‹ L'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge MarieChapitre 46 sur 64 · SAINT LAURENT JUSTINIEN, PREMIER PATRIARCHE DE VENISE · texte numérisé non relu

SAINT LAURENT JUSTINIEN, PREMIER PATRIARCHE DE VENISE

Ce saint évêque naquit à Venise en 1380, et y mourut en 1455. Jeune encore il prit l’habit chez les chanoines

Cl) a Tertia sanctificatio est maternalis ; et bæc reraovet culpam originalem et confert gratiam; et hæc removet etiam pronitatem ad peccandum tain venialiter quam mortaliter. Et hæc fuit in B. Virgine Maria, MatreDei. Sane Deusipseæternus,sicut mira sua sapientiacreavitomnia, sicillam benedictam Matrem suam talem condidit et sanctificavitintemporc, qualem eam sanctam elegit in sua æternitate; et talem tam nobilitate naturæ, quam perfectione gratiæ condidit matrem, qualem eam decebat habere suam gloriosissimam majestatem ; qui in ea et de ea debebat sumere, quod in æternum sibi eratunitum unitate personæ, de quo exiret prætium totius liberatiouis, justificationis et beatiücatioins humanæ. » S. Bernardin. Senens. De 1mm. Concept. B. M. V. Serai, iv. op. t. iv. pag. 83. Venet. 1745.

l’immaculée conception

réguliers de saint Georges, et vécut constamment dans la prière et la mortification. En 1433, Eugène IV le nomma évêque de Venise, et en 1451, premier patriarche de cette ville, où le saint Siège transféra alors le patriarchat de Grado qui fut supprimé. Parmi les nombreux écrits ascétiques qu’il nous a laissés, saint Laurent Justinien professe à plusieurs reprises la croyance à l’immaculée Conception de la sainte Vierge, comme une doctrine commune et incontestable.

Dans son sermon sur la nativité de la sainte Vierge il dit: « Marie a été sanctifiée dans le sein de sa Mère et délivrée de toute contagion de la faute originelle; et elle laissait apparaître extérieurement la plénitude des grâces dont son âme avait été comblée. Le Verbe l’aima sans aucun doute avantsa naissance, et ilia choisitpour sa mère ; car elle avait été prévenue d’une bénédiction surabondante, et purifiée par l’opération du Saint-Esprit. L’Esprit-Saint la préserva de toute tentation de la chair, de toute délectation de la concupiscence, de tout amour du siècle et de la tache de tout péché. Toute belle, sans faute, sans difformité ni du corps ni de l’esprit, Marie était aimable aux veux de Dieu et des hommes. Elle était un miroir resplendissant de sainteté, l’ornement de la pudeur, la gloire de la virginité, le modèle de l’humilité, une source d’honnêteté, un exemple de continence, le trône de la sagesse, la maîtresse des vertus, la gloire des hommes, la joie des anges, la médiatrice du monde et la fille chérie du Père éternel (i). «

fl) « Illara profecto adhuc in raatris utero decubantem adamavit Verbum, sibi-

Je cite ce bel éloge tout entier, parce qu’il prouve une fois de plus que, dans la pensée des saints docteurs, l’InimaculéeConception a été constamment considéréecomme appartenant à ce faisceau prodigieux de grâces et de faveurs que Dieu avait destinées à sa Mère de toute éternité, et dont il la gratifia dès l’instant de sa création.

Saint Laurent Justinien répète jusqu’à trois fois dans ses autres écrits, que, à l’exception de Jésus et de Marie, tous les enfants d’Adam contractent le péché originel (i).

l’abbé jean trithème.

Ce pieux et fécond écrivain se trouve placé sur la limite du moyen-âge et des temps modernes. Né en 1462, il

que in genitricem elegit, utpote superabundanti jara benedictione præventain, jamque S. Spiritus magisterio depuratara. Ipsam idem Spiritus custodi vit a carnis colluvione immunem, a libidinis delectalione expertem, a sæculi amore alieuam, atque ab universorum criminum contagione immaculatam. Tota pulchra. absque delicto, sine mentis et corporis deformitate, Deo et bominibus amabiiis habebatur. Sanctitatis enim perlucidum erat spéculum, pudiciliæ ornamentum, virg initatis gloria, humilitatis forma, honestatis rivulus, exemplar continentiæ, sapientiæ thronus, magistra virtutum, decushominum,lætitia angelorum, mundi interventrix, et seterni Patris fîlia. » S. Laurent. Justin. Sermo. xxv. de ncitiv. B. M. V. op.t.n. p. 79. ed. 1751.

(1) « Ab hoc originali delicto nullus excipitur præter illam quæ genuit mundi salvatorem. » S. Laurent Justinian. Lib. De perfectionis gradïbus. cap. i. t. n. op. pag. 421. « Quotquot ex ipsa nati sunt propagine, exceptis duntaxat mediatore Dei et hominum homine Christo Jesu et ipsius Matre, sub bac peccati lege sunt conditi, unde propheta, voce omnium gemens, ait : Ecceininiquitatibus concepts sum ...» S. Laur. Justinian. De casto connubio , cap. 7. op. t. i. p. 18b\

<i Nemo ab ipso mundi exordio, usque ad temporis plenitudinem, duntaxat rnediatore ejusque génitrice exceptis, jugum damnationis ejus (diaboli) evasit. >. S. Laurent. Justinian. Fascîc. amoris. cap. 7. t. i. p. 295.

l’immaculée conception

mourut en 1519. Sa grande érudition, sa piété et son profond savoir lui assurent une grande autorité. Dans l’opuscule qu’il écrivit en l’honneur de sainte Anne, mère de la très-sainte Vierge, il professe hautement la croyance à l’immaculée Conception, et combat avec une certaine vivacité les auteurs qui osaient la contester. Afin de faire connaître l’état de la question à cette époque, nous laisserons parler l’ahbé Trithème lui-même.

« Nous savons, dit-il, que la Conception très-pure de Marie a été posée comme un signe de contradiction, pour ceux qui la contestent en grand nombre, même de nos jours. Tout en voulant défendre le cours ordinaire de la nature, ils ne craignent pas de combattre la grâce de Dieu. Pourquoi les insensés aboient-ils? Pourquoi les inhabiles murmurent-ils ? Est-ce que Dieu ne peut pas faire ce qu’il veut ? Voici que l’Eglise vénère la Conception de la Mère de Dieu, comme Immaculée ; voici qu’elle en célèbre chaque année la fête : et des hommes artificieux, avec une présomption, avec une témérité manifestes, s’efforcent de la souiller! Je ne condamne pas ton erreur, ô adversaire, mais ton arrogance, mais ta présomption, mais ta témérité. Je sais que l’on peut sans péché hésiter dans une matière que Dieu a voulu voiler jusqu’ici ; mais combattre lTmmaculée Conception, et définir témérairement ce que tu ignores, voilà ce que j’appelle un crime inouï. Si la raison exige que nous interprétions toujours dans le meilleur sens possible, les choses dont nous ignorons l’intention, à combien plus forte raison ne devonsnous pas entendre, dans un sens conforme à la piété, les œuvres cachées de Dieu, dont nous ignorons les motifs ?

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

loi

Personne d’entre nous n’a assisté aux conseils de Dieu ; personne ne connaît la manière dont cette Conception a eu lieu ; mais nous avons été conduits par un grand nombre de raisons à croire pieusement que cette Conception a toujours été très-pure. Nos adversaires, entraînés par la considération de la nature, soutiennent l'opinion contraire, avec une présomption et une témérité très-grande; mais au milieu de ces doutes, il vaut

infiniment mieux s’exposer à rendre compte d’un sentiment de piété envers la Mère de Dieu, que d’un sentiment de témérité. Sinousnoustrompons, c’estla piété, c’est Dieu même qui est en cause. Si vous vous trompez, ô adversaires, dites-nous donc pour quel motif ? Quelle considération vous détermine à soutenir que la Conception très-pure de la Mère de Dieu a été souillée de la faute originelle ? Vous répondrez, je le sais, que c’est l’amour de la vérité; mais prouvez-nous d’abord que votre opinion est vraie (i) î » « C'est la considération de la nature qui vous trompe;

(1) <t Sciraus hanc purissimam Conceptionem in signum positam, cui a multis usque in hodiernum diem contradicitur, qui dum naturæ consuetudinem volunt defendere, gratiam Dei non verenturimpugnare. Quid stolidi latrant? Quid imperiti murmurant? Annon licet Deo quodvult facere? Ecce Conceptionem Deigenitricis sine macula puram veneratur Ecclesia; ecce festum célébrât devotione annua, et homines captiosi eam temeraria præsumptione maculare laborant !... Nec errorem tuum, ù nicator, damno, sed arrogantiam, sed temeritatem, sed præsumptionem. Scio enim de Conceptione Virginis Mariæ besitare non esse peceatum, quam Deusvoluit esse occultant, sed eam impugnare, et temerarie defmire quod nescias, inauditi est sceleris. Si ea, quæ nescimus quo animo fiant, in partent meliorem interpretari præcipimur, quanto magis occulta Dei opéra quorum rationes ignoramus, ad pietatem debemus accipere. Nemo nostrum consilio Dei interfuit, nemo Conceptionis modum agnovit, sed multis rationibus inducti, nos

l’immaculée conception

tandis que vous scrutez ce qui a lieu ordinairement, vous perdez de vue Dieu qui a créé la nature. Celui qui a fait la nature est au-dessus d’elle : Dieu, qui a réglé comme législateur la condition des hommes, n’est point lié par ses propres lois. Il a voulu tout à la fois que la sainte Vierge enfantât, et qu’elle fût préservée de la tache du péché, d’une manière qui dépasse les lois de la nature, (1). »

« Pour nous, le motif qui nous détermine à défendre la très-sainte Conception de la Mère de Dieu, c’est sa dignité immense, qui hrilla de tant de manières et avec tant d’éclat qu’elle nous paraît digne de tous les honneurs possibles (2). »

On rencontre encore ici une conviction profonde, une croyance ferme, et une défense habile. Les arguments

ex pia credulitate purissimam semper exstitisse credimus ; adversarii ex naturæ consideratione abducti, temeraria præsumptione defenduntopinionem contrariam. Sed satius est de pietate in Dei parentem, quam de temeritate reddere rationem. Si 110s erramus, pietas, imo Deus ipse, est in causa ; si autem vos erratis, o adversarii, dicite ob quam causam ! quænam vos consideratio movet, ut purissimam Dei Matris Conceptionem tam audacter culpæ originali subjacuisse dicatis? Respondebitis, scio : amor veritatis. Sed ostendite opinionem vestram esse veram. » Joan. Trithem. De laudibus SS. Matris Annæ. cap. 7. Magunt. 1499.

(1) « Consideratio humanæ naturæ vos decepit ; cujus dum consuetudinem exquisité revolvitis, Deum constitutorem esse naturæ non pensatis. Supra naturam est qui naturam fecit ; non restringitur sub legis humanæ conditione Deus conditor legis; sed qui Virginem parère voluit, etiam præter naturæ ordinem a peccato præservavit. » Id. ibid.

(2) « Nos ad defensionem sanctissimæ Conceptionis movet Dei Matris maxima considerata dignitas, quæ talis ac tanta enituit, ut omni honore dignissima fuerit. » Id. ibid.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

de l’abbé Trithème étaient sans réplique pour ses adversaires.

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