UGO DE SUMMO, DE CRÉMONE, EN
Ugo de Suinmo, fils du comte Uspinelli, et prêtre-cardinal (?) de Crémone, écolàtre et bibliothécaire, donna, en l’an 1047, à l’église de Crémone une de ses terres, à condition que l’on fit sculpter une statue de la Vierge Immaculée, et qu’au jour de la fête de l’immaculée Conception on chantât un trope ou une hymne, conçue en ces termes :
« Je vous salue, ô fille du Père éternel, qui êtes d’une blancheur aussi éclatante que celle du lis î Je vous salue, Mère du Rédempteur! Je vous salue épouse du Saint- Esprit! Je vous salue, ô élue de la Trinité, vous qui avez été conçue sans péché ! Je vous salue, triomphatrice du serpent infernal, vous qui seule n’avez jamais senti son dard ! Je vous salue, ô élue de la Trinité, vous qui avez été conçue sans péché (1) ! «
(J) « Candidissima uti lilia,
Salve, æterni Patris filia.
Salve, mater Redemptoris,
Salve, sponsa Spiratoris Sine macula concepta.
Salve, Triadis electa.
Salve, inferni victrix aspidis,
Illius expers sola cuspidis.
Salve, Triadis electa Sine macula concepta. »
Tropus cremonensis Ugonis de Summo. ap. P. Ballerini Monumenia ad mysltr.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Si ce document est authentique, il est sans contredit, avec le témoignage de Paschase Ratbert et celui de saint Augustin, le monument le plus remarquable de la tradition catholique dans l’Eglise latine avant l’époque où la contestation relative à l’immaculée Conception fut soulevée par saint Bernard. 11 est antérieur de soixante ans à la mort de saint Anselme, à qui une tradition orale attribue la première institution de la fête de l’immaculée Conception. Mais nous avons expliqué ailleurs les doutes qu’il nous inspire.
SAINT PIERRE DAMIEN, VERS LAN J07r>.
Dans un sermon sur l’Assomption, ce grand saint et savant écrivain exprime fort clairement la croyance à l’immaculée Conception de Marie. Quoique le passage soit un peu long, je le cite volontiers, parce qu’il est magnifique.
« Notre premier père, dit saint Pierre Damien, a été créé dans la lumière du midi, à l’image et à la ressemblance de son Créateur ; mais séduit par le serpent il s’est précipité avec sa postérité dans la mort et dans les ténèbres. Dès cette heure, jusqu’à l’arrivée de la sainte Vierge, des ténèbres ont régné sur toute la surface de la terre, et l'on n'a trouvé personne qui en sortit ou qui put les dissiper. Avec le temps les ténèbres allèrent croissant, jusqu’à ce qu’une nuit terrible et d’une épaisse
Concept. Imm. Virginis Deiparœ illustrandum . 1. 1. pag. 25. ed.Romanæ. 1854. Nous alléguons ce document sous les réserves que nous avons faites dans le premier volume, page 111. Voy. aussi mon Iconographie de l’Imm. Concep. p. 128.
l’immaculée conception
obscurité ensevelit le genre humain tout entier. C’est de cette nuit qu’il est écrit: Vous avez répandu les ténèbres, et il s est fait nuit (Gen. i, 26.). Mais lorsquela sainte Yierge naquit, une aurore s’est levée, parce que Marie, par sa naissance, qui annonçait la vraie lumière, rendit sereine une matinée lumineuse. Marie est vraiment l’étoile du matin qui brille au milieu des nuages, et qui, en resplendissant au sommet des cieux, éclaire le monde entier de ses rayons éblouissants et de ses couleurs. Elle est l’aurore que suit le soleil de justice, ou plutôt dont ce soleil naît, et dont la clarté ne le cède qu’à celle de ce soleil î Elle est cette aurore que ne vit point celui qui vit toute chose sublime (le démon), et auquel le bienheureux Job pria le Seigneur de la cacher, en disant : Qu'il ne voie point la naissance de V aurore qui s' élève. (Job. ni, 9.) Le jour où Adam fut créé, est votre jour, ô Seigneur ; la nuit où Adam fut soustrait à ce jour, est votre nuit; et c’est vous, Seigneur, qui nous avez créé cette aurore, c’est-à-dire la Yierge Mère de Dieu, et le soleil de justice qui s’éleva de la couche virginale. Gomme l’aurore est le terme de la nuit et le commencement du jour, ainsi la sainte Yierge a chassé la nuit éternelle et répandu au milieu du jour sur le monde, ce jour nouveau qui avait lui de la terre de sa virginité (i) ! »
En deux mots voici cette belle théorie :
Adam créé dans la lumière de la grâce en déchut et tomba avec toute sa race dans la nuit du péché. À la
(!) S. Petrus Damiani. Sermo xl de Assumptione B. M. V. n. i. t. ii. op. p. 98.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
naissance de Marie une aurore se leva et annonça la véritable lumière, Jésus-Christ. Marie fut elle-même cette aurore dont le soleil de justice naquit, et dont la lumière ne le cède qu’à l'éclat de ce soleil. Elle fut cette aurore que le démon ne vit pas ; la naissance de Marie fut soustraite à sa vue, et par conséquent à son action et à son venin. Dieu créa lui-même cette aurore, aussi bien que l’humanité du Sauveur. C’est ainsi que Marie, comme une aurore spirituelle, qui brille dès son origine, marqua la fin de la nuit, triste suite du péché d’Adam, et le commencement du jour, qui est Jésus-Christ.
Saint Pierre Damien propose la même doctrine en termes figurés, mais dans un sens qui n'est point équivoque, lorsqu’il assure que Marie « comme la verge de Jessé s’élève de la racine tortueuse du genre humain, et de l’arbre des patriarches, et croît en hauteur dans une rectitude parfaite. Elle ignore, dit-il, les nœuds ( omnem nodositatem) ; elle ne connaît pas les ténèbres des enfants d’Adam. Elle n’a rien en elle-même qui soit infructueux (1). »
OGER, ABBÉ, VERS LAN HoO.
L’abbé Oger fut contemporain de saint Bernard. Il écrivit vers l’an iloO, dix ans environ, après que la controverse, soulevée par le saint abbé de Clairvaux, eut
(1) a Germinat igitur virga Jesse de tortuosa radice generis humani, et de patriarcharmn arbore inaltitudinem et rectitudinera erumpens, omnem ignorât nodositatem ; filiorum Adami tenebras nescit, infructuosa quæque non habet. » S. Petrus Damiani. Serra, de Annunc. t. n.p. 51.
l’immaculée conception
pris naissance dans l’Eglise. Mabillon pense qu’il écrivit plus tard, parce qu’il s’exprime d’une manière si nette touchant la croyance à l’immaculée Conception. On doit convenir que son écrit fait allusion à la controverse ; quelques années de plus ou de moins ne changent rien à la valeur de son témoignage. Les auteurs qui ont résisté à l’opinion de saint Bernard pendant un demi siècle, avant que la controverse eût pris certaines proportions, n’ont pu appuyer leur doctrine que sur une tradition antérieure à lepoque de saint Bernard.
Voici en quels termes l’abbé Oger s’exprime :
« Quel est l’homme qui né de la racine déviée de notre premier père a pu ou pourra jamais observer tous les préceptes immaculés et permanents de Jésus-Christ, avec une charité parfaite et sans commettre au moins quelque légère transgression? Il n’y a ni grand ni petit parmi les enfants des hommes, qui soit doué d’une sainteté si élevée, ou honoré des privilèges les plus précieux de la religion, qui n’ait été conçu dans le péché, à V exception de la Mère de Celui qui est immaculé et qui ne commet point de péché , mais qui enlève les péchés du monde ; aussi lorsqu’il s’agit de péché, je n’admets aucune contestation au sujet de celle-ci (1). »
(1) « Quis unquam hominum ex apostatica radice primi parentis exortus, potuit vel poterit sine aliquo transgression^ nævo, cura omni officio caritatis iuconcussaet immaculata Christi observare præcepta; sicut ipse... Patris mandata servavit? Non est in filiis hominum magnus vel parvus, sancta præditus sanctitate nec tantæ religionis privilegiatus houore, qui non in peccatis fuerit conceplus, præter Matrem Immaculati, peccatum non facientis sed peccata mundi tollentis ; de qua quum de peccatis agitur, nullam prorsus volo haberc quæstionem. »
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Il faut remarquer que l’abbé Oger était contemporain de saint Bernard, et par conséquent que la croyance à rimmaculée Conception était alors publiquement annoncée aux fidèles, du haut de la chaire de vérité. Ce pieux religieux énonce cette croyance en termes qui lui sont propres: la Mère de Celui qui est Immaculé et qui n'a jamais commis de péché. Cette périphrase, qui indique le motif du privilège de Marie, la maternité divine, est particulière à cet écrivain, et montre qu’en le proclamant, il n’était point un simple écho, un aveugle copiste. Marie a été, dit-il, préservée du péché origine! dans sa Conception, parce qu’elle devait donner le jour à Celui qui est parfaitement immaculé, c’est-à-dire qui n’a ni contracté, ni commis de péché lui-même ; mais qui a au contraire racheté les péchés des autres. Ce motif qui a servi d’appui à l’enseignement de tous les défenseurs du privilège de Marie, dans tous les temps, est exprimé ici d’une manière spéciale et nouvelle.
L’abbé Oger est un des premiers écrivains qui aient entendu les paroles de saint Augustin, au livre De la nature de la grâce , de tout péché en général, et surtout du péché originel: à ce titre encore son témoignage est très-digne de remarque.
PIERRE LE VÉNÉRABLE, VERS l’aN 1153.
À la même époque, ou un peu plus tard, Pierre le Vénérable, abbé de Cluni, et contemporain lui aussi de saint
Ogerius abbas. Serm. xm de eœna Domini. n. i. inter oper. Sti Bernardi. t. v. col. 640. ed. 1690.
l’immaculée conception
Bernard, appela la sainte Vierge: « L’Etoile brillante de l'orient, qui dissipe les ombres de l’occident, l’aurore qui annonce le soleil, le jour qui ne connaît pas de nuit (1). »
Evidemment le jour figure ici la grâce, et la nuit le péché. Il est fait allusion au passage du livre de Job où le péché originel est représenté comme une nuit sombre, dans laquelle le genre humain est enveloppé depuis la prévarication de notre premier père, et dont Jésus- Christ., comme le soleil de justice, nous a tirés.