pressant.

« Voulant favoriser, dit le Concile, tout ce qui tend à la plus grande gloire et aux louanges de la bienheureuse Vierge Marie, les Pères du Concile de Rennes s’empressent d’exprimer publiquement leur persuasion ferme et certaine de la Conception Immaculée de la Vierge Mère de Dieu; persuasion qui est d’ailleurs commune au clergé et au peuple de toute la province. Ils tiennent donc cette doctrine que la sainte Vierge Marie Mère de Dieu, par un effet spécial de la grâce prévenante et opérante de Dieu, n’a jamais été soumise au péché orU

(1) Voy. le card. Gousset, La croyance générale , etc. p. 785.

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ginel, mais a été tout à fait préservée de toute tache d’origine, et ils embrassent cette doctrine comme trèspieuse, et partant conforme à l’Ecriture-Sainte, à la tradition, au culte de l’Eglise et à la droite raison ; de sorte que pour mettre le dernier sceau à sa certitude, il ne semble plus manquer que le jugement solennel du Siège apostolique. Les Pères du Concile désirent donc vivement que cet honneur soit enfin déféré à la trèssainte Vierge, et qu’il leur soit donné de voir définir comme doctrine de l’Eglise catholique que sa Conception a' été exempte de toute tache du péché originel (1). »

Le 8 décembre 1849, Mgr l’archevêque d’Avignon assembla le Concile de sa province, et dans le second titre, consacré au culte de Dieu et des saints, il s’exprima en ces termes:

« Dès l’origine de la religion chrétienne, à tous les âges, on a pieusement cru dans l’Eglise que la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, a été conçue sans péché. Car comme elle a été pleine de grâce et bénie entre toutes les femmes, au point que seule elle a été choisie, préélue de Dieu pour écraser la tête du serpent, le pieux sentiment et l’instinct des fidèles ont toujours compris qu’elle n’a jamais été sous la puissance du démon. » Après avoir énuméré les principaux arguments qui démontrent cette croyance, et rappelé que le Concile d’Avignon, célébré en 1457, rendit un solennel hommage au privilège de la Mère de Dieu, l’archevêque poursuit:

(1) Voy. Acta et décréta Concilii provinciœ Turonensis in Rhedonensi civitate celebrati an. mdcccxux. Decret, xxiv. De Beata Virgine. p. 88. Turonibus 18ol.

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« Puisque rien ne peut être plus utile à l'Eglise que l’accroissement et l’extension du culte de la bienheureuse Vierge, surtout celui qui a pour objet son Immaculée Conception; et que ce culte prendra d’heureux accroissements, si, au lieu d’être appuyé seulement sur le pieux sentiment des fidèles, il s’appuie désormais sur la persuasion qui naît de la foi d’un dogme défini... ce Concile, commencé au jour de la fête de l’immaculée Conception, voulant manifester sa piété envers cette Mère bien-aimée, et professer son privilège unique et glorieux, avec le désir de répondre à la pieuse attente de N. S. P. le Pape Pie IX, adhérant aussi aux instances réitérées d’un grand nombre d’Evèques, demande humblement et ardemment à sa Sainteté, qu’elle daigne définir, comme une doctrine de l’Eglise catholique, que la Conception de la bienheureuse Vierge Marie a été tout à fait immaculée, et totalement préservée de la souillure du péché originel (1). »

Les évêques d’Irlande réunis en Coneile provincial au nombre de vingt-huit, à Turles, au mois d’Août 1850, tiennent le même langage (2).

Ils écrivent d’abord au saint Père qu’ils sont d’autant plus obligés de répondre à son encyclique du 2 février 1849, que, d’après d’antiques documents, il estcertain que la sainte Vierge a été toujours honorée d’un culte spécial comme patrone de l’Irlande, et que le Concile a dé-

(1) Conciliumprovinciœ Avenionensis, Avenione habitum an. Dom. mdcccxlix, mensedecembri. tit. n. c. 5. p. 3t. i°. Avenione 1831.

(3) Décréta synodi plenariœ Episcoporum Hiberniæ apud Thurles habitæ , anno mdcccl. Dublini 1831.

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cidé de la vénérer désormais comme patrone de ce pays sous le titre de son Immaculée Conception.

Les mêmes Pères ajoutent que la croyance au privilège de Marie est profondément ancrée dans l’esprit du peuple; et ils concluent en disant : « Nous supplions en corps avec instance votre Béatitude, comme nous l’avons déjà fait en particulier, d’accord avec presque tous les évêques de l’Eglise catholique, de définir du haut de la chaire suprême du prince des apôtres, dont elle a hérité l’autorité et la foi, par un décret dogmatique et infaillible, que la bienheureuse Vierge Mère de Dieu a été conçue sans aucune tache du péché originel. Cette définition remplira de joie et de bonheur l’Eglise de Jésus- Christ qui règne aux deux, aussi bien que celle qui milite sur la terre, et procurera au troupeau tout entier du Sauveur un nouveau et opportun secours (i). »

Le Concile provincial de la métropole de Bordeaux, réuni le 14 juillet 1850, s’applaudit de trouver l’occasion de professer avec éclat la tendre dévotion qu’il éprouve envers la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu ; puis il ajoute: « En notre nom et au nom du clergé et du peuple tout entier de cette province, d’un vœu commun et de tout notre cœur, nous supplions le saint Siège apostolique, de vouloir déclarer que la Conception de la très-sainte Mère de Dieu, par un privilège spécial, a été sans tache, et de ranger cette vérité parmi les dogmes de foi (2). »

(1) Voy. lecard. Gousset, La croyance générale, p. 788. etc.

(2) Acta et décréta Concilii provinciœ Vurdiyalensis in urbe Burdigala célébra ti, an. Dom. mdcccl. tit. 11. cap. iO. pag. Ai. Burdigalæ 1852.

l’immaculée conception

Les évêques de la province ecclésiastique de Lyon, réunis en Concile dans cette dernière ville en 1850, n’hésitent pas à rattacher les traditions de leurs églises à l’enseignement de leurs premiers apôtres. Saint Irénée a appelé Marie l’avocate d’Eve, comme s’il eût voulu insinuer le privilège delà Mère de Dieu. Plus tard saint Anselme confirma, dit le Concile, l’ancienne croyance.

Les réclamations de saint Bernard ne lui portèrent aucun dommage. En 1245, Innocent IV consacra l’église du monastère de saint Pierre, près de Mâcon, au jour delà tête de l’immaculée Conception. Tous les diocèses de la province ecclésiastique de Lyon s’empressèrent d’adopter l’office approuvé par Sixte IV pour honorer ce mystère. Contester la pieuse croyance, ce serait causer un immense scandale dans le peuple. Puis le Concile conclut en ces termes:

<( Les évêques de la province de Lyon adressent donc avec une grande joie au saint Siège la profession de cette croyance, qu’ils ont reçue comme un dépôt, et ils supplient par les vœux les plus ardents, au nom du clergé et du peuple, le souverain Pontife de vouloir, dans sa sagesse reçue d’en haut, décréter ce qui mettra le comble à la joie de nous tous (1). »

Le Concile de Sens, réuni au mois de septembre 1850, écrit au saint Père: «Nous vous supplions, par les vœux les plus ardents et d’une voix unanime, de vouloir bien définir, du haut de la chaire apostolique, comme devant être acceptée, retenue et crue par le peuple fidèle, l’an-

(1) Voy. le curd. Gousset, La croyance générale, etc. p. 791.

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tique croyance à l’immaculée Conception de la bienheureuse et glorieuse Vierge et Mère Marie, qui date du berceau de la religion chrétienne, et qui, née du sens intime de la foi, a été transmise des pères aux enfants sans interruption dans le cours des siècles; croyance si précieuse à l’Eglise, si honorable à Marie et à Jésus- Christ lui-même, répandue et propagée dans tout l’univers chrétien, naissant de la tradition, recommandée par tant de souverains Pontifes et en particulier par Alexandre VII, célébrée enfin et consacrée par l’institution de fêtes et d’offices sacrés (1). » Les Pères du Concile augurent ensuite toutes sortes de bienfaits de la définition, si le saint Père daigne la prononcer.

Le 6 octobre 1850, S. E. le cardinal Dupont ouvrit le Concile provincial de Bourges, composé de six évêques, qui émirent, avant de se séparer, le vœu ardent d’obtenir du saint Siège la définition du grand privilège de la Mère de Dieu.

« En terminant ce Concile, disent les Pères, nous implorons le secours de la glorieuse Mère de Dieu, la Vierge Immaculée... Nous recommandons aux pasteurs des âmes d’étendre de plus en plus son culte qui, depuis des siècles, est célèbre dans cette province, et nous désirons vivement que la définition de son Immaculée Conception, que nous avons demandée au saint Père avec instances, soit bientôt prononcée, pleins d’espoir que la Mère du Rédempteur, l’étoile de la mer et la reine du clergé,

(0 Voy. Conciliumprovinciœ Senonensis Senonis habitum an. Dom. mikxcl. tit. v. cap. I. De volo circa Bealiss. Yirginis Immaculatam Conceptionem emittendo. p. 76. Senonis 1832.

l’immaculée conception

apaisera et fera disparaître les tempêtes qui agitent l’Eglise, manifestera, comme elle a coutume de faire, son tendre amour envers le peuple chrétien, et changera notre tristesse en joie (1). »

Deux réunions synodales des évêques de l’Italie, l une tenue à Spolète au mois de novembre de l’année 1849 (2) , l’autre à Lorette au mois de mars 1850 (5), expriment aussi, d’une manière collective, les vœux de nombreux diocèses, en faveur de la définition du mystère de l’immaculée Conception de la sainte Vierge. Les évêques de ces réunions avaient déjà exprimé par une lettre particulière leur croyance personnelle et celle de leur diocèse. Mais ces demandes réitérées indiquent l’ardeur de leurs désirs et la profonde conviction de leurs esprits.

Beaucoup d’Evêques et de Conciles, que nous venons de citer, ne se bornent pas à émettre une simple profession de foi, mais ils la prouvent et la justifient. On rencontre dans leurs lettres des discussions remarquables, des arguments nouveaux, un savoir profond, une hauteur de vue admirable, qui sont de nature à inspirer la plus grande estime et la plus sincère admiration envers ces premiers pasteurs de l’Eglise. La croyance universelle des peuples et de leurs chefs se présente donc ici entourée de la plus vive lumière, avec un éclat qui porte la conviction dans les esprits. Lorsqu’on la mé-

(1) Décréta Concilii provinciœ Bituricensis Claromonlii in civit. Avernorum celebrati. an. mdcccl. p. 116. Biturigibus 1852.

(2) Pareri. ii. 579. Ibid. p. 403, on trouve une lettre collective de quatre évêques de la Bohème.

(3) Pareri. ni. 261.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

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dite, dans son expression multiple et variée, on ne peut s’empêcher d’y reconnaître la voix de l’Eglise de Jésus- Christ et tous les caractères de la vérité.

Ce concert unanime acquiert un charme nouveau de la parfaite liberté avec laquelle il s’est produit et dont il est né. Le saint Siège, en publiant les réponses des Evêques à la lettre encyclique du 2 février 1849, a cru n’en devoir supprimer aucune. Les doutes, les hésitations, les retours y figurent à côté des affirmations les plus positives, et des convictions les plus inébranlables.

Deux ou trois Évêques, qui avaient supplié Grégoire XVI de définir l’immaculée Conception de Marie comme dogme de foi, écrivirent à Pie IX que les circonstances ne leur paraissaient plus favorables à cette définition. Leurs lettres sont publiées.

Nos Seigneurs les Evêques de la Province de Milan avaient, en 1850, émis un doute sérieux surl’opportunité de la définition (î) : quatre ans plus tard, ils s’unirent aux autres évêques du monde catholique pour solliciter la définition immédiate (2). Mgr l’archevêque d’Urbino, dans une lettre du 2 février 1850, se prononce catégoriquement contre la définition; mais un mois plus tard il signa à Lorette, avec un grand nombre d’Eveques, une supplique au saint Père, alin que cette défition fut hâtée (5). Mgr l’Evêque de Viterbe, qui avait d’abord cru la définition inopportune, déclara en 1854

(1) Pareri. i. 222.

(2) Pareri. ix. Append. n. p. 35.

(5) Pareri. tu. 4-2 et ni. 261.

EIM M AC l L É E CONCEPTIO N

que les circonstances étaient changées, et qu’il la verrait prononcer avec plaisir (1). Mgr l’Evêque de Limira, vicaire apostolique en Ecosse, écrivit au saint Père, à la fin d’octobre 1854, quelques semaines avant la définition, une lettre charmante dans laquelle il exprime la crainte d’avoir trop écouté dans cette affaire les conseils de la prudence humaine, et la joie qu’il éprouvait de voir approcher le jour où aurait lieu la définition si vivement désirée de tout l’univers catholique (2).

Toutes les opinions ont donc pu se produire, toutes les oppositions se faire jour; les fluctuations soudaines, les revirements imprévus attestent la parfaite liberté des témoins de la tradition catholique; et la publicité que le saint Siégea donnée à ces manifestations variées, prouve sa haute impartialité, et cette noble bonne foi qui inspire, envers l’autorité souveraine, une vénération profonde et une confiance sans bornes.

Les témoignages des Evêques, imposants par leur nombre, acquièrent donc un nouveau poids par la liberté parfaite avec laquelle ils ont été émis. Ils constituent une profession de foi publique, générale et solennelle des principaux membres de l’Eglise et même de l’Eglise tout entière et, dans un sens, ils forment un véritable Concile œcuménique.

Il y a peu d’années qu’en France les Conciles par écrit étaient interdits par un pouvoir ombrageux et malveillant. Ils sont permis aujourd’hui. Mais quoi qu’il en soil

(1) Pareri. ni. 32 et ix. app. h. p. 142.

(2) Pareri. ix. app. h. p. 387.

le saint Siège, en invitant tous les Evêques du inonde catholique à exprimer leur croyance et celle de leurs troupeaux touchant le mystère de l’immaculée Conception de Marie, a, on peut le dire, célébré un concile œcuménique par écrit.

Au premier Concile œcuménique de Nicée, en 325, on ne comptait que 318 Evêques; au deuxième Concile œcuménique, célébré à Constantinople en 381, on n’en comptait que 150; le troisième qui fut célébré à Ephèse, n’en comptait que 200; et le quatrième qui fut le plus nombreux, vit réunis, en 451, à Chalcédoine, jusqu’à 036 Evêques.

Eh bien, le Concile par écrit que sa sainteté Pie IX a convoqué en publiant son encyclique du 2 février 1840, a réuni entre cinq et six cents suffrages; beaucoup plus qu’on n’en put réunir dans chacun des trois premiers Conciles œcuméniques de l’Eglise; Conciles que saint Grégoire-le-Grand recevait, comme le quatrième, avec autant de respect que les saints Evangiles. Et si l’on tient compte des populations et des territoires, dans une affaire où l’autorité de l’Eglise est tout, on peut dire, sans crainte de se tromper, que les deux cents Cardinaux, Patriarches, Archevêques et Evêques que S. S. Pie IX vit autour de lui le 8 décembre 1854, représentaient un territoire plus étendu, et une multitude plus nombreuse de lidèles, que les 636 Prélats réunis, en 451, au Concile de Chalcédoine.

Le consentement unanime des Evêques, considéré en lui-même, ou comparé aux expressions antérieures de la croyance de l’Eglise, jouit donc, dans le sujet qui

l’immaculée conception

nous occupe, de la plus haute autorité, et dans un certain sens il tranche la question.

11 n’est d’ailleurs contesté par personne. Que dis-je? Quelques adversaires de la définition en ont fait une objection. 11 leur a paru superflu de définir une doctrine que personne ne contestait, que tout le monde professait. Cette raison n’était certes pas bonne; mais elle sert merveilleusement à constater l’universalité de la pieuse croyance, avant que le saint Siège en prononçât la définition.

L’unanimité parfaite, actuelle des fidèles et des pasteurs à professer la croyance à l’immaculée Conception de Marie, prouve à elle seule la vérité du mystère ; nous l’avons fait voir; mais il serait facile, en remontant le cours des siècles, de démontrer que cet accord existe moralement depuis plus de quatre siècles. L’accord actuel ne s’est point produit comme un coup de foudre ; il n’a point apparu subitement dans l’Eglise ; il est traditionnel. Au XVIII13 siècle cet accord existait: un grand nombre d 'églises et de diocèses ont choisi alors Marie, dans le mystère de son Immaculée Conception, pour leur patrone spéciale. Le saint Siège a donné un nouvel éclat au culte de l’immaculée Conception, lorsque Benoit XIV décida qu’une chapelle papale serait célébrée chaque année à sainte Marie Majeure, à Rome, au jour de la fête. On vit à cette époque instituer un nouvel ordre de chevalerie de l’immaculée Conception en Espagne, et des solennités nouvelles s’établir en l’honneur du mystère. Au commencement même de ce siècle, un grand nombre d’Evêques avaient supplié Clément XI de définir l’innna-

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

culée Conception; les prélats, qui à cette époque ont composé de nouveaux bréviaires, surtout en France, ont tous conservé, si je ne me trompe, la fête de l’immaculée Conception avec un rit élevé.

Au siècle précédent, qui est le XVIIe de notre ère, on a publié plus d’ouvrages pour défendre et expliquer le privilège de Marie, qu’on n’a compté d’années dans son cours. On peut appeler vraiment ce siècle, le siècle de l’immaculée Conception. Les grandes mesures prises par Paul V, Grégoire XV, et Alexandre VII appartiennent à cette époque. Jamais les instances des rois, des évêques et des fidèles auprès du saint Siège pour obtenir la définition du mystère, n’ont été plus nombreuses ni plus pressantes; jamais les discutions relatives à ce sujet n’ont été plus vives ni plus passionnées. Contester alors le privilège de Marie, c’était s’exposer à la réprobation publique, à un anathème général. Un pieux auteur qui a écrit un ouvrage très-solide et très-beau sur les prérogatives de la sainte Vierge, dit en parlant de l’immaculée Conception: « Les autorités en faveur de ce privilège ne peuvent se compter: ce sentiment, qui se répand de jour en jour, a maintenant pour lui le torrent des docteurs (1). » Ces mots ont été écrits en 1643.

Quelques années plus tard, un autre membre de la Compagnie de Jésus, aussi renommé par son zèle pour la gloire de Marie que par sa vaste érudition, le Père

(1 ) le. chef-d'œuvre de Dieu, ou les souveraines perfections de la sainte Vierge Marie , par le R- P. Etienne Einet, de la C. de J. éd. revue par le P. Jenneseaux. pag. 93. Paris. 1835. — La première édition fut publiée en 1(145.

l’immaculée conception

Théophile Reynaud, se vantait de réunir le témoignage des évêques et des écrivains de son époque en forme de Concile œcuménique (1).

Au XVIe siècle la même unanimité régnait. Léon X s’était proposé de traiter la question dans le cinquième Concile œcuménique de Latran. 11 chargea le cardinal Cajétan, qui passait pour le premier théologien de son époque, de lui exprimer son avis sur la matière. Quoique le savant Cardinal, religieux de Tordre de saint Dominique, fût peu favorable à la pieuse croyance, il exposa la question avec une impartialité qui lui valut des attaques violentes de la part de quelques uns de ses confrères. « Les docteurs, dit-il, qui soutiennent que la bienheureuse Vierge a été préservée du péché originel sont en nombre infini, surtout si on s’occupe des modernes. Aujourd’hui cette opinion est devenue commune; et presque tous les catholiques, dans l’Eglise latine, pensent rendre hommage à Dieu en la suivant (2). » A la même époque toutes les universités catholiques étaient d’ac-

(1) « Horum testimoniorum sériera sic adornabo ut species œcuraenici concilii exhibeatur, ea tantum variatione adhibita, quodnon Autistites tantum, sedetiam doctores privatos atque theologos receusebo... Concilium Marianum antistitum et theologorum ex omni gente, populo et natione suffragantium Iramaculatæ Conceptioni S. Genitricis Dei Mariæ... » T. Reynaud. Pietas Lugdun. erga B. V. Imm. Covceptam. oper. t. vin. p. 277 et 278. Lugd. 1665. — Il cite plusieurs auteurs a faux; mais le nombre des défenseurs de l'immaculée Conception qu’il indique n’en est pas moins digne d’attention. Theop . Reynaud. t. vin. p. 284 et 285, cite les évêques et théologiens belges qui ont soutenu la pieuse croyance à diverses époques.

(2) « Doctores tenentes R. Virginem esse præservatam sunt numéro infiniti, si ad modernos spectemus... Jam commuais facta est hodie ista opinio, ita ut

DE LA SAINTE VIERGE MARIS

cord. Au commencement du XVI8 si,èele, celles qui n’avaient point émis leur profession de foi, comme l’université de Paris l’avait fait, s’empressèrent de l’émettre ; aucune ne se déclara contraire à la pieuse croyance. Médina assure que l’accord des universités était unanime (i).

Le décret du Concile de Trente, promulgué en 1546, servit merveilleusement à constater la croyance commune des fidèles et à la confirmer, vers le milieu de ce siècle. Lorsque l’auguste assemblée déclara qu’il n’entrait point dans ses intentions de comprendre la bienlieuseuse Vierge Marie dans le décret dogmatique qui enseigne comme une vérité de foi, l’universalité du péché originel, il est évident qu’elle excluait Marie de cette universalité, et qu’elle définissait indirectement le privilège de l’immaculée Conception. Le Concile représentait l’Eglise universelle : les Pères étaient d’accord; les seuls qui réclamassent furent ceux qui désiraient une définition directe, plus explicite et plus solennelle. Quel monument admirable de la croyance universelle de l’Eglise!

Vers le milieu du XV siècle, cent ans plus tôt, Jean de Ségovie, chargé par le Concile de Bâle de discuter l’importante matière de l’immaculée Conception, tinta peu près le langage que le cardinal Cajetan devait tenir

onines fere catholici latinæ ecclesiæ arbitre» tur obsequium se præstare üeo in hujusmodi sequela opinionis. » Gard. Cajetan. Tract, primas de Conceptions B. M. V.ad. Leone m A'. P. il/, cap. 5. p. 101 et 102. Opusculorum fol. Venet. 1593. — L’ouvrage est daté de l’année 1514.

(1) Voy. le P. Passaglia. p. n. S. S. Pie IX dans la Bulle Ineffabilis constate aussi cet accord de toutes les universités catholiques.

l’immaculée conception

soixante-dix ansjdus tard au Ve Concile de Latran: « Il est constant, dit ce savant théologien, que la fête de rimmaculée Conception est célébrée aujourd’hui dans la plus grande partie du monde chrétien, et que l’Eglise romaine la compte parmi les fêtes solennelles et la célèbre comme telle.... La doctrine favorable à la pureté delà Conception de la bienheureuse Vierge, a aujourd’hui le témoignage de presque tout l’univers, et celui de l’Eglise romaine (1). » « L’assertion contraire au privilège de Marie, dit-il encore, si non dès le commencement, au moins depuis longtemps, et surtout de nos jours, est devenue en général si désagréable et si odieuse au peuple chrétien, que les fidèles ne souffrent pas même qu’on la leur fasse entendre (2). »

Jean de Ségovie a écrit ces paroles vers l’année 1435, il y a plus de quatre siècles. L’accord des fidèles que nous voyons aujourd’hui existait donc déjà alors, et il est vrai de dire que l’Eglise catholique professe depuis

(1) « Cum constet hoc festum celcbrari in majori parte christianæ religiouis, et annumeretur ac celebretur a Romana ecclesia inter alia solemnia testa, merito posset stari in simplicitate fidei nostræ... Doctrina de puritate Conceptionis Beatissimæ Virginis testimonium habet fere totius orbis, et Ronianæ ecclesiæ... » doan de Segov. Alleg. i.pro lmmaculata Concept, pag. 25 et 27.

(2) « Assertio contraria (privilcgio B. M. V.) non a principio, sed a magnis temporibus et præcipue diebus nostris, tam infesta seu odiosa est communiter populo christiano, ut nec usque ad auditum deferri patiantur. » Joan. Segov. Alleg. vu. pro. Imm. Concept, p. 571. L’histoire de la controverse prouve que tous les troubles nés dans l’Eglise, il propos de ces discussions, ont dù leur origine à la négation du privilège et non pas à la défense qu’on en a prise- Aussi Jean de Ségovie supplie-t-il le concile de définir la pieuse croyance afin de faire cesser ces troubles. C’est le motif que les rois d’Espagne ont fait valoir constamment, lorsqu’ils ont sollicité la définition du saint Siège.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

quatre cents ans la doctrine que S. S. Pie IX vient de définir. De temps immémorial la croyance à l’immaculée Conception est enseignée comme un article de la doctrine catholique, aux enfants dans les écoles et dans les catéchismes, aux fidèles dans les églises, et partout : jamais l’autorité qui veille à la conservation de la foi n’a réclamé contre cet usage, ni réprimé cet enseignement. Elle l’a donc approuvé tacitement d’abord, et ensuite ouvertement et publiquement, parce qu’elle le trouvait conforme à l’ensemble de ses croyances, et surtout à la haute idée que l’Eglise a toujours eue de la parfaite sainteté de Marie.

Le consentement tacite de l’Eglise a donc ouvert les voies à ce consentement universel des fidèles, qui s’est produit à la longue, au milieu des contradictions les plus vives, qui l’eussent étouffé, s’il n’eût été alimenté par le souffle de l’Esprit-Saint.

Le savant théologien que nous venons de citer, Jean de Ségovie, l’a très-bien compris, lorsque répondant aux adversaires qui niaient la valeur du consentement universel des fidèles, parce qu’on n’en pouvait assigner l’origine, et parce que l’Eglise catholique n’avait ni discuté ni approuvé publiquement cette doctrine; il dit que la pieuse croyance serait incontestable même si elle était arrivée jusqu’à nous dans le silence des anciens docteurs et de l’Eglise (î), parce que, selon les principes de saint Augustin, ce que l’Eglise universelle pratique vient

(1) « Oportebat scire quod, etsi minquam publica pronunciatio præcessisset, sed venisset ad nos insilentio, etiam suffirions esset; alias multa et majora in

l’immaculée conception

de Dieu aussi bien que sa foi, et porte dans son universalité

même le cachet de sa légitime origine.

Sa sainteté Pie IX a émis la même pensée lorsque dans sa bulle Ineffabilis , il prouve la vérité de la pieuse croyance, par le silence dont l’Eglise l’a couverte et protégée à l’origine des discussions. Quand on songe à l’aversion que l’Eglise catholique a toujours manifestée pour les nouveautés en matière de doctrine et de rites, alors qu’elles n’étaient pas parfaitement conformes à sa foi; lorsqu’on réfléchit au zèle qu’elle a toujours déployé pour réprimer les abus contraires à sa discipline générale, on est convaincu que la tolérance dont elle a usé au commencement de la controverse, en faveur des défenseurs du privilège de la sainte Vierge, a une immense signification. Cette tolérance et ce silence équivalaient réellement à un assentiment tacite, pour ne pas dire à une définition indirecte; car dès lors, comme nous l’avons déjà fait remarquer, la croyance à l’immaculée Conception devait passer pour une hérésie du moment qu’elle n’était pas un dogme de foi.. Ses adversaires font répété à satiété; mais ce principe qui les aveugla, parce qu’ils suivaientle mouvement de la passion, aurait dû les convaincre de la vérité du privilège, puisque l’Eglise catholique ne pouvait point couvrir de son silence, ni encourager par sa protection, une doctrine contraire au dépôt de la foi. Aujourd’hui tout le monde comprend

divino cultu quæ tenentur pro fide, si necesse foret originem demonstrare, ctim nec, aut vix, possit ostendi, jam périrent. » Joan. Segov. Alleg. i- loc. cit.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

que la tolérance de l’Eglise fut un hommage rendu à la vérité du privilège de Marie, et qu’elle servit, selon la volonté de Dieu, à faire constater la croyance universelle du clergé et des fidèles. C’est à l’ombre de ce silence providentiel, si je puis parler ainsi, que l’accord unanime du peuple chrétien dans la profession explicite du mystère s’est formé, qu’il a éclaté plein de force et de vigueur pendant les luttes de ces derniers siècles.

Ainsi le consentement universel de l’Eglise à professer la croyance en l’immaculée Conception de Marie, est légitime dans son origine, admirable dans son développement, décisif dans son existence; il suffit à lui seul, dans les conditions où nous le voyons de nos jours, pour constater la révélation divine de ce mystère, et pour justifier la définition dogmatique que vient de prononcer le saint Siège.

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