‹ L'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie (volume 2)Chapitre 7 sur 21 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA TRADITION VIVANTE DE L'ÉGLISE MANIFESTÉE DANS L ETABLISSEMENT ET LA PROPAGATION DE LA FÊTE ET DU CULTE DE L’IMMACULÉE CON¬ CEPTION.

Le droit liturgique autorisait autrefois les évêques à établir la fête. — Le culte est l’expression delà croyance. — Art. i. Institution de la fête dans l’église grecque. — Type de saint Sabas, canons d’André de Crète, homélies de Jean d’Eubée, de Pierre d’Argos, de Léon le Sage. — Calendrier de l’abbé Nicon, etc. Menées et autres livres liturgiques. — Les Grecs modernes convaincus de la légitimité de la fête. — Art. ii. Fête de l’immaculée Conception dans les autres églises orientales. — Fête en Arménie. — Témoignages anciens et modernes. — L’Eglise Syrienne fait la eommémoraison du mystère de temps immémorial. — L’Eglise' Cophte en Egypte célèbre la fête d’après ses propres traditions. — Toutes les sectes de l’église d’Abyssinie croient au mystère et en célèbrent la fête. — Les persécutions atroces que ces églises ont subies, surtout depuis l’année mille, leur ont ôté la vie et le mouvement. — Leur discipline immobile remonte aux premiers siècles de leur schisme. — Curieux témoignage de Makrisi, auteur mahométan, sur les souffrances des populations chrétiennes d’orient. — Art. iii. Origine et propagation de la fête de l’immaculée Conception dans l’Egiise latine. A la fin du IXe siècle la fête était célébrée dans l’église de Naples. — La charte d’Ugo de Summo datée de l’année 1047, nous paraît douteuse. — Nombreux monuments de la fête célébrée en Belgique, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne et en France avant le Concile de Bâle. — Valeur et portée du décret de ce concile au sujet de la fête de l’immaculée Conception. — A quelle époque la fête fut-elle célébrée a Rome et par le saint Siège? — La prérogative de l’immaculée Conception de Marie a été célébrée implicitement dans la fête de sa nativité. — La fête célébrée universellement dans l’Eglise catholique prouve la vérité du mystère. — Si Marie n’avaitpas été conçue sans péché, l’Eglise aurait célébré un culte faux, ce qui est impossible.

Aujourd’hui que l’autorité suprême du souverain Pontife règle tous les actes du culte public dans leurs moindres détails, on ne s’explique guère comment le culte de

l’immaculée Conception de la très-sainte Vierge Marie a pu s’établir d’une manière légitime, comme l’expression naturelle de la tradition vivante de l’Eglise, à moins que l’on ne se rappelle combien l’ancien droit liturgique différait de celui qui est en vigueur de nos jours.

Jusqu’au milieu du XIIe siècle c’étaient les évêques, ou isolés ou réunis en Concile, qui canonisaient les saints, qui composaient leurs offices, et qui instituaient des fêtes en leur honneur. À cette époque Alexandre III réserva fort sagement au saint Siège les causes de canonisation ; mais le droit de fixer les fêtes resta aux évêques jusqu’au temps du Concile de Trente qui pria le saint Siège de publier des livres liturgiques uniformes pour toutes les églises du rit latin. Le saint Concile supprima en même temps toutes les liturgies qui comptaient moins de deux cents ans d’existence, et consacra ainsi par une loi solennelle le principe de l’unité liturgique qui avait toujours été dans le vœu de l’Eglise.

En 1568 saint Pie V publia le Bréviaire romain revu et corrigé, et en 1570 le Missel, mis en ordre selon le désir du Concile de Trente. Dès lors il ne fut plus permis aux évêques d’établir de leur autorité privée des fêtes nouvelles dans les églises : ce droit fut réservé au saint Siège. Avant cette époque aucune réserve n’existait ; et depuis lors les souverains Pontifes ont toujours montré une sage lenteur, et manifesté une grande indulgence dans l’application de la loi promulguée à la prière du Concile de Trente.

Cette différence du droit liturgique fait voir comment les Conciles particuliers et les évêques ont pu établir

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Ol

successivement, au moyen âge, la fête de l’immaculée Conception de la sainte Vierge, sans l’intervention du saint Siège; et comment ce culte a été vraiment l’expression naturelle et légitime de la tradition vivante et de la croyance des églises.

En prescrivant la fête de l’immaculée Conception les évêques voulaient satisfaire à la dévotion du clergé et des fidèles; ils rendaient hommage à une croyance si vive qu’elle ne pouvait plus se renfermer dans les actes d’un culte privé. Les solennités publiques, les jours de fête spéciale pouvaient seuls satisfaire le pieux élan du peuple chrétien.

Ce culte public et solennel est de beaucoup antérieur aux premières disputes. Nous le ferons voir à 1 instant, l’institution de la fête de l’immaculée Conception se perd dans la nuit des temps. Il est impossible d’en assigner la première origine; Benoit XIV fait remarquer avec beaucoup d’à propos et de raison, que les premiers écrivains qui en parlent, la supposent établie, ce qui est le signe certain d’une haute antiquité.

Puisqu’il importe de bien constater l’antiquité et l’universalité de la fête de l’immaculée Conception, dont ï! nous reste de nombreux monuments, *et de suivre pour ainsi dire de l’œil le développement du culte de ce mystère, je diviserai ce vaste sujet en plusieurs parties dont voici l’enchaînement.

Je chercherai d’abord à quelle époque la fête de la Conception de la sainte Vierge remonte dans l’église grecque; j’examinerai ensuite les monuments et les témoignages qui attestent l’existence de cette fête dans

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les autres églises orientales ; en troisième lieu, je ferai voir l’origine probable de la fête en occident, dans l’église latine; en quatrième lieu, je déterminerai avec soin l’objet réel de cette fête; en cinquième lieu, j’indiquerai les nombreux monuments liturgiques qui attestent l’universalité de ce culte; enfin je montrerai par combien de mesures importantes le saint Siège l’a successivement encouragé.

ARTICLE I

Institution de ta fête de la Conception de la sainte Vierge dans l'église grecque.

La Conception de la sainte Vierge est célébrée dans l’église grecque de temps immémorial sous le nom de Conception de sainte Anne, c’est-à-dire de la Conception par laquelle sainte Anne devint mère de la très-sainte Vierge. La fête est fixée, non pas au huit, mais au neuf décembre. Elle a pour but de célébrer la sainteté de la Mère de Dieu, et les merveilles qui, d’après une tradition respectable, précédèrent immédiatement cette Conception.

Il est impossible d’en assigner la première origine. Le type ou rituel de saint Sabas, en fait mention. Ce type a été composé originairement vers l’an 485 de notre ère, sur le type et d’après les indications de Chariton qui Üorissait en 312, etd’Euthymius et Théotictes que saint Sabas vénérait comme ses maîtres dans la vie monastique (i). Chariton n’avait point composé lui-même

(1) Voy. Siméon de Thessalon. Tract, de hœres. cité par Allatius, De libris Grœcor. liturg. pag. 8. Paris. 1646.

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ces prières et ces rites, il les avait reçus de ses pères ; de sorte que ce livre remonte, quant à sa substance, aux premières années de l’Eglise.

Comme saint Sabas a modifié la rédaction de ses dévanciers, ses successeurs ont modifié la sienne. Au VIE siècle, Sophronius, patriarche de Jérusalem, et saint Jean Damascène au VIIE ont développé et complété son œuvre. Aujourd’hui il n’est plus possible de discerner exactement l’âge des differentes parties qui le composent Parmi les prières relatives à la Conception de sainte Anne, il en est qui portent des noms plus récents que saint Sabas. On ignore l’âge des autres; rien n’indique que cette fête ait été admise par ce saint religieux dans son type. Ce qui rend le doute plus sérieux, c’est que ce type était généralement employé dans les églises grecques, et que néanmoins Jean d’Eubée, qui écrivait au VUE siècle, assure que la fête de la Conception de sainte Anne n’était pas célébrée partout de son temps (i).

Il serait donc fort téméraire d’affirmer que cette fête a été marquée dans le type de saint Sabas: mais il n’est pas téméraire de supposer qu’à l’époque de ce grand saint elle était célébrée dans un certain nombre d’églises; car un siècle et demi plus tard, vers l’année 750, elle ait été célébrée avec solennité, et comme une fête ancienne, dans des églises grandes et illustres.

André de Crète, qui vers l’an 675 composa des Odes pour la fête de la Conception de sainte Anne, nous fournit la première date certaine de cette solennité (2).

(1) Apud Ballerini. Monumenla 1mm. Concept. 1. 1. p. 101. ed. Rom. 1854t.

(2) Voy. S. Andreæ Cretens. opéra, ed. Combefis. pag. 252. Paris. 1044.

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Le soin qu’il prit de composer ces cantiques suppose ici une certaine pompe et un certain éclat, et par conséquent une certaine antiquité. Un écrivain aussi distingué qu’André de Crète ne se serait point appliqué à chanter les prérogatives de la sainte Vierge et de sa sainte mère, si le peuple fidèle n’eût attaché de son temps un grand prix à la fête.

Un demi siècle plus tard, vers l’année 744, Jean d’Eubée prononça une homélie sur la Conception de la sainte Mère de Dieu, dans laquelle il atteste que « la première (dans l’ordre chronologique, je suppose) des grandes solennités (célébrées en l’honneur de Marie) est la fête dans laquelle Joachim et Anne ont reçu la nouvelle de la génération de l’immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, c’est-à-dire de sa Conception et de sa naissance (1.) » Et il ajoute: « Quoique cette fête ne soit pas reconnue par tous, nous la célébrons cependant au neuf du mois de décembre (2). »

Ainsi la fête de la Conception de la sainte Vierge n’était pas universelle au milieu du VIIIe siècle ; mais là où elle était reçue on la célébrait avec grande pompe.

(1) « Prima omnium insignium solemnitatum ea est in qua Joachim et Anna faustum generationis plane immaculatæ et genitricis Dei Mariæ nuncium acceperunt . Tum augustissima ejusdem Mariæ nativitas : illic Conceptio , hic nativitas . » Joan. Eubœens. monachi et presbyteri Sermo in Conceptionem sanclœ Deiparœ. n. 10. pag. 69. in Sylloge Monumentorum ad mysterium Conceptionis immaculatæ Yirginis Deiparœ illustrandum , cura et ind. Ant. Ballerinii S. J. Romæ 1854.

(2) « Ac primam quidem (solemnitatem), licet ea non ab omnibus agnoscatur, in qua B- Joachim et Anna generationis Mariæ... nuncium acceperunt, die nono mensis decembris celebramus. » Joan. Eubœen. loc. cit. p. 101.

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Joseph Simon Assemani assure avoir vu dans la bibliothèque du Vatican, des manuscrits de l’Evangile écrits avant l’année 800 de l’ère chrétienne, où l’on a ajouté le catalogue des fêtes de l’année, catalogue dans lequel la fête de la Conception de sainte Anne figure au 9 décembre (î).

Vers l’an 830, Pierre d’Argos prononça soit en Sicile, soit en Grèce, un discours sur le même mystère, et il atteste, comme Jean d’Euhée, que la fête en était alors fort solennelle. « Considérant, dit-il, dans le sein de sainte Anne, cette première plantation de la noblesse et de l’honneur de notre nature, livrons-nous tous à l’allégresse, et réjouissons-nous dans le chant des Psaumes. Applaudissons des mains, formons des chœurs spirituels, célébrons comme une fête la Conception de Celle qui a augmenté notre joie, et qui même nous procurera une réjouissance ineffable... C’est par Anne et par Joachim que nous avons été enrichis de notre Dame (Domina) et Vierge tout à fait Immaculée qui nous a rendus à la liberté lorsque nous gémissions dans l’esclavage du péché (2). »

(1) « In codicibus Evangeliorum ante annura Christi octingentesinium exaratis, diserta fit ejus (conceptionis S. Annæ) mentio in catalogo festorum per anni circulum, qui catalogus solet quatuor sacris Evangeliis subjungi. » J. S. Assemani, Kalendar. Ecoles, univ. t. v. p. 434. Romæ 1750.

(2) « Nobilitatis itaque ac decoris naturæ nostræ primam in Annæ utero plantationcm intuentes, exultemus omnes et in psalmisjubilemus. Plaudamus manibus, spiritualesque choreas instituamus, conceptionem illius festive célébrantes, quæ nobis omnis lætitiæ auctrix, ineffabilisque gaudii conciliatrix existit. Cantemus concordi voce Deo nostro, cantemus, utpote qui per Annani et Joachim plane immaculata Domina et Virgine ditati sumus, quæ nos peccati servitute

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Après avoir énuméré les biens immenses que nous devons à Marie, Pierre d’Argos conclut ainsi :

« La solennité qui nous réunit, est l’origine et la cause de tous ces biens; elle est comme l’aurore des autres fêtes dont elle prépare la venue et annonce la solennité (1). »

Cinquante ans plus tard, vers l'an 880, George deNicomédie, comtemporain et ami de Photius, parla de la fête de la Conception de la sainte Vierge, comme de l’une des plus brillantes et des plus fréquentées de l’Eglise.

« Elle est splendide et éclatante par elle-même, dit-il, la solennité de cette fête; mais elle paraît plus belle encore par le concours et la piété de ceux qui viennent y assister (2); » et continuant sur ce ton il fait voir que la fête est aussi très-ancienne : « Nous célébrons aujourd’hui, dit-il, dans cette nombreuse assemblée, votre fête, ô Vierge sainte; fête qui n’a pas été introduite depuis peu, mais qui par son objet, aussi bien que dans l’ordre des temps, est une de nos fêtes princi-

pressosin libertatem assereret. » Pétri Argorum episcopi Oratio in Conceptionem sanctæ Annæ quando concepit S. Deigenitricem. pag. 12t. in Sylloge monum. P. Ant. Balleriuii.

(1) « Horum porro bonorum omnium origo et causa præsens exstitit solemnitas, quæ reliquis insuper omnibus, ceu quædam solis aurora ortum parat, cæterasque seipsa solemnitates prænunciat. » Petrus Argor. loc. cit. pag. 126.

(2J <i Splendida quidem et illustris hujusce festivitatis celebritas illucet ; eorum tamen, quorum concursu illustratur magnificis studiis splendidior affulget, etc. » Georg. Nicomed. In or acutum Conceptionis S. Deiparœ oratio, npudCombefis. Biblioth. PP. nov. auctar. t. i. pag. 995. Paris. 1648.

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pales; c’est par elle que nous jouissons du bonheur qui nous a été annoncé (1). »

Vers l’année 880, l’empereur Léon le Sage composa, en l’honneur de la Conception de la sainte Vierge, une homélie que Baronius a vue, mais dont le texte n’a pas été publié jusqu’ici (2).

Basile Porphyrogénète qui régna de l’an 975 à l’année 1025, marque au 9 décembre la fête delà Conception de sainte Anne, mère de la Mère de Dieu, dans le Ménologe qui porte son nom (5) ; et il y ajoute un commentaire pour réfuter les fausses opinions qu’on avait accréditées sur l’origine de la Mère de Dieu.

L’abbé Nicon écrivit vers l’an 1060 un typique ou rituel, divisé en quarante chapitres, dont le huitième comprend le calendrier des fêtes de l’année; l’on y voit marquée au 9 décembre la fête delà Conception de sainte Anne, comme dans les autres livres liturgiques des Grecs. Cet ouvrage de Nicon explique les usages et les rites du patriarchat d’Antioche, c’est-à-dire d’une très-grande partie des églises d’Asie (4).

(1) « Qui hodiernam celebri conventu festivitatem agimus, non uti novissimc introductam; quin imo, uti sicut ordine, ita et ipsis rebus præcipuam, per eam prædicata fruimur voluptate. » Georg. Nicom. loc. cit. p. 1015.

(2) « Exstat Leonis imperatoris sermo de Conceptione B.M. V.in manuscripto codice bibliothecæ Sfortianæ, n. 65. » Baronius, Comm. adMartyrol. rom. ad 8. Dec. Dans ses annales ecclésiastiques, ad an. 911. n. 3, Baronius énumère les œuvres de l’empereur Léon le Sage, qui se trouvent dans les manuscrits du Vatican, mais il ne parle plus de l’homélie sur la Conception de la sainte Vierge.

(3) Cité par le P. Passaglia, sect. vii. n. 1605. pag. 1749.

(4) « Conceptio stæ Annæ quando concepit beatam Virginem Mariam Dei genitricem. » Voyez Jos. Simon Assemani, Kalend.Eccl.univ.t. v. pag. 434. Asse-

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L’empereur Manuel Commène, qui régna de l’année 1145 à l’année 1180, publia l’année 6674 du inonde, selon le calcul des Grecs, qui répond à l’année 1166 de notre ère, une Novelle qui compte la fête de la Conception de sainte Anne parmi celles où les tribunaux de l’empire doivent vaquer (î). Cette fête était donc ancienne et solennelle : la cour et la ville de Constantinople la célébraient comme une des fêtes principales de l’année.

Cette fête figure aujourd’hui dans tous les calendriers de l’église grecque, que l’on connaît. Les dyptiques græcosclaves publiées par le P. Pappebroch, dans le premier volume des Acta Sanctorum du mois de Mai (2) ; les Tables græco-russes, appelées Capponiennes, du nom de la famille Capponi qui les possédait, tables que le docte Assemani a publiées avec de savants commentaires (3) ; les Menées ou offices de tous les jours du mois, qui sont en usage dans les églises du rit grec, unies ou schismatiques, indiquent la fête de la Conception de sainte Anne au 9 de décembre.

Il y a donc dans la liturgie de l’église grecque un monument éclatant de l’ancienne tradition des églises orien-

mani dans sa Bibliotheca orient, t. i. pag. 620, énumère les œuvres de l’abbé Nicon traduites eu arabe. J’ignore si le typique a été imprimé. 11 se trouve manuscrit a la bibliothèque du Vatican, où Assemani l’a déposé.

(1) « Primum quidem de omnino feriatis (diebus) est agendum. Natalis itaque (lies purissimæ Dominæ ac Dei genitricis, qui est octava septembris, feriatus est... Item nonus decembris, quippe quia tune genitricis Dei nostri Conceptio celebratur... ))Scholion ad Ut. vu. Nomocanonis Pholii. Biblioth. Juris canon, veter. Justclli et Voellii. t. n. p. 921. Paris 1661.

(2) Bolland. Acta SS. Maii. pag. 1. 1. pag. lviii. Antv. 1680.

(3J Kalendaria Ecclesiæ universæ t. v. Romæ 1750.

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taies, et une preuve palpable de l’antiquité de la fête de la Conception de Marie.

Les livres liturgiques que nous venons de citer remontent à la plus haute antiquité ; et il est certain que depuis environ mille ans ils n’ont subi aucune modification essentielle. L’église grecque schismatique, séparée du centre de l’unité et privée par conséquent de cette boussole divine qui dirige les églises particulières, unies, dans la voie des améliorations disciplinaires et doctrinales, soutient comme un axiome incontestable, que le huitième Concile général a clos l’ère des développements de la doctrine sainte et des améliorations de la discipline sacrée. Elle a adopté l’immobilité comme son ancre de salut; et elle saisit toutes les occasions de reprocher à l’église latine, comme des nouveautés abusives, les perfectionnements qu’elle introduit dans sa discipline, et les éclaircissements qu’elle jette sur sa croyance.

Cette immobilité qui est devenue pour les églises séparées du centre de l’unité une nécessité depuis qu’un guide sûr leur manque, a l’avantage de conserver intactes lesanciennestraditions, qui enbeaucoup de points attestent l’ancienne union de toutes les églises, et accusent les églises grecques d’un schisme manifeste (1).

(1) C’est ainsi que jusqu’à ces derniers temps les églises séparées ont fait chaque jour la comniémoraison du souverain Pontife, connue chef de l’Eglise catholique. Dans les Ekhténii, sortes de litanies souvent répétées dans les offices de l’église russe, la mémoire du Pape était conçue en ces termes : Le très-saint et universel Pontife N... Pape de Rome. Afin de faire disparaître ce monument de

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Les grecs schismatiques n’ont pas toujours conscience des trésors qu’ils nous gardent. Ainsi un de ces écrivains qui, à l’exemple du fameux Cyrille Lucar, s’est efforcé de plaire aux protestants, par une série d’interprétations hasardées et équivoques des croyances de son église, Métrophane Critopule, a nié vers le milieu du XVIIe siècle, que l’église orientale eût jamais reconnu la Conception Immaculée de la Mère de Dieu ; il a soutenu que Jésus-Christ, seul a été exempt du péché originel (1). Cette assertion téméraire nous fournit une preuve palpable de sa grande ignorance, nous le ferons voir en énumérant les passages des pères grecs qui ont proclamé le privilège de Marie, dès les premiers siècles de l’Eglise; mais en attendant que cette démonstration soit faite, citons un trait récent, propre à dissiper les doutes des hommes de bonne foi,

Monseigneur l’archevêque de Philippes, délégat apostolique parmi les fidèles du mont Liban, écrit le 30 avril

l’ancienne union de toutes les églises, l’empereur Nicolas substitua en 1854 aux anciens livres liturgiques dans son empire des livres nouveaux, dans lesquels cette prière pour le souverain Pontife était supprimée. C’était un grand pas vers le schisme qui fut consommé en 1858. Voy. Persécutions et souffrances de Véglise catholique en Russie ,.. par un ancien conseiller d’état russe (le comte de Horrer).pag. 158. Louvain 1844.

(1) « Censet ecclesia (orientalis) banc (Deiparam) quoque primævo, avitoque peccato fuisse obnoxiara, quemadmodum etiam omnes homines ; solum vero illius Filium, utpote qui non nudus homo est, sed utrumque Deus et homo, a peccato immunem, omnique noxa superiorem esse novimus... » Confessio catholicæ et apostolicæ in Oriente ecclesiœ , conscripta compendiose per Metroplianem Critopulum , hieromon. quondam et patriarch. C. P. protosyncellum, latinitate donata a J. Horneio. Helmstad. 1661. p. 155.

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1849 à S. S. Pie IX, en réponse à l’encyclique du 5 février 1849, qu’ayant prêché un jour de l’année 1850, dans la ville de Damas, sur le mystère de l’immaculée Conception de Marie, les grecs schismatiques s’élevèrent avec vivacité contre cette doctrine et la taxèrent de nouveauté latine, de doctrine inconnue des anciens docteurs. Mais Monseigneur de Philippes, afin de réfuter ces accusations téméraires, composa une petite dissertation dans laquelle il réunit les témoignages que nous fournissent les écrits des saints pères grecs et les livres liturgiques de l’église orientale; et ces preuves parurent si convaincantes, dit-il, au patriarche grec, que celuici reconnut avec bonne foi la vérité de notre croyance (i).

Il est donc avéré que la fête de la Conception de la sainte Vierge a été célébrée, depuis les premiers temps jusqu’à nos jours, par l’église grecque, et que le culte

de cette église, malgré le schisme infortuné qui la sépare de nous, atteste la vérité du privilège de Marie.

ARTICLE II

De la fête [ de la Conception de la sainte Vierge dans les autres églises

orientales.

Les églises d’Arménie, de Syrie, d’Egypte et d’Abyssinie ont reçu de l’église grecque le fond de leur liturgie et de leur discipline ecclésiastique. Toutes célèbrent la

(1) Pareri de' vescovi. i. 115.

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fête de la Conception de la sainte Vierge, comme l’église grecque, toutes rendent témoignage à la croyance de l’église latine.

Matthieu Paris, religieux du célèbre monastère de saint Alban dans son histoire ecclésiastique d’Angleterre, atteste qu’en l’année 1228 le patriarche d’Arménie visita ce pays. Un jour les religieux de saint Alban lui démandèrent si la fête de la Conception de la sainte Vierge était célébrée par l’Eglise Arménienne, et ce prélat leur répondit que cette fête existait de temps immémorial dans sa patrie (1).

Monseigneur Hassoun, archevêque primat des Arméniens unis de Constantinople, écrivit le 25 Juillet 1849 (2) à S. S. Pie IX :

« Quoique le privilège de la sainte Vierge soit connu et compris des fidèles, dans notre église Arménienne, qui en célèbre chaque année la fête avec grande solennité, et que tout le monde, dans cette église, proclame que Marie n’a jamais été souillée de la tache originelle, vérité que l’on professe publiquement dans les hymnes ecclésiastiques ; cependant pour donner plus d’éclat à la croyance de notre nation en cette matière, et afin d’obéir

(1) « Interrogatus... si in partibus suis Conceptio B. Mariæ celebraretur, respondit : celebratur utique, et hæc est ratio, quia Angelo nunciante Joachim tlolenti et inhabitanti tune desertum, ipsa conceptio facta est. Similiter et conceptio B. Joannis Baptistæ, simili ratione. De conceptioue autemDomini, quæ facta est Angelo annunciante Mariæ, quæ concepit ex Spiritu sto, nulli fidelium venit in dubium. » Matth. Paris. IJistoria Anglorum ad an. 1228. pag. 242. ed . Paris. 1644.

(2) Pareri dë vescovi. i 460.

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aux ordres de votre Sainteté, j’ai convoqué mes prêtres, et j’ai soumis la question à un nouvel examen. 11 est résulté de leur témoignage unanime que jamais chez nous le moindre doute ne s’est élevé sur l’immaculée Conception de Marie, et que l’opinion contraire à ce privilège a toujours fait horreur dans notre église. De plus j’ai consulté la doctrine des pères de notre nation, et j’ai vu dans les recueils de nos hymnes que, depuis les premiers siècles de l’Eglise, ils n’ont point hésité à dire que « la sainte Vierge Mère de Dieu a été bénie dès le sein de sa mère, dont elle est sortie sans contracter aucune tache ; qu’elle est une fleur qui ne peut point se faner; quelle est une fille d'Adam, qui n’a point subi la sentence d’Adam. » Notre église se réjouit aussi en chantant en l’honneur de Marie : « Vous êtes une fleur intacte, la maison du genre humain, la plante de bénédiction de notre premier père... délivrée de la condamnation d’Adam, » On trouve beaucoup de passages semblables dans les hymnes employés dans nos églises; d’où il est facile de comprendre que la croyance à l’immaculée Conception existe dans notre nation depuis les premiers siècles de l’Eglise, et que nos anciens pères n’ont pas oublié de l’enseigner (i) ».

(1) « Quamquamin hac nostra ecclesia Amena hoc Mariæ Virginis privilegium compertum sit atque exploratum omnibus Christi fidelibus, et publiée quotannis magno cultu de eadem immaculata conceptione festiva celebretur dies ; atque nulla unquam primigenia macula Beatissimam Virginem fuisse affectam omnes ultro prædicent, hymnisque ecclesiasticis iidem vulgo profiteantur, altamen ut majori elucidatione gentis nostræhac dere lides innotesceret, atque Beatitudinis tuæ jussis obtemperaremus, arcessitis nostris sacerdotibus, denuo rem in tru-

l’immaculée conception

Voilà certes l’ancienneté et l’universalité de la croyance à l’immaculée Conception de la sainte Vierge et le culte solennel de ce mystère, dans l’églse arménienne, bien constatés !

L'Eglise syrienne faisait de temps immémorial la commémoraison de la Conception de la sainte Vierge, lorsque le patriarche et les évêques, stimulés par la dévotion de l’église latine, résolurent de composer un office complet de l’immaculée Conception, et de célébrer chaque année la fête de ce mystère. La croyance et le culte immémorial de l’église de Syrie sont constatés par le Patriarche de Babylone, qui écrivit le 10 juillet 1850, de Mossoul, à S. S. Pie IX, les lignes suivantes, traduites d’abord du Syriaque en italien, et par nous de l’Italien en Français.

« Nous déclarons que notre croyance et celle de nos

tinam evocavimus, et, singulorum auditis sententiis ,comperimus in nostraecclesia Amena de illibato sanctissimæ Virginis conceptu nulluin unquara exortum fuisse dubium, gentemque nostram ita hoc sibi persuasum habere, ut adversam opinionem semper respuerit, omnique conatu abhorruerit. Exploratis insuper gentis nostræ Patrum hac de re sententiis, reperimus eos jam a primævis fere Ecclesiæ sæculis in publicis hymnariis ecclesiasticis, haud dubitasse prædicare : « Deiparam Virginem Mariam, et in ipso matris suæ ventre fuisse benedictam, atque ab omni labe immunem ex eo exivisse; ipsamque esse tlorem languesci nescium sobolenique Adam indemnatam » (quæ videlicct haud cecidit sub damnationem qua cæteri domines fuerunt mulctati). Eadem hæc nostra ecclesia amena lætatur cum S. Virgine Maria sic canens : « Tu tlos integer domus humani generis et stirps benedictionis primævi genitoris... soluta ab omni Adæ damnatione. » Et hisce alia similia reperire est in iisdem hymnariis, quibus nostrates in ecclesiis latissime utuntur. Quibus ex locis facile intelligitur hanc de immaculata Beatissimæ Mariæ Virginis Conceptione doctrinam apud nostram gentem a primævis usque Ecclesiæ sæculis plurimum invaluisse, eamque palam veteres nostros prædicare haud dubitasse. » Loc. cit.

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frères métropolitains, des religieux, des prêtres et de tous les fidèles de la nation Chaldéenne touchant l’immaculée Conception de la sainte Vierge dans le sein de sa mère, ne diffère en rien de la croyance des catholiques d’Europe... Nous sommes fermement attachés à cette croyance... Jamais nous n’avons entendu ni lu qu’aucun de nos premiers pères et docteurs ait contesté cette vérité ou qu’un seul de nos pères ou de nos docteurs actuels ait combattu cette croyance. Au contraire, nous avons entendu et nous entendons, nous avons trouvé et nous trouvons encore que tous les membres de notre nation, supérieurs et sujets, savants et ignorants s’accordent unanimement et sans exception dans cette croyance. Si les anciens n’ont pas discuté cette question dans ses détails, c’est qu’ils n’en ont pas eu l’occasion, aucune controverse n’ayant été soulevée de leur temps. Cependant dans les hymnes et les éloges qu’ils ont composés en l’honneur de la Vierge sans tache, on trouve des preuves nombreuses de la conformité de leur croyance et de la nôtre. Plusieurs l’expriment en termes exprès. Saint Ephrem, par exemple, dit que Marie a été exempte de toute souillure, de toute tache et de toute culpabilité de péché. George Uard, un de nos plus célèbres docteurs, est plus explicite encore : dans les hymnes et les cantiques qu’il a composés en l’honneur de Marie: Qui pourra jamais, dit-il, concevoir dans l’esprit, ou exprimer en paroles ce que Dieu a fait de cette personne toute pure et sans tache ? de cette personne sainte et sanctifiée, qui fut sanctifiée dès le moment de sa conception, et destinée dès le sein de sa mère à devenir l’arche, la demeure,

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le temple, le palais, le siège du roi vivant des siècles? Dans un autre chant, comparant Marie à la toison de Gédéon (qui exposée à la rosée ne contracta aucune humidité) : « Marie, dit-il, ne fut point humectée du péché; seule elle fut préservée du déluge universel du péché, et elle resta sèche et aride, comme la toison de Gédéon (i). »

Le Patriarche ajoute enfin : « Nous nous proposons de célébrer dès cette année la fête de l’immaculée Conception, dont nous avons dans notre liturgie depuis bien des siècles la commémoraison, et pour laquelle nous avons, depuis cinq ans, composé un office conforme à nos rites (2). »

Nous voyons par la lettre que M»r l’archevêque de Philippes, délégat apostolique au Mont Liban, adressa au saint Père à la même occasion, que ce fut en 1840, que le Patriarche, les archevêques et les évêques de Chaldée réunis à Mossoul, convinrent, à l’unanimité, de célébrer désormais la fête de l’immaculée Conception, comme fête de précepte dans toute la nation (3).

Cette fête ne ;fut donc qu’une extension de la commémoraison qui existait de temps immémorial dans la liturgie Syrienne.

L’EgliseCophte, en Egypte, célébrait la Conception de la sainte Vierge, au 13 du mois Chiach, quatrième mois de l’année ecclésiastique de cette église, qui commençait en septembre, ou à la fin d’août. C’est-à-dire qu’elle

(1) Pareri de’vescovi. 111. 177.

(2) Ibid.

(3) Pareri de’vescovi. i. 146.

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célébrait cette fête à peu près au même jour que les autres églises.

Les Cophtes célébraient la nativité de la sainte Vierge le 10 du mois Toth, ou septembre; tandis que nous la célébrons le huit de ce mois. Ils célébraient la Conception de saint Jean Baptiste le 26 septembre, et sa nativité le 30 juin. Ces différences de temps servent merveilleusement à prouver que l’Eglise Cophte n’a pas fixé ses fêtes d’après les usages d’une autre église, mais d’après ses propres calculs et d’après ses traditions locales.

De plus dans le catalogue des fêtes qui se trouve dans un très-vieux manuscrit arabe, à la suite des Evangiles, à l’usage et selon le rit des Cophtes de l’Eglise d’Alexandrie, manuscrit déposé dans la bibliothèque du Vatican, et décrit par le savant cardinal Mai (i), on lit au 13 décembre : La Conception de sainte Anne , lorsqu'elle conçut notre Dame Marie (2). Les Cophtes rendent donc hommage au privilège de la Mère de Dieu.

En Abyssinie même croyance et même culte. Monseigneur de Nilopolis, vicaire apostolique en ce pays, l’atteste en termes remarquables. « Parmi les chrétiens d’Ethiopie, dit-il, à qui la main des hérétiques et des schismatiques a retranché depuis longues années le fruit de la bonne doctrine, j’ai trouvé à ma grande joie que les sectes sont à peu près unanimes à professer

(1) « Codex antiquissimus... arabicis elegantibus litteris et sermoneexaratus... quo continentur... lectiones evangelicæ.. in festis et sanctis jejuniis per annuin... juxta ritum ecclesiæ Alexandrinæ Cophtitarum... » A. Mai. Scriptor. veter.t. iv p. 1 4 et 15.

(2) Loc. cit. pag. 21.

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l’immaculée Conception de Marie et à déclarer la sainte Vierge exempte du péché originel (1). »

Le calendrier de l’église Abyssinienne, publié par Ludolf à la suite de son histoire d’Ethiopie, indique la fête de la Conception de sainte Anne au 16 de décembre (2).

Ludolf, qui en sa qualité de protestant n’est pas suspect de partialité en cette matière, affirme que la dévotion des chrétiens d’Ethiopie envers la très-sainte Mère de Dieu, Reine du ciel, Pontife souveraine de tous les saints, dépasse de beaucoup la vénération qu’ils témoignent aux autres serviteurs de Dieu , et fait qu’ils célèbrent chaque année trente deux fêtes en l’honneur de Marie (3).

Les monuments du culte de la sainte Vierge immaculée que nous venons de produire ne sont pas tous d’une haute antiquité ; mais tous attestent un culte très-ancien; car il ne faut jamais oublier, lorsqu’on parcourt l’histoire des églises de l’Orient, que les persécutions les plus atroces leur ont ôté depuis des siècles toute vie extérieure et toute action disciplinaire. L’oppression dans laquelle elles ont gémi, et gémissent encore la plupart,

(1) Pareri de’vescovi. n. 249. et ix. App. i. 15.

(2) Jobi Ludolfi , Ad suam liistoriam æthiopicam... commentarius. pag. 402. Francof. 1691.

(5) « De cultu sanctorum nuuc diximus. Sed omnes longe superat sanctissima MaterDomini quætanquam Rcgina cœli et omnium sanctorum Anlisles summa ab Habissinis maxima veneratione habetur; utetiam triginta duo testa annuatim in memoriam ejus celebrent, et vicesimum primum uniuscujusque mensis diem illi sacrum essevoluerint. » J. Ludolf. loc. cit. pag. 361.

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a éteint chez elles l’activité que montrent toujours les églises chrétiennes, lorsqu’elles jouissent d’une sage liberté. Les églises orientales étaient presque toutes, il y a huit cents et même douze cents ans, telles que nous les voyons aujourd’hui. Depuis qu’elles subissent le joug de l’Islamisme elles n’ont rien modifié dans leurs croyances, rien ajouté à leurs lois ecclésiastiques.

On ne tient pas toujours assez compte de cet état de choses, que nous voulons rappeler, afin de faire connaître à tous une page intéressante de l’histoire ecclésiastique, qui n’est connue jusqu’ici que d’un petit nombre de savants.

La conquête mahométane commença au VIIe siècle en Egypte, et s’étendit rapidement en Asie. Dès lors les chrétiens furent opprimés d’une manière odieuse, et traités avec la dernière injustice. Cependant ils obtinrent de leurs vainqueurs une certaine liberté d’exercer leur culte dans leurs églises, et dans ceux de leurs monastères qui ne furent pas dépouillés ou détruits. La persécution avait ses heures de fureur et ses heures de repos: elle ne sévissait pas toujours et partout. Cet état de choses dura plus de trois siècles après les premières invasions.

Mais an commencement du XIe siècle, le Mahométisme parut tout à coup animé d’une fureur infernale contre les chrétiens, et il jura de les exterminer jusqu’au dernier.

Le souverain de l’Egypte, Hakem Abu-Ali-Mansour, donna le signal d’une persécution atroce, que les historiens arabes mêmes osent à peine raconter dans ses affreux détails, persécution qui eut du rétentissemenf

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en Europe et qui provoqua vers la fin du même siècle le grand mouvement des croisades.

Afin de mieux constater l’impossibilité matérielle où se trouvèrent depuis lors les chrétiens d’Egypte et des pays occupés par les Mahométans, de vivre de la vie des églises libres, je laisserai la parole au célèbre Makrisi, qui, quoique Mahométan, (né au Caire en 1364,) a écrit brièvement l’histoire des Cophtes chrétiens, dans laquelle il raconte d’abord les affreux massacres qui affligèrent les chrétiens dans les premiers siècles de la conquête. Arrivant ensuite au règne du cruel et sanguinaire Hakem, il avoue que sa plume se refuse b décrire les ignominies dont on couvrit la population chrétienne d’Egypte; puis il continue en ces termes: « A cette époque les chrétiens eurent à subir des persécutions telles que jamais ils n’en avaient subi... Le prince leur ordonna de porter des habits marqués, auxquels on pût les reconnaître. Il leur défendit de célébrer la fête des Palmiers et celle de la Croix, et de se réunir aux jours de fête pour se récréer selon leur habitude. Il fit brûler un grand nombre de croix, défendit aux chrétiens de se procurer des serviteurs et des servantes. Il leur défendit aussi de se baigner dans le Nil. Il leur fit porter des croix de bois pesantes suspendues au cou; il leur interdit l’usage des chevaux, leur laissant celui des mulets et des ânes ; il défendit aux mahométans de louer des animaux aux chrétiens, ou de transporter ceux-ci sur terre ou sur eau ; il voulut que les habits et les chapeaux chrétiens fussent tout à fait noirs. Ensuite il résolut de détruire toutes les églises chrétiennes et de s’emparer de

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leurs biens. Dès qu’un mahométan demandait la permission de s’emparer d’une église ou d’une propriété ecclésiastique en province, sa demande était accordée. Les vases d’or et d’argent, et les meubles d’église de tout genre furent pillés ainsi et vendus publiquement sur le marché de Misra. Dans l’église de Schenudath on trouva d’immenses richesses ; et dans l’église deMoallakath une énorme quantité de vases d’or et d’ornements de soie. A commencer de l’année 403, (1009 de l’ère chrétienne,) la destruction fut générale, de sorte qu’un témoin digne de foi assure, qu’avant la fin de l’année 405, le nombre des églises chrétiennes, bâties autrefois parles Grecs, qui furent détruites en Egypte, en Syrie et dans les provinces adjacentes, dépassa les trente mille. La valeur des vases d’or et d’argent, des legs pieux et des biens ecclésiastiques était incalculable. En dernier lieu Ilakem ordonna à tous les chrétiens et àtouslesjuifs de passer sur le territoire des Grecs. Les chrétiens réunis en foule autour de la citadelle du Caire supplièrent le prince de les dispenser de l’émigration. A cette occasion beaucoup de chrétiens embrassèrent l’Islamisme (î). »

Il n’est guère étonnant que sous le poids d’un pareil joug les populations chrétiennes soient tombées dans l’ignorance et la dégradation où nous les voyons. Mais cet avilissement même est une garantie de la fidélité avec laquelle elles ont conservé, comme leur dernier

(1) Taki-Eddini-Makrisi, Hist. Coptorum christianorum in Egypto, arab. ed. et in ling. lat. transi, ab. H. J. Wetzer. 8. Solisbaci 1828.

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trésor et leur plus grande consolation, leurs anciennes croyances et leur ancienne liturgie.

Ces croyances et ces liturgies remontent donc tout au moins jusqu’à la première ère des persécutions mahométanes : mais en réalité elles datent de beaucoup plus haut ; car les églises d’Egypte et d’Abyssinie, et une grande partie de l’église Chaldéenne ou Syrienne, se sont séparées de la communion de l’église grecque et latine depuis le Concile de Calcédoine, c’est-à-dire depuis le milieu du cinquième siècle. Eutychès en Asie, etDioscore en Egypte ont accrédité à cette époque l’Eutychianisme que la plupart de ces églises professent encore aujourd’hui. Depuis que ce malheureux schisme a été inauguré et envénimé par de longues hostilités, les Eutychéens n’ont rien emprunté à l’Eglise véritable; ils se sont renfermés dans le cercle des croyances et des pratiques qu’ils avaient adoptées avant l’époque du schisme.

Si nous trouvons maintenant chez eux la fête de la Conception de la sainte Vierge, nous sommes donc autorisés à croire que cette fête existait au Ve siècle, et qu’elle était déjà alors à peu près générale dans les églises d’Orient. Cette conclusion découle naturellement des faits que nous venons de rappeler.

Mais il est temps de passer en Occident, et de recueillir les preuves de la tradition vivante de l’Eglise latine, en faveur de l’immaculée Conception de Marie, dans les monuments de sa liturgie et de son histoire.

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ARTICLE III

Origine et propagation de la fête de l'immaculée Conception de la sainte Vierge dans l'Eglise latine.

En Occident comme en Orient, la fête de l’immaculée Conception de la sainte Vierge se perd dans la nuit des temps (i) : les premiers auteurs qui en parlent la supposent établie.

De tous les monuments écrits qui sont parvenus à ma connaissance le plus ancien est le calendrier latin de l’église de Naples, qu’Alexis Symmaque Mazzocchi a publié avec de savants commentaires en 1744 (2).

Ce calendrier gravé sur marbre vers le milieu du IXe siècle, comme Mazzocchi le prouve, porte au 9 décembre : Conception de sainte Marie Vierge.

La date du 9 décembre accuse une origine grecque : l’expression : Conception de la sainte Vierge, au lieu de l’expression : Conception de sainte Anne, usitée chez les Grecs, accuse une origine latine. Au fait l’Eglise de Naples à cette époque était à certains égards moitié latine et moitié grecque. La Sicile et l’Italie méridionale obéissaient au Patriarche de Constantinople, et conservaient

(1) « Cette fête, dit Baillet, a été reçue dans l’Eglise longtemps avant que l’on y vit naître les questions que l’on a formées à son occasion. » Baillet, Vie (les Saints, au 8 décembre— Conception de la sainte Vierge Marie, t. ni. pag. loi. ed. fol. Paris 1704.

(2) Vêtus marmoreum Neapolitanæ ecclesiæ kalendarium etc. 4. Neapoli 1744. Mazzochi a donné la gravure de ce célèbre monument à la suite de son ouvrage sur les saints évêques de Naples, intitulé ; De sanctorum Neapolitanæ ecclesiæ Episcoporum cullu dissertatio . 2 vol. 4. Neap. 1752. Dans la préface de ses commentaires sur ce calendrier pag. xxxix, il tâche de prouver que ce document, a été gravé entre les années 840 et 850.

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dans beaucoup d’églises les rites et lelangage de l’Orient. Naples cependant était aux portes des états romains et avait des rapports intimes avec les autres peuples de l’Occident. On peut donc se rendre compte du mélange d’usages de l’Eglise grecque et de l’Eglise latine, qui frappe dans cet antique monument liturgique.

Il est probable que la fête a passé des églises du rit grec aux églises du rit latin, et qu’elle a été accueillie avec faveur en Occident parce qu’elle s’accordait trèsbien avec la croyance générale à la parfaite sainteté de Marie.

Quoi qu’il en soit, ce calendrier atteste la haute antiquité de la fête de la Conception de la sainte Vierge en Occident; antiquité qui dépasse sans aucun doute l’âge où ce calendrier a été gravé. Si ce catalogue des fêtes a été dressé vers le milieu du IXe siècle, il est permis de croire que la fête remonte au VIIIe siècle et même au delà. La nature même du monument le prouve : on n’a évidemment confié au marbre que le souvenir des fêtes qui étaient alors dans les habitudes de l’Eglise, et qui se recommandaient par un antique usage.

Le P. Antoine Ballerini a publié récemment une charte par laquelle Ugo de Summo, prêtre de Crémone, lègue, en l’année 1047, une propriété foncière aux chanoines de l’église de Notre Dame de Crémone, à condition qu’ils célèbrent chaque année avec beaucoup de solennité la fête de l’immaculée Conception de la sainte Vierge, et y chantent un Trope, c’est-à-dire une prose, où ce mystère est clairement exprimé. Le pieux donateur ordonne aussi à ses confrères de faire sculpter une

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magnifique statue de Marie immaculée, en marbre ou en bois incorruptible, qu’il décrit avec beaucoup de soin et de goût (1).

Si cette charte et ce trope remontent à l’année 1047 comme on l’affirme, ils sont sans contredit un des monuments les plus remarquables que nous ayons du culte qui futrendu autrefois à la sainte Vierge Immaculée. Mais une lecture attentive de ces documents nous fait vivement regretter, précisément à cause de leur importance, que le savant éditeur n’ait pas cru devoir en prouver l’authenticité d’une manière satisfaisante.

Le testament nous est suspect d’abord parce qu’il est rédigé avec une grande affectation; ensuite parce qu’il fourmille de détails superflus, caractère propre des pièces fabriquées ; enfin parce qu’il renferme des expressions employées beaucoup plus tard pour répondre aux adversaires du privilège de l’immaculée Conception. Par exemple, il y est dit que la sainte Vierges été préservée de la tache originelle par une rédemption anticipée ; manière de parler inouïe avant le XIIIe et peutêtre avant le XIVe siècle.

Le R. P. Ballerini, à qui nous avons soumis ces doutes a eu la bonté de nous faire savoir que le testament d’Ugo de Summo a été copié, en 1816, par le chanoine Dragoni sur un vieux parchemin appartenant autrefois au P. Tiraboschi, qui l’avait recueilli avec d’autres matériaux destinés à son histoire littéraire d’Italie. M‘ Dragoni a attesté par écrit que le testament copié par lui

(1) Pareri de'vescovi. t. x. p. 25. Ce volume se compose de monuments relatifs à l’immaculée Conception de la sainte Vierge.

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portait tous les caractères d’authenticité désirables, et semblait remonter à l’époque dont il portait la date. Ce vénérable ecclésiastique jouissait d’une réputation non contestée de savoir, et ses publications relatives à l’histoire de la ville de Crémone sont estimées. Si jamais le chevalier Tiraboschi d’Asola retrouve le testament original parmi les papiers de l’auteur de l’histoire littéraire, qu’il possède dans les archives de sa famille, on pourra soumettre la question à un nouvel examen. En attendant nos lecteursjugeront si l’autorité du chanoine Dragoni suffit pour balancer les doutes graves que le testament d’Ugo de Summo a fait naître dans notre esprit.

L’ancienne chronique belge, qui jouit d’une certaine autorité, assure que le Concile de Mayence célébré en l’année 1049, en présence du souverain Pontife Léon IX et d’Henri, empereur d’Allemagne, institua entre autres choses, la fête de l’immaculée Conception (i).

Ce Concile a été célébré : les vieux chroniqueurs d’Allemagne en parlent presque tous. Il a porté de nombreux décrets, dont le texte ne nous estpointparvenu(2). Nous n’avons donc pour garantie de cette institution, (pie le témoignage de l’ancien chroniqueur belge.

Monseigneur l’archevêque de Rouen, témoin de la tradition de son église, assure, dans sa réponse à S. S. Pie IX, que Jean de Baveux, un de ses prédécesseurs,

(1) « Synodus Moguntiæ geueralis celcbratur (auno 1049) in presentia Sti Leonis papæ et Henrici imperatoris, in qua inter alia instituitur festum Conceptionis D. Mariæ Virginis. » ap. Christ. Lupum. Comm. in concil. Mogunt. op. t. v. pag. 232. ed. Venet. 1723.

(2) Voy. Hartzhein, Concilia Germaniœ. t. m. p. 112. Colon. 1760.

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établit la fête de l’immaculée Conception de Marie, dans l’église de Rouen en l’année 1070 (1).

« L’église de Rouen, dit-il, a la prétention d’être la première, entre les églises deFrance, qui ait célébré l’immaculée Conception. Ce qu’il y a de certain, c’est que les historiens anglais et français désignent ordinairement cette fête sous le nom de Fête aux Normands, Festum Normannorum, Festum nationis Normannicœ. C’est ainsi que la nomme, en 1266, notre grand archevêque de Rouen, Eude Rigaud, dans son registre de visites onde voyages : « VI Id. decembris, in Conceptione B. Mariæ, celebravimus missam in ecclesiaS. Severini (Parisiis), in festo nationis Normannicœ. » Déjà depuis longtemps cette fête se célébrait à Rouen et dans la Normandie. Nous voyons, en 1070 et 1071, Jean de Rayeux, transféré du siège d’Avranches à celui de Rouen, instituer cette fête dans son église métropolitaine, aux joyeux applaudissements du peuple. Et en 1072, de l’autorité du même archevêque, est établie à Rouen l’association ou académie de l’immaculée Conception, dite Puy des Palinods. Ainsi, c’est la réflexion d’un pieux auteur, tandis qu’ailleurs on célébrait des jeux littéraires appelés Puy s d’amour, ou l’on couronnait ceux qui chantaient le mieux la beauté de leurs dames, en Normandie au contraire on avait les Pays de ta Conception de la Vierge, ou des prix étaient donnés aux meilleures pièces de vers en l’honneur de la Dame des deux. »

(1) Pareri de’vescovi. i. 555. Henri de Gand qui vécut jusqu’à la fin du xme siècle, dit aussi que la fête de l’immaculée Conception était célébrée alors avec une grande pompe dans les églises de Normandie. Voy. Quodlibet. xv. q. 16. png. 581. ed. Venet. 1615.

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Le biographe de saintVérémond qui mourut vers l’an 1092, raconte que la fête de l’immaculée Conception de la sainte Vierge fut établie dans tout le royaume de Navarre, peu de temps après la mort de ce saint abbé ; et qu’un document très-ancien, écrit en vieux caractères gothiques, atteste le fait (t).

Cette dernière remarque décèle un auteur récent, qui n’a pas été témoin oculaire du fait qu’il avance. Nous n’avons cependant aucun motif de récuser son témoignage.

C’est à peu près à cette époque que l’on fixe la vision de l’abbé Elsin, et l’institution de la fête de l’immaculée Conception par les soins de saint Anselme.

Le récit de la vision de l’abbé Elsin est apocryphe. Il fourmille d’incohérences, d’anachronismes et de contradictions (2).

Le livre sur l’immaculée Conception que l’on attribuait autrefois à saint Anselme 11’est pas de lui, quoiqu’il soit digne de lui. Au commencement de l’ouvrage l’auteur répond aux objections de saint Bernard. Or, saint Anselme est mort en 1109, et saint Bernard n’a pré-

(1) « Non ita multo post ejus obitum, in eodem monasterio (Hyrachensi) festivitas Conceptionis Immaculatæ celebrata est 8 decembris. Nam non multo post mortem ejusdem sancti, constat ex antiquissima scriptura, caracteribus gothicis exarata, diem ilium solemniter celebrari solitum in toto Navarræ regno, ac sententiam juridicam, in quadam lite hujus monasterii, dilatam fuisse usque ad diem decembris nonam, ob reverentiam l'esti Conceptionis. » Vita Sti Veremundi abbatis Uyrachensis in Navarra , apud Bolland. t. i. Martii. pag. 766.

(2) Voy. La censure des œuvres de saint Anselme par Dom Gerberon... Le P . Plazza, pag. 249. et seq. n’est point parvenu à résoudre toutes les difficultés proposées par D. Gerberon.

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senté ses objections que vers l’année 1140. L’auteur de ce livre l’a donc écrit après la mort de saint Anselme.

Parmi les œuvres du saint archevêque de Cantorbery, on ne trouve aucune trace de la croyance explicite à l’immaculée Conception de la sainte Vierge, ni de l’établissement de la fête de ce mystère. Le Concile de Londres, célébré en 1328, lui attribue l’institution de cette fête en Angleterre (i). On n’allègue point de document plus ancien à l’appui de ce fait.

Gaufride, qui fut abbé du monastère de saint Alban, depuis l’année 1119 jusqu’à l’année 1146 où il mourut, ordonna de célébrer la fête de l’immaculée Conception dans son monastère comme une des fêtes les plus solennelles de l’année (2). Gaufride fut élu dix ans seulement après la mort de saint Anselme ; et la dévotion envers l’immaculée Conception qu’il introduisit dans son monastère y persévéra; car Nicolas, religieux de saint Alban, combattit en faveur du privilège de Marie contre

(1) « Venerabilis Anselmi prædecessoris nostri qui post alia quædain ipsius antiquiora solemnia Conceptionis solemne superaddere dignum duxit, vestigiis inhærentes, statuimus et firmiter præcipiendo mandamus quatenus festum Conceptionis prædictæ in cunctis ecclesiis nostræ Canluriensis provinciæ festive et solemniter de cætero celebretur. # Ooncil. Londin. an. 1528. ap. Labbe. xi. 2478. etap. Wilkins, Concilia magnœ Brilanniæ et Hiberniœ , etc. t. n. p. 552. Lond. 1757.

(2) u Abbas Gaufridus statuit quoque festivitatem Ascensionis Domini principalem fieri ; et festivitatem beati Mattliæi apostoli et evangelistæ, et beati Joannis ante portam latinam. Et beati Ægidii, et Conceptionem Bealœ Virginia et festivitatem beatæ Katherinæ, ob reverentiam Dei et sanctorum, in cappis festive celebrari. Fecit etiam septem cappas quarum una auro et lapidibus obducta est tota, etc. » Matthæi Paris, mon. Alban. Vitæ abbatumSti Albani, p. 40. ad calcem. H ut. majoris. fol. Paris 1644.

l’immaculée conception

Pierre de Celles, qui hésitait à l’admettre; et Matthieu Paris, un siècle plus tard se complut, dans le même monastère, à recueillir la tradition de l’église d’Arménie, relative à ce mystère, dans l’histoire ecclésiastique de son pays, qu’il écrivait alors.

Ce fut pendant la vie de Gaufride que saint Bernard s’opposa à la célébration de la fête de l’immaculée Conception, que les chanoines de l’église primatiale de Lyon venaient d’adopter (i). Ce saint docteur reconnaît qu’alors la fête était célébrée dans un certain nombre d’églises; mais il attribue cet usage à la simplicitéde ceux qui l’ont admis. Ce reproche ne pouvait guère s’appliquer aux religieux de saint Alban, qui étaient instruits, ni à l’église de Rouen, qui était renommée dans les Gaules. L’église de Lyon ne méritait point non plus ce reproche.

D’après deux anciens manuscrits, reconnus en 1648, par Mgr l’Evêque de Namur, la fête de l’immaculée Conception de Marie était célébrée à Liège, en l’année 1142(2).

A l’exemple de saint Bernard, Potho, abbé de Pruime, monastère du diocèse de Trêves, s’éleva, vers l’année 1150, contre la célébration de la fête de l’immaculée Conception, qui se répandait en Allemagne (3); preuve évidente que les résistances qui s’étaient produites jusqu’alors n’arrêtaient point l’élan produit par le sentiment commun des lidèles et la tradition vivante de l’Eglise, en faveur de l’immaculée Conception de Marie.

(1) S. Bernard. Epist. 174. l. i. op. col. 109. ed. Paris 1690.

(2) Voy. Plazza, Causa Imtnac. Concept, pag.257. licite Matthias Hauzeur. Collatio totius tlieolog. t. n. p. 458. Leod et Namurci 1652.

(3) Lib. ni, De Statu domns Dei. in Bibl. Patr. Lugd. t. xxi.p. 502. col. 2.

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Le chapitre de Bazadois en Aquitaine ordonna en 1154, avec le consentement de son évêque, que la fête de l’immaculée Conception, qui était célébrée dans la France à peu près tout entière, fût célébrée désormais dans son église (1).

A la même époque ou à peu près, Pierre Comestor, chancelier de l’église de Paris, encouragea les fidèles à célébrer la fête de l’immaculée Conception, dans un sermon où il exalte cette prérogative de la sainte Vierge, et réfute les objections de saint Bernard (2).

Vers l’année 1170 Pierre de Celles, qui fut élu évêque de Chartres pendant cette controverse, après avoir vengé saint Bernard des attaques assez vives dont il avait été l’objet de la part de Nicolas, religieux du monastère de saint Alban, consentit à accepter la fête de l’immaculée Conception, pourvu que le saint Siège l’approuvât (3).

La fête était célébrée en Belgique à la findu XÏL siècle.

(1) « Ut festum de B. Dei genitricis Conceptione, quod jam fere per totani Galliam devotissime ab onini christiano celebratur populo, boc et a fratribus nostris et tota plebe venerahiliter deinceps celebretur. » Capitul. Vasatense, apud Martene De anliq. eccl. rit. 1. iv. cap. 50. n. 14. p. 119. On trouve le décret tout entier dans le Gallia christiana , tomei, pag. 1198.

(2) Serin o Pétri Comestoris, De Iinma. Concept. Virg. Mariœ. matris Dei. apud P. De Alva et Astorga, Radii solis, p. 614 et seq.

(3) « Credo, dicb, assero, juro beatissiinam Virginem nostrara in æterna prædestinatione singulari privilegio munitam, nec a sua Conceptione in aliquo violatam, sed seniper niansisse et permansisse illibatani... Virginem laudas etego laudo. Prædicas sanctam, etego... Si vero extra comniunis monetæ formam vis fabricare aliam (solenmitatem Conceptionis celebrando) quamnou approbaverit sedes Pétri, cujus est approbare vel improbare ordinem universalis Ecclesiæ, pedem sisto et terminos constitutos non transgredior. » Pétri Cellensis. lib. îx. epist. 10. p. 187 et 190. op. ed. Paris. 1671.

l’immaculée conception

Miræus rapporte deux chartes, signées le jour de la fête de l’immaculée Conception de Marie, en l’année 1195, par Baudouin le Magnanime, comte de Flandre et de Hainaut, en faveur des églises de ses comtés (i).

A Rouen la fête était accompagnée d’une procession solennelle, dont la chronique locale raconte les particularités à l’année 1197 (2).

Le Concile d’Oxford, célébré en 1222, suppose la fête de l’immaculée Conception établie depuis longtemps en Angleterre; il la range parmi les fêtes de second ordre dans lesquelles le peuple, après avoir assisté à l’office divin, pouvait se livrer aux œuvres serviles (3).

Le frère Barthélemi de Trente, un des premiers disciples de saint Dominique, écrivit vers l’année 1240, des vies de saints, qui sont conservées manuscrites dans la riche bibliothèque de la famille Barberini à Rome (n° 2061). Dans les prolégomènes de ce livre on lit: « La Conception de la Mère de Dieu est célébrée par la plupart des églises avec solennité, comme je l’ai vu faire rnoi-

(1) « Actum in solemnitate Conceptionis gloriosæ Virginis Mariæ, anno millésime» centesimo nonagesimo quinlo. — Actum mense Decembri in Conceptione gloriosæ Virginis Mariæ anno m. c. xcv. » Voy. Auberti Miræi, Notitia ecclesiarum Belgii. pag. 476 et 477. 4° Autv. 1630.

(2) « Cuei Walterus archiepiscopus episcopos quosdam a pontificalibus suspendisset, illipro reconciliatione \enerunt ad pedes cjus prostrati, in processione solemni, in festo Conceptionis B. M. V. » Chronic. Rolthomag. ad. an. 1197 et Gallia Christian, t. xi. col. 56.

(5) « Hæc sunt festa in quibus prohibitis aliis operibus, conceduntur opéra agriculturæ et carrucarum... Omnia festa B. Mariæ, præter festum Conceptionis, cujus celebrationi non imponitur nécessitas, b Concil. Oxon. an. 1222. cap. 8. Collect. Conc. Labbe. t. xm. col. 1070. ed. Venet.1732.

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même, en présence de la cour romaine, qui ne l’empêchait pas, dans l’église cathédrale d’Anagnie. Que d’autres en pensent ce qu’ils voudront, pour moi je dirai ce que j’en pense. Dès que Marie est louée ou glorifiée, que ce soit par occasion, par amour et par tout autre motif, je m’en réjouis et je m’en réjouirai. Et en vérité, je ne vois aucun motif pour lequel je ne dirai pas que cette conception est vénérable (1). »

En la même année 1340 le Concile de Worcester, en Angleterre, parle de la fête, mais ne l’admet point dans le catalogue des fêtes d’obligation.

En 1245, le pape Innocent IV, au jour de la fête de l’immaculée Conception consacra l’église du monastère de saint Pierre près de Mâcon (2).

(1) « Conceptio Matris Dci a plerisque solemniter celebratur, sicul ipse, présente Roniana curia nec inhibente, in cathedrali ecclesia Anagniæ ficri vidi. Sentiant alii quod placet; dicam ego quod sentio. Sive per occasionem, sive ex cantate, sive quocumque alio modo Maria prædicetur et laudetur, in hoc gaudeo et gaudebo. Nec causam video cur illam Conceptiouem non dicam venerabilem. Accedit his dictis in testimonium miraculum quod accidittempore ducis Norma norum Gulielmi. Abbas Elsenus vidit quemdam , etc... Quod miraculum per Anglicanam divulgatum et devote receptum est. Et de isto festo propria bistoria postmodum facta, quæ amultis cantatur. Si tibi Virgo placet, placeant justis mea dicta. > Frater Bartholomæus Tridentinus in Prolegom. super liberos epilogorum in gesta Sanclorum, apud Gravois'ZJe ortu et progressa cultus ac festi lmmaculati Conceptus B. Dei genitricis, etc. pag. 6 Summarii, Lucæ 1762. — Sur le Frère Barthélemi, voy. Echard et Quétif, Scriptores ord. Præd. 1. 1. p. 110.

(2J « Innocentius papa IV,anno incarnationis millesimo ducentesimo quadragesimo quinto (12-45), die sacratissimæ Conceptionis Virginis Mariæ, decembris octava, cum maximo comitatu, ecclesiam dignissimam monasterii S. Pétri, juxta civitatem Matisconensem manu propria dedicavit. » Ita Fosli ecclesiæ Matisconensis, laudati in Concil ■ provinc. Ludqun . an 1850. pag 87. Lugd. 1851.

l’immaculée conception

Le catalogue des fêtes célébrées dans l’église du Mans, qui fut composé en l’année 1247, porte, au mois de décembre, la fête de l’immaculée Conception (1).

Dans le chapitre général de l’ordre de saint François tenu à Dise en 1263, saint Bonaventure, alors général de l’ordre, rangea la fête de l’immaculée Conception parmi celles que les enfants de saint François célébreraient désormais avec solennité (2).

Rodulphe évêque d’Evreux, devenu cardinal et évêque d’Albano, quitta son siège en 1262, et deux ans après il fonda la chapelle de l’immaculée Conception dans l’église d’Evreux, en partie avec les dîmes de la forêt du val Rodole, qu’il avait acquises pendant son épiscopat, en partie avec les dons du roi Louis (3).

Garin, abbé de saint Laudomar à Blois, mourut en 1272. La lettre qui annonce sa mort est datée du lundi après l’octave de la Conception de la sainte Vierge (4).

On cite aussi un document signé en 1288 par Robert,

(1) « Sequuntur (lies feriandi per anmim... December. Conceptio B. M. V. » Voy . Statuta Synodalia ecclesiœ cenomanensis anni 1247, apud Martene. Coller, tio veter. script, t. vu. col. 1405. Paris. 1735. et réponse de Mgr Bouvier à Pie îx, le 8 décembre 1849, Pareri de’Vesoovi. u. 426.

(2) « Jussum item ut novae hæ festi vitales admitterentur in ordine, videlicet Conceptionis B. M. V., Visitationis ejusdem, B. Annæillius genitricis, et Marthæ Virginis. » Wadding. Annal. Alinor. ad. an. 1565. n. xv. t. iv. pag. 218.

(3) « Factus Rodulphus cardinalis et episcopus Albanensis Ebroicensi cessuit episcopatui an. 1262. Biennio post fundavit capellam Conceptionis B. M. V. in ecclesia Ebroicensi, de decimis silvae vallis Rodolii, per ipsum dum fuerat episcopus Ebroicensis partim acquisitis, partim ipsi a Ludovico Rege donatis. » Gallia christiana. t. xi. col. 588.

(4) Gallia christiana. t. vin. col. 1558.

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duc de Bourgogne, le mercredi, fête de l’immaculée Conception (1); et une fondation faite par Hugues Viger, doyen du chapitre de Saintes (Santonen.) en 1287, pour célébrer cette fête (2).

La même année le concile d’Exeter (Exonieni), range la fête de l’immaculée Conception parmi celles que le clergé et le peuple doivent célébrer avec solennité (5).

Ranulfe, évêque de Paris, mort le 12 novembre 1288 (4), laissa trois cents livres de Paris, afin de créer une rente pour la célébration de la fête de l’immaculée Conception.

Raimond de Beaumont (Calomonte), évêque de Rodez (Ruthenen.), compta la fête de l’immaculée Conception parmi celles dont l’observation était prescrite dans les statuts synodaux qu’il publia en 1289 (5).

Robert évêque de Chalons, reçut le vendredi après la

(1) Gallia christiana. t. iv. col. 405.

(2) Gallia christiana. t. il. col. 1089.

(5) « Qualia festa debent indici et observari. Ut festorum celebrandorum inter omnes subditosnostros eadem observantia habeatur, festa solemniter celebranda eum clero et populo, præsenti synodo duximus inserenda... Meuse üecembri : Conceptio B. M. » Concil. Exon. auni 1287. cap. 25. apud Labbe Collect. conc. t. xiv. col. 1019. ed. Venet.

(4) « Pridie idus novembris anno 1288, in crastino B. Martini biemalis, obiit B. M. Ranulfus, quondam Parisiensis episcopus, qui dédit ecclesiæ nostræ et nobis unum calicem aureum cum patena et cochleari, ponderis triura marcharum et quinque sterlingorum... Item dédit trecentas libras parisienses ad emendum redditus pro festo Conceptionis B. M. V. celebrando. Item dédit, etc. » in Necrologio eccles. parisiensis , apud Dubois, Historia eccles. Paris, t. ii. p. 512. Paris. 1710, et Gallia christ, t. vu. col. 117.

(5J Voy. Martene. Anecdot. t. iv. col. 765. Paris. 1717.

l’imamculée conception

fête de l’immaculée Conception, en l’année 1306, l’hommage de quelques propriétés (1).

Le Concile delà province de Cambrai, célébré en 1310, ordonne à tous ses sujets ecclésiastiques de célébrer la fête de l’immaculée Conception, avec matines et grand’ messe, et les autres exercices de dévotion, comme une fête solennelle, sous peine d’excommunication (2).

Les statuts de l’église d’Orléans, donnés en 1314, rangent la fête de l’immaculée Conception parmi celles, où il 11’est pas permis de plaider (3), dans le for ecclésiastique.

Milon, évêque d’Orléans, en 1317, prescrit la fête avec l’assentiment de son chapitre (4).

L’Evêque de Faro, en Portugal, répondant à l’encvclique du 2 février 1849, après s’être plaint de la perte des documents ecclésiastiques qu’entraîna la malheureuse invasion des Arabes, assure que l’on sait néanmoins que

ü) Gallia christiana. t. iv. col. 915.

(2) « Statuimus et omnibus subditis nostris ecclesiasticis in virtute sanctæ obedientiæ præcipimus, injungentes ut cum apud eam exuberare debeat devotio tidelium, quæ nostra est apud Deum mediatrix et impetratrix promptissima gratiarum, festum Conceptionis gloriosissimæ Virginis Mariæ octava die mensis decembris cum matutinis et missa, cæterisque divinis obsequiis devote celebrent. Et præcipimus dictum festum tanquam festum etsolenme sub pœna excommunicationis reverenter observari ab omnibus christianis. » Concil. Camerac. an. 1510. Apud Hartzheim Concilia Germaniæ. t.iv. p. 116.

(5) a Sequuntur bic festa, quæ licet non sint per totam diœcesim a clero et populo communiter festivata, in quibustamen ob Dei et ipsorum Sanctorum reverentiam, in foro ecclesiastico minime litigatur... Festum Conceptionis B. M. quod est die 8 decembris. » Apud Martene, Collect. script, veter. t. vu. col. 1287. et Bolland. t. î. Martii, p. 119.

(4) Gallia christiana. t. ni. col. 1472.

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la reine Elisabeth, qui fut l’honneur et les délices du royaume, fit bâtir à ses frais, vers l’année 1320, une chapelle en l’honneur de l’immaculée Conception dans le couvent des Trinitaires de Lisbonne, et y fit célébrer avec beaucoup d’éclat la fête de ce grand mystère. Cette fête, dit le savant prélat, avait été introduite beaucoup plus tôt en Portugal, mais la reine la propagea par son exemple (1).

Le 13 avril 1323, Jean Ursin, archevêque de Palerme, de concert avec deux autres archevêques et neuf évêques, accorda une indulgence aux fidèles qui visiteraient l’autel de sainte Catherine à Palerme, aux fêtes de l’Assomption, de l’Annonciation, de la Nativité, de la Conception et de la Purification de la sainte Vierge, et pendant l’octave de ces fêtes. Le père Plazza a copié le document original qui reposait aux archives de l’église de Palerme (2).

En 1328 le concile de Londres attribue l’institution de la fête de l’immaculée Conception à saint Anselme, et ordonne de la célébrer avec grande solennité dans toute la province ecclésiastique de Cantorbery (3).

Les statuts synodaux de l’église de Soissons, donnés en 1334, ordonnent d’observer les fêtes de la Conception et de saint Nicaise (4).

Baudouin, évêque de Paderborn, institua la fête dans son diocèse en 1331 avec l’assentiment de son chapitre ;

(1) Pareride’Vescovi. i. 509.

(2) Plazza. Causa Imrn. Conceptionis. p. 259.

(5) Concil. Londin. an. 1328. apud Labbe xi. 2478. supra laud. p. 115.

(4) Statuta synod. Suessor. apud Martene Collect. veter. scriptor. t. yiii. col. 1555.

l’immaculée conception

et Louis, évêque de Munster, suivit son exemple sept ans plus tard, en 1338 (1).

Guidon, évêque de Langres (Lingonen.), légua dix livres Tournois en mourant, l’an 1337, pour les faire distribuer à la procession du soir des fêtes de la sainte Vierge, à savoir de l’Assomption, de la Nativité, de la Conception, de la Purification et de l’Annonciation (2).

La même année Bernard de Garnier, évêque d’Albi, fonda un monastère de l’immaculée Conception (5).

L’année 1351, Jean de Saint Paul, archevêque de Dublin, dans le Concile provincial célébré dans cette ville, ordonne que la fête de la Conception de la sainte Vierge soit célébrée dans toute la province solennellement sous le rit double (4).

En 1356 Philippe, évêque de Meaux, approuva la fon-

(1) Hartzheim. Concil. Germaniæ. t. iv. p. 314.

(2) Gallia christiana. t. iv. col. 621.

(5) Gallia christiana A. i. col. 28.

(4) « Hic incipiunt constitutiones domini Johannis desancto Paulo, archiepiscopi Dublin . in concilio provinciali, in ecclesia S. Trinitatis Dublin anno. Chr. 1351 editæ. De festo conceptionisbeatœ Mariæ : Statuimus igitur,hoc sacro approbante concilio, quod festuni Conceptiouis ipsius gloriosæ Virginis Mariæ per totam nostram provinciam perpetuis teniporibus duplici festo solemniter celebretur; subditis ejusdem provinciæ firmiter injungentes, quod in eodem festo in ecclesiis suis parochialibus conveniant et divinis iutersint officiis et præcipue in raissa, et pro suorum remissione peccatorum Deum et dictam gloriosam Virginem sinceris mentibus studeant exorare, ab omni onere sorvili, rurali et manuali prorsus abstinendo, sicut in festo Nativitatis ejusdem Virginis in Christi fidelibus observatur ; et servitium de Conceptione liât eodem inodo quo in Nativitate, hoc mutato, quod ubi dicitur « Nativitas » in festo Nativitatis dicatur « Conceptio i in festo Conceptiouis. # Concil. m. Brit. et liibern. ed. D. Wilkins, t. ni. p. 18.

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tion d’un hôpital, le vendredi qui cette année suivait la fête de l’immaculée Conception (i).

L’église de Strasbourg a inséré cette fête dans son

calendrier de l’an 1364 (2) ; elle célébrait donc alors le

mystère.

Le Concile de Lavaur (Vauren.), en France, accorda, l’annéel368,une indulgence à gagner par les fidèles, aux fêtes de la Nativité de Notre-Seigneur, de l’Assomption, de la Conception et de la Présentation de la bienheureuse et glorieuse Vierge Marie (3).

A l’année 1370, on trouve un acte signé parle chapitre d’une collégiale d’Annecy, signé le lundi qui suivit la fête de l’immaculée Conception (t).

L’Archevêque de Sarragosse ordonna, en 1378, dans un synode, de célébrer désormais chaque année au 8 décembre la fête de l’immaculée Conception, dans la ville eî dans le diocèse de Sarragosse, et de s’abstenir ce jour là de toute œuvre servile (3).

Le chapitre de la collégiale de Tongres, en Belgique, résolut en 1383 de célébrer la fête de rimmaculée Conception avec beaucoup de solennité, comme il convenait à des serviteurs dévoués de la sainte Vierge. Cette fête fut élevée au rit de fête triple, comme celle du patron Saint Materne, et fut placée pour le rit au-dessus des Di-

(1) G allia christiana. t. viii. col. 1656.

(2) Martene. De ant. eccles. ritib. 1. 4. c.50. n. 18. t. m. col. 200. Venet. 1788 (5) Concil. Vaurense. an. 1368. ap. Labbe Collect. concil. t. xv. col. 307.

(4) Gallia christiana. t. n Instrum. col. 444.

(o) Voy. Regesl. authenl. p. 285. à la suite de V Ar marnent, seraphic. L’IMMACULÉE CONCEl'T. T. I. 6

l’immaculée conception

manches de l’Avent, comme elle l’était déjà dans le diocèse de Liège (1). D’oh il est permis de conclure que l’église de Liège, et son vaste diocèse célébraient la fête longtemps avant cette époque, comme l’indique d’ailleurs le document que nous avons cité à l’année 1142 (2).

Richard Arundel, archevêque de Cantorbery, dans le catalogue des fêtes auxquelles il faut s’abstenir d’œuvres serviles, publié en l’an 1400, compte, au mois de décembre, la fête de l’immaculée Conception (3).

Hugues, doyen de Chalons, légua vers l’an 1420 soixante livres tournois, pour célébrer cette fête (4).

Les statuts synodaux de Radulphe, évêque de Tréguier (Trecoren.), renouvelant en l’année 1437, les statuts plus anciens de cette église, range la fête de l’Im-

(1) « Statutum de festo Conceptionis Mariœ. Anno a nativitate Domini, millesirao trecentesimo octogesimo tertio feria sexta post Lucæ evangelistæ mensis octobris die vigesima tertia, hora capitulari in capitulo nostro generali, Nos Rodulphus Decanus, et cæteri cauonici tune residenteset dictum capituluni l'acientes... Ad honorem Dei et Virginis gloriosæ suæ Matris, statuimus et ordinavimus infrascripta : Recognoscentes nos in laudem Virginis gloriosæ, eo specialius debere exurgere, quuni in domo sua de Filii sui patrimonio vivendi percipimus facultatem : Primo , ordinamus ut ejusdem Virginis festum. Conceptionis sub solemnitate triplicis festi, ad instar celebritatis S. Materai de cætero celebretur, et in quatuor horis principalibus, more aliorum triplicium, canonieus qui intererit in qualibet, unum \as siligiuis de suo grosso lucretur. Secundo. Idemque festum et etiam Nicholai, si in dominica evenerit, celebretur prout faciunt ecclesiæ Leodienses... » Liber statut orum ecclesiæ collegiatœTungrensis. pag. xxxi. cité dans la réponse de Mgr Corneille Vau Bomnael, évêque de Liège, le 8 déc. 1819. Voy. Pareri de’ vescovi. n. 421.

(2) Voy. ici pag. 116.

(3) Spelman. Conciliœ Angliœ. t. n. col. 659.

(4) Galliachristiana. t. iv. col. 952.

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maculée Conception parmi celles que le clergé et les fidèles doivent observer (1).

Tout en laissant à l’écart les témoignages récents, et ceux qui ne paraissaient point appuyés sur un monument matériel, nous avons prouvé qu’avant l’époque du Concile de Bâle, la fête de l’immaculée Conception était célébrée dans tout l’univers catholique comme une grande fête, et, dans un grand nombre d’églises, comme une des fêtes les plus solennelles de l’année.

Quand on considère la multitude de documents que nous venons de citer, et l’étendue que le culte de l’immaculée Conception avait prise dans toute l’Europe, au commencement du XVe siècle, on comprend l’entraînement qui existait parmi les pères du Concile de Bâle, et l’ordre que le saint Père avait donné à ses légats, de discuter et de définir la croyance à l’immaculée Conception de la sainte Vierge.

Le Concile n’était plus légitime lorsqu’il promulgua sa décision : son autorité était nulle ; mais son décret, comme monument de la croyance et de la dévotion générales, n’en est pas moins une des pièces les plus remarquables du moyen âge.

Nous avons rappelé ailleurs les termes dans lesquels il a défini la doctrine ; citons ici la partie du décret qui renferme l’ordre de célébrer partout la fête de l’immaculée Conception.

« Renouvelant aussi, dit-il, la prescription qui ordonne

(I) Statuta synodalia RaUulphi, episc. Trccorens. apud. Martene. Anecdot. t. iv. col. 1145.

l’immaculée conception

de célébrer la sainte Conception de la bienheureuse Vierge, dont la fête est solennisée, selon une antique et louable habitude, par l’église romaine et par d’autres églises encore, aux six des ides de décembre, nous statuons et ordonnons que cette solennité ait lieu avec l’appareil d’une fête, au jour indiqué, danstoutes leséglises, monastères et couvents du monde chrétien, sous le nom de Conception ; et ce saint Concile accorde à tous les fidèles vraiment pénitents et confessés, qui assisteront ce jour là à la messe solennelle, cent jours d’indulgence, et autant à ceux qui assisteront aux premières ou aux secondes vêpres, et cent cinquante à ceux qui assisteront au sermon de la fête, voulant que cette concession dure à tout jamais (1). »

Ce décret étend à tout l’univers catholique la fête de l’immaculée Conception, qui était déjà célébrée dans la plupart des églises (2), et il ordonne de la célébrer sous le nom de Conception, et non point sous le nom de

(1) « Rénovantes præterea institutionem decelebranda sanctaejus Conceptione, quæ tara per Romanara quam per alias ecclesias, sexto idus decembris, antiqua et laudabili consuetudine celebratur, statuimus et ordinamus, eamdem celebritatem, præfata die in omnibus ecclesiis, monasteriis, et conventibus christianæ religionis, sub nomine Conceptionis, festivis laudibus colendam esse; cunctisque tidelibus vere pœnitentibus et confessis, ea die, missarum solemniis, centurn, primis autem vel secundis vesperis, totidem ; sermoni vero verbi divini de ea festivitate interessentibus, centum quinquaginta dies, concessione perpetuis temporibus duratura, de injunctis sibi pœnitentiis hæc sancta synodus largitur. » Concil. Basileens. Decretum, apud Labbe. Collect. concil. t. xii. col. 622.

(2) « Quia festivitas sanctissiinæ Conceptionis jam multislocis celebratur, fere omnes credunt ipsam (B. Virginem) non fuisse conceptam in originali peccato. » Joan. de Segovia, Avisamentum vii. pag. 551.

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sanctification, comme les adversaires du privilège de Marie avaient coutume de le faire pour éluder les témoignages de la tradition et la croyance commune des fidèles. Il veut de plus que la fête soit célébrée avec une grande solennité (festivis laudibus), comme une des principales fêtes de l’année; et il appuie cette mesure sur l’exemple de l’Eglise romaine, la mère et la maîtresse les églises.

Quoique ce décret manquât d’autorité, i! exerça néanmoins une grande influence dans l’Eglise, comme manifestation de la croyance commune des docteurs et des fidèles. Après cette époque il serait plus facile de compter les églises qui n’ont pas célébré la fête de l’immaculée Conception de Marie que celles qui l’ont célébrée. Ce culte, on peut le dire, depuis le Concile de Bâle est devenu général.

En alléguant l’exemple de l’Eglise romaine, le Concile de Bâle reconnaît, comme saint Bernard l’avait insinué trois siècles plus tôt, que l’autorité de cette église est décisive en cette matière. Il est donc intéressant de chercher à quelle époque la fête de l’immaculée Conception a été introduite à Rome et célébrée par le saint Siège.

Cette fête n’était point célébrée dans la ville sainte, du temps de saint Bernard (1). Un siècle et demi plus

(1,) S. Bernard. Epist. 174. n. 1 . « Quam (celebritatera) ritus ecclesiæ neseit. * Et n° 9 : « Quæ auteni dixi, absque præjudicio sane dicta sint sanius sapientis : Romanæ præsertim ecclesiæ auctoritati... totum hoc, sicut et cætera quæ hujusmodi sunt universa reservo; ipsius, si quod aliter sapio, paratus judieio emendare. » col. 169 et 172.

l’immaculée conception

tard saint Thomas assure que l’Eglise romaine ne la célébrait point encore (i), mais trente ans au moins avant la mort du docteur Angélique, la cour romaine assistait aux offices et à la messe de l’immaculée Conception, qui étaient célébrés dans la cathédrale d’Anagnie, où elle résidait. Ce fait est attesté par le Frère Barthélemi de Trente, qui écrivait vers l’année 1240 (2), et dont le témoignage doit faire autorité.

Jean XXII, après avoir entendu discuter la question par les Pères Dominicains et les Pères Franciscains, en 1325, célébra avec plus de solennité que jamais la fête de l’immaculée Conception, dans sa chapelle pontificale, et il la fit célébrer aussi dans la ville d’Avignon (3).

Jean Bachon, religieux de l’ordre des Carmes, qui écrivait vers l’année 1330, assure qu’à cette époque la cour romaine, d’après une coutume très-ancienne, assistait chaque année à la messe solennelle et au sermon qui

(1) « Licet, Romana ecclesia Conceptionem B. Virginis non celebret, tolérât tamen consuetudinem aliquarum ecclesiarum illud festum celebranlium. » S. Thom. Aquin. 3. p. q. 27. a. 2.

(2) « Conceptio Matris Dei a plerisque solemniter celebratur, sicut ipse, présente romana curia, nec inhibente, in catbedrali ecclesia Anagniæ fieri vidi. » Bartholomeus Tridentinus, ord. Prad. in Prolegomenis super libro epilogorum in gesta Sanctorum. Après avoir cité ces paroles Cavalesius y ajoute : « Dissertissima isthæc Bartholomæi verba nuper Roraa accepi, fideli manu descripta, ex cod. mss. bibliothecæ Barberinorum, n° 2061. » In notapag. 94.

(3) En 1342, les religieux Carmes d’Avignon célébraient la fête avec solennité; Thomas Waldensis dans son traité De sacramentalibus , cap. 89. op. t. ni. col. 373. ed. Blanchiotti. Venet. 1739. l’atteste. « Amicus Wicleffi armacanus in sermone de Conceptione B. V. M. quem prædicavit anno Dni 1342, in conventu Carmelitarum Avenione, habet exordium : An non merito, etc. »

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

avaient lieu en l’honneur de l’immaculée Conception, dans l’église de l’ordre des Carmes (i).

«La sainte Eglise romaine, dit Thomas deArgentina, a la coutume de célébrer solennellement la fête de la Conception de la glorieuse vierge Marie (2). » Il fut élu général de l’ordre des Augustins en 1345. Son témoignage remonte donc à cette époque.

« La sainte Eglise romaine et catholique qui ne peut se tromper, dit le célèbre Taulère, par cela même qu’elle célèbre solennellement la fête de la Conception de la sainte Vierge, affirme et prouve assez clairement la Conception Immaculée. Car il est indubitable qu’elle n’agirait pas ainsi, si elle n’était point certaine et convaincue que la Conception de cette grande Vierge et Mère de Dieu, a été préservée de toute contagion et même a été sainte (5). »

Gilles de Bellemer écrivit en 1385, qu’il avait vu célébrer la fête de lTmmaculée Conception par le saint

(1) « Publica et diuturna consuetudine celebratum est hoc festum (Imm. Conceptionis) in curia romana, etiam cum venerabili congregatione dominorum cardinalium, cum solemni missa et sermone singulis annis, in domo Fratrum ordinis Beatæ Mariæ de Carmelo : et haec duraverunt tempore multoruni Romanoruin Pontificum usque in præsens tempus. )> Joan. Bachonius. in iv. dist. n. q. A. art. 5. cité au long par P. De Alva et Astorga, Radiisolis , etc. pag. 1075.

(2) « Sancta Romana ecclesia festum Conceptionis Virginis gloriosæ solet solemniter celebrare. » Thom. de Argentina. in ni. sent. dist. 5. q. 1. a. 1.

(ô) « Sancta romana eademque catholica ecclesia quæ errare non potest, hoc ipso quod festum Conceptionis illius solemniter celebranduin colendumque assumpsit, haud obscure (Imm. Conceptionem) astruit et affirmât. Neque enim id ageret ullo modo, nisi Conceptionem tantæ Virginis et MatrisDei omnis fuisse contagionis expertem, imo et sanctam, pro certo exploratoque haberet. » Taulerus, IJb. de A' Cœcitatibus. cæc. iv. pag. cxxxv. ed. Colon. 1518.

l’immaculée conception

Siège, les cardinaux et les prélats delà cour romaine, et dans tous les ordres religieux, à l’exception des Dominicains ; et qu’il savait que cette fête était célébrée à Rome avec l’assentiment du souverain Pontife, comme elle était célébrée alors dans tout l’univers chrétien (1).

Sixte IV donna à la fête le caractère d’une fête généraie de l’Eglise, en accordant à ceux qui la célébreraient les mêmes indulgences qu’Urbain IV avait accordées à ceux qui célébraient la fête du Saint Sacrement, et en approuvant un office propre pour célébrer ce mystère. Aussi au commencement du XVIe siècle l’exemple de l’Eglise romaine était-il considéré comme décisif en faveur de la fête. Le savant Josse Clichtoue, que nous citons d’autant plus volontiers qu’il a plus de mérites dans cette controverse, et qu’il est né dans notre diocèse, s’en prévaut hautement (2).

Nous verrons à l’instant qu’à dater du règne de SixtelV, tous les souverains Pontifes, à l’exception de deux ou trois dont le règne a été trop court pour s’occuper de cet objet, ont puissamment contribué à étendre et à

(1) « Scias quod ego ipse festum hujusmodi (Imm. Conceptionis) solemnizo,et \ idi apud apostolicam sedem per cardinales, prælatos et alios, ac per omnes ecclesias etiam niendicantium, præterquam Fratrum Prædicatorum, sciente et permiltente Romano Pontifice, celebrari ; et intelligo quod per totam christiani tatem celebratur. «Ægidius Bellemer, In cap. conquest. de feriis. an. 1585. apud Gravois. De ortu etprog. festi Imm. Concep. Summarii pag. 16.

(2) « Interea illam celebritatem (Immaculatæ Conceptionis) sanxit ecclesia romana, et propensa est in eam tota fidelium devotio, ut non possit quispiam sine gravi inobedientiæ aut insolentiæ nota illius diei festæ celebrationem recusare. » Judoci Clichtovei. De puritate Conceptionis B. M. V. 1. n. c. 14. pag. 49. Paris. 1515.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

consolider le culte à la Vierge Immaculée, en accordant des faveurs spirituelles considérables à ceux qui le pratiquaient, et en usant de leur autorité souveraine pour réprimer les efforts de ceux qui s’y opposaient.

On a exprimé quelquefois un certain étonnement de ce que la fête de l’immaculée Conception ait été reçue plus tard dans l’Eglise romaine que dans d’autres églises particulières ; mais cet étonnement ne se serait point produit, si on avait réfléchi au grand principe, que nous avons expliqué dans un chapitre précédent, de la vie spirituelle qui anime tout le corps de l’Eglise. L’initiative des actes et des institutions qui manifestent cette vie n’appartient pas seulement à la tête de ce corps, mais aussi à ses membres.

Ainsi l’Eglise d’Espagne a professé avant l’Eglise Romaine, cette vérité que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Léon VIII a d’abord refusé d’insérer cette vérité au symbole de l’Eglise universelle; mais plus tard le saint Siège i’y a admise, et l’a défendue contre l’église grecque qui la repoussait.

La dévotion au rosaire, la dévotion au sacré Cœur et tant d’autres pieuses institutions et pratiques ne sont pas nées à Rome, mais elles y ont été approuvées et encouragées, dès qu’elles ont été reconnues comme des conséquences légitimes de la foi et de la piété des fidèles.

Le saint Siège qui veille à la conservation de la foi et de la discipline, a donc approuvé d’abord la fête de l’immaculée Conception de la sainte Vierge, par son silence, en ne la condamnant point lorsqu’elle était vivement blâmée, par des hommes aussi saints et aussi savants

l’immaculée conception

que saint Bernard. Ensuite il l’a approuvée, il l’a adoptée, et a fini par l’imposer à l’Eglise catholique tout entière.

Cette marche providentielle de l’institution de la fête atteste tout à la fois la vie du corps entier de l’Eglise et la sagesse du saint Siège qui accepte, adopte et approuve tout ce qui tend à nourrir la piété des fidèles et à accroître la gloire de Dieu.

On a demandé aussi comment il se fait que la fête d’un mystère aussi considérable que celui de l’immaculée Conception, ait été instituée si tard dans l’Eglise. Nous venons de voir que l’église grecque n’a pas de monuments certains de l’institution de cette fête avant le VIIe siècle; ni l’église latine avant le IXe.

On aurait dû remarquer d’abord que la fête est de beaucoup antérieure aux monuments qui en démontrent l’existence, puisque ces monuments la supposent établie; et ensuite, que l’institution des fêtes suit le développement de la croyance, qui est successif, comme nous l’avons démontré.

Ce fait est si vrai, qu’il se manifeste non-seulement à l’égard des vérités que l’Eglise propose pour la première fois d’une manière explicite à la croyance des fidèles, mais même à l’égard des vérités généralement professées depuis longtemps. C’est-à-dire qu’elle multiplie les fêtes commémoratives d’un même mystère à mesure que les fidèles s’attachent davantage à le professer, ou y puisent plus de motifs ou de moyens de salut.

Ainsi, quoique la passion du Sauveur soit célébrée

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

avec une solennité extraordinaire pendant la semaine sainte, l’Eglise a institué deux fêtes de la sainte Croix, celle de son Invention et celle de son Exaltation ; et puis des fêtes en l’honneur de la Passion, de l’Oraison de Notre-Seigneur dans le jardin des Olives, du Couronnement d’épines, des Clous sacrés qui ont percé les membres du Sauveur, du Sang qu’il a répandu sur le Calvaire, des cinq Plaies ; ce qui n’empêcha point qu’on n’instituât une seconde fête du saint Sang au premier dimanche de juillet, et deux fêtes des sept Douleurs de la sainte Vierge, l’une fixée au vendredi qui suit le dimanche de la passion, l’autre fixée au troisième dimanche de septembre.

A la fête du saint Sacrement, célébrée le jeudi saint, Urbain IV ajouta la fête fixée au jeudi après le dimanche de la sainte Trinité. Les fêtes de la Pureté et de la Maternité de la sainte Vierge ont été instituées, quoique ces prérogatives fussent honorées depuis des siècles aux fêtes de l’Annonciation et de Noël.

La fête de la Transfiguration de Notre-Seigneur a été fixée au 6 Août, quoiqu’elle existât déjà au second dimanche de carême; celle de saint Paul a lieu au dimanche delà quinquagésime, et cependant on célèbre encore sa conversion au 25 janvier, son martyre au 30 juin, et son apostolat à toutes les fêtes de saint Pierre.

Saints Cosme et Damien ont aussi deux fêtes, l’une au jeudi après le second dimanche du carême, et l’autre au 27 de septembre.

Ce développement des fêtes nous montre qu’il entre dans l’esprit de l’Eglise de présenter un même mystère,

l’immaculée conception, etc.

sous plusieurs faces à l’attention des fidèles, afin qu’ils en découvrent toujours de mieux en mieux la beauté et les profondeurs admirables; mais il nous prouve aussi que les premières fêtes, instituées pour célébrer un mystère de la foi, contenaient virtuellement les fêtes qui ont été instituées plus tard pour le faire mieux connaître.

La fête de la Nativité de la sainte Vierge, par exemple, était destinée à honorer l’origine delà Mère de Dieu; mais cette origine comprenait deux mystères, celui de sa Conception immaculée, et celui de sa naissance sans tache. Ces deux mystères ont été célébrés ensemble pendant des siècles; puis ils ont été célébrés par des fêtes distinctes. Voilà l’histoire véritable de la fête de l’immaculée Conception.

Ce qui nous importe surtout ici, c’est de faire voir que cette fête suppose le mystère, et en prouve la certitude. Puisque l’Eglise catholique a d’abord toléré la fête de l’immaculée Conception, et qu’elle l’a approuvée et prescrite plus tard, c’est que la sainte Vierge a été réellement conçue sans péché; car c’est bien là le privilège qu’elle a entendu honorer en Marie. On est donc conduit par les faits que nous venons d’exposer à conclure que l’immaculée Conception de Marie est réelle et vraie, ou bien que l’Eglise catholique a autorisé et approuvé un faux culte, ce qui est impossible.

Donc la fête de l’immaculée Conception, célébrée dans l’Eglise catholique tout entière, est une manifestation de la tradition vivante de cette église, et une preuve incontestable de la vérité de l’immaculée Conception de la Mère de Dieu.

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