‹ L'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge MarieChapitre 39 sur 64 · ADAM DE SAINT VICTOR, VERS L AN · texte numérisé non relu

ADAM DE SAINT VICTOR, VERS L AN

Ce pieux poète, dans une prose pour la fête de l’As- * somption de la sainte Vierge, s’exprime ainsi:

« Je vous salue, sainte Mère du Verbe, fleur née des épines, mais n'ayant point d’épines, fleur qui êtes la gloire du buisson d’épines. Nous sommes ce buisson; nous qui avons été blessés par l’épine du péché ; mais vous, vous ignorez toute épine (2). »

1 1) « Stella fulgens orientis, umbras fugans occidentis,

Aurora solis prævia, et dies noctis nescia. 0 Peinas venerab. Prosa in fwnor. B. AJ. V. in Biblioth. Cluniac. ed. Marrier. eol. 1349. Paris 1614.

(â| « Salve, Verbi sacra parens,

Flos de spinis, spina carens,

Flos spineti gloria.

Nos spinetum, nos peccati Spina sunius eruentati;

Sed tu spinæ nescia. »

Adam, de sanctoVict. Prosa pro Assumpt. B. M. V. apud Raynaud, in Glossaito. î. vii oper. pag. 424, et apud Plazza. Causæ Imtn. Conc. p. 100- ed. Panorm.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Dans cette gracieuse image, le buisson hérissé d’épines représente la nature humaine infectée du péché originel; les épines représentent le péché. Marie, née du buisson, n’a pas d’épines en elle; elle n’en a point été ensanglantée comme le reste des hommes; en d’autres termes, elle a été préservée de la contagion de la nature tombée, c’est-à-dire du péché d’origine.

l’auteur des sermons sur le Salve Recjina, au xne siècle.

L’éditeur des œuvres de saint Bernard de Clairvaux, publiées à Paris en 1658, après avoir reconnu que les quatre sermons écrits sur le Salve Regina n’appartiennent point à ce grand saint, les attribue à Bernard archevêque de Tolède, contemporain de saint Bernard de Clairvaux. Cette opinion émise à la légère, a été reproduite de bonne foi par d’autres auteurs qui ne l'ont pas contrôlée (1). Le moindre examen suffisait pour faire voir qu’elle est erronée (2).

(i) Voy. Antonio. Bibliotfi. hisp. vet. t. n. p. 18.

(2j L’auteur des sermons sur le Salve Regina , dans son troisième sermon (n. 4. op. S. Bernard, t. v. col. 728.), cite un passage du seizième sermon de saint Bernard de Clairvaux sur le Cantique des Cantiques. Mabillon dans sa préfacé aux sermons de saint Bernard sur le Cantique des Cantiques (col. 1263.), fait voir que le saint docteur ne commença a écrire ses sermons sur ce livre qu’après son retour d’Aquitaine, en l’an 1133. Or Bernard de Tolède, après avoir administré son église pendant quarante ans, depuis la reddition de la ville par les Maures, mourut en l’an 1126, neuf ans avant que saint Bernard de Clairvaux écrivit ses sermons sur le Cantique. Il est donc impossible que Bernard de Tolède ait écrit les sermons que nous avons sur le Salve Regina, Je cite l’époque de la mort de Bernard de Tolède sur la foi d’ Antonio et de Mariana,

l’immaculée conception

Cependant il est probable que ces sermons appartiennent à l'époque de saint Bernard, ou du moins au XIIe siècle. Le style, la manière de traiter le sujet, l'espèce d'opposition à l'opinion de saint Bernard, que l’on remarque dans le passage relatif à l'immaculée Conception, rendent la chose très-vraisemblable. Voici comment l'auteur s’exprime sur le sujet qui nous occupe:

« Pour moi j’adhère aussi à la pieuse croyance qui tient que vous avez été préservée, ô Mère de Dieu, dans le sein de votre mère, du péché originel; cette croyance n'est pas vaine, cette opinion n’est pas fausse. Ni les raisons, ni les autorités ne manquent pour l’appuver... Quelle est celle qui s avance comme une aurore qui s'élève? L’aurore suit toujours la nuit; la nuit précède l’aurore. Que faut-il entendre par une nuit froide et obscure, si ce n'est le péché originel, froid par la concupiscence, obscur par l'ignorance? Vous vous êtes donc avancée, ô Marie, comme une aurore lumineuse et pourprée, parce qu'en triomphant du péché originel et de ses suites, dans le sein de votre mère, vous êtes née lumineuse par la connaissance de la vérité, et pourprée par l’amour de la vertu (1). »

(1) « Ego quoque pia fide opinor, in utero matris tuæ ab originalibus te absolutarn peccatis; nec vana est fides, nec opinio falsa. Denique et rationes et auctoritates inveniuntur ista stipulantes... Quæ est ista quæ progreditur sicut aurora consurgens? Aurora semper noctem sequitur, nox præcedit auroram. Quid autemest nox frigida et obscura nisi originale peccatura, frigidum concupiscentia, obscurum ignorantia? Tu ergo processisti ut aurora lucida et rubicunda, quia superatis orig'nalibus peccatis, in utero matris nata es lucida cognitione veritatis et rubicunda amore virtutis. » Serin iv. in Salve Regina n. 3. ap. S. Bernard, t. v. col. 731.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

On rencontre ici une opinion raisonnée; on reconnaît un des premiers adversaires de saint Bernard. Déjà il appelle pieuse croyance , l’opinion favorable à l’origine Immaculée de la Mère de Dieu ; il assure qu’elle a été préservée des péchés originels au pluriel, parce qu’il donne le nom impropre de péché aux suites du péché originel, la concupiscence déréglée et l’ignorance. 11 dit que la pieuse croyance ne manque ni de raison ni d’autorité, assertion diamétralement opposée à celle de saint Bernard, qui avait dit que la raison ne l’approuve pas, et que l'ancienne tradition ne la recommande pas. Sa doctrine fournit donc un témoignage explicite de la croyance des fidèles, un monument remarquable de la tradition.

l’auteur de la Couronne de la Sainte Vierge,

AU XIIe SIÈCLE,

Je considère comme appartenant à la même époque l’ouvrage intitulé: Couronne de la Sainte Vierge, qui a été faussement attribué à saint lldefonse, et publié parmi ses œuvres. Cet ouvrage écrit avec élan, avec feu, nous révèle aussi la croyance à l’origine Immaculée de Marie, en attribuant à la Mère de Dieu toutes les grâces possibles à tous les moments de sa vie, et en niant qu’elle ait jamais contracté la moindre tache du péché. Voici comment l’auteur s’exprime :

« Vous, ô Notre Dame, vous avez toujours été brillante et sereine, sincère, très-pure et agréable. Vous avez été toujours tout à fait belle , tout entière pleine d'attraits, tout entière immaculée, tout entière charmante. Vous

l’immaculée conception

ri êtes obscurcie d'aucune tache , vous n'avez éprouvé aucune souillure; vous brillez de toutes les grâces (1). »

La langue française est à peine assez riche pour rendre à la rigueur par des synonymes, exprimant la beauté de l’âme, les mots pulchra , formosa, speciosa. On voit que l'auteur a voulu épuiser les ressources du langage pour rendre le mieux possible l'idée d’une sainteté parfaite, perpétuelle, originelle.

l’auteur du traité de l'immaculée conception, attribué

a SAINT ANSELME, AU XIIe SIÈCLE.

Ce traité remarquable est digne de saint Anselme par la beauté des pensées et la force des raisonnements. Cependant il n'appartient pas à ce saint docteur. Si quelques manuscrits d’Angleterre et de France le renferment parmi les œuvres de saint Anselme et sous son nom, la presque totalité des manuscrits des œuvres de ce saint évêque que l’on trouve en France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne ne le contiennent point et n’en font pas mention.

Le Père Gerberon confirme cet argument négatif par des considérations puisées dans le livre même. En com-

(1) « Tu Domina semper fuisti Clara et serena, sincera, mundissima et amœna. Tu enim semper tota pulchra, tota formosa , Iota immaculata et tota speciosa. Macula nulla fuscaris, nulla sorde macularis, omni gratia illustrons. » S. lldefons, vulgat. in Corona Virginis. cap. 8. ap. PP. Toletan. t. i. p. 406. Madriti 1782. Cette Corona B. M. V. est différente decelle qu'a publiée, a la fin du XVe siècle, Maurice de Villaprobata et dont parle le P. Pierre De Alva et Astorga, Militia univ. etc. col. lOai. et les PP. Echard et Quetif, Script, ord. Præd. t. ii. p. 25.

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mençant, l’auteur dit que la fête de la Conception de la sainte Vierge, qui était célébrée dans un grand nombre d'églises, avait été abolie par des personnes puissantes dans l’Eglise et dans le monde. Or ce fait ne s’accorde guère avec les circonstances où vécut saint Anselme, mais il indique l’époque de saint Bernard.

Ce qui rend cette opinion incontestable à mes yeux, c’est que l’auteur, dès les premières lignes, réfute la lettre de saint Bernard aux chanoines de Lvon. Il trouve

étrange la distinction que l’abbé de Clairvaux avait établie entre les simples et les savants, et il s’efforce de prouver que, dans cette controverse, les simples ont raison et les savants ont tort.

Comme saint Anselmeest mort en 1110, et que saint Bernard n’a écrit sa lettre qu’en 1140, saint Anselme n'a pu écrire le livre où cette lettre est discutée.

Ce traité est très-remarquable comme expression raisonnée de l’une des premières oppositions faites à l’opinion de saint Bernard. C’est au même titre que nous citerons à l’instant le sermon de Pierre Comestor, qui est peut-être à certains égards encore plus remarquable.

Voici comment l’auteur du traité attribué à saint Anselme s’exprime :

« Si Jérémie, parce qu’il devait prophétiser parmi les nations, a été sanctifié dans le sein de sa mère; si saint Jean-Baptiste, parce qu’il devait précéder Notre-Seigneur dans l’esprit et la vertu d’Elie, a été rempli de l’Esprit-Saint avant sa naissance, qui oserait dire que le propitiatoire unique de tout l’univers, que le très-doux

l’immaculée conception

lit de repos du Fils du Dieu tout-puissant a été privé au moment de sa Conception, de l’illustration de la grâce de l’Esprit-Saint?... Quand je considère en vous, ô Vierge Marie, l’éminence de la grâce de Dieu, comme je vois que vous avez été créée, non pas au milieu de toutes choses, mais au-dessus de toutes choses, ainsi je pense que vous n’avez pas été sujette dans votre Conception, comme les autres, à la loi de la nature, mais que vous avez été créée exempte de toute tache du péché par une force et une opération particulières de la divinité, impénétrables à l’esprit humain (1). »

Plus loin, il se demande dans quelles conditions a dû être créé le temple de la Sagesse éternelle, et quels ont été ses fondements?

« Quand ce sanctuaire, dit-il, cette cour de la propitiation universelle fut construite par l’opération du Saint-Esprit, si ses fondements, c’est-à-dire le commencement et l’origine de Marie, ont été corrompus, ils ne s’harmonisaient pas et ne se liaient pas avec le reste de la construction. Est-ce que la sagesse divine et sa force

(1) 4 Si igitur Jeremias, quia in gentibus erat propheta futurus, in vulva est sanctificatus, et Johannes Dominura in spiritu et virtute Heliæ præcessurus, Spiritu sancto est ex utero rnatris repletus ; quis dicere audeat singulare totius sæeuli propitiatorium, ac Filii Dei omnipotentis dulcissimum reclinatorium, mox in suæ Conceptionis exordio Spiritus sancti gratiæ illustratione destitutura? » « Cum eminentiam gratiæ Dei in te considero, sicut te non intra omnia,sed super omnia quæ facta sunt inestimabili modo contueor, itate non lege naturæ, ut alios, in tua conceptione devinctam fuisse opinor, sed singulari et humano intellectui impenetrabili divinitatis virtute et operatione ab omni peccati adjunctione liberrimam. » Tract, de Conceptione B. M. V. inter opéra S. Anselmi pag. 500. ed. Gerberon. 1675.

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furent ou trop ignorantes ou trop impuissantes pour se construire une demeure tout à fait pure, sans aucune souillure de la nature humaine? Lorsque certains anges péchèrent, Dieu préserva les bons du péché ; et il ne saurait préserver du péché d’autrui une femme qui bientôt deviendra sa mère! Dans l’éternité de ses conseils il a résolu de l’établir souveraine et reine des anges ; et maintenant qu’elle naît dans une nature inférieure à celle des anges, nous croirions qu’elle a été rangée dans la société de tous les pécheurs? Pense cela qui voudra; prouve cela qui pourra! Pour moi, aussi longtemps que Dieu ne m’aura pas montré que l’on peut concevoir quelque chose de plus sublime que l’excellence de Notre Dame, je dirai, ce que je viens de dire : je ne changerai point ce que j’ai écrit. Du reste je lui soumets, ainsi qu’à son Fils et ma personne et mes intentions (1). »

Puis s’adressant à la Mère de Dieu :

« Rien n’est égal à vous, s’écrie l’auteur, ô Notre Dame,

(i) « Sanctuarium, aula videlicet universalis propitiationis, cum opérante Spiritu sancto construeretur, si fundamentum illius, scilicet initium, sive primordium formationis beatæ Mariæ, corruptum fuit, ipsi certe constructuræ non congruebat, neque cobærebat. Insciane fuit et impotens sapientia Dei et virtus, mundum sibi habitaculum condere, remota omni labe conditionis humanæ? Angelisaliis peccantibus, bonos a peccato servavit, et fœminam, matrem suam mox futuram ab aliorum peccatis exortem servare non valuit? In æternitate consilii fixum statuit eam dominatricem et reginam fore angelorum, et nunc, inferiorem Àngelis natam, in consortium acceptant esse erederemus omnium peccatorum? Existimethoc et argumentis suis probet qui vult : ego donec ostendat milii Deus aliquid dignius excellentia Dominæ nostræ posse dici, quæ dixi dico ; quæ scripsi nou muto. Cæterum me et intentionem meam Filio ejus et illi committo. » Tract, de Concept . B. M. V. inter op. S. Anselmi. p. 501 .

l’immaculée conception

rien ne vous est comparable! Tout ce qui existe est ou au-dessus de vous, ou au-dessous de vous. Au-dessus de vous il n’y a que Dieu seul; au-dessous de vous, il y a tout ce qui n’est pas Dieu! Qui ose contempler une excellence aussi sublime! qui pourrait y atteindre? Et certainement pour y parvenir vous-même, votre origine fut très-pure dans l’humble lieu, c’est-à-dire dans le sein de votre mère, où vous naquites ! Si vous n’aviez pas été conçue de cette manière, jamais vous ne fussiez montée si haut (1). «

De ces magnifiques éloges adressés à Marie par ses fidèles admirateurs, au moment où son Immaculée Conception était contestée par un homme tel que saint Bernard, on peut se faire une juste idée des profondes racines que la pieuse croyance avait poussées dans l’esprit des fidèles, et de l’appui qu’elle trouvait dans la doctrine commune et publique de l’Eglise. Les défenseurs du privilège de Marie, en présence d’un tel adversaire, n’auraient jamais montré, sans ce secours, l’étonnante assurance que nous leur vovons.

(i) « Nihil tibi. Domina, æquale, nihil comparabile est : Omne enim quod est, aut supra te est, aut subter te est. Quod supra te est, solus Deus est;quod infra te, omne quod Deus non est... Ut ad tantam excellentiam pervenires, in humillimo loco, id est in utero matris tuæ, purissima oriebaris. Quod si tali modo concepta et ordinata non fuisses, ad tantam celsitudinem non succrevisses. î Putatus Anselmus De conceptu Virginis p. 501. col. 1.

©E LA SAINTE VIERGE MARIE

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