‹ L'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie (volume 2)Chapitre 2 sur 21 · DE SA SAINTETÉ · texte numérisé non relu

DE SA SAINTETÉ

Le très-humble serviteur et le trèsdévoué Fils en Jésus-Christ.

t J. B. Évêque de Bruges.

Bruges, le 25 Janvier 1857.

PREFACE

A la suite des assemblées des Evêques qui ont eu lieu à Rome, dans le courant du mois de novembre 1854, pour examiner, selon le désir du Souverain Pontife, le projet de bulle destiné à promulguer la définition du mystère de l’immaculée Conception de la très-sainte Vierge Marie, on reconnut généralement la nécessité de publier, à l’usage du clergé et des fidèles, un exposé lucide de la croyance de l’Eglise, et un résumé exact des motifs qui ont déterminé le saint Siège à prononcer ce jugement doctrinal.

Un jour que je causais de ce sujet intéressant avec mes vénérables collègues, la nécessité de cette publication fut avouée, proclamée par des évêques de tous les pays du monde. L’Angleterre, l’Amérique, la France, l’Aile-

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magne, l’Italie même, ne semblaient à leurs yeux, pouvoir se passer d’une pareille publication. J’étais d’accord avec eux sur ce point ; mais je fus très- surpris, je le déclare, lorsque d’une voix unanime ils m’assurèrent que je devais me charger de ce travail. Quoique je fusse sans contredit le moins capable d’entre eux de m’acquitter de cette tâche, et que j’attribuasse leur opinion à la bienveillance marquée avec laquelle ils avaient écouté les paroles que j’ai prononcées dans les assemblées des évêques, plutôt qu’à aucun mérite de ma part, j’avoue que ce jugement fit quelqu’impression sur moi, et donna de la consistance aux velléités que j’avais senties, pendant mon séjour à Rome, de mettre par écrit les idées que les circonstances imposantes où je me trouvais, avaient fait naître dans mon esprit. Pourquoi ne pas le dire? L’approche du Saint Père, les rapports que j’avais avec tant de savants collègues, le contact qui s’était établi entre moi et les habiles théologiens de la Ville sainte, l’atmosphère enfin que je respirais, et fardent désir que j’éprouvais de témoigner à Marie mon admiration et ma reconnaissance, avaient jeté dans mon esprit une lumière si inattendue et si vive, que le mystère de l’immaculée Conception de la sainte Vierge m’apparaissait tout entouré de clarté, comme un des dogmes de foi les plus solidement établis que l’Eglise catholique ait jamais proposés à notre croyance.

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J 'étais à peine de retour dans mon diocèse, lorsque de respectables ecclésiastiques qui avaient fréquenté, il y a quelques années, les leçons de théologie que je donnai à l’université catholique de Louvain, me prièrent avec instance de publier une explication approfondie du mystère de l’immaculée Conception, afin qu’ils pussent euxmêmes le faire mieux comprendre à leurs ouailles, et travailler ainsi, selon l’esprit de l’Eglise, à la gloire de la Mère de Dieu.

Cette invitation qui trouvait une connivence très-prononcée dans mes dispositions personnelles, me détermina à mettre sérieusement la main à l’œuvre. Mais je sentis bientôt qu’une chose me manquait encore : l’assentiment et la bénédiction du successeur de saint Pierre. Je sollicitai la permission de lui dédier mon humble travail, et je reçus bientôt la réponse que je désirais. Dès ce moment j’étais engagé : je me mis sérieusement à l’œuvre.

Je n’eus aucune peine à tracer mon plan; le but que je me proposais me l’indiquait.

Je voulais réunir en un faisceau les preuves les plus saillantes delà vérité que le saint Siège venait de définir, afin que tous les enfants de l’Eglise, après en avoir pris connaissance, pussent sans effort rendre compte de leur foi. La pensée qui me guidait était celle-ci : Il importe surtout de prouver que le dogme de l’immaculée Conception appartient à la révélation catholique ; qu’il sort de

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cette tradition comme une fleur sort de sa tige. Il faut montrer aux enfants de l’Eglise les racines, le tronc, les branches, le fruit de cet arbre magnifique, afin que le décret dogmatique, prononcé par le saint Père, apparaisse à tous les yeux comme la conséquence nécessaire, inévitable, des principes de la théologie et de l’enseignement perpétuel de l’Eglise. Ce n’est point à la multitude des preuves qu’il faut viser, mais à leur choix, mais à la clarté et à la solidité delà démonstration. Dans un sujet aussi vaste, la difficulté la plus grande consiste à être clair et complet, sans être long ; à dire tout ce qui est nécessaire, en omettant ce qui serait superflu. Evitons, me disais-je, les formes polémiques et les discussions arides; réfutons les objections les plus spécieuses, par des réponses directes, courtes et substantielles; faisons justice des autres, en établissant les faits et les points de doctrine qui les renversent et les détruisent.

Ce plan tracé, voici comment j’ai disposé mon sujet.

Je donne d’abord une notion du mystère ; j’indique le sens dans lequel il fut mis en question et discuté autrefois. Je fais voir dans quel sens il a été défini de nos jours. C’est l’objet de mon premier chapitre.

Comme la tradition catholique apparaît ici sous plusieurs faces, et présente à l’œil une vaste étendue, j’en donne, dans le second chapitre, une idée générale, et je dessine le plan de la discussion qui va suivre. Je dis-

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tingue la tradition vivante de l’Eglise de sa tradition écrite. Je range parmi les monuments de la tradition vivante, les actes posés par l’autorité ecclésiastique dès l’origine de la controverse. Les principaux épisodes de ces discussions séculaires me fournissent une preuve frappante de la vérité delà pieuse croyance. Au milieu de ces luttes, lesadversaires du privilège de Marie sont constamment battus, et ceux qui le défendent sont constamment vainqueurs. La divine Providence combina les circonstances de telle sorte que cette longue guerre aboutit, après quatre ou cinq siècles, au triomphe des champions de la Mère de Dieu.

C’est là le sujet du troisième chapitre.

Dans le quatrième, la tradition vivante de l’Eglise catholique se manifeste par l’établissement légitime du culte de la Vierge Immaculée ; par l’antiquité de la fête de l’immaculée Conception ; par l’extension considérable que ce culte prit en peu d’années, par la rapidité extrême avec laquelle il fut propagé. Il devint bientôt universel.

Les faveurs liturgiques que le Saint Siège accorda aux églises qui célébraient l’immaculée Conception; les confréries et les ordres religieux fondés en l’honneur de ce mystère; les institutions de tout genre qui lurent établies et dotées pour le glorifier; les églises, les cités, les provinces, les royaumes, placés sous

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son patronage, attestent aussi la croyance pratique de l’Eglise, et fournissent une preuve frappante de la vérité du privilège de Marie. J’ai réuni ces preuves du dogme dans le cinquième chapitre.

La controverse a roulé fort longtemps sur le véritable objet de ce culte. Il fallait donc, dans le sixième chapitre, faire voir que l’Eglise catholique avait toujours voulu, comme Alexandre VII le déclara plus tard, honorer en Marie le privilège d’avoir été créée en état de grâce, d’avoir été sanctifiée dès le premier instant de son existence. Ce point était capital. A cette occasion j’ai fait disparaître la difficulté que l’on tirait de la fête fort ancienne de la Conception de saint Jean-Baptiste, qui fut conçu avec le péché originel.

Dans le septième chapitre j’ai constaté le consentement unanime avec lequel le clergé et les fidèles professent, depuis quatre siècles au moins, la pieuse croyance; et de ce fait incontestable j’ai déduit la preuve certaine de la révélation divine du mystère.

Avant d’exposer les monuments de la tradition écrite, qui est ordinairement basée sur le texte de nos livres saints, j’ai expliqué avec soin les passages de l’Ecriture qui nous révèlent le privilège de la Mère de Dieu.

La prophétie de la Genèse, dans laquelle Dieu, après la chute de nos premiers parents, annonce une femme fameuse, ennemie irréconciliable du serpent, méritait

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une attention particulière; je me suis efforcé de la mettre dans tout son jour.

Dans le Nouveau Testament, la salutation angélique indique en Marie une plénitude de grâces qui comprend évidemment le don de la justice originelle.

Outre ces passages qui, dans leur sens littéral, nous révèlent le mystère, le Cantique des Cantiques, le livre des Psaumes, le livre des Proverbes et l’Ecclésiastique fournissent plusieurs témoignages qui expriment la même vérité dans leur sens mystique, voulu par l’Esprit-Saint et compris de l’Eglise. Sans m’étendre longuement sur ces témoignages, j’en ai tiré une preuve concluante en faveur de l’immaculée Conception de Marie, et j’ai indiqué la voie à suivre par ceux qui voudraient pousser plus loin cette étude.

De toutes les preuves que l’on a alléguées jusqu’ici en faveur du mystère, il n’en est aucune où la confusion fut plus sensible que dans celle que l’on tirait de la doctrine des Pères. Il est des livres ou l’on a entassé jusqu’à cent témoignages des anciens docteurs, et où, un mûr examen le démontre, il n’en est pas un qui soit cité dans le sens de l’auteur, ou qui fournisse la moindre preuve pour la thèse que l’on soutient.

Après avoir écarté les témoignages sans valeur que les écrivains, ordinairement les plus exacts, ont reproduits de confiance jusqu’à nos jours, j’ai distingué deux

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classes de témoins de la révélation divine. La première comprend les saints docteurs, qui, sans faire allusion au privilège de l’immaculée Conception, ou qui se prononçant hautement contre ce privilège, parlent des prérogatives de la très-sainte Vierge en termes tels que, pour être conséquents, ils doivent bon gré mal gré l’avouer et le reconnaître. Il est fort intéressant de voir dans les écrits des anciens, que l’ensemble des doctrines reçues de l’Eglise, touchant les prérogatives de la Mère de Dieu, tend à cette conclusion unique: Marie a été parfaitement sainte; Marie a été sainte d’une sainteté vraiment indéfinie; Marie a toujours été sainte.

La tradition universelle de la sainteté parfaite et indéfinie de la Mère de Dieu est un fait certain, incontesté et incontestable, admis même par les adversaires du privilège de l’immaculée Conception. Eh bien, ce fait suffit pour établir la tradition implicite de ce privilège, et pour nous procurer une multitude de témoignages indirects de la vérité qui est attestée ailleurs en termes exprès. Autant il est illogique de citer parmi les témoins de la tradition immédiate et directe du mystère de l’immaculée Conception de Marie, des auteurs qui l’ont formellement nié; autant il est juste et raisonnable de citer parmi les témoins de la tradition implicite, médiate, indirecte, les écrivains qui, tout en niant le privilège de l’immaculée Conception de la Mère de Dieu, en-

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seignent mille choses qui le supposent et le contiennent.

La distinction fondamentale, que nous avons établie entre les auteurs qui nous ont transmis la tradition du privilège de Marie sans le savoir, et ceux qui nous l’ont communiquée avec un plein assentiment et une parfaite connaissance de cause, nous a permis de faire usage d’une multitude de témoignages qui, tels qu’on les présentait autrefois, étaient réellement d’une bien petite valeur dans la controverse, et elle nous a servi àcréér, en quelque sorte, un argument nouveau, celui que nous offre la tradition générale de la sainteté parfaite, indéfinie de la Mère de Dieu ; tradition qui nous conduit, par la plus simple des inductions, à ce résultat manifeste que la Mère de Dieu a été créée avec le don de la justice originelle.

Quant aux témoins de la tradition explicite et directe, malgré l’épuration que la saine critique exigeait, j’ose dire qu’ils sont nombreux et de la plus grande autorité. L’Occident en a fourni une bonne part; mais, il faut le dire, l’Orient est plus riche encore. La tradition des églises Orientales remonte plus haut, elle est plus suivie et plus éclatante que la nôtre; elle s’est maintenue, sans contestation et sans controverse, jusqu’à la chute de Constantinople, et même jusqu’à nos jours. Un pieux missionnaire, revenu depuis peu de Palestine, m’assurait dernièrement que le clergé grec non-uni avait

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marqué une certaine surprise, en apprenant que le saint Siège venait de définir le privilège de l’immaculée Conception de la Mère de Dieu, et avait exprimé son étonnement en ces termes: Nous n’avions pas besoin d’une définition pour croire à cette prérogative de la très-sainte Vierge: nous avons toujours cru que Marie a été créée en état de grâce, que jamais le démon n’a eu aucun empire sur elle. Et en effet, les membres de l’église grecque, qui, par animosité contre l’église latine, ont contesté quelquefois, dans ces derniers temps, le privilège de l’immaculée Conception de Marie, ont fait preuve ou d’une grande ignorance, ou d’une insigne mauvaise foi; car les livres liturgiques qu’ils ont entre les mains et qu’ils récitent chaque jour, proclament ce mystère en termes si clairs et de tant de manières, qu’on ne peut le méconnaître sans fermer les yeux à l’évidence.

Lorsqu’on aura parcouru les témoignages des Pères qui attestent formellement le privilège de Marie, on sera fort étonné que certains écrivains aient osé soutenir de nos jours, que la tradition catholique en faveur de ce privilège fait défaut, n’existe nulle part.

L’Immaculée Conception de la sainte Vierge se rattache naturellement aux plus grands mystères de la foi. Il est donc aisé de faire voir la liaison qui existe entre elle et les dogmes relatifs à l’Incarnation du Fils de Dieu et à la Rédemption des hommes. On s’est borné quel-

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quefois, en se plaçant sur le terrain du raisonnement, à alléguer, en faveur du mystère de l’immaculée Conception de la sainte Vierge, ce qu’on appelait des raisons de convenance. Alors on a trop peu fait: on est resté au-dessous de la vérité. Pour ma part j’ai tâché de montrer par l’analogie de la foi, que les défenseurs du privilège de Marie ont toujours pu invoquer en faveur de leur thèse, un grand nombre de raisons théologiques, c’est-à-dire, de conclusions certaines, déduites logiquement des doctrines et des faits connus par la révélation divine. J’ai soutenu que le mystère de l’immaculée Conception appartient à l’ensemble des dispositions, prises par la divine Providence, pour préparer la descente du Fils de Dieu sur la terre; et que ce dogme enlevé, il y a non-seulement disparate, mais lacune, mais désordre dans l’œuvre de Dieu. Les relations intimes, naturelles, substantielles de Marie avec la nature divine, et avec chacune des personnes de la Sainte-Trinité, supposent en elle une sainteté indéfinie, qui ne peut avoir d’autres limites que la capacité de la créature. J’ai terminé par ces considérations frappantes, la série des preuves dogmatiques que je voulais faire valoir en faveur de l’immaculée Conception de la Mère de Dieu.

Mais je ne pouvais m’arrêter là. Un grand événement s’est accompli dernièrement sous nos yeux. Usant du pouvoir souverain que Jésus-Christ lui a confié, le saint

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Siège a prononcé la définition dogmatique du mystère de l’immaculée Conception dans des circonstances les plus dignes d’attention. Il fallait donc raconter l’histoire de ce jugement doctrinal; montrer par quelles vives sollicitations de la part des souverains et des peuples, il a été provoqué, par quelles sages lenteurs et quelles prudentes délibérations de la part du saint Siège, il a été préparé. Il fallait faire voir son opportunité et ses avantages. C’est le sujet du douzième chapitre.

On y remarquera quelle part considérable a prise à cette affaire la pieuse nation Espagnole, qui porte par excellence le titre de nation catholique. Il est vrai de dire, humainement parlant, que l’Espagne a servi d’instrument à la divine Providence, pour aplanir les voies à la définition du mystère. Pendant plus de deux siècles, cette définition a été, pour les pieux souverains de l’Espagne comme pour la nation, une affaire d’état. Au milieu du XVIIe siècle, Philippe IV écrivait à Alexandre VII, que depuis trente ans, il avait envoyé à Rome douze ambassadeurs différents, pour solliciter la définition dogmatique du mystère de l’immaculée Conception. Si le cardinal archevêque de Tolède, avec les Evêques de Sarragosse et de saint Jacques de Compostelle-, a pu seul assister à la grande fête du 8 décembre 1854, c’est que le gouvernement révolutionnaire, qui dominait alors, a refusé aux autres prélats du royaume catholique la

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permission de se rendre à Rome. A peine dégagée des liens de la révolution, la reine Isabelle II a repris les habitudes de ses glorieux ancêtres, en recommandant aux autorités civiles de célébrer partout avec pompe la fête de l’immaculée Conception. La dévotion de l’Espagne envers ce mystère lui a valu sans doute ce vif esprit de foi, qui survit à toutes les commotions politiques, et elle lui vaudra encore, j’en ai la douce espérance, des jours sereins à l’avenir.

Dans le dernier chapitre de l’ouvrage, qui est le treizième, je caractérise l’opposition qui a été faite à la pieuse croyance depuis l’époque de saint Bernard; je montre que les adversaires de l’immaculée Conception l’ont combattue pour des motifs peu solides et sans succès, et que cette opposition, dans les vues de la divine Providence qui l’a permise, a servi merveilleusement à propager la pieuse croyance et à la consolider ; de sorte qu’en définitive elle nous fournit, dans ses derniers résultats, une preuve en faveur du mystère.

De tous les écrits qui m’ont aidé dans cet épineux travail, un des plus utiles a été sans contredit le recueil des réponses que les Evêques du monde catholique ont adressées à S. S. Pie IX, après avoir reçu son Encyclique du 2 février 1849. C’est à la haute sagesse du souverain Pontife que nous devons la publication de ce recueil, qui fut remis par ses ordres à tous les Evêques présents à la défi-

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nition de l’immaculée Conception de Marie. Rien ne pouvait faire concevoir une plus haute idée de l’épiscopat catholique, ni de l’état de la science théologique dans l’Eglise, que la publication de ces lettres pleines de l’esprit de Dieu, respirant à chaque ligne la dévotion la plus tendre envers Marie et l’attachement le plus sincère au saint Siège. Non-seulement nous avons pu, à l’aide de ces réponses, constater le consentement unanime du clergé et des fidèles, qui est un signe certain de la révélation divine, mais nous y avons puisé aussi un grand nombre de preuves solides et d’observations judicieuses, qui nous ont mis sur la voie de nouvelles découvertes. Le petit nombre d’objections que nous y avons rencontrées, ont fixé notre attention d’une manière spéciale, et ont été réfutées par nous dans le corps de notre ouvrage, sans en indiquer l’origine.

J’ai aussi une dette de reconnaissance à payer au IL P. Passaglia, qui m’a fourni des documents précieux, et un grand nombre d’observations de la plus haute valeur. Par un travail vraiment herculéen, auquel le R. P. Schrader, professeur de théologie au collège romain, a pris une part active, le savant religieux a analysé presque tous les monuments de la tradition catholique; et il a eu l’excellente idée d’explorer avec un soin particulier un champs jusqu’ici trop peu connu en Occident, je veux dire les livres liturgiques des églises

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Orientales. Le R. P. Nierenberg, ce pieux et savant défenseur de l’immaculée Conception au XVIIe siècle, avait apposé les lèvres à cette source abondante, et en avait profité quelque peu dans ses dissertations épistolaires sur le sujet de l’immaculée Conception. Il marchait à la suite du R. P. Wagnereck, qui, dans sa Pietas Mariana Grœcorum, avait détaché quelques centaines de phrases de la liturgie grecque en l’honneur de la Mère de Dieu. A la même époque, le R. P. Théophile Reynaud, dans son Nomenclator Marianus , et puis le laborieux Hippolyte Maracci, dans sa Polyanthea Mariana, suivaient les mêmes voies. Mais le R. P. Passaglia a dépassé, et de loin, tous ses dévanciers, en présentant successivement les citations les plus remarquables, non-seulement des livres liturgiques grecs, mais aussi des livres liturgiques syriaques, cophtes, arméniens et latins, complétés par des fragments bien choisis des homélies et des sermons des saints Pères.

Quel que soit le jugement que l’on porte sur la forme de ce livre, jamais on ne contestera l’admirable érudition de l’auteur, la fécondité de son esprit, le tendre amour qu’il professe envers la sainte Vierge, ni le service immense qu’il a rendu à l’Eglise, en achevant ce prodigieux travail. Ce livre est un des plus beaux monuments qui aient été élevés à la gloire de la sainte Vierge Immaculée; il a fait faire un grand pas à la

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controverse ; et il paraît destiné à faire époque dans l’histoire de la théologie. Je reconnais bien volontiers qu’il m’a été d’un grand secours, dans le modeste écrit que j’offre au public, et j’en remercie ici le savant auteur.

Pour être juste, je payerai aussi un tribut d’hommages au R. P. Antoine Ballerini, qui a tiré de la poussière des bibliothèques et de l’obscurité des manuscrits, une série de documents inédits, relatifs au mystère de l’immaculée Conception de Marie. On lui doit, entre autres pièces utiles, plusieurs homélies grecques jusqu’ici inconnues, et le texte grec d’autres homélies dont II. Maracci n’avait publié que la traduction latine. Ce recueil, fruit d’un long et patient travail, a fourni aux défenseurs de l’immaculée Conception des témoignages bien précieux; il mérite de figurer parmi les publications les plus utiles et les plus recommandables de notre époque.

J’ai lu aussi, avec intérêt et profit, les opuscules

publiés en Italie par de savants prélats et de pieux religieux, pendant ces dernières années. Je me plais à rendre hommage surtout à mon ancien et vénérable professeur, le docte Père J. Perrone,qui a eu l’honneur de défendre, un des premiers, la cause de la sainte Vierge dans le cours de ce siècle.

Messeigneurs Marolda, évêque de Trapani, Cugini,

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évêque de Modène, Bruni, évêque d’Ugento, le R. P. Bigoni, ancien ministre général des Frères Mineurs conventuels, en résidence à Padoue, le R. P. Patrizi de la Compagnie de Jésus, Dom Guéranger, abbé des pères Bénédictins de Solesmes, le R. P.Spada,de l’ordre de saint Dominique, à Naples, l’abbé Bigaro de Venise, le R. P. Biancheri, prêtre de la Congrégation de la Mission, à Rome, l’abbé Martorelli, archidiacre d’Osimo, et d’autres écrivains de mérite qu’il serait trop long d’énumérer, ont puissamment contribué à élever la pieuse croyance au degré de certitude et de clarté, qui a permis au Saint Siège de la ranger définitivement parmi les dogmes de foi. Tous les enfants de la Vierge Immaculée leur doivent un tribut de sincère reconnaissance.

Si j’ai osé prendre la plume après que des hommes aussi distingués l’avaient déposée, c’est qu’ils ont tous écrit avant la définition du mystère. Le jugement solennel du souverain Pontife et les travaux qu’il a ordonnés, avant de prononcer ce jugement, ont jeté incontestablement dans l’Eglise une vive lumière dont il convenait de profiter. La dévotion envers Marie Immaculée a pris un développement considérable que le clergé doit seconder, en éclairant les esprits, en expliquant le mystère, en faisant mieux comprendre la pensée et la croyance de l’Eglise. Cette dévotion du jour, qui est aussi la dévotion de notre siècle, doit être éclairée et nourrie. Il n’est

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point donné à tout le monde de se livrer à des études approfondies pour présenter le dogme de l’immaculée Conception au peuple, en termes clairs, précis, faciles à comprendre, ni surtout pour faire saisir aux esprits ordinaires la vérité et la beauté de la croyance définie. En publiant cet écrit j’ai voulu avant tout procurer un guide au clergé qui se livre à l’exercice du saint ministère et se consacre à l’instruction du peuple fidèle. Les preuves historiques que j’expose dans les premiers chapitres de cet ouvrage, ne seront point inutiles à cette fin. Mais c’est surtout dans l’étude des preuves dogmatiques expliquées dans les chapitres huit, neuf, dix et onze, qu’ils pourront puiser de beaux sujets pour la prédication.

Quoique ces pages soient destinées surtout au clergé, elles 11e sont point au-dessus de la portée des laïques instruits, qui prennent intérêt aux questions élevées de la foi.

Quant aux protestants, aux incrédules et aux indifférents, je n’ai pas cru devoir y songer. Les uns ne s’occupent point de ces matières; les autres nient l’existence du péché originel, et admettent par conséquent que tous les hommes sont conçus, sinon en état de grâce, au moins sans la souillure du péché. Si quelque ministre protestant, ou quelque demi savant désœuvré me priait de justifier le décret dogmatique du saint Siège,

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