ISIDORE DE THESSALQNIQUE, VERS LAN
Dans son homélie sur l’Annonciation de la sainte Vierge, cet écrivain qui a dit tant de choses magnifiques de la Mère de Dieu, s’exprime ainsi sur le privilège de son Immaculée Conception :
« Nous avons abandonné, misérables mortels, Dieu notre bienfaiteur, et nous avons adhéré au serpent infernal !... L’iniquité s’est répandue sur la terre, et la tempête de l’injustice a frappé tout l’univers. Cependant Dieu regardait du haut du ciel, et cherchait s’il n’y avait personne sur la terre qui lui fût agréable et qui fût apte à briser les liens qui enchaînaient les hommes ; et il ne trouva personne, parce que tous jusqu’au dernier étaient infectés du venin du serpent. Mais après le cours de plusieurs siècles, lorsque parut la Vierge très-pure, cette
(1) « Cum hoc (amoreDei) conyenita anima mea, hymnodiam intermitti nesciam pertexit. » Jacob, monach. Hom. in visit. B. N. V. ap. P. Ballerini. Syllogemonum. t. 11. p. 4-95. Roraæ. 1856.
créature sublime par sa nature, cette Vierge dont la vertu, pour me servir des paroles du prophète, s’étend jusque sur les deux, et dontla splendeur remplit la terre. Dieu commença à opérer des prodiges par cette Vierge, et il arracha ses esclaves des mains du tvran infernal...
il refit à son image ceux qui avaient été ses ennemis (1). »
Ainsi, avant la création de Marie, personne n'était exempt de la morsure du serpent, tous les hommes étaient infectés de son venin; mais lorsque Marie parut dans la nature, Dieu trouva enfin une personne que le serpent n'avait pu atteindre, et qui était devenue ainsi un instrument apte à l'accomplissement de ses miséricordieux projets.
La pensée d'Isidore est claire comme le soleil, mais écoutons-le encore lorsqu’il affirme que Marie, seule parmi les mortels n’a pas été obligée de dire avec David : Voici que ma mère via conçue dans le péché.
« 11 fallait, dit ce pieux auteur, que Dieu même préparât le mariage dans lequel Marie fut conçue. Afin que la plus pure des vierges évitât l’accusation que chacun doit prononcer contre soi avec le prophète , et qu’elle pùt dire en toute vérité d’elle-même : Pour moi, je nai point été conçue dans l'iniquité, et je suis la seule qui n'aie point été conçue par ma mèredansle péché; car cette grâce (d’être conçue sans péché) est comprise parmi les bien-
(1) Isidor. Tliess. Hom. in Ânnunc. Deip. in Mariale, p. 62. ed. Maracci. Romæ. 1651.
DE LÀ SAINTE VIERGE MARIE
faits que j’ai célébrés lorsque j’ai dit : Celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses (1). »
Ce remarquable témoignage explique ce que les autres pères et docteurs de l’Eglise grecque ont voulu dire, lorsqu’ils ont proclamé Marie tout à fait innocente, toujours sainte, plus pure que les anges. Dans leur pensée, ces expressions signifiaient que, seule parmi les mortels, Marie avait pu dire : « Pour moi, je n’ai pas été conçue dans le péché. »