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CHAPITRE I

NOTION DU MYSTÈRE DE L’IMMACULÉE CONCEPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE.

Notion du mystère de l’immaculée Conception de Marie. — Généralité du péché originel; — préservation de ce péché, totale en N. -S. Jésus-Christ, — partielle en saint Jean-Baptiste et en Jérémie, — complète en la sainte Vierge. — Sainteté originelle de la Mère de Dieu. — La sainte Vierge a contracté la dette du péché originel ; — on ne peut soutenir aujourd’hui qu’elle a été sanctifiée dans le sein de sa mère. — Sens de la déclaration d’Alexandre VII en 1661. — Sens de la définition prononcée le 8 Décembre 185A par S. S. Pie IX. — Cet écrit a pour but de faire briller la définition dogmatique de tout son éclat aux yeux du clergé et des fidèles.

L’Immaculée Conception de la Mère de Dieu est l’insigne privilège, en vertu duquel cette bienheureuse Vierge a été préservée de la tache du péché originel, dès le premier instant de sa création, et a été dès lors ornée d’une sainteté parfaite.

La foi catholique enseigne que le péché est entré dans

l’immaculée conception

le monde par un seul homme et que tous les hommes ont péché en un seul (1). La prévarication d’Adam, dit le saint Concile de Trente, n’a pas nui seulement à sa personne, mais à toute sa postérité. Nous avons tous encouru avec lui la colère et l’indignation de Dieu ; nous sommes tous tombés, par un effet de notre malheureuse origine, sous la puissance du démon (2).

Cette loi du péché est universelle. Les termes doiit l’Esprit-Saint et l’Eglise se servent pour l’exprimer, paraissent ne souffrir aucune exception.

Cependant plusieurs exceptions ont eu lieu.

Quoique né d’Adam selon la chair, notre divin Sauveur ne fut jamais soumis à la malédiction commune. Il a pris notre nature, revêtu notre ressemblance, accepté nos infirmités, hormis le péché (3), comme s’exprime l’Apôtre. Le flot d’iniquité qui atteint et souille tous les enfants des hommes, n’a pu arriver jusqu’à lui, parce que sa sainteté naturelle y opposait un obstacle insurmontable. Non-seulement N. -S. Jésus-Christ n’a pas contracté le péché originel, mais encore il était impossible qu’il le contractât.

Une exception à la loi commune, partielle il est vrai, mais cependant remarquable, a eu lieu en faveur du saint Précurseur qui, au témoignage de saint Luc, fut rempli de l'Esprit-Saint dès les entrailles de sa mère (4).

Il n’avait par lui-même aucun droit à cette faveur,

(1) Rom. v. 12.

(2) Concil. Trident. Sess. v. can. 1. 2.

(3) Hebr. iv. 13.

(4) Luc. i. 13.

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comme notre Seigneur; il ne fut point préservé de la tache du péché originel au moment de sa création, comme Marie ; mais il en fut purifié avant sa naissance, de sorte qu’il naquit en état de grâce.

Une tradition immémoriale attribue le même privilège au prophète Jérémie, à qui Dieu parla un jour en ces termes : Je vous ai connu avant que je vous eusse formé dans les entrailles de votre mère ; je vous ai sanctifié avant que vous fussiez sorti de son sein; je vous ai établi prophète parmi les nations (1).

De savants interprètes ont pensé que cette sanctification fut extérieure et légale, et qu’elle consista moins dans le don de la grâce sanctifiante que dans le choix que Dieu fit du prophète Jérémie pour annoncer sa parole; choix qui consacra ce saint homme au service du Seigneur, et l’éleva avant sa naissance au-dessus de la condition du vulgaire. Quoiqu’il en soit, la pieuse croyance des fidèles atteste qu’une sanctification réelle, antérieure à la naissance, ne sort point, d’après la pensée de l’Eglise, des voies miséricordieuses de la divine Providence.

Le privilège que l’Eglise vient de reconnaître en Marie, par une définition dogmatique, constitue une exception à la loi commune, beaucoup plus extraordinaire et même vraiment unique. Non seulementla sainte Vierge a été sanctifiée dans le sein de sa mère avant sa naissance, comme saint Jean-Baptiste et le prophète Jérémie, mais elle a été sanctifiée de la main de Dieu,

(1) Jérém. i. 5.

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au moment de sa création: de sorte que l’on peut comparer son privilège à celui du Fils de Dieu, avec cette différence que Notre-Seigneur a échappé à la loi du péché par les droits de sa divine origine, tandis que Marie n’y a été soustraite que par un effet de la grâce de Dieu et des mérites de son divin Fils.

C’est au sang de Jésus-Christ que Marie est redevable de ce privilège unique. Lorsque Dieu la créa, il avait sous les yeux le trésor des mérites du Rédempteur qu’il lui appliqua, afin de la rendre digne dès son origine de sa sublime destinée; ou plutôt ce fut le Fils de Dieu, par qui a été fait tout ce qui existe, qui créa Marie avec un amour tout filial. Il voulut que dès l’instant de sa création cette sainte mère fut soustraite à la loi du péché, et qu’elle entrât dans le monde pleine d’innocence et de sainteté. Ce n’était point trop pour son amour, que sa mère, au moment où elle sortit du néant, fût créée dans l’état de justice et de pureté où avaient été créés les anges au céleste séjour, et nos premiers parents dans le Paradis terrestre. Son honneur semblait exiger que Marie naquît à la grâce en naissant à la vie, et que la pureté, l’innocence et la beauté dont il voulait la douer, pénétrassent toutes les facultés de son âme et Cornassent à tous les instants de son existence, afin que la sainteté originelle devînt en elle, comme dans les anges du ciel, la première aurore d’une vie toute céleste, toute consacrée à Dieu.

Deux opinions contraires à cette notion du privilège de Marie, et contradictoires entre elles, ont été soutenues autrefois dans l’École et tolérées par l’Église ; mais elles

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sont aujourd’hui positivement proscrites. Je crois devoir les rappeler ici, parce que l’aperçu que j’en donnerai, peut jeter un grand jour sur la croyance qui vient d’être définie.

La création merveilleuse delà Mère de Dieu a persuadé à un grand nombre de ses admirateurs, que le privilège de l’immaculée Conception n’était point pour elle le fruit des mérites de son Fils, mais l’effet d’un décret gratuit du Seigneur, qui, de toute éternité, l’avait prédestinée à une sainteté prodigieuse et sans exemple. Lui appliquant dans un sens qu’elles n’ont pas, ces paroles du livre des Pi ■overbes : Le Seigneur m'a engendrée au commencement de ses voies. Avant quii créât aucune chose, j'étais. J’ai été établie dès l’éternité, et dès le commencement, avant que la terre fût créée. Les abîmes n étaient point encore, lorsque j'étais conçue (1) ; de grands docteurs ont prétendu que l’immaculée Conception de Marie a été décidée dans les conseils divins de toute éternité, avant la prévision de la chute de l’homme, selon notre manière de concevoir les choses, et même avant la prévision de l’incarnation du divin Réparateur.

Dans cette hypothèse, la création de Marie en un état d’innocence, de sainteté parfaite, appartient à un ordre de choses différent de celui où nous sommes. Objet éternel des complaisances du Père, la mère du Fils reste étrangère à la race des pécheurs. Elle existe détachée de la racine corrompue, et n’en contracte 'point le venin ; il y a plus, elle n’a jamais dû en être infectée. La dette

(1) Proverb. vnt.

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du pêché ou la nécessité de le contracter, à moins qu’on n’en soit préservé par la grâce, n’est pas son partage comme celui des autres ; elle n’a donc pas dû acquitter cette dette; la rédemption ne lui est pas nécessaire. La sainteté originelle lui est acquise par un droit plus ancien que le monde ; et la préservation du péché originel n’est qu’une conséquence naturelle de sa création (1).

Cette opinion née dans l’école de Tolède vers l’année 1600 (2), après avoir produit une grande agitation et enfanté d’énormes volumes, succomba soixante ans après sa naissance, sous le coup que lui porta Alexandre VII, lorsqu’il déclara dans sa célèbre bulle du 8 décembre 1661, que l’âme de la bienheureuse Vierge Marie a été préservée de la tache du péché originel par les mérites du Sauveur. En effet, il est évident que si la Mère de Dieu a été préservée de la souillure originelle, elle

(1) D’autres auteurs ont soutenu que la dette du péché originel ayant été payée pour Marie, en vertu de sa prédestination h la maternité divine, avant sa création, cette dette n’existait plus au moment de sa conception parce qu’alors elle était déjà effacée ; ils disaient que Marie n’avait pas contracté la dette prochaine. Quand l’idée de nier en Marie la dette du péché originel eut été émise, un grand nombre d’écrivains s’évertuèrent à la présenter de mille manières différentes. Ces jeux d’esprits n’offrent plus guère d’intérêt aujourd'hui. Voyez, entre autres: Liber apolog.pro inimac. Deiparæ V. M- Conceptione, ubi non modo caruissepeccato originali , sed neque in Adam peccasse , nec debitum proximum originalis habuisse defenditur, authore P. F. Joan. Bapt. DeLezana, ord. Carm. 4° Matriti 1616. — Joan. Euseb. Nierenbergii Dissertationes epistolicæ de immac. Concept. Deiparæ. Epist. i. p. 14. 8°. Antverp, 1655.

(2) Controversia délia concez-ione délia SS. Vergine Maria descritta istoricamente dal P. Tommaso Strozzi délia c. d. g. 2e ed. fol. Palermo 1705. pag. 537. — Je citerai constamment cette édition qui est la plus complète.

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eût contracté cette souillure dans le cas où Dieu ne l’eût point prévenue de sa grâce ; ce qui suppose en Marie, pour me servir du langage de l’école, la dette du péché originel, et renverse la théorie des décrets éternels antérieurs à la rédemption. De plus, dès que les mérites du Sauveur interviennent, il est clair que la préservation du péché est le fruit de la rédemption, et que le privilège de l’immaculée Conception de Marie appartient au plan général des miséricordes du Seigneur envers notre race proscrite.

S. S. Pie IX, en adoptant les expressions de son vénérable prédécesseur Alexandre VII, a condamné de nouveau une doctrine qui, en substituant un privilège imaginaire à la prérogative aujourd’hui définie par l’Eglise, diminuait en réalité l’étendue de la munificence divine envers Marie, et il nous a obligés à croire que l’état de parfaite sainteté où la Mère de Dieu fut créée, a été pour elle le fruit d’une rédemption anticipée et l’effet surnaturel d’une grâce préservatrice.

Les écrivains qui ont soutenu cette doctrine exagéraient la prérogative de la très-sainte Vierge; il en est d’autres qui en ont nié indirectement l’existence, en attribuant à Marie la simple sanctification dans le sein de sa mère.

Avant qu’une controverse animée et parfois violente eût été soulevée touchant le privilège de l’immaculée Conception de la Mère de Dieu, on croyait généralement dans l’Eglise que Marie était sainte en naissant, et que par conséquent elle avait été sanctifiée avant de naître. Saint Bernard proclame cette croyance en termes

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pompeux, et une foule de docteurs l’on dit avant et après lui. La croyance à la sanctification de Marie avant sa naissance, dans les entrailles de sa mère, n’exclut point par elle- même la croyance à l’immaculée Conception, puisqu’une personne créée en état de grâce, est vraiment sanctifiée dans le sein de sa mère où elle est conçue, et la sanctification que Dieu lui accorde, est beaucoup plus parfaite que celle des personnes qui n’ont été sanctifiées dans le sein de leurs mères qu’après leur conception. Il est donc certain que les anciens auteurs qui ont professé la croyance à la sanctification de Marie dans le sein de sa mère, n’ont point entendu nier par là son Immaculée Conception.

Mais lorsque la controverse eut échauffé les esprits, et que les adversaires du privilège de Marie se sentirent poussés dans leurs derniers retranchements, ils s’attachèrent à la doctrine de la sanctification de Marie dans le sein de sa mère, comme à une croyance qui excluait l’immaculée Conception. Au lieu d’admettre la sanctification de Marie dans le sens général et pour ainsi dire indéfini qu’elle avait eue jusqu’alors, ils la professèrent dans un sens restrictif, en soutenant que la sanctification, de sa nature, est le passage d’un état de péché à un état de sainteté, et suppose dans ceux qui en sont doués une origine souillée.

Cette opinion fut soutenue avec une extrême chaleur surtout par l’Ordre de saint Dominique, et par Vincent Bandelli, général de cet Ordre, qui eut l’audace de composer un office de la sanctification de Marie, qu’il sub-

stitua, dans plusieurs maisons de Frères prêcheurs, à l’office de l’immaculée Conception, approuvé par Sixte 1Y.

Les partisans de cette opinion soutenaient, avec plusieurs théologiens du moyen âge, que le corps de l’homme, quoique ébauché, reste pendant quarante ou quatre-vingts jours, selon le sexe, à l’état de matière inerte, avant que le Créateur y unisse une âme raisonnable; et que par conséquent l’animation n’a point lieu neuf mois avant la naissance ; d’où ils concluaient ultérieurement que l’Eglise qui célébrait la naissance de Marie le 8 septembre et sa conception le 8 décembre, avait adopté, pour célébrer la sanctification de Marie, le jour certain de sa conception matérielle, au lieu du jour plus ou moins incertain de son animation et de sa sanctification dans le sein de sa mère. Avant que l’âme de Marie, disaient-ils, fût créée, son corps n’était pas susceptible de sanctification, puisque la matière ne l’est pas ; et comme l’âme ne peut être unie au corps et sanctifiée dans un moment indivisible, instantanément, il faut admettre que Marie exista au moins un instant à l’état de personne avant que d’être sanctifiée par la grâce.

Ces subtilités et ces sophismes nous révèlent l’extrême embarras où se trouvaient réduits au XIVe et au XVe siècle les adversaires de l'immaculée Conception de la sainte Vierge Marie. Nous les réfuterons complètement ailleurs. Qu’il nous suffise de faire remarquer ici que Dieu, qui est assez puissant pour tirer du néant l’âme et le corps de l’homme, l’est assez pour les sanctifier quand il le veut ; et qu’aucune loi créée, aucune cause seconde,

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ne peut arrêter les desseins de sa miséricorde, ni retarder les miracles de son amour.

Indépendamment des raisons qui militent contre cette opinion, l’autorité de l’Eglise a tranché la question. Celui qui soutiendrait aujourd’hui la sanctification de Marie dans le sein de sa mère, comme l’ont soutenu Vincent Bandelli et ses partisans, tomberait dans une hérésie manifeste. Il est de foi maintenant que la sainte Vierge a été sanctifiée au moment où elle fut créée.

Des personnes d’autorité ont pensé, peu de temps encore avant la définition de l’immaculée Conception, que l’opinion de Vincent Bandelli différait peu de la croyance de l’Eglise; que la controverse, depuis quatre siècles, avait dégénéré en querelle de mots; qu’au fond, entre les défenseurs du privilège de Marie et leurs adversaires, il s’agissait d’une affaire de quelques minutes, d’une chose de rien.

C’est là, qu’on nous permette de le dire, une grande illusion.

Qu’importe ici la durée du temps qui sépara la sanctification de Marie du moment de sa création? N’est-ce point le double ordre de choses déterminé par ces quelques minutes qu’il faut considérer avant tout ? Cet instant d’intervalle que l’on estime si peu, décide évidemment la question capitale de savoir si Dieu a suspendu les lois de sa justice rigoureuse en faveur de sa sainte Mère, et s’il a opéré en elle un miracle de sa gmce, ou s’il ne l’a pas fait. Qui oserait dire que c’est une petite chose de décider si Marie a été soumise pendant un instant à l’empire du démon, ou si elle a toujours été

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soumise à Dieu ; si elle a été enfant de colère pendant un instant de son existence, ou si elle a toujours été l’amie de son Créateur ; si elle a partagé le sort infortuné de ses frères qui sont conçus dans le péché, ou celui des anges qui ont été créés dans la sainteté; si, à son origine, elle a été assimilée à saint Jean Baptiste, le précurseur de son Fils, ou à son divin Fils lui-même qui était le Dieu de sainteté? Qui oserait appeler aujourd’hui une question de mots, une question à laquelle ni le ciel ni l’enfer ne peuvent rester indifférents, puisque la solution qu’on y donne décide si le prince des ténèbres peut se glorifier ou non, d’avoir compté, au moins pendant un instant, parmi ses esclaves la reine des anges, la souveraine des cieux! Il y a aujourd’hui entre la croyance à la sanctification de Marie dans le sein de sa mère, entendue dans le sens restreint, et la croyance à l’immaculée Conception, toute la distance qui sépare une hérésie d’un dogme catholique.

Avant qu’elle eût positivement condamné l’opinion contraire au privilège de la Mère de Dieu, l’Eglise avait su maintenir la pieuse croyance intacte en faisant abstraction des vaines subtilités de l’école. Laissant à l’écart la question relative au moment où l’âme est unie au corps, Alexandre YII déclara que l’âme de la bienheureuse Vierge Marie, dès le premier instant de sa création et de son infusion dans son corps, fat, par un privilège et une grâce spéciale de Dieu, en vue des mérites de Jésus-Christ son Fils, Rédempteur du genre humain , conservée pure, sans tache du péché originel.

Ainsi quelle que fût alors l’opinion que l’on se formât

(le l’époque où l’âme est unie au corps, le Souverain Pontife décida que tout au moins l’âme de Marie n’avait jamais été souillée de la tache originelle, et que sa personne avait été sainte dès le premier instant de son existence.

Le progrès de la controverse ayant rendu ces précautions inutiles, S. S. Pie IX enseigne purement et simplement que la Conception de la bienheureuse vierge Marie, a été immaculée, soit que l’on considère les conditions de son corps ou celles de son âme ; soit que l’on considère les conditions de leur mutuelle union à un moment quelconque de leur coexistence. Quelque soit Je système que l’on adopte sur les lois de l’origine humaine, il est vrai de dire, d’après la définition du Souverain Pontife, que Marie a été conçue sans péché , et que sa première origine est tout à fait sainte. Voici en quels termes magnifiques le saint Père a exprimé cette douce et consolante vérité :

« Après avoir offert sans interruption, à Dieu le Père, par son Fils, nos humbles prières, accompagnées de jeûnes, et les prières publiques de l’Eglise, afin qu’il daignât diriger et confirmer nos pensées par la vertu de l’Esprit-Saint ; après avoir imploré le secours de toute la cour céleste ; invoqué par nos gémissements l’Esprit consolateur, dont le souffle est venu jusqu’à nous; à l’honneur de la sainte et indivisible Trinité, à l’honneur et à la gloire de la Vierge Mère de Dieu, pour l’exaltation de la foi catholique et l’accroissement de la religion chrétienne, par l’autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, et des apôtres saint Pierre, et

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saint Paul, et par la nôtre, nous déclarons, prononçons et définissons, que la doctrine qui affirme que la bienheureuse Vierge Marie a été préservée et affranchie de toute tache du péché originel dès le premier instant de sa Conception, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur des hommes, est une doctrine révélée de Dieu, que, pour ce motif, tous les fidèles doivent croire avec fermeté et constance. Si quelqu’un osait donc, que Dieu l’en préserve, admettre dans son âme une croyance contraire à celle que nous avons définie, qu’il remarque et même qu’il sache, qu’il est condamné par son propre jugement; qu’il a souffert un naufrage dans la foç, et qu’il s’est séparé de l’unité de l’Eglise; et qu’en outre, par le fait même, il encourrait les peines fixées par le droit, s’il osait manifester par paroles, par écrit ou d’une autre manière sensible quelconque, ce qu’il pense dans son cœur. »

Telles sont les célèbres paroles par lesquelles le sage et saint Pontife qui gouverne aujourd’hui l’Eglise de Dieu, a défini la prérogative de l’immaculée Conception de Marie; paroles qui sortaient autant de son cœur que de sa bouche, paroles que nous avons eu le bonhenr d’entendre retentir sous la voûte de la Basilique de Saint Pierre, et qui ne s’effaceront jamais de notre mémoire; paroles qui resteront aussi longtemps que l’Eglise pour fixer à jamais la croyance des fidèles et réjouir dans tous les âges le cœur des enfants de Marie.

Nous venons de préciser le sens du dogme défini ; tâchons maintenant de l’entourer de lumière en exposant avec toute la brièveté possible les motifs qui ont déter-

l’immaculée conception, etc.

miné le saint-siège à le ranger parmi les dogmes de foi, que personne ne peut contester sans se séparer de l’unité de l’Eglise. C’est tout le but de cet écrit.

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