CHAPITRE V
LA TRADITION VIVANTE DE L EGLISE EN FAVEUR DE L’IMMACULÉE CONCEPTION DE LA SAINTE VIERGE CONSTATÉE PARLES MONUMENTS DE LA LITURGIE, PAR LES CONCESSIONS LITURGIQUES DU SAINT SIEGE, ET PAR LES INSTITUTIONS APPROUVÉES DANS L’ÉGLISE.
La tradition vivante de l’Egtise en faveur de l'immaculée Conception constatée par les monuments de la liturgie catholique, et les institutions approuvées par le saint Siège. — Bréviaires, missels, calendriers. — Grand nombre d’offices propres de l’immaculée Conception. — Le plus célèbre est celui que composa Léonard de Nogarolis et qu’approuva Sixte IV en 1473. — Nouvel office approuvé par S. S. Pie IX. — Rites extraordinaires adoptés pour la fête de l’immaculée Conception : la vigile, le jeune, la messe de minuit, la messe de l’aurore et la messe du jour ; la messe votive quotidienne, la fêle de précepte, la commémoraison du privilège dans la préface accordée en 1806 aux PP. Franciscains de Naples par Pie VU, et par Grégoire XVI a un grand nombre d’églises : même commémoraison dans les litanies. — Ordres religieux de l’immaculée Conception ; ordres militaires et de chevalerie. — Confréries de l’immaculée Conception dès le xme siècle. — Le roi d’Aragon se fait inscrire avec sa cour en 1594. — Confrérie des PP. Augustins à Paris, — confrérie de Tolède érigée par Ximénès à laquelle Charles Quint se lit inscrire. — S. François de Sales érigea une confrérie à Annecy. — Un grand nombre d’églises, de diocèses, de royaumes et de villes adoptèrent la Vierge Immaculée comme principale patronne. — Serment de défendre la pieuse croyance. — Unanimité des universités catholiques. — Statues érigées en l’honneur de Marie Immaculée par les souverains Pontifes, les empereurs, les rois, les évêques. — Indulgences. — Pieuses pratiques, aspirations, scapulaires, médailles en l’honneur de l’immaculée Conception. — La place que ce culte et cette dévotion occupent dans la vie de l’Eglise atteste la vérité de la croyance.
Aussitôt que la fête de l’immaculée Conception de la sainte Vierge fut instituée par les conciles et par les évêques, on s’empressa d’en insérer l’office dans les li-
l’immaculée conception
vres liturgiques, qui nous restent aujourd’hui comme autant de témoins de l’extension rapide et à peu près universelle que le culte de l’immaculée Conception de Marie prit au moyen âge.
La plupart des anciens martyrologes indiquent la fête de la Conception au 8 décembre; mais on remarque dans les manuscrits très-anciens que cette fête a été ajoutée en marge, ou insérée dans le texte. Le Père Solerius, dans ses savants commentaires sur le martyrologe d’Usuard, a recueilli les variantes des vieux exemplaires manuscrits de cet ouvrage, et il en cite quatorze sur dix-sept, où la fête de la Conception de la sainte Vierge a été ajoutée. Un seul de ces manuscrits nous dit la date de ce changement, c’est le manuscrit des Chartreux d’Utreclit, qui jusqu’en 1470 avaient célébré la fête de la Sanctification de la sainte Vierge dans le sein de sa mère. A la suite de ces mots: la Sanctification de la Bienheureuse Marie, le rédacteur du martyrologe des Chartreux a placé la note suivante :
« En l’année 1470 notre chapitre général a porté ce décret: Afin qu’une louable uniformité soit observée dans notre ordre, surtout dans la célébration de l’office divin, nous ordonnons que la fête de la Vierge Marie que l’Eglise célèbre maintenant avec solennité au VI des ides de décembre, soit célébrée désormais dans toutes les églises de l’ordre sous le nom de Conception, comme l’Eglise l’a ordonné autrefois, et cela sans égard au statut qui fait mention de la Sanctification (î). »
(1) « Verumanno 1470, talis a capitulo nostro generali emanavit ordinatio :
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Les autres livres liturgiques ont subi des changements et des accroissements analogues. Un pieux serviteur de Marie, qui a publié à lui seul plus de volumes pour la défense de l’immaculée Conception de la sainte Vierge que dix autres écrivains ensemble, le Père Pierre de Alva et Astorga, dit avoir vu de ses veux trois cents soixante-six missels, bréviaires, heures, rituels, et calendriers liturgiques où se trouvait la messe ou l’office de l’immaculée Conception (î). Il énumère par ordre alphabétique les églises et les diocèses auxquels ces liv res appartiennent, afin que chacun puisse contrôler ses assertions. Nous avons trouvé, comme il l’indique, la messe de la Conception de la sainte Vierge, dans les missels de Cambrai (2), de Tournai (3), d’Halberstat (4), de Misnie (en allemand Meissen) (5), de Salzbourg(c),dePassau (7), deMayence(s), de Constance^)
Ob uniformitatem laudabilem in online nostro observandam, et præcipue in celebratione divinorum, ordinamus quod festum Virginis Mariæ quod modo ecclesia solemniter célébrât VI Idtis decembris, amodo sub nomine Conceptionis per totum ordinem universaliter celebretur, quemadmodum alias per ecclesiam fuit determinatum, non obstante statuto quod de Sanctificatione facit mentionem. » Usuard. Martyr, ed. Solerii, p. 729. ed. Antv. 1715.
(1) Radii solis, etc. pag. 91. etseq. Lovarii. 1666.
(2) Missale ad us. ecctes . Camerac. 4°. Paris. 1507.
(5) Missale ad us. eccles. Tornac. fol. Paris. 1540.
(4) Missale ad us. eccl. Halberstad. fol. Basil. 1515.
(5) Missale Misnense. Sine anno et loco. fol. sæc. xvi.
(6) Missale ad usum eccles. Salzburg. 4. Viennæ. 1510.
(7) Missale Pataviense. 4. Venet. 1522.
(8) Missalis Moguntiaci luculentum et divinum opus... fol. 1520.
(9) Missale secundum ritum Constantiensis ecclesiœ. fol. Ingolstad. 1579.
l’immaculée conception
et de Liège (1), et l'office dans les bréviaires de saint Donatien de Bruges (2), du diocèse d’Utrecht (3), de la collégiale de sainte Gudule à Bruxelles (4), et de la congrégation de Windesheim (3), les seuls que nous ayons sous la main.
Quand on songe que la plupart de ces livres servaient aux églises d’un diocèse ou d’un ordre religieux tout entier, et qu’ils datent d’une époque antérieure au concile de Trente et à la réforme des livres liturgiques opérée par saint Pie Y, on se fait facilement uneidée de l’antiquité et de l’universalité du culte de l’immaculée Conception de la sainte Vierge que ces livres attestent.
Et qu’on remarque bien que ces livres ne renferment pas tous les mêmes offices, ni la même messe. A cet égard il y a une grande variété qui montre le zèle
(1.) Missale secundum ordinarium curiæ Leodiensis, ed. du xvc siècle, sans date, ni lieu. Le canon n’est pas imprimé mais écrit sur parchemin en grandes lettres. Ce curieux volume appartient à la bibliothèque de Mgr l’évêque de Liège. — Arevalo dans son Hymnodia hispan. p. 225, fait remarquer que le vieux missel Mozarabe ne renferme pas la messe de la Conception de la sainte Vierge. La messe que l’on trouve p. 415, dans l’édition de ce missel donnée à Rome en 1755, par Leslée, est évidemment récente. Leslée dit dans ses notes, p. 609 : « Festivitas istaignota erat Gotho-bispanis; eam a Gallis suscepisse videntur Mozarabes ; quorum more viii decembris in missali missa propria, et in breviario Mozarabum officium proprio colitur ; at tam Missa quam officium ex orationibushincindeaMissis et officiis Gotho-bispanis desumptiscompositasunt » Le R. P. Ballerini vient de prouver matériellement que S. Ildefonse n’a pas institué la fête en Espagne. Voy. Sylloge monutn. t. 11. præf. Romæ 1856.
(2) Brev . adusum insignis eccl.S. Donatiani Brugen. 2 vol. in-12. Paris. 1520.
(5) üiurnale insignis ecclesiœ Trajectensis. in-52. Paris 1506.
(4) Breviarii ad usum insignis ecclesiœ collegiatœ divœ Gudilœ oppidi BruxellensiSfCameracensis diœcesis, etc. pars hyem. et æstiv. Paris. 1516.
(5) Brev. ad consuet. canonic. reg. congreg. Windesh ■ Antv. 1519.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
et l’activité des pieux défenseurs du privilège de Marie.
Le plus ancien des offices de l’immaculée Conception de la sainte Vierge est sans doute celui de la Nativité de Marie, dans lequel on a substitué au mot. Nativité le mot Conception. Cet office est prescrit dans le récit de la vision de l’abbé Elsin, qui date de la fin du XIe ou du commencement du XIIe siècle. Le bréviaire de l’ordre de saint François, imprimé en 1552 à Paris, le place en tête des autres offices de l’immaculée Conception; et saint Pie V qui a supprimé dans la nouvelle édition du bréviaire romain, publiée en 1568, l’office de Léonard de Nogarolis, approuvé par Sixte IV, a préféré cet office à tous les autres. Cet office exprime très-nettement la prérogative de Marie, puisqu’il renferme entre autres prières, celle-ci : Que tous ceux qui célèbrent votre sainte Conception, ô Vierge Marie, sentent votre secours (i) ! D’ailleurs l’Eglise célèbre la Nativité de Marie, parce qu’elle est sainte; tout le monde en convient; le souverain Pontife a donc déclaré que la Conception de Marie est célébrée parce qu’elle est sainte, en l’assimilant à sa nativité.
Le second office de l’immaculée Conception qui a été aussi très-répandu, se compose de l’office de la Nativité, dans lequel les six premières leçons des matines sont prises de la lettre supposée de saint Anselme, où se trouve racontée l’apparition d’un ange qui ordonna a l’abbé Elsin de propager la fête de l’immaculée Conception. Cet office porte dans le bréviaire Franciscain de
(1) Second répons du troisième nocturne.
l’immaculée conception
1552, ce titre : Officium novum cum indulgentici audientium.
Le troisième office qui se trouve aussi parmi les offices propres des pères Franciscains, est intitulé : Officium Conceptionis BMV . ex concilio Basileensi. Les leçons du premier nocturne se composent du décret du Concile de Bâle que nous avons déjà traduit (1). Les leçons du second et du troisième nocturne sont tirées de la prétendue lettre de saint Anselme sur l’immaculée Conception. Les antiennes et les répons sont propres. Il y a un office pour la vigile et un pour l’octave.
Le quatrième office de l’immaculée Conception, qui est sans contredit le plus célèbre de tous, fut composé par Léonard de Nogarolis, protonotaire apostolique et secrétaire de Sixte IV, que les rubriques du bréviaire Franciscain appellent maître ès arts et docteur en théologie très-fameux.
Nous ne pouvons mieux en faire valoir l’autorité qu’en rapportant ici l’approbation solennelle dont Sixte IV le revêtit en 1476, dans sa célèbre bulle Cum prœcelsa (2).
ù Quand nous scrutons, dit le saint Pontife, avec une pieuse attention les mérites insignes et sublimes par lesquels la Reine des deux la glorieuse Vierge, Mère de Dieu, brille dans le séjour céleste, comme l’étoile du matin au milieu des autres astres, et que nous considérons dans le fond de notre âme, qu’en sa qualité de voie de la miséricorde, de mère de la grâce, d’amie de la pitié, et de
(1) Voy. ici pag. 59 et 128.
(2) Voy. Wadding. Annal. Minorum. ad an. Ü77. n. 3. t. xrv. p. 171.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
consolatrice des hommes, elle intercède sans cesse pour le salut des fidèles, qui sont chargés de péchés, auprès du Roi qu’elle mit au monde, nous sommes persuadé qu’il est juste, et même qu’il est nécessaire d’inviter tous les chrétiens à rendre à Dieu tout-puissant des actions de grâces et des louanges de la Conception admirable de cette Vierge Immaculée, et d’assister aux messes et aux offices que l’Eglise de Dieu a institués en son honneur, afin que par les mérites et l’intercession de cette même Vierge ils participent plus abondamment à la grâce divine. Car c’est la divine Providence qui, considérant de toute éternité l’humilité de cette sainte Vierge afin de réconcilier un jour avec son auteur la nature humaine, laquelle, par la chute du premier homme était devenue sujette à la mort éternelle, la prépara par l’opération du saint Esprit à devenir la demeure de son Fils unique, qui devait prendre d’elle la chair de notre mortalité pour la rédemption de son peuple, de manière à ce qu’elle restât Vierge Immaculée après son enfantement. Déterminé par cette considération, et appuyé sur l’autorité de ce Dieu tout-puissant et des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, de notre autorité apostolique, nous ordonnons et établissons par cette constitution, dont l’effet sera perpétuel, que tous les fidèles des deux sexes, qui auront, avec piété, célébré ou récité la messe et l’office de la Conception de la glorieuse Vierge, selon la forme pieuse, dévote et louable composée par notre cher fils, le docteur Léonard de Nogarolis, clerc de Vérone, et notre notaire, et d’après l’institution de la messe et de l’office que nous avons approuvés pour le jour de la
l’immaculée conception
solennité de la Conception et pour son octave, ou bien qui auront assisté aux heures canoniales de cet office, chaque fois qu’ils le feront, gagneront la même indulgence et rémission des péchés qu’en vertu d'une constitution d’Urbain IV approuvée dans le Concile de Vienne, et des constitutions de Martin V et d’autres souverains Pontifes, gagnent ceux qui célèbrent ou récitent la messe et les offices dans la fête du saintSacrement, à commencer par les premières vêpres et pendant l’octave, et selon l’usage romain, ou bien assistent à cette messe, à cet office ou à ces heures. Et cette constitution aura son effet à perpétuité. Donné à Rome, à saint Pierre, l’an de l'Incarnation 1476, le 3 des kalendes de Mars, l’an VI de notre pontificat. »
Cet office que l’on désigne souvent par les premiers mots delà première antienne desvêpres: Sicut lilium est composé avec beaucoup d’art et de goût, et a été misa contribution par tous ceux qui ont essayé plus tard de composer des offices de l’immaculée Conception. La messe Egredimini , qui y correspond est très-bien faite et a été la plus répandue. L’ordre de saint François a toujours conservé cet office et cette messe, même à l’époque où saint Pie V les abrogea pour revenir à l’office de la Nativité. Le souverain Pontife permit aux enfants de saint François de les conserver comme office propre.
Plus tard le saint Siège permit à un grand nombre d’églises, surtout en Espagne, de reprendre l’office de Léonard de Nogarolis, afin de professer, comme elles le désiraient, d’une manière plus explicite le privilège de la sainte Vierge.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Cet office venait d’être approuvé par Sixte 1Y lorsque Bernardin de Bustis, grand zélateur delà gloire de la sainte Vierge, et grand promoteur de son Immaculée Conception, composa lui-même un office nouveau pour célébrer ce mystère.
Il fut moins heureux, quoique beaucoup plus prolixe, que Léonard de Nogarolis. Cependant Sixte IV voulut l’encourager. Il avait approuvé et enrichi d’indulgences l’office de son secrétaire ; il permit simplement aux fidèles de réciter l’office composé par Bernardin de Bustis. Le bref qu’il expédia à cet effet, en 1480, est un nouvel acte d’encouragement posé par le saint Siège, et à ce titre il mérite d’être connu. En voici les termes : « A notre cher fils Bernardin de Bustis de Milan, de l’ordre des Mineurs de l’observance. Nous consentons toujours bien volontiers aux choses qui contribuent à augmenter la piété. Prêtant donc une oreille favorable à vos demandes, nous accordons en vertu de notre autorité apostolique par les présentes, que vous et tous les autres qui voudront le faire par un sentiment de piété, pourront librement et licitement réciter l’office de l’immaculée Conception que vous avez compilé et disposé : nonobstant toute constitution ou disposition apostolique contraire quelconque. Donné à Rome, à saint Pierre, sous l’anneau du pêcheur le 4 octobre 1480 (i). »
(1) « Dilecto filio fratri Bernardino de Bustis deMediolano, ord. Minor. de observante. Libenter ad ea concedenda inducimur, quæ devotionis respiciunt incrementum. Tuis igitur in hac parte supplicationibus inclinati, lit officium Conceptionis B. V. Mariæ, per te compilatuni et ordinatura, tu et omnes qui id voluerint pro de-
l’immacilée conception
Cet office a été peu répandu, et peu connu. Baillet qui se pique de beaucoup de critique l’a confondu avec l’office de Léonard de Nogarolis, dont il est tout à fait distinct (1).
L’office de l’immaculée Conception que le cardinal Quignon adopta pour le nouveau bréviaire qu’il composa à la demande de Clément Vlll, et qu’il publia en 1535 à Rome avec l’approbation de Paul 111, n’est qu’un abrégé de l’office de Léonard de Nogarolis. Le cardinal Quignon avait été général de l’ordre de saint François ; il devait rester fidèle aux traditions de sa famille.
A une époque qui m’est inconnue, un office propre de l’immaculée Conception fut admis dans le bréviaire romain, et il y est resté jusqu’à nos jours. Il est remplacé maintenant par le nouvel office propre que S. S. Pie IX a approuvé et proposé aux églises du monde catholique dans sa lettre encyclique du 2 février 1849.
Plusieurs offices nouveaux de l’immaculée Conception ont été composés pour les nouveaux bréviaires français, publiés dans le courant du XVIIIe siècle, mais je n’ai pas eu l’occasion de les voir. Les hymmes propres de l’office du bréviaire de Paris sont citées avec éloge (2).
votione sua dicere et recitare, libéré et licite possitis et valeatis, seu possint et valeant, auctoritate apostolica tenore præsentium concedimus pariter et indulgenius : non obstantibus constitutionibus et ordinationibus apostolicis, cæterisque contrariis quibuscumque. Datum Romæ, apud S. Petrum, sub annulo Piscatoris, die IV octobris an. 1480. Pontificatus nostri an. X. » Voy. Wadding. Annal. Minor. t. xiv. p. 254. ad. an. 1480. n. 58.
(1) Baillet. Vie des Saints, au 8 déc. p. 156. ed. fol.
(2) Voy. L’instruction pastorale de S. E. le cardinal Gousset, archevêque de Reims, dans les Pareri de’ vescovi , vii. 223, et son ouvrage intitulé ; La
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Outre les offices destinés au culte public, il existe un petit office de l’immaculée Conception de la sainte Vierge, dont j’ignore l’origine, mais qui doit être assez ancien. L’édition donnéeà Anvers en 1630, porte qu’il est emprunté à des heures antiques (1). Un décret de la congrégation des indulgences le proscrivit en 1676, parce qu’on l’avait publié avec des indulgences apocryphes; mais cette mesure excita tant de réclamations et de rumeurs, qu’après l’avoir fait examiner, Innocent XI l’approuva de nouveau, et permit même, en 1680, aux jeunes clercs et à des religieux de substituer cet office au petit office de la sainte Vierge qu’ils étaient obligés de réciter (2).
Il existe aussi un office monastique adapté au rit de l’ordre de saint Benoît, dont Monseigneur Brunaccini, archevêque de Montréal en Sicile, écrivait le 30 décembre 1849 à sa Sainteté: «Le pieux abbé du monastère royal des PP. Bénédictins du mont Cassin, M. D. Gaspar Rivarola, vicaire général de mon prédécesseur, Mgr Dominique Benoît Balsamo, a non-seulement composé un mémoire dans lequel il prouve l’immaculée Conception par des raisons théologiques, mais il a composé un office
croyance générale et constante de l'Eglise , touchant l'immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, etc. Paris 1855.
(1) Officium de Iminac. Conceptione ex antiquis Horis acceptum , novo et pio usu receptum. Antwerpiæ 1630! Cet office est publié a la suite d’un petit ouvrage avec titre gravé, qui porte l’inscription suivante : Typus prædestinationis et Conceplionis Mariæ filiœ Dei bnmaculatœ. Les matines de cet office commencent ainsi : Eia mea labia nunc annutiate Laudes et prœconia Virginis Beatce.
(2) Voy. U ce sujet Plazza, Causa Imm. Conc. p. 445.
l’immaculée conception
propre selon le rit monastique, dont les PP. Bénédictins pussent se servir dans l’église cathédrale (1). »
En 1489, Innocent Vlll approuva l’ordre de l'immaculée Conception, et imposa à celui-ci l’obligation de réciter chaque jour de l’année, à l’exception de quelques fêtes, outre les heures canoniales ordinaires, un office propre de l’immaculée Conception, qui fut composé, si je ne me trompe, par Ambroise Montesinos, et approuvé par le saint Siège (2).
Robert Gaguin, général des Trinitaires, composa à la même époque, en vers, un office de l’immaculée Conception, qu’il publia à la suite d’un petit traité sur ce mystère, mais qui n’a jamais servi, à ce que je pense, dans les églises (5).
En 1529, le célèbre imprimeur Kerver, publia à Paris un livre d’heures à l’usage de l’ordre de saint Dominique, dans lequel il inséra un petit office propre de la Conception de la bienheureuse Vierge Marie, qui énonce le mystère avec netteté et une certaine énergie (4).
Sixte V approuva en faveur des Pères Franciscains un
(1) Pareri de ’ vescovi. n. 495.
(2) Voy. Le P. Passaglia, pag. 1899 et 1903.
(3) In Conceptione B. M. V. per eumdetn Gaguinum Officinm. A la suite du traité intitulé : Robertus Gaguinus, De puritate Conceptionis B. M. V. et imprimé à la fin du xve siècle.
(4) Horæ B. M. V. ad usum Fratrum Prædicatorum ord. sti Dominici... oflicio Conceptionis Immaculatœ Yirginis et officio sti Dominici in aliis orariis hactenusimpressis nequaquam inserlis, adauctœ. 8. Parisiis. 1529. Voici la première hymme : « Benedicta Conceptio — Virginia matris Maria* — Festivetur cum gaudio. — Adsit dies lætitiæ ; — Lætetur Iota regio, — Servions régi gloriæ, — Non obstante objurgio — Detrabentis invidiæ. »
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
office propre pour tous les jours de l’octave de la fête de l’immaculée Conception (1).
Paul V, quelques années plus tard, revêtitdeson approbation un nouvel office composé en l’honneur de ce mystère, et très-répandu, à ce qu’il paraît, en Allemagne (2).
Le Bréviaire du diocèse de Nevers avait des hymnes propres (5).
Le nouveau Bréviaire de Paris renfermait un office propre, composé pour cette église, avec des hymnes nouvelles que d’autres diocèses adoptèrent plus tard (4).
Enfin, vers le milieu du XVIIIe siècle, le roi Charles 111 obtint de Clément Xlll, pour les églises d’Espagne, un nouvel office de l’immaculée Conception, qui fut récité dans un grand nombre d’églises (5).
(1) « Sisto V a’ Frati Minori diede un particolare officio délia Coricezione da recitarsi per tutta l’ottava délia festa, ein coro e fuori. » F. A. Zaccaria, Diss. ital. 1. 11. p. 214. Voy. Bulla Ineffabilia. an. 1588; Regest. p. 172.
(2) Voy. B. V. Mnriæ originaria immunitas a sequioribus Lamindi Prit, cens, vindicala, auct. Georgio. Lincii 1756, pag. 55. « A teneris jam annis oflicium parvum de Unm. Conceptione, omnium manibus teritur, omnium ore recitatur. . in quo ad matutiuas dicitur : Tepulcliram ornavit sibi sponsam, in qua Adam nonpeccavit. Ad primam : Salve Virgo sapiens... al) omni contagio mundi præservata. In tertia : Decebattam nobilem natum. . . Almam quam elegerat Genitriccm vere nulli prorsus sinens culpæ subjacere... »
(3) Voy. Guyet. Heortologia, Hymni de sanctis. p. 569. Venet. 1729.
(4) Voy. le Bréviaire de Paris de 1 756.
(5) « In Virginis immaculatæ festivitate oflicium proprium præclarissimum recitandum perHispanosa Glemente XIII concessum est ; quod etiam recitandum concessit in sabbatis singulis non impeditis. » Episc. Cauriensis. in resp. ad Pium IX. Pareri i. 83. — « Clerus tam sæcularis quam regularis lmjusdiœcesis et totius nationis hispanicæ utitur recitatione et missa propria Conceplionis Virginis Mariæ tempore Garoli 111 adoptatis...» Episc. Anciens, ibid. Pareri i. 265. — Cavalesius sous le nom de Octavii Valerii, De superstitiosa timiditate
On formerait un volume des liymmes, des proses et des cantiques qui ont été composés en l’honneur de la Conception de la Vierge Marie ; il est impossible de les énumérer toutes tant leur nombre est grand (1). Nous reproduirons les plus remarquables à la fin de cet ouvrage avec les offices de Léonard de Nogarolis et de Bernardin de Bustis, monuments aussi curieux que respectables de la croyance de l’Eglise à l’époque de Sixte IV.
Je le demande maintenant à tous les hommes de bonne foi, n’est-il pas prouvé par les monuments de la liturgie catholique que le culte rendu à la Vierge immaculée est très-ancien, et que depuis plus de quatre siècles il est moralement universel?
Mais ce culte repose sur la croyance au privilège de Marie: cette croyance est donc vraie, elle est donc certaine: elle a donc pu être définie, à moins qu’on ne soutienne, ce qu’aucun catholique ne peut soutenir, à savoir
vitanda , etc. Tridenti 1751. p. 326, parle d’un office de l’immaculée Conception composé en vers, et imprimé à Naples en 1742, qui fut condamné par l’inquisition, sous le règne de Benoît XIV.
(1) On en trouve un certain nombre dans le Parnassus Marianus , seu flos hym~ norumet rhythmorum de SS. Virgine Maria, ex priscis tum Missalibus tum Breviariis plus sexaginta, collectore A. De Balinghem. S. J. pag. 4. etc. Duaci 1624, et dans les Lateinischen Hymnen des Mittelalters, vonF.J.Mone, pag. 7. etseq. t. ii. Marienlieder, Freiburg. 1854. — L’abbé Delbos, dans le Manuel complet des dévots à l’immaculée Conception de Marie, pag. 164. Tournai 1855, parle d’hymnes composées en l’honneur de ce mystère par l’évêque Zacharie et approuvées par Léon X. — 11 existe aussi des Strophes attribuées à Marcus Maxiinus, évêque de Sarragosse, sous le roi Sisebut. Voy. Pareri. ni. 278. — M. l’abbé Bigaro, de Venise, a composé aussi quelques hymnes qui expriment très-nettement le mystère. Voy. Pareri vu. Append. p. cxxi. — Arevalo, Hymnodia hispan. Romæ 1786, pag. 225, publie les hymnes propres du Bréviaire d’Espagne.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
que l’Eglise catholique, depuis plus de quatre cents ans, se livre à un culte faux, et professe en matière de dogme une fausse croyance.
Aux monuments matériels de la liturgie, qui viennent de passer sous nos yeux, ajoutons les actes du saint Siège, qui ont élevé successivement le culte de la sainte Vierge immaculée au rang des dévotions les plus solennelles et les plus privilégiées de l’Eglise. Il y a certes aussi, dans cet ensemble de dispositions bienveillantes, une manifestation sensible de l’esprit de Dieu et de la tradition vivante du corps de Jésus-Christ.
Dès l’année 1477 Sixte IV attachait à l’office de l’immaculée Conception , les indulgences que ses prédécesseurs avaient attachées à l’office du Saint Sacrement. C’était élever du premier coup la dévotion envers la Vierge Immaculée au rang des dévotions les plus saintes et les plus recommandées.
Léon X fit une autre concession non moins significative : il permit en Espagne de célébrer la sainte Messe de l’immaculée Conception, le jour de la fête, à minuit, comme s’il eût voulu assimiler, pour le rit, cette fête à la fête de Noël (i).
L’Eglise de Panama, outre la messe de minuit, célèbre une messe de l’aurore, et une messe du jour (2).
L’église de Pesaro, en vertu d’un privilège très-ancien ou plutôt d’une coutume immémoriale, célèbre tous les jours de l’année, même aux plus grandes fêtes, une messe
(1) Pareri v. 263.
(2) Ibid. 11. 264.
votive de l’immaculée Conception, messe qui est dite de grand matin, et qui est toujours très-fréquentée (1).
Saint Pie Y éleva la fête de l’immaculée Conception au rit double de seconde classe.
Clément Vlll la déclara fête double majeur (2).
Dans sa réponse à l’encyclique du 2 février 1849, Mgr. l’archevêque de Chieti rappelle, en peu de mots, une foule de semblables faveurs accordées par le saint Siège.
« Depuis Alexandre Vil, dit-il, à l’exception d’Alexandre Vlll, tous les souverains Pontifes, jusqu’à vous, saint Père, ont accordé les plus grandes faveurs à la pieuse croyance. Des fêtes, des messes, des offices, même le samedi, avec des privilèges extraordinaires, aux royaumes, aux églises, et aux ordres religieux, ont été accordés par Sixte IV, Innocent Vlll, Jules 11, Paul 111, et après Pie V, par Sixte V, Paul V, Urbain Vlll et après Alexandre Vil, par tous ceux qui ont suivi. Léon X accorda à l’église de Molinala permission de célébrer, à la vigile de l’immaculée Conception, une messe solennelle comme celle de la nuit de Noël. Clément X permit, à la demande de la reine, que dans la chapelle royale de Somerset en Angleterre, une messe votive fût célébrée en l’honneur de l’immaculée Conception tous les samedis de l’année, à l’exception des vigiles de Pâques, de la Pentecôte, de Noël, et de la fête même de l’immaculée Conception. Clément IX avait ordonné que la fête, la messe et l’office fussent de précepte pour l’Etat ecclé-
(1) Pareri. h. 148.
(2) Ibid. vi. 118.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
siastique, (les états du Pape). Innocent XII étendit le précepte à l’Eglise universelle. Innocent XI avait ordonné que la fête fût célébrée au rit double en Espagne; ClémentXI prescrivit le rit double pour toute l’Eglise(i).»
Urbain Vlll, en 1631, accorda à l’église de saint Jacques des Espagnols à Rome de célébrer la fête de l'immaculée Conception sous le rit double de première classe^).
Innocent XII prescrivit, le 15 Mai 1693, l’office avec octave, ce qui suppose au moins le rit double de seconde classe (ô).
Benoit XIV, en 1742, voulut qu’au jour delà fête il y eût chapelle papale à sainte Marie Majeure, c’est-à-dire que le souverain Pontife et les cardinaux célébrassent la fête avec pompe.
Le 6 décembre 1708, Clément XI déclara la fête de précepte pour toute l’Eglise (4).
Il y avait alors soixante ans, qu’Urbain VIII, à la demande de l’empereur Ferdinand, avait rendu la fête de l’immaculée Conception de la sainte Vierge obligatoire pour tous les états soumis à l’Autriche (s).
Dans beaucoup d’églises d’Italie, de Sicile et d’Es-
(1) Pareri. vu. xiu.
(2) F. A. Zaccarie. Dissert. ital. t. ij. p. 214. et s.
(ô) Voy. Plazza. Causa 1mm. Conc. p. 4-17.
(4) Bulle Commissi nobis : « Sincera nostra erga augustissimam cœli veginam, patronam, advocatam nostram, devotione incitati, festum Conceptionis ipsius B. M. V. immaculatæ ubique terrarum in posterum ab omnibus et singulis utriusque sexus fidelibus sicut alia festa de præcepto observationis lestoruin eomprehendi, auctoritate apostolica tenore præsentium decernimus, præcipimus, mandamus. j> Clcmens xi. 6 decemb. 1708.
(5) Th. Strozzi. lib. ix. c. 19. p. 554.
l’immaculée conception
pagne, la fête est devenue obligatoire plus tôt, et la vigile de la fête était célébrée par un jeûne général.
Le 10 juillet 1818 Pie YII prescrivit le jeûne de la v vigile à toutes les églises du royaume de Naples et de Sicile (i).
Mgr l’évêque de Lamego en Portugal, dans sa réponse à Sa Sainteté Pie IX, sollicite la faveur de pouvoir célébrer dans son diocèse la messe de la vigile de l’immaculée Conception, que les Franciscains du royaume de Naples célèbrent en vertu d’un induit du 3 Août 1849 (2).
Le Patriarche de Lisbonne assure que, dans son diocèse, la fête de l’immaculée Conception est la plus solennelle de toutes les fêtes de l’année après celle de Pâques (3).
Le 17 Mai 1806, Pie YII permit aux Franciscains du royaume de Naples de chanter dans la préface de la sainte Vierge: Et te in Conceptione immaculata... C’est-à-dire d’énoncer formellement la croyance au privilège de Marie, dans l’office public et solennel de l’Eglise.
Trente ans plus tard cette faveur fut étendue par Grégoire XVI d’abord, et ensuite par S. S. Pie IX, à une multitude d’églises et d’ordres religieux. C’est à la même époque que fut accordée la permission de célébrer l’immaculée Conception, dans les litanies de Lorette,
(1) Pareri. v. 75.
(2) Pareri. iii. 74. — Mgr l’évêque de Scio engage le saint Siège à faire mention de l’immaculée Conception de la sainte Vierge dans le canon de la messe. Pareri. i. 153.
(3) Pareri. m. 54.
auxquelles fut ajouté, avec le consentement du saint Siège, ce verset expressif: Reine conçue sans péché , priez pour 7ious.
Lorsque S. S. Pie IX pensa sérieusement à définir la croyance à l’immaculée Conception de la sainte Vierge, le culte de ce mystère était parvenu à un degré de solennité auquel il ne restait pour ainsi dire rien à ajouter.
La fête était célébrée, dans quelques églises, selon le rit double de première ou de seconde classe; dans d’autres églises, selon le rit double majeur; elle avait sa vigile avec jeûne; elle avait son octave; elle avait, comme la fête de Noël, sa messe de minuit, sa messe de l’aurore, et sa messe du jour; par une exception rare, elle était célébrée, au moins dans une église, par une messe votive quotidienne; on pouvait gagner à cette fête les mêmes indulgences qu’à la fête du saint Sacrement ; l’ordre de saint François et une multitude d’églises proclamaient la Conception Immaculée dans le chant solennel delà préface de la sainte Messe, et dans les litanies de la sainte Vierge. Qu’est-ce que le saint Siège pouvait ajouter à ce culte pour l’élever encore, pour le rendre plus éclatant? Evidemment le mystère de l’immaculée Conception, avant qu’il fût défini par le saint Siège, était célébré comme un mystère déjà défini par la croyance et par le culte public de l’Eglise catholique.
Pour achever le tableau dont nous venons d’esquisser les principaux traits, il ne nous reste qu’un mot à dire des institutions les plus remarquables qui attestent la croyance vive, ancienne, universelle du peuple chrétien à l’immaculée Conception de Marie.
De toutes les institutions que la religion inspire et consacre, les plus importantes sont sans contredit les ordres religieux.
Eh bien l’histoire nous apprend que Bernard de Garnier, évêque d’Albi, mort en 1337, érigea à Rome même un monastère de l’immaculée Conception, qui fut occupé plus tard par les sœurs de l’Annonciade (1).
En 1489, Béatrice de Silva, issue du sangroyal de Portugal, fonda l’ordre des religieuses de l’immaculée Conception de Marie, que le pape Innocent VIII approuva par sa bulle du 30 avril de cette année. Le saint Siège détermina leur costume, ou plutôt il approuva celui que la sainte Vierge elle-même semblait avoir choisi, lorsqu’elle apparut à Béatrice de Silva, et lui inspira le désir de fonder cet ordre. Il lui prescrivit l’habit et le scapulaire blanc, le manteau hyacinthe ou bleu de ciel, orné d’une image de l’immaculée Conception de la sainte Vierge : symboles de la pureté, de l’innocence et de l’origine toute céleste de Marie (2).
La reine Isabelle d’Espagne, épouse de Ferdinand le catholique, abandonna à l’ordre naissant un grand palais qui fut transformé en monastère, et où Béatrice se retira avec douze personnes pieuses qui partageaient son zèle et son amour pour la gloire de Marie.
Jules II, Alexandre VI et d’autres souverains Pontifes confirmèrent la bulle d’innocent VIII, et enrichirent l’ordre de faveurs spirituelles, de telle sorte qu’il se propa-
(1) Gallia christiona. 1. 1. p. 26.
(2) H. Maracci. Fundatores Mariani. pag. 264-. et Strozzi. pag. 596 et seq.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
gea rapidement en Espagne, et y jouit d’une grande considération.
La vénérable Ursule de Benincasa fonda deux monastères de l’immaculée Conception de la sainteVierge, dans la ville de Naples, vers l’an 1669, sous la direction des pères Théatins (1).
La ville de Mérida, en Amérique, possédait aussi un monastère de l’immaculée Conception célèbre dans la contrée (2).
Le 20 septembre 1625, Urbain VIII, à la demande d’Isabelle, reine d’Espagne, institua un ordre militaire de l’immaculée Conception dont il bénit l’habit et l’envoya à la reine (3). Cet ordre se propagea ensuite dans les états d’Autriche où il contribua à la défense de la chrétienté (4).
Dans le royaume de Portugal un ordre équestre de l’immaculée Conception existe depuis longtemps (5).
Charles III, roi d’Espagne, érigea un nouvel ordre équestre de l’immaculée Conception vers le milieu du XVIIIe siècle. Cet ordre s’étendit dans les colonies espagnoles.
Il existait déjà en Espagne un ordre équestre, d’autant plus remarquable qu’il avait pour but principal d’obtenir la définition de l’immaculée Conception de la très-sainte Vierge, dont nous venons d’être témoins.
(I) Slrozzi. p. 474.
($)Pareri iv. 168. Lettre de Mgr l’évêque de Mérida.
(5) Strozzi. p. 554.
(4) II. Maracci. Pontifices mariani. p. 252. Roniæ. 1642.
(5) Pareri. ii. 162. Lettre de Mgr l’évêque de Porto.
« Dans la ville de Ronda, dit Mgr l’évêque de Malaga, fleurit un ordre équestre célèbre, dont la reine d’Espagne est présidente; il est composé de personnes pieuses et nobles, qui depuis son origine, en 1572, professent la plus vive dévotion envers l’immaculée Conception, et se glorifient de porter sur leurs drapeaux, dans leurs armoiriers, et sur leurs boucliers une très-belle image de ce mystère. Mais ce qui mérite surtout de fixer l’attention, c’est que cet ordre est obligé, par un statut particulier, de travailler de toutes ses forces à obtenir la définition dogmatique de l’immaculée Conception, et, dès qu’elle sera obtenue, de la proclamer par ses membres, montés sur des chevaux caparaçonnés, avec un grand cortège et une grande pompe, avec toutes les démonstrations d’une grande joie et d’un solennel triomphe (1). »
Plusieurs ordres religieux, créés sous une autre dénomination, se glorifient d’avoir été placés dès leur origine sous la protection de la Vierge Immaculée. Tel est entre autres l’ordre de Prémontré fondé par saint Norbert au commencement du XII siècle. On prétend que ce saint Patriarche, dès l’origine, avait consacré sa famille spirituelle à Marie, et adopté l’habit blanc comme la livrée de la Vierge sans tache (2).
Une congrégation de clercs fondée à Compostelle était consacrée à l’immaculée Conception (3) ; et la con-
(1) Pareri. m. 12.
(2) Georgius. Spiritus litterarius Norberlinus vindicatus. pag. 411. An S. P. Norbcrtus ordinem suum instituent in honorem Immaculatæ Conceptionis B. M. V.? Aug. Vindel. 1777.
(3) Pareri. n. 291.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
grégation des Oblats de Marie, fondée dans le courant de ce siècle à Marseille, se glorifie du même patronage (i).
Les confréries des deux sexes dédiées à l’immaculée Conception de Marie sont vraiment innombrables. Nous en indiquerons quelques-unes des plus célèbres.
Avant l’année 1266, la fête de l’immaculée Conception était célébrée dans l’église de saint Severin à Paris, par la nation normande. Nous avons vu que le célèbre Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, y prit part cette année. En 1350, une confrérie de l’immaculée Conception existait dans cette église.
Indigné de l’audace de Monteson et de ses disciples qui après avoir été condamnés à Paris et à Avignon, niaient l’immaculée Conception en Espagne, Jean I, roi d’Aragon, lit ériger, en 1394, une confrérie de l’immaculée Conception dans laquelle il se fit inscrire avec toute sa cour (2).
Les pères Augustins de Paris possédaient, en 1440, une confrérie de l’immaculée Conception devenue très-célèbre. Eugène IV7 l’avait érigée par une bulle spéciale, et il lui accorda de nouvelles indulgences par un bref du 30 Août 1442. Plus tard Nicolas Y, Sixte IV et Innocent VIII lui octroyèrent d’autres faveurs spirituelles (3).
On a prétendu qu’Eugène IV avait approuvé, au Concile de Florence, un décret contraire à celui que le Concile de Râle avait porté en faveur de l’immaculée Conception. La bienveillance que ce grand Pape témoigna à
(1) Pareri. ni. 361.
(2) Strozzi. p. 304.
(5) Strozzi. p. 363.
la confrérie des pères Augustins de Paris prouve la fausseté de cette assertion.
Le cardinal Ximénès rétablit à Tolède la confrérie de l'immaculée Conception fondée par Ferdinand et Elisabeth, rois d’Espagne, dans laquelle Charles Quint se fit inscrire (i), et qu’Adrien YI approuva (2).
Saint François de Sales avait fondé une confrérie de l’immaculée Conception à Annecy (5).
Philippe III, roi d’Espagne, imita Charles Y, en faisant ériger de nouvelles confréries en l’honneur de ce mystère (4); il fut imité par Charles III, un de ses successeurs.
La cathédrale de Narni possède une confrérie de l’immaculée Conception fondée seulement en 1732, et qui compte aujourd’hui cent quatre vingt quinze mille membres inscrits sur ses registres. Les habitants de la ville et du diocèse, quelque soit leur âge, leur condition et leur sexe, tiennent à honneur d’y appartenir (5).
Mgr l’archevêque de Carthagène écrit au souverain Pontife, qu’il s’empressa, dès qu’il eut reçu l’encyclique du 2 février 1849, de fonder une confrérie de l’immaculée Conception pour obtenir du Ciel par ses prières, que le saint Siège définisse le mystère : en peu de semaines cette confrérie fut répandue dans tout son diocèse (o).
On essaierait en vain d’énumérer les royaumes, les
(1) Pareri. vin. 97. et Wadding. Legatio Philippi ni. etc. p. 503.
(2) H. Maracci. Bibliotheca mariana. t. i. p. 13. Romæ. 1648.
(3) Pareri. vi. 504. et sa vie.
(4) Strozzi. p. 505.
(5) Pareri. n. p. 298.
(6) Pareri. i. 86.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
provinces, les villes, les familles et les églises qui ont choisi la Vierge Immaculée pour leur patronne.
En voici un court aperçu.
Marie fut choisie pour patronne spéciale :
En 1646, du royaume de Portugal et de toutes ses possessions, par Jean IV, roi de Portugal (1),
En 1647, des états d’Avignon (2),
En 1649, des états d’Autriche par l’empereur Ferdinand III (3).
Le patronage fort ancien en Espagne, fut renouvelé en 1760, à la demande du roi Charles lïl (4).
La sainte Vierge Immaculée était la patronne des Indes (5); du Mexique (g), qui s’appelle la nation marienne; de Manille (7), où une multitude d’églises sont consacrées sous le vocable de l’immaculée Conception; de File de Majorque (s), 011 les magistrats célèbrent la fête avec pompe; de la cathédrale et du diocèse de Mérida dans l’Amérique méridionale (9) ; dans le même pays, du diocèse de santa Marta (10), dont les armoiries se composent de l’image de la Vierge Immaculée. En 1726, le diocèse de Tortone, en 1741, celui de Bénévent, en 1745
(1) Pareri. i. 106. n. 161 et 197. et Strozzi p. 565.
(2) Strozzi. p. 565.
(3) Strozzi. p. 559.
(4) Pareri. i. 489. Gravois De orig. festi. 1mm. Conc., p. 176.
(5) Pareri. i. 502.
(6) Pareri. ni. 75.
(7) Pareri. n. 241.
(8) Pareri. n. 154.
(9) Pareri. ni. 185.
(10) Pareri. m. 206.
l’immaculée conception
la ville de Valence (1), en 1763 le diocèse de Lucques (2); et plus récemment encore l’église des Etats-unis (3), le district central de l’Angleterre (4), et le vicariat apostolique de Xansi, en Chine (5), ont choisi Marie Immaculée commme leur première et spéciale patronne.
Dès la fin du XVl! siècle, l’usage de faire le serment de croire et de défendre le privilège de l’immaculée Conception, et ensuite celui de verser au besoin son sang pour cette défense, s’introduisit dans l’Eglise, et devint commun dans la plupart des pays catholiques.
En 1497, l’université de Paris lit un décret qui excluait de son sein ceux qui refuseraient de faire le serment de professer et de soutenir la croyance à l’immaculée Conception.
Un semblable décret fut porté, en 1499, par l’université de Cologne; en 1501 par celle de Mayence; en 1617 par celle d’Alcala, et en 1618 par celle de Salamanque (6).
Dans les possessions de l’Espagne et du Portugal, en Europe, en Amérique et aux Indes, dans l’Italie et dans la Sicile, l’usage de prêter ce serment était général (7). Pas une fonction civile, pas un grade, pas un bénéfice n’était conféré sans que l’on fit ce serment (s); des
(1) Gravois De ortu et progressu cultus ac festi lmmaculati Concept us B. üeig. V. Mariœ. Lucæ 1762. Sumraarii pag. 63. et 64.
(2) Pareri. iv. 8.
(3) Concil. Baltimor. anai 1849.
(4) Pareri. m. 28.
(5) Pareri. ni. 98.
(6) Voy. Plazza, Causa Imm. Concept, p. 583 et seq.
(7) Pareri. iii. 5.
(8) Pareri. i. 260.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
évêques d’Espagne assurent qu’ils l’ont prêté jusqu’à cinq et jusqu’à six fois dans différentes circonstances de leur vie.
Le peuple de Catane, en Sicile, renouvelle ce serment chaque année (1).
Les États généraux de Sardaigne le prêtèrent en 1633 (2); et les États de Brabant en 1639 (3).
Paul Y, dans les premières années du XV1L siècle, érigea une statue magnifique à la Vierge Immaculée devant l’église de sainte Marie Majeure à Rome, où on l’admire encore aujourd’hui.
En 1618, la ville de Grenade érigea une statue semblable à ses portes, sur une haute colonne, afin que la Vierge Immaculée dominât toute la contrée (4).
En 1649, l’empereur Ferdinand III d’Autriche fit élever une statue très-belle de l’immaculée Conception au milieu de Vienne sa capitale, et ce fut devant cette statue qu’il consacra ses états à Marie Immaculée, le 18 mai de cette année (5).
Le pieux souverain fit ériger ensuite une statue semblable à Prague, et consacra à Marie Immaculée le royaume de Bohême (6).
Enfin, en 1660, l’université de Douai dressa une statue semblable, prêta le serment de défendre toujours le pri-
(1) Pareri. h. 195.
(2) Pareri. il. 273.
(3) Pareri. vu. 157.
(4) Pareri. m. 188.
(5) Strozzi. p. 559.
(G) Strozzi . p. 559.
l’immaculée conception
vilége (le Marie, et fit line procession générale qui laissa dans toute la population les plus profonds souvenirs (i).
Loin de comprimer la dévotion envers Marie Immaculée, le saint Siège ne cessa jamais de l’encourager, en ouvrant aux fidèles qui la pratiquent, les trésors spirituels de l’Eglise.
Sixte IV, nous l’avons vu, appliqua à la récitation de l’office de l’immaculée Conception les indulgences qu’Urbain IV avait attachées à la fête du saint Sacrement.
En 1710, Clément XI approuva le rit de bénir et d’imposer le scapulaire bleu de l’immaculée Conception, et il attacha des indulgences spéciales à ce scapulaire (2).
Le 21 novembre 1793, Pie VI accorda une indulgence de 100 jours aux fidèles qui réciteront cette prière: Vous avez été Immaculée dans votre Conception, ô Vierge Maine! Priez pour nous Dieu le Père dont vous avez conçu le Fils Jésus par V opération du Saint-Esprit (5) /
Mgr l’évêque de Malaga,dans sa réponse à l’encyclique du 2 février 1849, fait remarquer que dans les pays soumis autrefois à la domination de l’Espagne et du Portugal, il existe un usage général d’associer le culte de Marie Immaculée au culte du saint Sacrement, afin de rappeler que c’est de la Vierge Mère, de la Vierge Immaculée que
(1) Pareri. vu. 170. — On trouve un catalogue très-étendu des églises, chapelles et autre lieux consacrés à l’immaculée Conception dans le Regestuin auth. pag. 615. à la suite de YArmament. seraphi.
(2) Pareri. vi. 118.
(3) # In conceptione tua, Virgo Maria, immaculata fuisti ; ora pro nobis Patrem cujus Filium Jesum de Spiritu sancto conceptum peperisti. » Pareri de'vescovi. \i. 120.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
le divin Sauveur a reçu le corps qu’il nous donne et que nous adorons dans la sainte Eucharistie.
Le chapitre de la cathédrale de Malaga ordonna, en 1663, que les prédicateurs récitassent, avant leur sermon, cette courte prière qui devint bientôt populaire en Espagne : Béni soit toujours et loué le très-saint Sacrement de l’autel , et la Conception Immaculée de la bienheureuse Vierge Marie, Notre-Dame, qui a été conçue sans péché dans le premier moment de son animation (i).
De là est née la louable coutume de répondre à la salutation chrétienne qui est répandue partout : Que Jésus- Christ soit Joué! par ces paroles qui renferment une aspiration vers Marie : Et que l’immaculée Conception de Marie soit louée !
Dans certaines régions les fidèles s’abordent en disant : Je vous salue, Marie très-pure! et ils répondent: qui a été conçue sans péché.
Les autels érigés en l’honneur de la Vierge Immaculée, les scapulaires portés pour obtenir sa protection, les images et les médailles propagées pour conserver son souvenir sont innombrables, et d’un usage universel (2). Depuis la définition prononcée par S. S. Pie IX, cet usage
(1) Pareri. ni. 9.
(2J Le nombre des médailles qu’on expédiait de Rome dans l'univers chrétien, au commencement du xvne siècle, était immense. Voy. Wadding, Legatio Philippi m et iv, etc ,,pro definienda controv. Conceptions B. M. V. Lovanii 1021. p. 291. Jules II et Léo X ont enrichi ces médailles de nombreuses indulgences. Voy. Ibid. p. 502. Adrien VI et Grégoire XIII ont accordé de nombreuses indulgences aux confréries de l’immaculée Conception. Ibid. p. 505. — Voy. aussi Petrus De Alva et Astorga, Militia Itnm. Concept, verbo Monetœ. p. 1080.
166 l’immaculée conception, etc.
a pris une nouvelle extension dont nous sommes tous témoins.
Les actes du culte que nous venons de décrire, la dévotion générale et fervente que nous venons de rappeler, les manifestations de tout genre dont nous avons recueilli les attestations, prouvent d’une manière frappante la tradition vivante de l’Eglise au sujet de l’immaculée Conception de Marie, et nous permettent d’affirmer que depuis quatre ou cinq siècles, aucune dévotion, conforme à l’esprit de l’Eglise et approuvée par elle, ne s’est aussi profondément enracinée dans le cœur des fidèles, et n’a occupé autant de place dans la vie du peuple chrétien.
La dévotion envers l’immaculée Conception a été si vive et si universelle, durant les quatre siècles qui viennent de s’écouler, que les manifestations qui la révèlent ont en quelque sorte débordé du sein de l’Eglise. La croyance à ce mystère est donc vraie, elle émane donc de la source même des vérités catholiques, elle est révélée de Dieu.