L’IMMACULÉE CONCEPT. T. II
l’immaculée conception
Vierge Marie a été conçue dans le péché originel, Paul V, notre prédécesseur d’heureuse mémoire, défendit de professer et d’enseigner publiquement cette opinion. Grégoire XV, un autre de nos prédécesseurs d’heureuse mémoire, étendit cette défense aux discours privés, et il ordonna de plus, pour favoriser la pieuse croyance, que dans le très-saint sacrifice de la Messe et dans l’office divin, célébrés en public ou en particulier, personne ne se servît (pour désigner le privilège de la sainte Vierge) d’un autre nom que de celui de Conception.
« 3° Cependant, comme nos vénérables frères les évêques de l’Espagne presque tout entière, avec les chapitres de leurs églises viennent de nous l’exposer, par les lettres qu’ils nous ont adressées, et comme l’indique aussi notre très-cher fils en Jésus-Christ, Philippe, roi catholique de l’Espagne, qui à ce sujet nous a envoyé, en qualité de son ambassadeur, notre vénérable frère Louis, évêque de Placenza, chargé de nous remettre les suppliques des différents royaumes d’Espagne, il y a encore quelques défenseurs de l’opinion contraire au privilège qui continuent, malgré ces défenses du saint Siège, à combattre ou à ébranler en public et en particulier la pieuse croyance, et à interpréter de telle sorte les grâces accordées par les souverains Pontifes pour favoriser le culte et la fête de l’immaculée Conception, qu’ils en détruisent la signification. Bien plus, ils nient que l’Eglise romaine soit favorable à l’exercice de ce culte et à la célébration de cette fête, et ils tâchent ainsi d’arracher aux pieux fidèles la possession pacifique dont ils jouissent. De là vient que les scandales, les querelles et
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les disputes auxquelles Paul V et Grégoire XY ont voulu obvier, se perpétuent de nos jours, et l’on craint à bon droit que les efforts de ces adversaires ne suscitent des inconvénients plus graves à l’avenir que parle passé. En conséquence les évêques d’Espagne avec les chapitres de leurs églises, et sa majesté Philippe, roi d’Espagne, nous supplient instamment d’appliquer à cet état de choses un remède efficace.
« 4° Pour nous, considérant que la sainte Eglise romaine célèbre solennellement la fête de la Conception de Marie Immaculée toujours Vierge, et a approuvé autrefois un office spécial et propre, selon la dévote, pieuse et louable institution qui émana de Sixte IV, notre prédécesseur ; voulant, à l’exemple des souverains Pontifes nos prédécesseurs, nous montrer favorable à cette louable piété, dévotion, fête et culte, tel qu’il a été institué et perpétuellement conservé sans variation dans l’Eglise romaine ; voulant aussi soutenir cette piété et cette dévotion qui consistent à honorer et à célébrer le privilège de la bienheureuse Vierge préservée du péché originel par la grâce prévenante du Saint-Esprit; désirant de plus conserver dans le troupeau de Jésus-Christ l’unité de l’esprit dans le lien de la paix, en apaisant les dissensions et les querelles, en éloignant les scandales (qui le désolent); à la demande des évêques susdits avec les chapitres de leurs églises, ainsi que du roi Philippe et de ses royaumes, nous renouvelons les constitutions et les décrets publiés par nos prédécesseurs, et surtout par Paul V et Grégoire XV, en faveur de la croyance qui soutient que l’âme de la bienheureuse Vierge Marie, au mo-
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ment de sa création et de son infusion dans son corps, a été douée de la grâce du Saint-Esprit et préservée du péché originel, et en faveur du culte et de la fête qui sont célébrés conformément à cette pieuse croyance en l’honneur de la Conception de la même Vierge Mère de Dieu. En outre nous ordonnons que ces constitutions soient observées sous les censures et les peines qu’elles renferment.
« 5° Quant à tou s ceux qui oseraient à l’avenir interpréter les constitutions et décrets portés dans le but de confirmer la pieuse croyance de façon à annuler la faveur que ces constitutions et ces décrets ont procuré à cette croyance, à ce culte ou à cette fête ; ou bien qui useraient mettre en question cette croyance, cette fête ou ce culte, ou parler, prêcher, traiter, disputer contre elles d’une manière quelconque, directement ou indirectement, même sous prétexte d’examiner sa définibiiité, d’interpréter ou de commenter la Sainte-Ecriture, les saints Pères et les docteurs , ou bien sous tout autre prétexte , ou à toute autre occasion , ou par écrit ou de vive voix, déterminant des propositions contraires, en affirmant, en exposant des objections, et en les abandonnant sans solution, ou d’une toute autre manière quelconque que l’on puisse imaginer, nous les soumettons aux peines et censures fixées par les constitutions de Sixte IV, et de plus nous voulons qu’ils soient privés, par le fait même sans déclaration ultérieure, de la faculté de prêcher, d’enseigner et d’interpréter, et de voix active et passive dans toute élection quelconque ; et nous déclarons que, par le fait même, sans déclaration
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ultérieure, ils encourent l’inhabilité perpétuelle de prêcher, d’enseigner et d’interpréter, peines dont ils ne pourront être absous et dispensés que par nous ou par nos successeurs les souverains Pontifes, outre les peines nouvelles que nous voudrons nous-mêmes ou que nos successeurs voudront leur imposer, conformément aux prescriptions contenues dans les constitutions de Paul V et de Grégoire XY.
« 6° Enfin nous voulons et ordonnons que sous les peines et les censures marquées dans l 'Index des livres défendus, peines à encourir parle fait même, sans déclaration ultérieure, on tienne pour expressément condamnés les livres dans lesquels la pieuse croyance, la fête ou le culte de l’immaculée Conception sont révoqués en doute, ou dans lesquels on trouve des écrits, des locutions, des sermons, des traités, des disputes qui soient contraires d’une manière quelconque à cette croyance, à cette fête et à ce culte, soit que ces livres aient été publiés depuis le décret déjà cité de Paul Y, soit qu’on les publie dans la suite. Conformément aux constitutions de Sixte IV, nous défendons d’affirmer que tous ceux qui soutiennent l’opinion contraire, à savoir que la glorieuse Vierge Marie a été conçue avec le péché originel, tombent dans l’hérésie ou commettent un péché mortel, puisque la chose n’a pas encore été décidée par l’Eglise romaine et le Siège apostolique, comme nous n’entendons et ne voulons pas encore le décider maintenant. Pour ceux qui oseraient taxer d’hérésie, de péché ou d’impiété ceux qui soutiennent la pieuse croyance , nous les soumettons à toutes les peines fixées par les
constitutions de Sixte IV et de nos autres prédécesseurs, et de plus à celles que nous avons établies, contre ceux qui violeraient la présente constitution (1)...
« Donné à Rome, à Sainte Marie Majeure, sous l’anneau du pêcheur, le 8 décembre 1661, la septième année de notre Pontificat. »
A cette occasion, Alexandre VII écrivit au roi d’Espagne, que, conformément aux vœux de sa Majesté et des évêques de ses royaumes, il venait de prendre les mesures les plus efficaces: « Après avoir invoqué, dit-il, par de fréquentes prières, la lumière du Saint-Esprit, après avoir appelé souvent dans nos conseils des hommes d’un grand savoir et d’une haute piété, surtout nos vénérables frères les cardinaux Inquisiteurs, nous avons, de leur avis et consentement, publié une constitution qui, avec la bénédiction du Seigneur sur laquelle nous comptons, suffira pour rendre la paix aux consciences et aux esprits, et qui parfaitement conforme aux suppliques de votre Majesté, lui sera sans doute très-agréable (2). »
Le 10 décembre ce bref fut expédié au roi d’Espagne avec la bulle; et le 12 décembre l’ambassadeur vint remercier sa Sainteté, qui, avec un sentiment de joie, s’empressa de lui dire: « Enfin la plénitude des temps est venue... Nous avons examiné cette affaire sous toutes ses faces. Par la volonté et l’inspiration du Seigneur, nous
fl) Voy. Magnum Bullar. roman, t. vi. p. 152. ed. Luxemb. 1727. Les trois derniers paragraphes de cette bulle nerenferment que des formules de droit.
(1) Strozzi. p. 614.
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nous sommes définitivement décidés à publier cette constitution que, pendant quatre mois entiers, nous avons gardée sous le pied de notre crucifix, en conjurant le Seigneur de nous inspirer ce que nous avions à faire pour le plus grand bien de son Eglise. Le jour de la fête de l’immaculée Conception nous avons célébré la sainte Messe k la même fin, après avoir placé la constitution sur l’autel, sous le corporal; et après le saint sacrifice nous l’avons transcrite avec la plus grande conviction (i). »
Alexandre YII confia à Mgr Crespi Borgia la constitution autographe, pour la remettre à Philippe IV, avec prière de ne point permettre que l’on mêlât des réjouissances profanes aux fêtes que l’on célébrerait désormais en l’honneur de l’immaculée Conception de la Mère de Dieu.
A peine cette constitution fut-elle connue en Espagne qu’elle y excita une explosion de joie indicible. Tout le monde reconnut que jamais le saint Siège n’avait pris une mesure plus importante en faveur de la pieuse croyance.
Non-seulement Alexandre VU renouvelle toutes les anciennes constitutions de ses prédécesseurs , en ce qu’elles ont de favorable au mystère, mais il enchérit de beaucoup sur elles.
Il affirme d’abord que la croyance à l’immaculée Conception est devenue universelle dans l’Eglise.
Il attribue tous les troubles qu’on déplore à l’audace
(1) Strozzi. p. 614 et 615.
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de ceux qui, malgré les défenses portées par Paul Y et par Grégoire XY, osent encore contester le privilège de la Mère de Dieu; il déclare que le saint Siège blâme et entend réprimer ces attaques téméraires.
Il rappelle que le saint Siège a autorisé et commandé le culte de l’immaculée Conception dans la sainte Messe et dans l’office divin ; qu’il a approuvé un office propre de l’immaculée Conception, et proscrit celui de la sanctification de Marie dans le sein de sa mère.
Il ajoute que toutes ces mesures ont été prises par ses prédécesseurs , pour favoriser la pieuse croyance et propager ce culte, et que, dans le sein de l’Eglise romaine ce culte n’a jamais varié: qu’il a toujours eu le même objet.
Il déclare positivement que cet objet est bien le premier moment de l’existence de la Mère de Dieu, l’instant où elle fut créée, comme l’ont toujours pensé les pieux serviteurs de Marie.
Il renouvelle ensuite les mesures prises par ses prédécesseurs, ainsi que lespeines canoniques par lesquelles ils ont sanctionné ces mesures ; il confirme la possession dont jouit la pieuse croyance, et défend dans les termes les plus énergiques d’atténuer la signification de ces dispositions anciennes, ou de porter atteinte à cette possession séculaire, de quelque manière que ce puisse être, sanctionnant par des peines canoniques très-graves, et à encourir par le fait même, les règles qu’il vient de prescrire, les ordres qu’il a donnés.
Ses prédécesseurs, malgré les faveurs qu’ils n’avaient cessé d’accorder à la pieuse croyance, avaient toujours ajouté, qu’ils n’entendaient point porter préjudice à l’o-
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pinion contraire. Alexandre YIÎ a omis à dessein cette clause, qu’il ne pouvait plus concilier avec les dispositions qu’il avait prises. Il défend seulement de taxer d’hérésie ou de péché mortel ceux qui soutiennent, l’opinion contraire au privilège ; mais il frappe aussitôt des censures les plus terribles ceux qui oseraient accuser d’erreur les défenseurs du privilège de Marie.
Si on analysait toutes les expressions de la bulle Sollicitudo , comme nous venons d’en analyser les principes généraux, on verrait qu’il n’en est pas une qui ne frappe un argument des adversaires de l’immaculée Conception, ou qui ne détruise un de leurs prétextes (1). Aussi la bulle fut-elle généralement considérée comme une définition indirecte, implicite du mystère, et comme le dernier pas que le saint Siège pût faire avant de prononcer une définition explicite et solennelle (2).
La bulle d’Alexandre YII contribua puissamment à étendre le culte de l’immaculée Conception et à propager la pieuse croyance. On vit même des théologiens de
(1) Le P. Strozzi fait cette démonstration, p. 619 et 620.
(2) Les protestants qui ne saisissaient pas la distinction qui existe entre une définition de foi et une déclaration indirecte, implicite, prétendirent qu’Alexandre VII avait défini l’immaculée Conception comme dogme de foi, et obligé tous les fidèles a y croire. Telle fut l’opinion de Calliste, théologien luthérien de l’université d’Helmstadt. Il en inférait que, l’immaculée Conception étant une fable, le saint Père avait compromis son infaillibilité. Les théologiens catholiques n’eurent aucune peine a lui prouver que la déclaration d’Alexandre VII n’était point une décision dogmatique proprement dite ; que celui qui, après la constitution Sollicitudo , niait l’immaculée Conception ne tombait pas dans le crime d’hérésie, comme Alexandre VII le déclare formellement, et que, par conséquent, le dogme n’était point défini. Voy. Strozzi. lib . x. c. 23. p. 625.
grand renom qui l’avaient combattue jusqu’alors, l’admettre, la défendre et l’enseigner, parce qu’il leur paraissait impossible désormais de se faire illusion sur la croyance de l’Eglise catholique.
Personne ne manifesta plus de satisfaction ni de bonheur que Philippe IV, roi d’Espagne, qui fit plusieurs fondations considérables en l’honneur de Marie Immaculée, fondations approuvées et sanctionnées par le saint Siège (1). Mais peu de temps après, le 17 septembre 1665, le Seigneur appela à lui ce pieux souverain, pour le récompenser de ses vertus et de ses œuvres.
Marianne d’Autriche, son épouse, prit en main les rênes du gouvernement, pendant la minorité de son fils. Un de ses premiers soins fut de confirmer la junte de Tolède, qui s’occupait exclusivement de la question de l’immaculée Conception, et qui la traitait comme une affaire d’état. Elle invita les membres de cette docte assemblée à poursuivre leurs travaux, et à propager la dévotion au mystère, selon les intentions du roi défunt, et conformément à ses propres désirs (2).
En 1675, Charles II, ayant accompli sa quatorzième année, fut proclamé roi d’Espagne, et aussitôt il se montra, par sa dévotion envers Marie Immaculée, le digne successeur de ses pieux ancêtres. De sa main il écrivit à la junte de Tolède, que le progrès de la cause de l’immaculée Conception comptait parmi les premiers objets de sa sollicitude, et qu’elle lui tenait beaucoup à
(1) Strozzi. 1. c. p. 635.
(2) Lossada. Discussio theol. etc. Annal . ad au. 1666.
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cœur. Par une lettre du 19 octobre 1677, il pria la junte de lui indiquer, par quels moyens il pourrait obtenir du saint Siège, la définition dogmatique que son père et son aïeul avaient vainement sollicitée; et il exprimait l’espoir de réussir parce que la sainte Vierge exaucerait sans doute ses prières, et accueillerait ses ardents désirs (i).
Un témoin oculaire atteste que les larmes vinrent aux yeux des membres de la junte, lorsqu’ils entendirent le jeune roi, qui n’avait alors que seize ans, exprimer avec une piété si vive et une candeur si admirable, les sentiments qu’il professait pour la reine des deux. Ils répondirent à sa Majesté qu’ils examineraient l’affaire avec le plus grand soin; mais que, dans une matière de cette importance, il fallait tenir compte des circonstances et des temps.
Charles II écrivit aussi à Innocent XI, pour le prier de supprimer le décret de l’Inquisition romaine qui avait condamné le petit office de l’immaculée Conception. Le saint Père accueillit cette demande avec bonté, et y fit droit, comme nous l’avons raconté ailleurs (2). Bientôt après, le frère Diaz de saint Bonaventure, procureur général de l’ordre de saint François pour les royaumes de Castille et de Léon, fut chargé par le roi d’Espagne de travailler à la cause de l’immaculée Conception à Rome, où il devait séjourner pour les affaires de son ordre. Afin d’accélerer le jour de la définition, Charles 11
(1) Lossada. Discussio theol. etc. Annal, ad an. 1675.
(2) Voy. ici. t. i. page 200.
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sollicita, par son intermédiaire, que l'office de l'immaculée Conception avec octave fût rendu obligatoire pour tout l’univers catholique. Innocent XII, par sa bulle In excelsa , du 15 mai 1693, accéda à cette demande. Cette mesure fut complétée lorsque Clement XI, en 1708, étendit la fête à toute l’Eglise (î).
Tels furent les efforts tentés pendant le XVIIe siècle, pour obtenir du saint Siège la définition du dogme de rimmaculée Conception ; tels furent les succès qui couronnèrent ces efforts. L’ardeur que la pieuse nation espagnole avait montrée à cette fin, ne s’éteignit point aveclesiècle; mais elle se manifesta encore dans lasuite par de nombreuses et éclatantes démarchesk
Démarches faites au XVIIIe siècle pour obtenir la définition dogmatique de
l’immaculée Conception.
En 1700, Philippe V succéda à Charles II comme roi d’Espagne. Il ne tarda guère d’écrire à la junte de Tolède pour la prier de l’informer de l’état de la grande question qui préoccupait tous les esprits, et pour l’engagera hâter, par tous les moyens qui seraient en son pouvoir, le moment de la définition qu’il désirait bien vivement. On a de lui une lettre de l’année 1706, et une autre de l’année 1709. Toutes deux attestent sa tendre dévotion envers Marie, et sa vive sollicitude pour la définition de son privilège. Il y invite de nouveau les
(l)Lossada. Disc, theol. loc. cit.
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membres de la junte à lui indiquer par quelles voies il parviendrait à accélérer l’époque de la définition. Il y déclare que son zèle a pour mobile les nombreuses faveurs que la Vierge Immaculée lui a procurées, et en premier lieu les importantes victoires qu’elle lui a obtenues. La sincérité et la vivacité de ses sentiments éclatèrent surtout, lorsqu’il fit construire une magnifique pyramide couverte d’inscriptions destinées à exprimer sa gratitude envers la Vierge Immaculée (1).
Un nouvel effort fut tenté auprès de Clément XI, en 1714. Dans les archives de l’église de Tolède on conserve la copie de dix-sept lettres écrites en cette année au saint Père par autant d’évêques espagnols, pour le supplier de prononcer enfin, selon les désirs du monde catholique, mais surtout de sa Majesté le roi d’Espagne et de ses fidèles sujets, la définition du privilège de l'immaculée Conception (2).
Cette tentative n’ayant point réussi, Philippe V revint à la charge auprès de Clément XII, en 1732. Il écrivit au saint Père, qu’il se croyait plus obligé que ses ancêtres de contribuer à procurer cette gloire à la Mère de Dieu, parce qu’il avait reçu d’elle plus de bienfaits qu’eux (3).
(J) Lossada. loc. cit. ad an. 1700.
(2) Pareri devescovi. vm. -489. La copie de ces lettres a été envoyée a S. S. Pie IX, parS E. le cardinal de Tolède. Le recueil original de ces documents a été réintégré dans les archives de LEglise romaine,- par les soins du P. Giorgi et du cardinal Gerdil, comme le raconte le cardinal Lambruschini, dans sa dissertation SulV lmmacolato Concepimento di Maria, p. 112 et s. Roma 1813.
(5) Lossada. loc. cit. ad an. 1732.
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Il fit remettre à sa Sainteté un résumé de l’ouvrage dans lequel le R. P. Lossada, lecteur jubilaire de l’université d’Alcala et membre de la junte de Tolède, avait prouvé la définibilité de la pieuse croyance (1). A ce résumé il joignit une lettre collective des membres de la junte de Tolède (2), et il chargea son ambassadeur d’insister sur cette affaire de vive voix.
Le saint Père répondit, le il octobre 1732, à sa Majesté, qu’il ne pouvait assez louer sa piété et sa tendre dévotion envers la Vierge Immaculée; mais que pour répondre aux désirs qu’elle lui avait exprimés, il fallait, à cause de l’importance de la chose, recourir longtemps aux prières ferventes et supplier le Père des lumières, d’éclairer son Eglise, afin que les vœux et les désirs des fidèles croissant de jour en jour, Ton vît s’accomplir enfin le grand acte, appelé de tant de vœux, et désiré avec tant de raison (3).
A peine Clément XII eut-il adressé cette réponse à Philippe V, roi d’Espagne, qu’il reçut de nouvelles instances de Charles VI, empereur des Romains, qui, par une lettre du 24 décembre 1732, pria vivement sa Sainteté de prononcer enfin la définition si ardemment désirée par tous les vrais serviteurs de Marie. L'empereur faisait
(1) Cet abrégé est imprimé à la suite de la Discussio théologica, sous ce titre : Synopsis doctrinæ super proxima definibilitate articuli de Immaculata Deiparœ Conceptione. Matriti 1733.
(2) Humilis deprecatio ad SS. Dominum Clementem XII. P. M... Theologi pro regali Hispaniarum Cœtu lmmaculatœ Conceptionis Deiparœ , à la suite de la Synopsis du P. Lossada. p. 71.
(3) Lossada. Discussio. theol. etc. p. 199.
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remarquer qu’aucun doute n’était plus possible. Les constitutions, les brefs et les concessions liturgiques du saint Siège, les grâces et les indulgences accordées, les églises bâties et les autels presque sans nombre érigés en l'honneur de l’immaculée Conception, le serment prêté par les universités, le culte universel suffisent, disait le pieux souverain, pour élever la pieuse croyance au plus haut degré possible de certitude, au-dessous de la foi divine. Il ajoutait que tous les fidèles désiraient la définition, et que lui-même la sollicitait, afin de témoigner à la Vierge sans tache la vive gratitude qu’il lui avait vouée, en retour des immenses bienfaits qu’il en avait reçus (i).
Les annales de cette époque n’indiquent point si la lettre de l’empereur Charles VI eut quelque suite.
Ferdinand VI succéda à Philippe V, en 1746, sur le trône d’Espagne ; et Charles, fils de Philippe, mais issu de son second mariage avec une princesse Farnèse, fut proclamé duc de Parme et de Plaisance en 1731, et roi des deux Siciles en 1735. Ce fut en cette qualité qu’il adressa, le 25 juin 1748, à Benoît XIV, une lettre relative à la définition de l'immaculée Conception, qui mérite d’être conservée (2). La voici :