‹ L'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge MarieChapitre 10 sur 64 · PROCLUS, PATRIARCHE DE CONSTANTINOPLE, VERS LAN · texte numérisé non relu

PROCLUS, PATRIARCHE DE CONSTANTINOPLE, VERS LAN

S. Jean Chrysostôme est mort en 407, avant que Pélage eût agité la controverse relative au péché origineL Ses disciples florissaient pendant que saint Augustin défendait l’universalité du péché originel contre ces

faciam. » S. Joan. Clirysost. Homil. xvn. in Genes. t. iv. p. 145. ed. Montf. — Il serait évidemment absurde de supposer que saint Jean Chysostôme parle ici d’une inimitié naturelle, d’une antipathie spontanée, pour le serpent, considéré comme animal. Le saintdocteur rappelle les paroles que Dieu adressa au démon, caché sous le serpent qui lui servait d’instrument. Cela parait évident, incontestable. Voy. le mot dans Suicer. Thés, eccles. 1. 1. col. 557. ed. 1746.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

nouveaux hérétiques, et, sans prendre part à cette controverse qui ne leur était point inconnue, ils rendirent hommage au privilège de la Mère de Dieu.

Proclus, dès sa jeunesse, avait vécu avec saint Jean Chrysostôme dont il fut le secrétaire ; il assista au coucile d’Ephèse en qualité d’évêque de Cyzique, et y défendit avec une grande éloquence les privilèges de la sainte Vierge. Après avoir refusé plusieurs fois le siège patriarcal de Constantinople,, il fut obligé d’y monter, et l’occupa jusqu’à l’année de sa mort, qui arriva en 447.

On conçoit combien est grande l’autorité d’un homme aussi savant et aussi haut placé dans l’Eglise.

Dans une de ses homélies, parlant de saint Joseph le père nourricier du Sauveur, qui songea à renvoyer son épouse soupçonnée d’infidélité : « Joseph, dit-il, ignorait que le prophète semblable à Moïse (le Messie), devait naître d’une vierge intacte; il ne pensait pas que celle-ci avait pu devenir le temple de Dieu, ayant été formée dé un limon pur . Il ne savait pas que le second Adam devait être pétri, par les mains immaculées de Dieu, de la terre de ce paradis virginal (i). »

C’est la pensée des prêtres et des diacres d’Achaïe renforcée. Les enfants d’Adam naissent tous d’une nature corrompue qui n’est qu’un limon impur, souillé par le péché; la Vierge Mère seule fait exception à la

(1) «Non noverat Prophelam ilium Moysi similem(Deuter. xviij, 15, 18.), ex puella nuptias non exporta processurum. Non meminerat potuisse eam efiici templum Dei, quæ ex miindo erat formata luto. Latebat eum ex virginali rursus paradiso intemeratis Domini manibus plasmari secundum Adam. » Proclus, Jlom. yi. Laudatio Deiparœ, n.8. apud Galland. t. ix. p.637.

condition commune : elle a été formée d’un limon pur, qui n’a contracté aucune souillure; et ce grand privilège lui a été accordé parce que Dieu devait, de ses mains immaculées, former le corps du second Adam, de la terre de ce paradis virginal, comme il avait tiré le corps du premier Adam de la terre du paradis terrestre. Proclus affirme donc que Marie fut formée, c’est-à-dire créée, dune substance pure, et que sa pureté ressembla à celle du paradis avant la chute, c’est-à-dire qu’elle fut dès son origine étrangère à la malédiction et au péché.

Plus loin, Proclus place cette exclamation dans la bouche des démons effrayés à la vue de la sainte Vierge mettant le Sauveur au monde : « Aurons-nous donc à lutter avec une seconde Eve? Devrons-nous diriger nos armées contre une femme immaculée (1) ? »Ce patriarche compare Marie à Eve au moment où celle-ci fut attaqué par le serpent, c’est-à-dire dans l’état d’innocence et de sainteté parfaite : et il indique l’objet de sa comparaison en appelant la seconde Eve comme la première, une femme immaculée.

La pensée de l’auteur nous paraît aussi claire que le jour. Cependant il l’exprime d’une manière plus frappante encore à la fin de la même homélie, où il dit : « La sainte Vierge est un globe céleste d’une nouvelle création, SUR LEQUEL LE SOLEIL DE JUSTICE A TOUJOURS JETÉ SA LUMIÈRE, EN CHASSANT TOUT A FAIT DE CETTE AME LA NUIT DU PÉCHÉ (2). ))

(1) Id. ibid. 11. 16. p. 644.

(2) « Ipsa (Maria Virgo) novæ creaturæ cœlestis globus super quem sol justitiæ

Que le lecteur veuille bien remarquer sous combien de ligures différentes le privilège de Marie est ici directement exprimé.

D’abord Marie est un globe céleste étranger aux souillures et aux misères de la terre.

Elle est aussi un globe de nouvelle création; elle n’appartient pas à la création première qui est déchue de la sainteté originelle. Cette expression est usuelle chez les Pères de l’église grecque. Elle signifie que Marie est une créature à part, qui s’élève, par sa création même, au-dessus de tous les autres êtres créés. Si l’emploi que les saints Pères ont fait de cette expression est si fréquent, c’est qu’elle était très-bien comprise du peuple; et puisqu’elle est figurée, il faut aussi que la vérité qu’elle rappelle ait été bien connue.

De plus, Marie est un globe sur lequel le divin soleil de justice a toujours jeté sa lumière. Elle a donc été éclairée et embellie d’une clarté céleste, dès qu’elle fut créée ; elle n’a pas subi, comme le globe terrestre que nous habitons, le chaos primitif.

Enfin la nuit du péché a été chassée tout à fait de cette âme bénie. Cette nuit du péché, dont parle Job, n’est que la tache originelle que nous contractons tous en naissant. Marie ne l’a point connue!

Voilà donc quatre figures différentes sous lesquelles Proclus, dans l’espace de quatre lignes, exprime le privilège de l’immaculée Conception !

semper radios emisit, omnem ab anima tota peccatorum noctem fugando... » ld. ibid. n. 17. p. 646.

Si la pensée de saint Jean Chrysostôme pouvait paraître douteuse, la doctrine de son disciple Proclus y jetterait un jour éblouissant.

THÉODOTE DANCYRE, VERS L’AN 43o.

Ce pieux évêque compte parmi les adversaires les plus éloquents de Nestorius. Il vint en aide à saint Cyrille d’Alexandrie dans le Concile d’Ephèse. Voici en quels termes il exprima la sainteté originelle de la Mère de Dieu.

« À la place de la vierge Eve, qui a été pour nous un instrument de mort, Dieu a choisi, pour nous donner la vie, une Vierge très-agréable à ses veux et toute pleine de sa grâce ; Vierge qui appartient au sexe féminin, mais qui est étrangère a l’iniquité de la femme. Vierge innocente, sans tache, sans faute, sans souillure, intacte, sainte cVesprit et de corps, produite comme un lis au milieu

DES ÉPINES, QUI NE CONNAIT POINT LES MAUX d’ÈVE... QUI AVANT SA NAISSANCE ÉTAIT CONSACRÉE A DIEU SON AUTEUR... Après

sa naissance, elle fut offerte à Dieu pour vivre dans le temple et dans le sanctuaire... toute imbibée du saintesprit, et revêtue de la grâce comme d’un manteau ; n’aimant que les choses divines et fiancée a dieu par le

COEUR (l). »

(T) Theodot. Ancyr. Orat. in StMariam Deip. n. il. ap. Galland. t. ix. p. 475. Au même endroit Théodote dit : « La divine Providence nous a donné Marie, qui fut digne de son Créateur, qui nous obtint de grands biens, qui fut fille d’Adam , mais dissemblable à lui. » Que signifient ces paroles, sinon que Marie a été toujours sainte et jamais pécheresse?

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Quel magnifique tableau de la sainteté originelle et perpétuelle de la Mère de Dieu !

Marie est étrangère à l’iniquité d’Eve ! Car c’est en la comparant à Eve qu’il la proclame étrangère à l’iniquité de la femme. Marie est sainte d’àme et de corps, parce qu’elle a été produite comme un lis au milieu des épines, comme une âme innocente, immaculée, au milieu des pécheurs, sans connaître les maux, c’est-à-dire les châtiments d’Eve, dont le premier est la perte de la grâce originelle, et le dernier l’enfantement dans la douleur. Marie a été consacrée à Dieu avant sa naissance, c’est-àdire dès le moment de sa création, dès qu’elle a été produite, comme un lis entre les épines ; dès lors aussi elle a été fiancée àDieu par le cœur, c’est-à-dire par sa nature.

La pensée de fauteur est indubitable et n’exige aucun commentaire.

ANASTASE LE SINA1TE, PATRIARCHE d’aNTIOCHE, VERS

l’an 580.

Anastase a écrit douze livres de contemplations sur l’œuvre des six jours, dans lesquels il s’exprime ainsi :

« Qui oserait dire que Marie qui est de la même essence que Dieu (dans son humanité), n'a pas été créée à l'image et à la ressemblance de Celui qui est né d'elle ? Comment serait-elle la mère d’un tel fils, sans porter en elle-même l'image intacte (integram) de sa progéniture (1) ? »

Les anciens enseignent assez généralement que Dieu

(1) Anast. Sinaïta. Contempl. in Ilexaem. 1. vi.

en créant le premier homme à son image et à sa ressemblance, représenta son image dans les qualités naturelles d’Adam, dans son intelligence, dans sa volonté, dans son libre arbitre, dans le domaine qu’il exerce naturellement sur les autres créatures, et qu’il exprima sa ressemblance en Adam en le comblant de ses grâces surnaturelles, de la sainteté originelle, de la grâce sanctifiante et des vertus qui rendent l’âme semblable et agréable à Dieu, considéré comme sanctificateur.

Anastase le Sinaïte fait ici allusion à cette doctrine commune. En disant que Marie fut créée à l’image de son Fils, il déclare que son corps fut fait à l’image de ce divin Fils ; en disant que Marie fut créée à la ressemblance de son Fils, il déclare que son âme fut ornée de la sainteté de son Fils. Et comme cette double image fut toujours entière, toujours intacte en Marie, depuis l’instant où elle fut créée jusqu’à son dernier soupir, il est évident que, dans la pensée d’Anastasele Sinaïte, Marie fut sainte dès le premier moment de sa création.

Page 1