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TRÈS SAINT PÈRE

« Descendant, par la grâce de Dieu, du sang royal de

(1) Lossada. loc. cit. à la fin de ses annales.

(2) Charles III ne succéda a son frère Ferdinand VI, comme roi d’Espagne, qu’en 1759. Quoiqu’il ait imprimé plusieurs taches à son règne en prêtant la main aux ennemis de l’Eglise, dont il fut l’instrument, il s’est constamment montré

l’immaculée conception

Philippe V, mon père, roi d’Espagne, qui est aujourd’hui dans la gloire du ciel, et de Charles II, de Philippe IV et de Philippe III ses prédécesseurs, rois d’Aragon, j’ai hérité par la même grâce, et je nourris dans mon cœur la dévotion la plus tendre envers l’immaculée Conception de Marie, Mère, Epouse et Eille de Dieu. Mon sang bouillonne, mon cœur brûle du désir de trouver de nouveaux moyens de témoigner mon amour à cette Vierge bienheureuse. La reine et les rois d’Espagne, mes frères, éprouvent le même sentiment. Je suis porté à renouveler aux pieds de votre Sainteté la demande que mes ancêtres ont souvent adressée au saint Siège ; mais comme j’ignore si le Père des lumières a déjà éclairé sur ce point l’esprit de son vicaire sur la terre, je n’ose pas lui demander une définition de foi catholique, ou intra fidem; mais j’ose supplier votre Sainteté de m’accorder une chose qui ne souffre aucune difficulté, et qui, si je ne me trompe, causerait la joie la plus vive à toute l’Eglise catholique ; ce serait de confirmer la bulle qu’Alexandre VII a publiée en 1661, bulle qui commence par ces mots: Sollicitudo omnium ecclesiarum. Si cette constitution, fruit de soins particuliers et de pieux devoirs, fut pour l’Eglise universelle une source de consolations et de joies, je ne doute point, qu’en la confirmant, votre Sainteté ne donne un cours nouveau à ces sentiments et n’enflamme la dévotion des fidèles.

l’héritier des pieux sentiments de ses ancêtres envers la Vierge Immaculée. Il obtint du saint Siège diverses faveurs spirituelles, pour étendre ce culte, et érigea un nouvel ordre de chevalerie de l’immaculée Conception.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

« En outre, je supplierai votre Sainteté de déclarer, en sa qualité de grand docteur et d’interprète suprême des conciles, quelle a été l’intention du Concile de Trente, lorsque dans la Ve session il dit, qu'il ri entre point dans son intention de comprendre dans ce décret , relatif au pêché originel , la bienheureuse et Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu. »

« Et afin qu’il reste un souvenir éternel et universel de cette déclaration, je prierai votre Béatitude d’ordonner que dans les litanies de la très-sainte Vierge, après les mots Mater interner ata, on ajoute : Mater immaculata. Votre Sainteté n’ignore pas qu’il y a peu d’années, on a accordé à saint Joseph, époux de la sainte Vierge, l’honneur d’être placé, dans les litanies des saints, après saint Jean Baptiste.

«O saint Père, beaucoup de motifs m’ontengagéà vous adresser cette supplique; et d’abord, mon propre intérêt fondé sur ces généreuses promesses (de Marie :) Ceux qui agissent pour moi, ne pécheront pas; ceux qui m'honorent, obtiendront la vie éternelle. En second lieu, j’ai été mu par l’espérance de réussir dans ma demande, après avoir vu que votre Sainteté a fait une démonstration authentique et publique, en déclarant que la fête de l’immaculée Conception sera désormais une fête solennelle du sacré Palais apostolique. Mais c’est surtout la pensée de la gloire qui en résultera pour la sainte Vierge Immaculée, la joie qui en reviendra à l’ordre séraphique (de saint François,) à l’Espagne et à toute l’Eglise catholique, qui ont donné la dernière impulsion à mes pieux sentiments. J’espère donc avec confiance que votre

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Sainteté se procurera cet honneur, et fera à nous tous cette faveur (1). »

Cette lettre de Charles III, roi des deux Siciles, fut sans doute accueillie avec bienveillance par Benoît XIV, qui depuis plusieurs années s’était proposé d’encourager la dévotion envers la Vierge Immaculée. Le R. P. Rudrioli, de la Compagnie de Jésus, raconte qu’en 17421e souverain Pontife lui avait manifesté l’intention de publier une bulle à ce sujet , et qu’il l’avait même chargé d’en rédiger le texte (2) ; mais ce projet ne reçut aucune exécution. Benoît XIV manifesta sa dévotion envers la Vierge Immaculée, comme Charles III le rappelle plus haut, seulement en ordonnant qu’à la fête de l’immaculée Conception, il y ait chapelle papale, en présence du Souverain Pontife et de toute sa cour

Pour terminer l’histoire de la définition du mystère de l’immaculée Conception de la sainte Vierge au XVIIIe siècle, ou plutôt l’histoire des efforts qui ont été faits à cette époque pour l’obtenir, nous n’avons plus qu’un seul document à citer, mais c’est sans contredit un des plus remarquables, parce qu’il semble avoir tracé à sa Sainteté Pie IX, heureusement régnant, la conduite qu’il

(1) Pareri de’vescovi. iv. 258. Cette lettre a été mise au jour pour la première fois dans le recueil intitulé : Lascienza e la fede. t. xx. fasc. 120, publié à Naples, en novembre 1850.

(2) Le R. P. Budrioli a réuni, en cinq gros volumes manuscrits, une foule de documents relatifs à la question de l’immaculée Çonception. Le R. P. A. Ballerini remarque que la plupart de ces pièces sont modernes. 11 en a extrait quelques notes intéressantes, et le projet de constitution rédigé à la demande de Benoît XIV. C’est une esquisse assez imparfaite. Voy. Sylloge Monum. t. n. p. 835 et 845.

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a adoptée, avant de prononcer la définition de l'immaculée Conception.

Il est peu de serviteurs de Dieu plus populaires en Italie que le bienheureux Léonard de Port Maurice, vénérable et saint missionnaire qui, à l’exemple de saint François de Hieronymo et de saint Alphonse de Liguori, éprouvait une immense charité envers les grands pécheurs, et opérait des prodiges par ses prédications apostoliques. Ce fut lui qui releva la dévotion si belle du chemin de la croix, dévotion qu’il pratiquait lui-même au milieu des ruines du Colisée à Rome, où le peuple fidèle ne se lassait point de l’entendre; où les âmes pieuses venaient honorer le sang des premiers martyrs, immolés dans l’amphithéâtre, et adorer le roi des martyrs sur sa croix. Le bienheureux Léonard de Port Maurice était tout à la fois un prédicateur éloquent et un écrivain habile. Depuis peu d’années on a publié en Italie trois ou quatre éditions de ses œuvres. Parmi ses lettres il en est une qui est devenue célèbre, parce qu’on la considère comme l’expression d’un esprit prophétique. Nous avons lu et collationné la pièce originale, dans la maison de retraite de saint Bonaventure, il Ritiro cli S. Bonaventura, le couvent le plus pauvre de la ville de Rome, bâti au milieu des ruines du palais des Césars, au haut du mont Palatin. Cette lettre exprime le désir le plus ardent de voir définir le mystère de l’immaculée Conception, et présage les plus grands biens pour l’époque où le saint Siège croira pouvoir prononcer cette définition.

Le bienheureux missionnaire adresse cette lettre à

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un prélat inconnu, membre d’un ordre religieux. Après avoir parlé de certains événements qui avaient troublé la ville de Gènes, il poursuit:

« La chose du monde qui me tient le plus à cœur, est que votre illustrissime et révérendissime Seigneurie m’aide à réparer les outrages quel’on fait à notre grande et sainte Mère, la Vierge Marie. Je voudrais que, de la lune qu’elle tient sous ses pieds, on fit un diadème au grand mystère de son Immaculée Conception, et qu’on déclarât ce mystère de foi catholique. Qu’on ne s’épouvante pas de cette idée ; qu’on Me dise point que nous tentons l’impossible. Cette impossibilité supposée est le frein qui enraie la plus grande affaire du monde, affaire que l’on devrait terminer. Que l’on m’en croie, pour la grâce de Dieu, la question est beaucoup plus avancée qu’on ne se l’imagine; concluez-le de ces explications secrètes que je vais vous donner.

« Quand feu Clément XII, de sainte mémoire, m’accorda le bref qui donnait une nouvelle extension aux indulgences du Chemin de la croix, bref qui a été continué ensuite par le souverain Pontife régnant, j’eus la hardiesse de lui demander qu’il voulût bien déclarer de foi le grand mystère. Je rencontrai les difficultés ordinaires; et ne pouvant obtenir la douce consolation que je désirais, je demandai la permission de rechercher quelle était, à cet égard, l’opinion des Cardinaux. Le saint Père me l’accorda. Je me mis aussitôt en course, et tous ceux que je trouvai à Rome se montrèrent disposés à favoriser la pieuse croyance, à l’exception d’un seul, que peu de mois après le Seigneur appela à lui. Ce fut le cardinal

Impériale, d’heureuse mémoire, qui me donna le conseil le plus sage et le plus solide. Dans les affaires, il marchait plus de la tête que des pieds. Ecoutez, mon père, me dit-il, il y a des personnes qui s’imaginent que le Pape ne peut pas définir le mystère de l’immaculée Conception sans le concours d’un concile général. Sans vouloir réfuter cette opinion, je vais vous suggérer le moyen d’assembler un concile en évitant toute dépense. Vous tous, pères Observatins, Réformés, Conventuels et Capucins qui êtes répandus sur la surface de l’univers, obtenez de vos généraux qu’ils écrivent aux pères provinciaux, pour engager les évêques à faire tous ensemble, en même temps, de nouvelles instances auprès du Souverain Pontife, afin qu’il définisse l’immaculée Conception, et soyez persuadés, qu’à peu d’exceptions près, vous les trouverez disposés à faire cette démarche: et voilà ce concile réuni.

« Allez ensuite, me dit le cardinal, voir les ambassadeurs des couronnes, et obtenez qu’ils écrivent à leurs souverains, afin qu’ils fassent la même démarche. Je vis les ambassadeurs ; ils écrivirent ; toutes les puissances sont bien disposées.

« Ajoutez que toutes les universités ont fait le serment de défendre le mystère; toutes partagent notre manière de voir; les chefs de tous les ordres religieux, à l’exception d’un seul, professent la même doctrine; tous sont bien disposés; toutes les républiques, tous les états catholiques, avec leurs villes, leurs archiprêtres, leurs plébans, leurs curés; les peuples de tous les pays du monde sont prêts à concourir à ce grand événement.

l’immaculée conception

Voilà donc que toute l’Eglise le désire. Vive donc la Conception Immaculée de notre grande Reine!... »

« Que voulons-nous de plus? Prions donc avec instances, alin que l’Esprit-Saint inspire à notre saint Père le Pape, la volonté de s’occuper avec ardeur de cette affaire de si grande importance, dont dépend le repos du monde; car on peut tenir pour une chose certaine, qu’au jour où l’on fera ce grand honneur à la souveraine Impératrice du monde, on verra à l’instant renaître la paix universelle. Oh quel grand bien! Oh quel grand bien (1)! »

Cette lettre, à laquelle l’adresse et la date manquent, a été écrite, on le voit, sous le règne de Benoît XIV, successeur de Clément XII, élu en 1740 (2). Elle clôt dignement la série des monuments relatifs à la définition de l’immaculée Conception que nous fournit le dix-huitième siècle. Les événements qui se sont précipités dans la seconde moitié de ce siècle, hélas trop fameux, n’ont plus permis aux serviteurs de Marie de travailler publiquement en faveur de la définition de son privilège ; mais les saints désirs que nous venons de constater, 11’attendaient qu’un moment propice pour se produire de nouveau : c’est ce que nous avons vu de nos jours.

(1) Collezione compléta delle opéré del B. Leonardo da Porto Maurizio. t. h. p. 57 et seq. Roma 1853.

(2) Le bienheureux Léonard est mort le 26 novembre 1751. Voy. Gesta, virtu e donidel B. Leonardo da Porto Maurizio missionario apostoL dei minori riformati del ritiro di S. Bonaventura in Borna,... dal P. G. M. Da Masserano. p. 130 et s. 4° Roma 1796.

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Préparatifs de la définition au XIXe siècle.

L’Eglise catholique respirait à peine au milieu des bouleversements politiques et des persécutions dont elle avait été une des premières victimes à la fin du XVIIIe siècle, lorsque le mouvement en faveur de la définition de l’immaculée Conception se manifesta de nouveau.

Ce fut sans aucun doute pour accélérer le moment de cette sentence définitive, que les pères Franciscains du royaume de Naples sollicitèrent du saint Siège la permission de célébrer l’immaculée Conception de la sainte Vierge dans la préface de la Messe, chose qui jusqu’alors était inouïe. Pie VU accéda à leurs désirs le 17 mai

En 1822,1e R. P.Rivarola, bénédictin de Sicile, publia un opuscule fort remarquable sur la vérité du mystère. Par des considérations ingénieuses tirées des lois de la nature et des relations physiques qui existent entre les parents et leurs enfants, il tâcha de prouver que la sainte Vierge a dû nécessairement échapper à la contagion commune pour que son Fils en pût être préservé (i). Quoique toutes ses preuves ne soient point concluantes, son travail a un caractère d’originalité bien rare, et il contribua certainement pour une bonne part à encoura-

(1) Dissertatione , in cui si provache Maria Yerginesia stata necessariamente Concepita Immacolata, per necessaria conseguenza delVinfallïbile dogma délia divina sua Maternité . delTabate Cassinese D. Gaspare Rivarola. 8°. Palermo 1822. Pareri v. 1.

ger les pieux serviteurs de Marie dans leurs espérances.

Peu de temps après cette publication, la faveur accordée par Pie Vil aux pères Franciscains de Naples, excita la sainte ambition de l'archevêque de Séville : il sollicita à son tour du saint Siège pour son diocèse, et obtint la même faveur par un rescrit du 6 septembre 1834. L'archevêque administrateur du diocèse de Lyon , où le culte de l'immaculée Conception est en vigueur depuis le temps de saint Bernard, s’empressa d’imiter cet exemple, qui fut suivi presqu’aussitôt par un grand nombre d’Evêques et d'ordres religieux, dans toutes les parties du monde. Mon vénérable prédécesseur obtint cette concession le 10 janvier 1840, pour le diocèse de Bruges. Mgr l’Evêque de Gand l'avait obtenue le 20 septembre 1839. L'ordre de saint Dominique, s’associant enfin à la croyance commune, fut autorisé, à sa demande, par décret du 10 décembre 1843, à célébrer aussi dans la préface de la Messe, la grande prérogative de la Mère de Dieu (i).

Une autre dévotion vint, vers la même époque, donner un nouvel élan à la piété des fidèles envers la Vierge Immaculée. On n'avait point encore fait mention du mystère dans les Litanies de Lorette, qui rappellent si bien les autres prérogatives de la Mère de Dieu. Charles III, roi de Naples, avait sollicité de Benoit XIV, comme nous l'avons vu plus haut, la faculté d'ajouter aux Litanies cette invocation : Mère Immaculée , priez pour nous. Niais cette demande n’avait pas eu de suite.

(1) Voy. P. Perrone. De Imm. B. V. .Varia Coneeptu etc. p. 248. ed. Rom. 1847.

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Le 20 septembre 1839 la congrégation des rites accorda, par deux rescrits , à Mgr l’évêque de Forîi et à Mgr l’évêque de Gand, la permission d’ajouter aux Litanies de Lorette cette belle invocation : Reine conçue sans péché, priez pour nous. En peu de temps cette pratique est devenue générale (i).

Cette extension du culte de la Vierge Immaculée, si ostensiblement encouragé par le saint Siège, réveilla les anciennes espérances et provoqua de nouvelles démarches de la part de l’Episcopat, dans le but d’obtenir la définition dogmatique du mystère. Nous avons déjà vu que S. S. Grégoire XVI, du 10 mai au 30 novembre 1840, reçut les suppliques de cinquante deux cardinaux, archevêques et évêques qui insistaient sur futilité et la nécessité morale de prononcer le jugement définitif (2). Peu de temps après, il reçut encore une quarantaine de demandes semblables qui venaient des missions asiatiques, de l’Amérique méridionale, de l’Espagne, de l’Italie, de la Savoie, de la Moravie et de la Bohème (5).

Sa Sainteté Pie IX reçut, avant le 2 février 1849, quarante demandes des évêques du royaume de Naples, avec une nouvelle instance de sa Majesté le roi des Deux- Siciles ; dix demandes des archevêques et évêques de France, quatre-vingts demandes des archevêques et évêques de toutes les parties du monde (4), sans compter les suppliques des ordres religieux, des chapitres et des

(1) Voy. P. Perrone, loc. cit. pag. 242.

(2J Pareri t. ix. au commencement.

(3) Pareri. t. ix. p. 19 et seq.

(4) Pareri. ix. 87 et seq.

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églises particulières ; ce qui fait en tout cent et trente demandes de l’Episcopat adressées à sa Sainteté dans l’espace de deux ans et demi , et deux cent vingt demandes d’évêques dans le courant de ce siècle, si on tient compte de celles qui furent adressées à sa Sainteté Grégoire XVI, à dater de l’année 1840.

Dans ce chiffre ne figurent point les demandes indirectes des évêques qui ont sollicité les facultés de célébrer l’immaculée Conception dans la sainte Messe et dans les litanies de Lorette.

Je laisse à juger quelle impression dut faire sur un Pontife aussi dévoué à la Mère de Dieu que Pie IX, une manifestation aussi unanime et aussi imposante de l’Episcopat catholique. Le saint Siège ne pouvait y demeurer indifférent. Que dis-je ? Il avait pour ainsi dire encouragé ces efforts. En 1843 le cardinal Lambruschini, un des dignitaires les plus élevés de la cour romaine, avait publié à Rome, aux applaudissements du saint Père et de toute le prélature, une dissertation dans laquelle il s’efforça de prouver que l’immaculée Conception de Marie pouvait être définie par le saint Siège, et qu’on pouvait sans témérité espérer plus que jamais ce jugement solennel (i).

Cette dissertation fut traduite dans toutes les langues de l’Europe, et lue partout. La position de l’auteur, ancien archevêque de Gènes, ancien nonce à Paris, enfin secrétaire d’état de sa Sainteté, donnait à cet opuscule

(1) SulV Immacolato Concepimento di Maria, dissertatione polemica del cardinale Luigi Lambruschini, vescovo di Sabina, etc. 8° Roma 1845. Pareri. v.

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une immense portée. Aussi voit-on que beaucoup d évêques, dans leur réponse à l'encyclique de sa Sainteté Pie IX, invoquent l’autorité de cet écrit, et celle du livre du R. P. Perrone, qui parut en 1847 (1).

Ce savant religieux avait résumé les preuves du mystère, dans le but unique d’en démontrer la dêfmibïlité. Son travail fut lu avec la plus grande avidité, et contribua sans aucun doute à accélérer le moment de la définition dogmatique.

Lorsque cet intéressant ouvrage parut, sa Sainteté Pie IX avait déjà conçu le projet d'interroger tous les évêques du monde catholique, afin de réunir ce concile œcuménique dont le bienheureux Léonard de Port Maurice, à l’instigation d’un pieux cardinal, avait donné l'idée. Le saint Père déclare, dans la bulle Ineffabilis , que dès les premiers jours de son pontiücat il avait été préoccupé de cette grave affaire. En effet, dans le courant de 1847 ou au commencement de 1848, il avait nommé une commission de consulteurs, choisis parmi les prélats et les théologiens les plus distingués de l’Eglise romaine, et il leur avait soumis la question de savoir si la pieuse croyance à l'immaculée Conception pouvait, d’après les usages de l’Eglise catholique, être solennellement définie. A la fin de 1848, le saint Père, pour échapper aux étreintes de la révolution, dut quitter la ville de Rome et se réfugier à Gaëte. Il fit continuer les travaux de cette commission sur la terre d’exil. A plusieurs re-

(i) De lmmaculato B. V. Mariœ Conceptu , an dogmatico decreto defîniri passif, disquisitio théologien , Joannis Perrone, e S. J. etc. 8°. Romæ 1847.

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prises il réunit les cardinaux exilés comme lui, et prit * leur avis sur le projet de définir la prérogative de la Mère de Dieu. Ce fut de Gaëte qu’il adressa, le 2 février 1849, à tous les évêques du monde, la célèbre encyclique par laquelle il les invita à adresser au Ciel les plus ferventes prières, afin qu’il éclairât le chef de l’Eglise sur cette importante affaire, leur demandant en même temps quelle était, au sujet de l’immaculée Conception de la sainte Vierge, la croyance de leur troupeau et leur croyance personnelle.

Le saint Père voulait constater le consentement unanime de toute l’Eglise. Son but n’était point de provoquer de nouvelles démonstrations du mystère ; cependant un grand nombre de prélats motivèrent si bien leur foi, exposèrent avec tant de profondeur et d’érudition les preuves de la pieuse croyance, que les réponses de l’Episcopat renferment, dans leur ensemble, une démonstration complète et irréfutable du mystère. Il est impossible de les lire, sans concevoir la plus haute idée de la science et de la piété de l’Episcopat catholique ; sans admirer son attachement au saint Siège et son dévouement à la cause de la Mère de Dieu. L’unanimité des évêques est aussi une chose des plus remarquables. Sur environ sept cent cinquante cardinaux, patriarches, archevêques, évêques et vicaires apostoliques que l’Eglise compte dans son sein, plus de six cents avaient répondu au saint Père avant que celui-ci prononçât la définition. Si l’on tient compte des oublis, des cas de maladie, de mort, de vacance de siège, de lettres égarées à cause des grandes distances, on peut dire que l’Episcopat catho-

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lique tout entier a répondu à l'encyclique du 2 février 1849, et manifesté ainsi le vif intérêt qu’il prenait à l’af¬

faire de la définition.

A côté du mouvement de l’épiscopat et des fidèles que nous venons de signaler, se produisait aussi le mouvement des théologiens et des docteurs qui consacraient leur plume à la gloire de Marie, et qui préparaient à leur manière le grand événement du 8 décembre 1854.

Nous avons déjà indiqué la belle dissertation que le R. P. Rivarola publia en 1823, la dissertation du cardinal Lambruschini qui vit le jour en 1843, et le traité sur la définibilité du mystère que le R. P. Perrone donna en 1847 : en remontant un peu plus haut, nous voyons qu’en 1839, le R. P. Marien Spada, de l’ordre de saint Dominique , mit au jour à Naples une dissertation destinée à expliquer la pensée de saint Thomas d’Aquin sur le mystère de l’immaculée Conception. C’est une des discussions les plus solides et les plus raisonnables quej’ai lues sur ce sujet. Une foule de difficultés disparaissent, des objections que l’on croyait insolubles sont résolues à l’aide de rapprochements ingénieux et de réponses habiles. Le père Spada qui désire ranger le docteur angélique parmi les défenseurs de l'immaculée Conception, eût gagné sa cause si elle avait pu être gagnée. Pour moi, je reste convaincu, comme je le dirai dans le chapitre suivant, que certaines doctrines de saint Thomas n’admettent aucune explication ; mais je ferai voir que le saint Docteur paraît aussi, dans certains passages de ses œuvres, avoir professé la pieuse croyance; qu’en tout cas son opinion.

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vu les circonstances où elle se produisit, ne porte aucun préjudice à la prérogative de Marie. Au père Spada reste le mérite d’avoir discuté cette question en excellent théologien et en courageux défenseur de l’immaculée Conception (1).

En 1848, au milieu des commotions révolutionnaires, le R. P. Biancheri, prêtre de la Mission, écrivait à Tivoli un long traité sur le mystère. Il résuma les principaux arguments que l’on apporte en faveur de la pieuse croyance et les objections les plus spécieuses qu’on y oppose. Il examina surtout si la définition dogmatique était opportune, et quelle forme il convenait de lui donner. Il opina en faveur d’une définition qui déclarât Marie exempte de la dette même du péché originel. Malgré quelques légers défauts auxquels nulle œuvre humaine n’échappe, ce travail est un des meilleurs qui aient été publiés sur la matière (2).

Le R. P. Bigoni qui, en 1854, résidait à Padoue, où j’eus l’honneur de le voir, dans le magnifique couvent de saint Antoine, après avoir exercé les fonctions de Général des Pères conventuels, consacra ses loisirs à la défense de l’immaculée Conception. La seconde édition de son excellent opuscule parut à Venise en 1849 (5).

(1) Esame critico sulla dotlrina dell’ Angelico dottore S. Tommaso diAquino, circa ilpeccato originale relativamente alla Beatmima Vergine Maria , del P. M. Fr. Mariano Spada, de’Predicatori, gia regente de] collegio délia Minerva in Roma. Napoli 1839. Pareri. v. 581.

(2) Vol o in forma di dissertazione sulla definizione dogmatica delV Immacolato Concepimento délia B. V. M. del P. Piétro Biancheri, prete délia Congreg. délia missione. Tivoli 1818. et Pareri. y. 181.

(3) Jnlode di Maria Sanctissima senza macchia concetta , dissertazione pane-

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Dès que l’encyclique du 2 février 1849 parvint dans l’Amérique méridionale, où la pieuse croyance était aussi vive qu’en Espagne, elle y excita un grand enthousiasme et donna lieu à plusieurs publications remarquables. J’ai sous les yeux d’abord une savante dissertation de l’abbé Joseph Maria Diez de Sollano, docteur et professeur de théologie à l’université de Mexico; dissertation qui fut composée sur les ordres de cette université, et offerte par elle à sa Sainteté Pie IX comme sa réponse à l’encyclique du saint Père (1). Ce travail sobre et solide fait grand honneur à cette corporation catholique et savante.

Le chapitre et l’université de Guadalajara, non contents de motiver leur profession de foi au mystère de l’immaculée Conception, adressèrent au saint Père de précieux documents relatifs au culte de la Vierge Immaculée dans ces pays, et insistèrent vivement sur l’opportunité de la définition (2).

Une Thèse publique en faveur de l’immaculée Conception fut soutenue et imprimée à Rio Janeiro, en 1850, par M. Honoré de Silva dos Santos Péreira (3). Le Brésil

gyrica del P. Angelo Bigoni, ex ministro generale de’Minori conventuali. Seconda edizione. Venezia 1849.

(1) Theologica de Immaculata Conceptione B. V. M. disserlatio, auct. Josepho Maria Diez de Sollano, in aima Mexicea universitate doct. theol. etc. ejusdem universitatis jussu elucubrata... unaquecum prædicta universitate SS. D. N. Pio P. P. IX... pie reverenterque dicata. Mexici 1849. Pareri. vi. 217.

(2) Dictamen sobre la Immaculada Concepcion de Maria sanlisima. Guadalajara 1849. Pareri. vin. 545. — Dictamen delà universidad literaria de Guadalajara sobre la Concepcion Immaculada de Maria santisima. Pareri. vin. 440.

(5) Tlxese em que se sustenta e prova con toda a evidencia apureza da huma-

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se prononçait donc aussi pour la définition du mystère.

Le chapitre de Durango choisit pour interprète de ses sentiments envers la Vierge Immaculée, le docteur Joseph Rafaël Aguila, qui lui offrit son travail le 25 Mars 1850. Son opuscule fut offert ensuite au saint Siège comme un hommage au privilège de l’immaculée Conception (î).

Son Eminence le cardinal De Romo, archevêque de Séville dédia, la même année, à sa Majesté catholique un discours dans lequel il confirmait la croyance à l’immaculée Conception. Ce discours fut une nouvelle manifestation du désir général de la nation espagnole (2).

En Italie le même mouvement existait. Un ecclésiastique de l’Oratoire de Venise publia, en 1849, une dissertation dans laquelle il tâcha de prouver que la Mère de Dieu n’a jamais contracté la dette du péché originel (5). Nous avons fait remarquer ailleurs qu’il n’était

culada conceiçao de Maria santissima por seu mai fervoroso e crente devotu Fidelis Honorio da Silva dos santos Pereira, natural do Rio de Janeiro. Rio de Janeiro 1850. et Pareri. vm. 565.

(1) Dictamen sobre ei mysterio de la Jmmaculada Concepcion de Maria santisima, presentado, por el Dr. José Rafael Aguila al M. J. Y. V. Gabildo ecclesiastico, en 25AIarzo de 1850. Durango Pareri. vm 299.

(2) Discurso sobre la Immaculada Concepcion de Maria , dedicado a S. M. la Reina D. Jsabella //, por el cardenal de Romo, arzobispo de Sevilla. Sevilla 1850. Pareri. vm. 151.

(3) Dissertazione di un prete délia Congregazione dell' Oratorio di Yenezia, nella quale, ritenutosi che Maria SS. sia stata preservata dalVatlo d'incorrere nella colpa d'origine nel primo istante délia infusione delC anima sua nel suo corpo , studiasi di mosirare che sia s' ata preseivaia altiesï da ogni debito di incontrarla. Venezia. T}p armena 1.849. et Pareri. v. 663.

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point nécessaire de soutenir cette thèse. Cette publication fournit du reste une preuve nouvelle de l’attention qu’attirait partout la question de l’immaculée Conception de la Mère de Dieu.

En 1850, l’abbé Pierre Bigaro, prêtre de Venise, publia, dans sa ville natale, une excellente dissertation sur la prophétie de la Genèse (1). Nous avons eu l’occasion de la louer ailleurs.

Les pages que l’abbé Gaétan Martorelli, archidiacre d’Osimo, écrivit la même année sur l’opportunité de la définition, ont aussi un grand mérite. Les motifs que le savant auteur allègue à l’appui de sa thèse sont solides, vrais et judicieux (2).

De tous les écrits, publiés en 1850 sur le mystère de l’immaculée Conception, le plus remarquable sans contredit est le j Mémoire deDomGuéranger abbé de Solesmes. Ce petit volume, plein de sens et de raison, a le caractère d’un écrit original. L’auteur a su s’approprier les arguments anciens de telle sorte qu’ils paraissent nouveaux sous sa plume. Il a fait justice aussi, et d’une manière triomphante, des difficultés que l’on soulevait alors et contre le mystère même et contre sa définibilité (3).

(1) Purissimæ Virginis Mariæ Deigenitricis Conceptus quomodo Immaculatus biblico t vj 77pcoTeua^sXîcu testimonio statuendus? Iirevis disquisitio theologicocricita, presbyteri Veneti Pétri Bigaro. Venet. 1850. et Pareri. mi. lxxxi.

(2) Dissertazione de D. Gaetano Martorelli arcidiacono délia cattedrale di Osimo, sull' opportunità del tempo di dichiarar dogma di fede Vlmmaculato Concepimento di Maria SS. Recanati 1850. et Pareri. v. 721.

(3) Mémoire sur la question de l'immaculée Conception de la très-Sainte

l’immaculée conception

En 1851, le chanoine Cerri de Turin composa un Manuel des douze fondements ou motifs qui assurent le triomphe de la sainte Vierge sur le péché originel; ouvrage d'érudition, écrit avec jugement (1), qui eut pour écho à Turin un autre opuscule de même nature, quoique plus faihle (2).

À Rome les éditeurs des Pareri de vescovi firent traduire en Italien la dissertation que M. Augustin Opitz, archidiacre dans le diocèse de Breslau, avait écrite en faveur de l’immaculée Conception; ils l’insérèrent, en 1851, dans leur précieuse collection (5).

L’année suivante vit naître quatre ouvrages ,sur le même sujet. Le premier était dù à la plume du Père Pierre Gual, gardien du collège de la Propagation de la foi, à Ocopa dans l’Amérique Méridionale. Le Père Marcellin deCivezza, professeur d’éloquence sacrée au couvent à' Ara cœli, à Rome, le traduisit de l’espagnol en italien, et le fit imprimer dans la ville sainte. Il tend à prouver la possibilité et l’opportunité de la définition (4).

Vierge, parle R. P. Dom Prosper Guéranger, abbé de Solesmes. Paris 1850. Pareri vi.

(1) Encliiridion super duodecim momenta fundatum,ex quibus exurgit triumphus B. Mariæ Virginis Matris Dei in originale peccatum, auctore can. hon. Dominico Cerri, theol. jurisque can. pPofes. emerito. Taurini 1851. et Pareri. vi. 1.

(2) Ragionamento dedicato ail' Immacolata Concezione di Maria Vergine. Torino 1851. et Pareri. v. 755.

(3) Dissertazione dell'arciprete Agostino Opitz, nella diocesi di Vratislavia. (écrite en allemand en 1851, et traduite en italien). Pareri. v. 769.

(4) Délia defxnibilità délia Concezione Immacolata di Maria, dissertazione

DE LÀ SAINTE VIERGE MARIE

Le second ouvrage a été mis au jour par le R. P. Antoine de Regnano, sous le nom de Panégyrique de V Immaculée Conception. Il est plus pratique que théorique. La troisième édition fut publiée à Prato en 1852. Nous l’avons reçue des mains du savant auteur, qui a fait partie de la Congrégation des Consulteurs instituée par S. S. Pie IX (i).

Un pieux chanoine de Narni, M. Martinez, prêtre d’origine espagnole et professeur de théologie au séminaire de sa patrie adoptive, a publié, en 1852 et dans les deux années suivantes, cinq volumes assez considérables sur le privilège de la sainte Vierge. Il y a déployé plus de zèle que de profondeur (2). Le traité qu’il y a ajouté sur la possibilité et l’utilité de la définition, renferme quelques documents utiles (3).

A la même époque, un pieux religieux de Naples publiait un traité fort étendu sur rimmaeulée Conception. Sa Majesté le Roi des deux Siciles ht les frais

theologica del P. Pietro Gual M. O. attuale Guardiano del collegio di propaganda fedein Ocopa ; volgarizzamento dalio spagnuolo del P. Marcellino da Givezza. M. 0. prof, di eloq. sacr. in Aracæli. Roma 1852. Pareri. vm. 1.

fl) Novenario e panegirico délia Immacolata Concezione di Maria Vergine del P. Antonio da Regnano M. 0. terza ed. Prato 1852.

(2) De natura et gratia admirabilis et purissimœ Conceptionis Deiparæ V. Mariœ , elucidationes polemicœ ad dogmaticam proxime ferendam sententiam utiliter congestœ,... auct. sacerdote hispano D. Raymundo Martinez et Febrer, catlied. Narnien. canon, atque in ven. seminario dogm. et moi*, theol- moderator. 5 vol. 8. Interamnæ 1852. — 1854.

(5) De utilitate et ratione sufficienti ad dogmaticam definitionem super Imrnaculato Deiparæ Mariœ Conceptu... élucidât io sacra, auct. sac. hispano Raym. Martinez et Fabrer, etc. Interamnæ 1855.

de cet écrit qu’il répandit généreusement dans son royaume et à l’étranger (1).

J’ai loué ailleurs, comme elle le mérite, la réponse substantielle que Mgr Bruni, évêque d’Ugento, fit aux objections que l’on soulevait contre la définition de l’immaculée Conception (2). Il suffit delà rappeler ici.

Peu d’écrits ont fait autant de sensation en Europe que les articles des rédacteurs de la Civil tàcattolica, sur les convenances sociales de la définition de V Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, articles que je citerai à la fin de ce chapitre, comme démontrant d’une manière convaincante l’opportunité de la définition, eu égard aux erreurs qui régnent de nos jours (3).

Mais de tous les écrits qui ont paru avant la défini-

tion, il n’en est aucun qui, par son étendue, son importance et sa solidité, puisse être comparé au grand travail du R. P. Passaglia dont j’ai été souvent tributaire dans le cours de cet ouvrage, et dont j'ai déjà fait voir ailleurs la grande valeur (4).

(1) Délia origine, progressie stato présente del culte e festa dell'Immacolatissimo esantmimo Concepimento délia grande Génitrice di Dio Maria, e délia sua dogtnatica definizione, Rieerche siorico-chronologico-critiche per F. Agostino Pacifico di Maria addolorata, Alcantarino. Napoli 1832.

(2) Breve risposta aile principal! oWiezioni che si oppongono alla definizione dogmatica del mistero dell' Imnmcolata Concezione di Maria santissima , per Mgr Bruni, vescovo di Ugento. Roma 1855.

(5) Congruenze sociale di una definizione dogmatica sull’Inunacolato Concepimento délia B. V. M . Voy. Pareri. v. 1.

(4) De Immaculato Deiparœ semper Virginis Conceptu, Caroli Passaglia, sac. S. J. Commentarius. Pars. i. 4°. Romæ 1854. Le second volume parut peu de temps avant la définition, et le troisième dans le courant de 1855. La Bulle de définition a été calquée sur cet ouvrage.

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Le R. P. Ballerini, confrère du R. P. Passaglia, en publiant un recueil de monuments inédits ou rares, pour prouver le mystère, a contribué pour sa part à éclairer les esprits. Il faut dire cependant que son ouvrage a paru peu de jours avant la définition de l’Immaculée Conception (1),

Ces nombreuses publications étaient autant de manifestations de la croyance générale.

Sa Sainteté voulut qu’elles fussent reproduites à la suite des réponses des évêques, comme des documents contemporains de la grande cause qu’il allait juger. C’est ainsi que le curieux recueil des Pareri que nous avons cité si souvent, atteignit le nombre de dix volumes (2). Fait à fait qu’il était imprimé, on le communiquait aux

(1) Sylloge monumentorum ad mysterium Conceptionis Immaculaîœ Virginis Deiparæ illustrandum, cura et industria Antonii Ballerini. S. J. Pars. 1. Romæ 1854. Cette première partie forme le dixième volume des Pareri. Le second volume a été imprimé a part dans l'imprimerie de la Propagande à Rome, en 1856.

(2) Voici l’ordre dans lequel ce recueil fut publié : Pareri sulla definizione dogmatica delCImmacolalo Concepimento délia B. Vergine Maria , rassegnati alla Santità di Pio IX. P. M. in occasione délia sua enciclica, data da Gaeta , il 2 febrajo i 849. Parte î- vol. i. p. vu.— 535. Roma 1851 . Parte i. vol. ji. p. 505. Roma I8bl . — Farte i. vol. ni. p. 456. On trouve p. 422 : Primo indice generale alfubetieo delle sede arcivescovili e vescovili de’cui respetlivi titolari si contengono le leltere in questa prima parte dei pareri. Roma 1851 . — Parte n. vol. îv. p 509. Roma 1851 . Ce volume contient les adresses des chapitres, des ordres religieux et des simples fidèles. — Parte ni. vol. v. p. xxvi. 792. Ce volume contient divers opuscules sur l'immaculée Conception. Roma 1851. — Parte ni. vol. vi. p. 662. Opuscules et extraits de conciles provinciaux. Roma 1852. — Parte ni. vol. vu. p. 343. clx. Roma 1852 Instructions pastorales et supplément aux réponses des évêques. — Parte ni. vol. vin. p. 604. Roma 1852. Opuscules, instructions pastorales, documents. — Farte ni. vol. ix. p. 362. Roma 1852. Ce volume con-

l’immaculée conception

théologiens consulteurs ; et lorsqu’il fut achevé, sa Sainteté en fit remettre un exemplaire complet à tous les évêques présents à Rome lors de la solennité de la définition.

Les théologiens consulteurs avaient dans fentretemps repris leurs travaux: chacun d’eux venait d’expliquer son opinion par écrit. Le saint Père fit imprimer ces avis en trois volumes distincts, afin de les soumettre au plus sérieux examen. Puis il nomma une commission spéciale, qui se réunit plusieurs fois dans le courant des années 1852 et 1853, sous la présidence du cardinal Fornari, qui prenait cette affaire à cœur, et qui était, à cause de son profond savoir et de sa longue expérience, l’un des hommes les plus capables de la juger. Cette commission avait été choisie dans celle des vingt consulteurs. Elle se composait de Mgl Caterini, aujourd’hui cardinal, du chanoine Audisio, des révérends Pères Jean Perrone, Charles Passaglia, Clément Schrader de la Compagnie

tient un supplément aux réponses des évêques, et p. 321 : Indice generale delle materie contenute neinove volumi (/c’pareri. C’est la table alphabétique de toutes les réponses des évêques publiées dans le recueil. — Appendice al vol. ix. p. 83. Roma 1854. Supplément aux réponses des évêques. — Appendice ii. al vol. ix. p. 399. Roma 1854. Supplément aux réponses des évêques et opuscules. — Parte îv. vol. x. p. x. 560. gr. lat. Roma 1854. Ce volume contient la lre partie de la Sylloge monumentorum du R. P. Ant. Ballerini, dont la seconde partie p. lxxxvii. 881. grec lat. in Roma 1856, a été publiée en dehors de la collection des Pareri. — Monumenta de doginatica definiz-ione Immaculati Concept u$ Yirginis Deiparœ pag. 27. C’est l’allocution prononcée dans le consistoire du 1" décembre 1854 et la Bulle de définition. Le premier appendix duixe vol. et le xe vol. ont été publiés peu de temps avant la réunion des évêques, et le second supplément du ixe volume, pendant le séjour des évêques à Rome.

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de Jésus, du R. P. Marien Spada, de l’ordre des Prédicateurs, de feu le R. P. Tonini, conventuel, auquel fut substitué le Père Ange Trullet, du même ordre.

Cette commission spéciale rédigea avec le plus grand soin le procès-verbal de ses séances, sous le titre de Court exposé des actes de la commission spéciale nommée par sa sainteté Pie IX, pour examiner le sujet de V Immaculée Conception de la très-sainte Vierge Marie (1).

Dans sa première réunion du 8 mai 1852 elle fixa l’ordre de ses travaux, et les règles qu’elle voulait suivre pour apprécier sainement les monuments de la tradition catholique. Elle avait reçu la mission de réunir les témoignages décisifs de cette tradition et de les peser, afin de voir s’ils étaient tels que le saint Siège pût, sans déroger aux usages de l’Eglise, définir la croyance à l’immaculée Conception, comme dogme de foi ; elle devait constater aussi que cette définition était opportune.

La maturité avec laquelle l’Eglise catholique procède, je ne dis point dans des matières obscures et controversées, lorsqu’il s’agit d’interposer son autorité souveraine, mais dans les questions déjà éclaircies et certaines, brille du plus vif éclat dans la marche que la commission spéciale suivit en ses importants travaux.

Avant tout examen, cette docte assemblée établit d’un commun accord les principes suivants, que l’on peut

(1) Brève espozione deyli atti délia commissione spéciale stdbilila délia sancta di N. S. sulV argumento delV Immacolata Concezione di Maria santissima. pag. 72. in fol. Roma 1855.

l’immaculée conception

considérer comme un modèle de critique en matière de théologie:

1° Pour qu’une doctrine puisse être définie, il n’est pas nécessaire que les opinions n’aient jamais varié à son égard dans l’Eglise, que les fidèles et les maîtres de la foi aient toujours été d’accord.

A l’appui de ce principe on cita des exemples nombreux.

2° Il n’est point nécessaire qu’on ne puisse alléguer aucun passage de l’Ecriture, en apparence contraire à cette doctrine.

On confirma ce principe par un grand nombre de faits.

3° Il n’est point nécessaire, qu’on puisse alléguer en faveur de cette doctrine des témoignages explicites ou implicites de l’Ecriture-Sainte. Une doctrine peut être définie sur l’autorité de la tradition seule, sansle témoignage de l’Ecriture.

4° Il n’est pas nécessaire, pour constater la tradition, qu’on produise une série non interrompue de témoignages des Pères, série qui remonterait aux Apôtres pour descendre jusqu’à nous.

Ceux qui soutiennent le contraire, s’appuyent sur plusieurs fausses hypothèses que voici : ils supposent l°que toute la doctrine enseignée par l’Eglise a été écrite par les Pères; 2° que tous les monuments écrits de la tradition sont parvenus jusqu’à nous; 3° que l’objet de la foi catholique a toujours été distinctement compris et formellement exprimé tout entier; 4° que la tradition d’une époque peut être en désaccord avec la tradition d’une

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autre époque précédente; 5° que de la doctrine généralement enseignée dans un siècle ,, on ne peut pas conclure que cette doctrine a toujours été crue, au moins implicitement. Or toutes ces fausses hypothèses, étant insoutenables, il faut avouer que la tradition catholique est prouvée, lorsqu’on peut constater l'assentiment général de l'Eglise, à une époque quelconque, ou produire un certain nombre de témoignages décisifs qui le supposent. Les conciles œcuméniques ont toujours pensé ainsi; car ils ont souvent allégué en faveur de la foi le témoignage de Pères qui étaient morts depuis

peu.

Après avoir établi ces règles négatives , qui écartent une foule d'objections créées par l'ignorance et le demisavoir, la commission spéciale détermina aussi les caractères positifs auxquels on reconnaît une doctrine susceptible d'ètre définie.

Le premier caractère est celui-ci : Que l'on produise quelques témoignages solennels, décisifs, qui renferment la doctrine à définir. Ce principe, justifié par les définitions des conciles œcuméniques et les bulles des souverains pontifes, fut admis sans contestation par tous les membres de la commission.

Le second caractère: Que l'on puisse indiquer un ou plusieurs principes révélés qui renferment la doctrine à définir. Ce caractère suppose l’autorité décisive de la tradition médiate, implicite.

Le troisième caractère : Qu'on ne puisse nier cette doctrine sans renverser, ou taxer de fausseté un ou plusieurs articles de foi certains. La connexité des dogmes, l'ana-

l’immaculée conception

logie de la foi ne permettent aucun doute sur la vérité de ce principe.

Le quatrième caractère : L’accord actuel de l’Episcopat catholique.

Le cinquième caractère : La pratique de l’Eglise. Il s’agit ici de pratiques religieuses, universelles, solennelles et commandées: car ces pratiques supposent une vérité théorique. Il faut examiner déplus si cette vérité appartient aux matières de foi, et si l’Eglise la croit révélée.

Après avoir adopté ces règles, la commission spéciale examina les témoignages de l’Ecriture-Sainte que Ton a coutume de produire, et elle en porta un jugement conforme à celui que nous avons adopté dans cet ouvrage.

Ensuite elle divisa en trois classes ou catégories les monuments de la tradition, à savoir en témoignages efficaces et décisifs, en témoignages moins efficaces et sujets à contestation, enfin en témoignages obscurs et secondaires, dont l’efficacité dépend d’un raisonnement. Un des membres de la commission fut chargé de réunir et de coordonner tous ces documents, afin d’en présenter le tableau au saint Père.

Au sujet de la possibilité et de l’opportunité de la définition la commission spéciale fut unanime. Elle appuya son opinion sur l’autorité du Concile de Trente, sur le consentement actuel de l’Episcopat, manifesté dans ses réponses à S. S. Pie IX, sur l’absence de tout obstacle, et sur d’autres motifs analogues.

Le saint Père ne considéra pas ce remarquable tra-

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

ooo

vail comme définitif. Il le soumit à l’examen de deux nouvelles commissions extraordinaires, l’une composée de dix-neufs cardinaux, l'autre composée de Messeigneurs Rossani, Tizzani, Barnabo, Frattini, Angelini, Bizarri, Capalti, Tommassetti, du chanoine Audisio, du chanoine Cossa, des RR. PP. Spada, Perrone, Passaglia, Schrader, Trullet, membres de la commission spéciale, auxquels furent adjoints les RR. PP. Palermo, de l’ordre de saint Augustin, Paul de saint Joseph, de l’ordre des Carmes déchaussés, Antoine Marie Rigano, de l’ordre des Mineurs observantins, et Theiner de la Congrégation de l’Oratoire. Le saint Père voulut aussi que jle R. P. De’Ferrari, de l’ordre de saint Dominique, commissaire du saint Office, prît part à ces travaux.

Ce fut le 2 Août 1853, que cette commission extraordinaire se réunit sous la présidence du cardinal Fornari (1).

A l’exception de deux membres, qui avaient fait partie de la commission des vingt consulteurs, tous les théologiens réunis furent d’avis que le privilège de la sainte Vierge était solidement prouvé par des arguments tirés de la Sainte-Ecriture, des monuments de la tradition, de la doctrine, du magistère et de l’esprit de l’Eglise, et de la déclaration du Concile de Trente. Tous, à l’exception d’un seul, jugèrent que le saint Siège pouvait, sans déroger aux règles ordinaires, prononcer la définition du

(l) Etaient absents, quoique membres de la commission, Mgr Maccioti et LL. EE. Recanati et Caterini, dont les opinions avaient été imprimées dans les trois volumes des avis des consulteurs.

l’immaculée conception

mystère de la Conception Immaculée de Marie (t). Ce fut aussi l’avis unanime des cardinaux.

Nous avons emprunté ces faits à la Courte relation de tout ce que S. S. Pie IX a fait , ainsi que des sentiments manifestés par l’Episcopat et par les consulteurs , au sujet de l’immaculée Conception de la très-sainte Vierge Marie (2), relation qui fut remise aux cardinaux avant le consistoire du 1 décembre 1854, afin qu’ils connussent les précautions que sa Sainteté avait prises dans cette grave affaire. Un abrégé de cette relation, écrit en latin, fut offert aux évêques réunis à Rome pour assistera la définition (5).

Les préparatifs dont nous venons de parler ont eu lieu dans le courant de l’année 1853. Dans les premiers mois de l’année suivante, on sut que le souverain Pontife avait pris la résolution de définir le mystère de l’immaculée Conception de la très-sainte Vierge, et de donner à cet acte solennel tout l’éclat que les circonstances

(1) Parmiles vingt consulteurs primitifs il en était un troisième qui avaitopiné d’abord contre l’opportunité de la définition ; mais dès qu’il eut vu les réponses de l’Episcopat, il se rangea à l’opinion commune avec une grande conviction. Un seul membre de la commission extraordinaire fit des remarques critiques contre le travail de la commission spéciale. Ses observations furent imprimées avec des remarques et des notes ; elles formèrent le quatrième volume des avis des consulteurs. Dans un cinquième volume le saint Père fit publier l’opinion du R. P. De’ Ferrari, avec les remarques des RR. PP. Palermo etPerrone. Ces cinq volumes n’ont reçu aucune publicité.

(2) Breve relazione di quanto si e operato délia santità di nostro Signore Pio P. IX, e de'sentimenti manifestali dall' Episcopat o e dai consultori suU’argomento dell' Immacolata Concezione di Maria santissima. Roma 1854.

(3) Narratio actorum SS. D. N. Pii IX. P. M. super argumente» de Imrnaculato Deiparæ Virginis Conceptu. 7 pag. fol. Romæ 1854.

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comportaient. Tout l'Episcopat catholique se fût rendu à Rome, si le saint Père Peut désiré. Mais, soit qu’il n’ait pas voulu imposer un veuvage simultané à toutes les églises du monde, soit qu’il ait craint de causer quelqu'ombrage aux puissances, soit qu’il ait eu d’autres motifs, le souverain Pontife se borna à inviter pour cette solennité les cardinaux étrangers, et un petit nombre de prélats de chaque nation catholique, en laissant parfois le choix de ces évêques au métropolitain (i). Parmi les évêques invités spécialement par le saint Père, on en compte plusieurs qui lui avaient fait des observations sérieuses contre l’opportunité ou la possibilité de la définition (2). Le souverain Pontife qui avait sollicité des évêques une libre profession de leur croyance dans la réponse qu’ils firent à son encyclique du 2 février 1849, ne craignait aucune manifestation quelconque. L’assentiment général de l’Episcopat lui était connu d’avance, et avait puissamment contribué à sa détermination.

(1) En Belgique, S. E. le cardinal archevêque de Malines fut personnellement invité, avec un évêque belge a désigner. Son Eminence offrit l’invitation au plus ancien qui l’accepta.

(2) Un de ceux qui ont écrit contre le dogme et contre la bulle Ineffabilis , prétend que le saint Père n’a invité qu’un petit nombre d’évêques affidés, dont l’assentiment a la bulle était connu. Or je tiens de la bouche même de feu Mgr Sibour, que je vis a Paris lorsque je me rendais à Rome, que le souverain Pontife l’avait invité plusieurs fois et avec instances a entreprendre le voyage de la ville sainte, et a assister aux solennités de la définition. Personne n’ignore que Mgr Sibour avait élevé d’abord des doutes sur la possibilité de prouver théologiquement la prérogative de la Sainte Vierge, et par conséquent de la définir; mais qu’après la définition, a son retour de Rome, il proclama le jugement du saint

l’immaculée conception

Trente à quarante évêques étrangers avaient été invités par le saint Père à assister à la solennité de la définition ; tous reçurent à Rome, dans les palais apostoliques et dans la maison canoniale du chapitre de saint Pierre, une hospitalité royale.

Beaucoup d’autres prélats se rendirent à Rome pour assister à cette fête. Le Souverain Pontife soumit à leurs délibérations le projet de bulle déjà élaboré par les théologiens consulteurs et par une congrégation de Cardinaux. Comme ces délibérations ont eu du retentissement, et qu’elles constituent une des circonstances les plus remarquables qui ont précédé immédiatement la définition, j’en donnerai ici une idée aussi exacte que possible.

Les évêques présents à Rome reçurent l’invitation officielle de se réunir, le lundi 20 novembre, au palais du Vatican, à 9 heures du matin, en costume épiscopal, avec le rochet et la mozette. Le saint Père leur avait fait remettre le projet de bulle imprimé, les volumes des Pareri , et le récit des actes du saint Siège.

L’assemblée eut lieu dans la grande salie ducale du

Père au milieu de son troupeau avec une conviction profonde, et avec une rare éloquence. L’écrivain qui accuse le saint Père d’avoir convoqué des évêques affidés, l’accuse aussi de n’avoir eu aucun égard à l’opinion des évêques; c’est une nouvelle calomnie, mais qui détruit la première. Si le saint Siège ne tenait pas compte de l’opinion des évêques, pourquoi invitait-il seulement ceux qui étaient favorables au jugement doctrinal? et s’il n’a invité que les affidés pourquoi ne s’est-il pas appuyé sur leur sentiment? L’iniquité a donc menti à elle-même. Le fait est que, dans tout l’univers catholique, il n’y en eut que quatre ou cinq évêques qui, avant la définition, élevèrent des doutes sur l’immaculée Conception. Tout l’Episcopat était donc affidé, et le choix du saint Père était facile.

Vatican, vaste place, peinte il y a deux ou trois siècles par les grands maîtres de l'Italie. Au fond de la salle s’élevait, sous un dais en velours, un magnifique crucifix en ivoire ; sur l’estrade où il était placé, on voyait trois fauteuils destinés aux trois cardinaux Brunelli, Caterini et Santucci, chargés par le saint Père de présider rassemblée des évêques. Trois rangs de bancs à dossier couverts de beaux tapis verts, étaient disposés à droite et à gauche des présidents ; les archevêques et les évêques y furent placés par les maîtres des cérémonies dans l'ordre d’ancienneté. Les Théologiens consulteurs étaient

placés le premier jour au fond de la salle, vis-à-vis des présidents, mais afin qu’on les comprit mieux, ils occupèrent, dans les séances suivantes, l’espace qui était resté vide, entre l’estrade des présidents et les bancs des évêques, près des deux prélats secrétaires.

Quand tous les évêques eurent pris place, le cardinal Brunelli se mit à genoux devant le crucifix avec ses col-

lègues et tous les membres de l’assemblée, pour réciter le Veni Creator et Y Ave Maria. Ensuite, il lut un discours latin, dans lequel il déclara que le saint Père éprouvait la joie la plus vive de voir qu’un nombre aussi considéble d’évêques étaient accourus de toutes les parties du monde pour assister à la définition du privilège de la très-sainte Vierge, et qu’il désirait entendre leur avis sur le projet de bulle qu’il avait fait préparer, mais qui ne répondait pas encore tout à fait à sa pensée.

Son Eminence ajouta que le souverain Pontife n’avait point eu l’intention de réunir les évêques en concile ; ni d’autoriser une discussion sur le fond de la question

l’immaculée conception

ou sur l’opportunité de la définition, deux points dont il se réservait le jugement, mais qu’il désirait connaître les observations que leur suggéreraient les termes du projet de bulle qu’ils avaient en mains (1).

Comme il était impossible de discuter les termes du projet de bulle sans entrer au fond de la question, et sans faire valoir les considérations de temps, de lieux et de personnes qui engageaient à la modifier, toutes les observations roulèrent sur la valeur des arguments allégués dans le projet, et sur l’opportunité de publier la bulle dans une forme, plutôt que dans une autre. Le cardinal président laissa aux évêques une entière liberté, les écoutantavec la plus grande attention, et faisant prendre note exacte de toutes les observations qu’il croyait devoir soumettre à l’appréciation du saint Père. Lorsque des remarques contradictoires avaient été présentées, il les faisait annoter toutes, afin que sa Sainteté en jugeât.

Voici la marche qui fut suivie : un des prélats secrétaires commença la lecture du projet de bulle, et s’arrêta après chaque paragraphe, afin de laisser aux évêques la liberté de s’expliquer. Quand aucun membre de rassemblée ne demandait la parole, ou quand les remarques étaient terminées, il poursuivait la lecture.

Les observations des évêques portèrent sur trois points principaux, les textes de l’Ecriture, les monuments de la tradition et la forme de la bulle.

(1) Chaque exemplaire de ce projet de bulle fut remis aux évêques avec un note manuscrite ainsi conçue : Da esaminarsi la modalilà délia espressioni. On examinera la forme des expressions.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Quelques évêques firent remarquer qu’on citait, dans le projet de bulle rédigé par les théologiens, plusieurs passages de l’Ecriture, dont le sens est au moins douteux, et qui certainement dans le sens littéral ne prouvent pas le dogme. Ils ajoutèrent que l’on affirmait d’une manière trop absolue que la victoire de Marie sur le péché est consignée dans nos livres saints ; que les Ecritures expliquent d’une manière admirable la pureté de son àme ; que les prophètes ont célébré son intégrité originelle: ces expressions leur paraissaient un peu outrées. Ils voyaient aussi un inconvénient à placer les passages des livres sapientiaux entre la célèbre prophétie de la Genèse et la salutation angélique, entre le Proto-Evangile et l’Evangile, comme si la valeur des uns était égale à celle des autres. Après avoir entendu encore plusieurs observations de détail, le cardinal président mit aux voix le maintien ou la suppression des passages de l’Ecriture, empruntés aux Psaumes et aux livres sapientiaux, qui avaient été l’objet principal de ces critiques, et les secrétaires s’apprêtaient à recueillir les suffrages, lorsqu’un des membres de l’assemblée demanda la parole et s’exprima à peu près en ces termes :

Eminence, il me semble que l’assemblée est exposée en ce moment à voter sur une équivoque. Tout le monde est d'accord sur ce point que la sainte Ecriture doit être citée dans la bulle d’après son sens littéral ou mystique; et qu’il faut y supprimer tous les passages qui ne supporteraient point la discussion. Mais, d’autre part, on ne peut se dissimuler que le projet de bulle renferme beaucoup de passages des livres saints, que les anciens

l’immaculée COKCEPT. T. II.

Pères et l’antique Eglise ont employés en parlant des prérogatives de la Mère de Dieu, et qui sont très-propres à nous faire entendre ce que les siècles précédents ont pensé de cette Vierge incomparable. Il y aurait donc un véritable inconvénient à supprimer ces passages; car ils expriment la doctrine de l’Eglise. Au fond les critiques dont le projet de bulle a été l’objet, tombent moins sur l’emploi de ces textes que sur la manière dont ils sont employés. Ce qu’on ne veut point, c’est que des passages dont la signification favorable au mystère dépend de leur sens approprié, accomodatice, figurent dans la bulle, comme s’ils prouvaient par leur sens littéral. Ce qui choque, c’est que ces témoignages des livres sapientiaux soient cités entre le Proto-Evangile et l’Evangile, comme s’ils fournissaient une preuve semblable à celle que fournissent ces livres ; chose qui n’est pas. Mais si la bulle citait les passages des livres sapientiaux ou bien dans leur sens mystique, entendu de l’Eglise, ou dans leur sens approprié, comme monuments de la tradition, comme souvenir de la doctrine des Pères qui ont exprimé, à l’aide de ces passages, la croyance de leur temps, il n’est personne sans doute qui réclamerait ; au contraire, tous nos collègues en voteraient le maintien. La seule chose à faire serait donc de placer ces passages de l’Ecriture-Sainte dans leur vrai jour; de les employer dans le sens des Pères, et comme monuments de l’antique tradition. Dès lors toute exagération aurait disparu, toute inexactitude serait corrigée, et le texte de la bulle gagnerait en force et en beauté.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Ces remarques obtinrent un assentiment général très-marqué. Le cardinal président, qui le comprit, demanda à la vénérable assemblée, si elle entendait conserver les témoignages de l’Ecriture de la manière qui venait d’être expliquée ; et à l’instant tous les évêques se levèrent en corps en signe d’approbation. 11 fut arrêté que les secrétaires prendraient note de ce vœu des évêques pour le communiquer au souvreain Pontife, et celuici ordonna d’en tenir compte dans la rédaction définitive de la bulle, comme chacun peut le voir aujourd’hui.

Les témoignages des saints Pères furent aussi soumis à un examen sévère. Quelques évêques firent observer que beaucoup de textes étaient cités sous le nom des auteurs auxquels ils n’appartenaient point d’une manière certaine ; qu’en alléguant ces autorités douteuses, contestables, on ouvrait la voie aux disputes et aux récriminations des hérétiques ; qu’il vaudrait mieux citer un plus petit nombre de témoignages incontestables, que cette multitude de textes plus ou moins sujets à contestation.

Un des théologiens consulteurs répondit que, dans le projet de bulle, on avait soigneusement distingué les livres dont l’auteur était connu, de ceux dont l’auteur est resté inconnu ; que l’on aurait tort de négliger les livres anonymes, lorsqu’ils sont très-anciens; que ces écrits sont des monuments très-respectables de l’antiquité chrétienne, dont l’autorité est manifeste par la manière dont ils sont écrits et dont ils sont cités par les grands docteurs et par l’Eglise même dans ses conciles.

Ces remarques n’apaisèrent point tous les évêques.

l’immaculée conception

Pour satisfaire ceux qui réclamaient encore, le cardinal Brunelli fit mettre aux voix le maintien ou la suppression des deux passages qui avaient été l’objet principal des critiques; à savoir les paroles de saint Ambroise, au commentaire sur le psaume CXYI1I, et celles de saint Augustin, prises dans son livre De la nature et de la grâce. Quand les votes furent recueillis, on en trouva une douzaine pour la suppression de ces deux passages, et quatre ou cinq pour la suppression du passage de saint Ambroise seul. On eut alors la mesure de l’opinion des évêques sur les autres témoignages des Pères (1).

La forme du projet de bulle donna lieu aussi à plusieurs remarques critiques.

D’abord quelques évêques en trouvaient le ton un peu trop vif. Ils y voyaient les traces de la polémique, et les allures de l’école. Ce n’est point là, disaient-ils, le ton qui convient dans un décret solennel du saint Siège, dans une définition de foi. Les hérétiques s’empareront de ce document et le discuteront dans ses moindres détails. En donnant prise à leurs critiques, on augmentera les difficultés de la lutte qu’il faudra infailliblement soutenir. Un savant prélat posa même la question de savoir s’il ne vaudrait pas mieux que le saint Siège supprimât tous les développements du projet de bulle, et se bornât à énoncer la définition en termes sacramentels,

(1) Nous avons expliqué ces deux passages très-efficaces, dans ce volume, p. 70 et 86.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

comme un canon de concile, sans explication ni commentaire.

Un autre prélat répondit à ces observations à peu près en ces termes :

Il n’est personne dans cette illustre assemblée, révérendissimes Seigneurs, qui voudrait à dessein poser une pierre de scandale sous le pied des hérétiques, nos frères séparés, ou même les blesser par des mesures superflues; mais d’autre part, il y aurait un inconvénient immense à sacrifier les développements de l’enseignement catholique à de malheureux préjugés. Ne nous effrayons pas de l’opposition présumée des sectes. Elles ne combattront pas la définition du privilège de la Mère de Dieu, avec plus d’animosité et d’acharnement que leurs dévanciers n’ont combattu les canons du Concile de Trente. Que d’objections, que de clameurs n’ont pas été élevées contre les décrets dogmatiques de cette sainte assemblée? Tous les chefs de la réforme les ont attaqués avec fureur et à outrance. Et cependant qui, parmi les protestants de nos jours, connaît encore ces objections? qui pourrait, qui voudrait les reproduire? Elles sont complètement oubliées. 11 en sera de même des difficultés que l’hérésie élévera peut-être contre îa définition de l’immaculée Conception. Si les sectes l’attaquent, leurs trames seront bientôt brisées, et tout ce bruit s’évanouira comme une fumée sous le souffle des vents.

On conçoit que des prélats, qui se trouvent sans cesse en face de l’hérésie se préoccupent de ces difficultés et tâchent de les prévenir; mais qu’il nous soit permis, à

l’immaculée conception

nous qui ne comptons point de frères séparés dans nos troupeaux, de demander au Père commun des fidèles cette doctrine salutaire qui éclaire les esprits et nourrit les âmes. Le chef de l’Eglise, s’il doit éviter de blesser les hérétiques, doit aussi, et à plus de titres, enseigner aux catholiques les vérités saintes, et leur indiquer la hase de leur croyance. Pour moi, je trouve admirable l’idée d’énumérer dans la bulle de définition les sources principales des raisons et des arguments à l’aide desquels on prouve le mystère: j’en ai été vivement frappé à la lecture de ce document; aussi, je vous l’avoue, je regretterais beaucoup que ce trésor nous fût enlevé. Si on supprimait ces arguments, la difficulté se présenterait sous une autre forme, mais elle ne disparaîtrait pas. Les hérétiques soutiendraient alors qu’on ne propose aucun argument, parce qu’au fond on n’en a pas ; que l’on fuit la discussion; que l’on impose une croyance nouvelle sans motifs, d’une manière arbitraire, en vertu d’un acte despotique, injustifiable. La discussion sur ce terrain, loin d’être plus facile, serait peut-être plus ardue. La vérité ne triomphe jamais sans lutte; envain s’efforcerait-on de l’éviter. D’ailleurs, ne nous faisons pas illusion, si l’hérésie s’émeut aujourd’hui, c’est bien moins des arguments par lesquels on prouve le mystère de l’immaculée Conception de la sainte Vierge, que de l’unité admirable de l’Eglise catholique qui éclate dans cette assemblée. A la voix du premier pasteur, on a vu accourir autour de la chaire apostolique les évêques des contrées les plus lointaines du globe ; on les a vus se réunir ici pour délibérer avec une union parfaite de

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pensée et de sentiment, avec un calme, une dignité, une fraternité toute chrétienne, nobles sentiments que nous trouvons tous dans nos cœurs; voilà ce qui trouble l’hérésie, voilà ce qui émeut l’incrédulité, voilà ce qui fait sensation dans le monde ; mais voilà aussi ce qui fait notre consolation et notre force, ce qui fait notre gloire et notre bonheur.

Ce discours fut salué par des signes éclatants d’approbation parce qu’il rendait la pensée de toute l’assemblée. Il parut même dissiper les appréhensions qui s’étaient produites dans les observations de quelques prélats et rassurer les esprits les plus timides.

Par un sentiment de prudence, que l’on s’explique facilement, deux prélats, l’un français et l’autre italien, demandèrent au cardinal président, s’il ne convenait point de faire mention dans la bulle du vœu et même du jugement de l’Episcopat? Ils espéraient pouvoir résoudre ainsi plus aisément quelques objections spécieuses que l’incrédulité ne manquerait pas de faire, et ajouter à la définition une plus grande autorité extrinsèque.

Il faut le d ire, cette proposition ne rencontra aucun écho dans l’assemblée des évêques. Un des prélats qui y était contraire, crut devoir la repousser au nom de ses collègues, à peu près en ces termes:

Puisque nous ne sommes point réunis en concile, nous n’avons pas eu l’occasion de prononcer un jugement dogmatique, dans le sens des saints canons. Comment donc faire mention, dans la bulle, d’un jugement qui n’a pas eu lieu? Pourquoi d’ailleurs faire intervenir

l’immaculée conception

le jugement des évêques? Leur croyance unanime n’est-elle pas assez connue? Elle est écrite à chaque page du recueil de nos réponses que sa Sainteté a fait publier, et au besoin notre présence en ce lieu suffirait pour la faire connaître à tout l’univers. Personne n’ignore dans le monde que les évêques, le clergé et les fidèles adhèrent d’esprit et de cœur à la croyance que le saint Siège va définir. Aucun doute n’est possible à cet égard.

11 vaut infiniment mieux que le souverain Pontife prononce seul la définition de l’immaculée Conception, afin que ce jugement solennel soit catholique dans sa forme, comme il est catholique pour le fond. Je m’explique.

La définition sera catholique pour le fond, parce que l’Eglise seule se préoccupe aujourd’hui des prérogatives et de la gloire de la Mère de Dieu. Nous voyons quel intérêt général ont excité, dans le peuplefidèle,le dessein de sa Sainteté, et l’attente de la définition qui nous a conduits dans la ville sainte. Tout ce qui contribue à l’honneur de Marie intéresse l’Eglise et lui tient souverainement à cœur. Les sectes au contraire semblent conspirer à couvrir d’injures et d’opprobres la Mère de Dieu. Leurs blasphèmes qui retentissent partout, que de fois n’ont-ils pas attristé nos oreilles? On peut dire que les hérétiques sont les ennemis naturels de la Vierge incomparable destinée à écraser chaque jour la tête du serpent. Les catholiques seuls la traitent comme leur Mère, et l’aiment de tout leur cœur. La décision dogmatique, qui ajoutera une nouvelle auréole à la cou-

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ronne déjà resplendissante de Marie, est donc éminemment catholique, par son objet, par son fond.

Elle sera catholique aussi dans sa forme, si le souverain Pontife prononce seul.

Les communions séparées peuvent prendre certaines décisions dogmatiques dans la forme synodale, à la majorité des voix. C’est ainsi qu’elles ont adopté des symboles hérétiques, et imposé silence à ceux qui déviaient de leurs croyances. Mais ces communions sont incapables d’établir et de faire prévaloir une décision dogmatique par voie d’autorité. Elle n’ont pas de pasteurs, point de docteurs, munis d’une mission divine. Personne, chez elles, n’a reçu du Ciel la promesse de l’infaillibilité.

L’Eglise catholique seule possède une hiérarchie d'institution divine, dont le chef suprême, clef de voûte de l’édifice spirituel, ne peut faillir en matière de foL mais oblige tous les enfants de Dieu à adhérer à sa croyance et à vivre clans sa communion. Si le souverain Pontife prononce seul la définition de l’immaculée Conception, à laquelle tous les fidèles adhéreront spontanément, son jugement fournira une démonstration pratique de l’autorité souveraine de l’Eglise en matière de doctrine, et de l’infaillibité dont Jésus-Christ a investi son vicaire sur la terre.

Au contraire, si le jugement des évêques intervient

dans la définition, loin d’obtenir ces avantages, le saint

Siège semblera flatter des opinions surannées et depuis

longtemps flétries. Applaudissons donc sans réserve à

la sagesse du souverain Pontife qui a résolu, pour ie

l’immaculée conception

bien de l’Eglise entière, de prononcer seul la définition que nous désirons.

C’était la pensée commune: ces paroles furent applaudies comme l’expression fidèle des sentiments qui animaient tous les évêques.

Ce fut à la suite de ce discours qu’une manifestation générale, animée, presqu’enthousiaste de respect et d’attachement au saint Siège eut lieu et devint un des épisodes les plus touchants de ces assemblées. Les évêques d’une voix unanime protestèrent de leur vénération pour le chef de l’Eglise, et des vœux qu’ils formaient pour son bonheur. Il est impossible de décrire le spectacle qu’offrit à ce moment l’illustre assemblée.

Ces délibérations que nous venons d’esquisser occupèrent quatre séances, qui eurent lieu les 20, 21, 23 et 24 novembre. Le premier jour on y compta au delà de quatre-vingts prélats, et le dernier jour environ cent vingt.

Le sacré collège des cardinaux n’y assista pas. Le saint Père voulait, selon les usages, le consulter à part.

Si j’ai retracé en détail les principales circonstances qui ont signalé ces mémorables assemblées, c’est d’abord parce qu’elles offrent un très-grand intérêt pour l’histoire de l’Eglise, et ensuite parce qu’il importait, en les racontant avec fidélité, de faire justice des préjugés et des erreurs de certains esprits inquiets et chagrins, qui tantôt en ont contesté et tantôt exagéré l'importance. Les uns se sont plaints de ce que les évêques avaient été effacés et mis à l’écart; les autres de ce qu’ils n’avaient point fait leur devoir, accompli leur mission, dans ces conjonctures solennelles. L’histoire impartiale ré-

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pond à ces injustes accusations: elle prouve que le saint Père a su, dans cette grande affaire, concilier d’une manière admirable les intérêts généraux de l’Eglise avec les droits de son autorité et la dignité des évêques. Le pouvoir souverain a gardé ses prérogatives; l’autorité des évêques a été honorée; les liens de l’unité ont été resserrés; la fraternité qui lie les pasteurs au centre de l’unité, et qui les attache les uns aux autres, a brillé d’un vif éclat. Tout le monde a senti que dans ces rapports, fondés sur la constitution divine de l’Eglise, il y a quelque chose de grand, de noble, de consolant et de surnaturel.

Aucune parole ne peut rendre, je le répète, les sentiments dont les évêques étaient pénétrés pendant ces augustes assemblées. Un double sentiment de vénération réciproque et de douce amitié les animait, les rapprochait, en faisait une seule famille.

L’atmosphère y était toute pénétrée de respect, de dignité, je dirai même d’une certaine majesté, manifeste pour tous. Le spectacle de ces vénérables vieillards, de ces courageux confesseurs de la foi, de ces généreux pasteurs, réunis aux pieds du crucifix, sous la présidence de trois princes de l’Eglise, pour délibérer sur les prérogatives de la Mère de Dieu, était tout à la fois imposant et émouvant; il élevait naturellement la pensée jusqu’à cette cité de Dieu, dont l’Eglise catholique est l’image sur la terre. La parole ne peut rendre ce que la vue de cette assemblée inspirait de nobles et de saintes pensées. Pour le comprendre il faut l’avoir senti (i).

(1) Le 29 novembre le saint I’ère nomma évêques assistants an trône pontifical.

l’immaculée conception

Après avoir consulté les évêques, le saint Père consulta les cardinaux de l’Eglise romaine qu’il réunit en consistoire secret le 1 décembre suivant. Ces éminents personnages connaissaient déjà tout ce que le souverain Pontife avait fait pour préparer la définition de l’immaculée Conception (i). Cependant il leur rappela, dans son allocution, l’extension rapide qu’avait prise la dévotion du clergé et des fidèles envers la Vierge Immaculée ; les nombreuses suppliques adressées à Grégoire XVI et à lui-même, dans le but d’obtenir la définition ; les travaux des consulteurs et des cardinaux délégués pour discuter l’affaire, les réponses des évêques à l’encyclique du 5 février 1849, réponses qui réclamaient presque toutes la définition immédiate de la prérogative de la sainte Vierge ; et puis il déclara qu’il avait l’intention de prononcer ce jugement le 8 du mois de décembre, fête de l’immaculée Conception; ajoutant, qu’avant de s’y résoudre, il voulait, à l’exemple de ses prédécesseurs, demander l’avis du sacré collège (2).

Le consistoire fut secret. On prétendit néanmoins qu’un cardinal étranger y avait émis des observations

tous les prélats présents k Rome, qui n’étaient pas encore revêtus de cette dignité, avec cette clause que les douze évêques assistants les plus anciens exerceraient seuls leurs fonctions, le jour de la définition. Ce témoignage de respect et d’affection, que sa Sainteté donna aux évêques, est postérieur aux assemblées que nous venons de décrire.

(1) Breve relazione di quantosi è operato délia santità di N. S. Pio P. IX , e dei sentimenti rnanifestati dalV episcopato e dai consultori sull' argomento delV Immacolata Concezione di Maria SS. fol. Roma 1854.

(2) NS. D. N. Pii. div . providenlia Papæ IX Allocutio habita in consistorio secretodie 1 Decembris , anno 1854.

contraires au projet du saint Père. La chose est fort incertaine ; mais ce bruit prouve combien l’on était convaincu que la liberté la plus parfaite avait été laissée aux cardinaux et aux évêques dans toute cette affaire ; c’est pour ce motif que nous en faisons mention. Il est bon que l’on sache que le saint Siège n’a pas exercé la moindre contrainte morale sur les personnes chargées par lui d’examiner et de discuter cette grande question ; mais qu’il a conservé à toutes une liberté sans bornes.

Lorsque le saint Père eut constaté l’assentiment unanime du sacré collège à son dessein, il s’applaudit de cet accord, et annonça qu’il prononcerait la définition de l’immaculée Conception, le 8 décembre suivant ; comme il le fit en effet.

Solennité de la définition de l’immaculée Conception de la très-sainte Vierge, le 8 décembre 1854.

Quand le jour si impatiemment attendu arriva, la ville sainte était encombrée de pieux pélérins accourus de toutes les parties du monde, et le peuple romain, fidèle à son antique renommée, s’apprêtait à honorer dignement la Mère de tous les chrétiens.

A 8 heures du matin, les évêques se réunirent dans la grande salle ducale, au palais du Vatican, pour y prendre leurs ornements pontificaux. Revêtus de la chappe blanche, et de la mitre de toile blanche, ils se rendirent dans la chapelle sixtine où le souverain Pontife arriva bientôt. Le saint Père en arrivant s’agenouilla aux pieds

de l’autel, et récita à haute voix l’antienne : Sancta Maria et omnessancti tui, quœsumus Domine, nos ubique adjurent, ut dum eorum mérita recolimus , patrocinia sentiamus. Ensuite les chantres entonnèrent les litanies des saints. Au verset : Sancte Michael , les évêques se mirent en rang par ordre d’ancienneté, et descendirent processionnellement le grand escalier du palais, pour se rendre dans la basilique de saint Pierre. Les cardinaux en chasuble et mitre précieuses précédaient le saint Père qui fermait la procession. 11 était ombragé d’un baldaquin blanc. Arrivés au milieu de la basilique, les évêques se rangèrent en demi cercle devant la chapelle du saint Sacrement et y attendirent le souverain Pontife, avec qui ils s’agenouillèrent tous. Sa Sainteté récita d’abord une courte prière particulière, et puis chanta les trois oraisons : De us qui nobis sub sacramento, etc., Deus refugium nostrum, etc., et Actiones nostras , qui terminèrent les litanies. Ces prières finies, la procession forma de nouveau ses rangs et les évêques suivis des cardinaux et du saint Père se rendirent, deux à deux, au chœur qui était disposé, derrière le maître-autel de la basilique, avec le trône pontifical au fond, comme pour les chapelles papales ordinaires.

Dès que les cardinaux, les évêques et les prélats eurent pris place, le souverain Pontife s’assit sur le trône préparé près de l’autel, du côté de l’épître, pour recevoir l’obédience du clergé. Les cardinaux firent devant lui une profonde inclination avant de baiser son anneau , et après l’avoir baisé. Les évêques firent la génuflexion sur le premier degré du trône, et, s’agenouillant sur un

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coussin placé aux pieds du saint Père, ils baisèrent respectueusement l’anneau qu’il leur présentait recouvert de son étole; en le quittant ils firent une seconde génuflexion, et une inclination de tête à droite et à gauche vers les cardinaux assistants.

Je ne décrirai pas les rites magnifiques de l’office pontifical, tel qu’il est célébré par le souverain Pontife dans la basilique de saint Pierre, d’abord parce que ces cérémonies n’appartiennent pas à mon sujet , ensuite parce qu’elles ont souvent été décrites ailleurs. J’ajouterai seulement que parmi les douze évêques assistants au trône pontifical figurait le vénérable archevêque de Paris, Mgr Sibour. Il porta le bougeoir durant la messe pontificale et pendant que le saint Père prononça la définition.

Lorsque le saint Evangile eut été chanté en latin et en grec, selon le rite usité dans l’office du souverain Pontife, les diacres des deux rites se rendirent ensemble jusqu’au trône du saint Père, au fond du chœur, pour lui présenter le livre des évangiles, et recevoir sa bénédiction ; puis ils retournèrent au maître-autel sur lequel ils déposèrent le volume sacré.

Il était onze heures du matin.

Le vénérable cardinal Macchi, doyen du sacré collège, s’avança alors, malgré son grand âge, vers le trône du souverain Pontife, au fond du chœur, accompagné du doyen des archevêques et du doyen des évêques présents à la cérémonie, et aussi de l’archevêque du rite grec et de l’archevêque du rite arménien, et il adressa en latin au saint Père la supplique suivante :

l’immaculée conception

« Très-saint Père! »

« Ce que l’Eglise catholique désire ardemment et demande de tous ses vœux, à savoir que l’immaculée Conception de la très-sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, soit définie par un jugement suprême et infaillible de votre Sainteté, afin d’accroître les louanges, la gloire et la vénération de Marie, nous venons au nom du Sacré Collège des cardinaux, des évêques du monde catholique tout entier, et de tous les fidèles, supplier humblement et instamment votreSainteté de l’accomplir dans cette solennité de la Conception de la bienheureuse Vierge, et de combler ainsi les vœux de tous. A cette fin, daignez, ô saint Père, au milieu de la célébration du sacrifice nonsanglant, commencé dans cette grande église consacrée au Prince des apôtres, en présence d’une assemblée aussi majestueuse d’évêques et de fidèles, élever votre voix apostolique, et prononcer le décret dogmatique de l’immaculée Conception de Marie, décret qui fera naître une nouvelle joie au ciel, et qui remplira le monde entier d’allégresse. »

Le saint Père répondit qu’il accueillait volontiers cette demande du Sacré Collège, de l’Episcopat et des fidèles, mais qu’il fallait, avant d’y satisfaire, invoquer le secours du Saint-Esprit. Aussitôt toute l’assemblée se mit à genoux, et entonna avec un ensemble admirable l’hymme Veni Creator , dont le chant animé fit retentir les voûtes sacrées de pieux échos, et émut tous les cœurs. Après avoir chanté l’oraison, le souverain Pontife se tenant debout devant son trône, commença au milieu d'un profond silence, à prononcer d’une voix forte, claire et

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distincte la définition du mystère de l’immaculée Conception (i).

Lorsque le saint Père parvint à ces paroles solennelles: A la plus grande gloire de la Mère de Dieu, par V autorité des saints Apôtres Pierre et Paul et par la nôtre..., tout pénétré de la grandeur de faction qu’il posait, touché de l’impatiente attente du clergé et des fidèles qui tenaient leurs regards fixés sur sa personne et écoutaient avec avidité chacune de ses paroles, se portant sans doute aussi par la pensée au céleste séjour où la joie des anges répondait à celle des élus de la terre, le souverain Pontife, ému jusqu’au fond de ses entrailles, sentit sa voix défaillir et ses yeux se remplir de larmes. Mais faisant un effort sur la nature, et dominant son trouble, il continua bientôt d’une voix forte, mais émue et émouvante, son discours, et après avoir cédé encore une fois à l’empire de sa sensibilité, il termina la lecture du décret au milieu d’un sentiment de joie universelle.

Cette lecture achevée, le cardinal doyen se prosterna de nouveau aux pieds du saint Père pour le remercier du décret de définition qu’il venait de prononcer, et pour le prier de le rendre public par une bulle authentique. En même temps les protonotaires apostoliques se présentèrent et le promoteur de la foi, comme avocat consistorial, pria le saint Père d’ordonner qu’un procèsverbal fût dressé de cet acte solennel ; le souverain Pontife donna aussitôt ses ordres à cette fin.

Ces dernières cérémonies furent à peine aperçues du

(1) Nous en avons rapporté les termes 1. 1. p. 16.

l’immaculée conception

public et (lu clergé qui étaient tout absorbés parla douce pensée d’avoir entendu prononcer la définition dogmatique du grand privilège de la Mère de Dieu.

A peine les dernières paroles de la définition s’étaientelles échappées des lèvres du Pontife, que le canon du château-saint-ange annonça h coups redoublés le grand événement à la ville sainte et aux contrées voisines. Toutes les cloches de Rome furent mises en branle, et les maisons ornées comme par enchantement.

Après Vite Missa est , le saint Père entonna le Te Deum , qui fut chanté alternativement par les chantresde la chapelle papale et par le chœur. Le ton avec lequel on chanta ce cantique attestait, par sa vivacité et son éclat, la joie douce et profonde dont toutes les âmes étaient pénétrées, et ajoutait un nouveau lustre à la fête. Le saint Père, après l’oraison d’action de grâces, donna la bénédiction pontificale, récita le dernier évangile et, orné de sa tiare, il bénit, sur son trône, la couronne d’or chargée de pierreries qu’il devait placer sur la tête de l’image de la sainte Vierge, qui est peinte sur l’autel de la chapelle du chapitre de saint Pierre. Le couronnement eut lieu en présence des évêques et de la foule immense qui remplissait la basilique.

On a estimé à cinquante mille le nombre des personnes qui assistèrent à la cérémonie de la définition ; ce nombre n’est pas exagéré. L’église de saint Pierre était remplie dans toutes ses parties, au point que la circulation y était devenue impossible. On ne se souvenait point à Rome d’avoir jamais vu une semblable foule réunie sous les voûtes de saint Pierre.

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Mais l’éclat et l’appareil extérieur n’étaient qu’une ombre du contentement, de la joie qui rayonnait sur toutes les figures. L’impression que la cérémonie avait faite, les sentiments qu’elle avait inspirés, sont de ces choses qu’un cœur chrétien peut sentir, mais qu’aucune bouche ne peut exprimer. Aussi, préférons-nous nous taire plutôt que d’en donner une idée incomplète ; la foi seule et l’amour de Marie pourront dire à ses pieux serviteurs, tout ce que les âmes chrétiennes, présentes à cette auguste fête, ont senti de saintes, de douces émotions d’espérance, de joie et d’amour.

Le saint Père ne permit point que les évêques quittassent Rome avant qu’il leur eût adressé quelques paroles d’affection et de gratitude. Le samedi 9 décembre, il les réunit avec le sacré collège dans la grande salle consistoriale du Vatican, et il prononça devant eux la magnifique allocution, qui a été publiée dans l’Europe entière et qui est aujourd’hui connue de tout le monde. Les maîtres de cérémonie remirent de la part du souverain Pontife aux prélats présents, le catalogue authentique des Cardinaux, Patriarches, Archevêques, et Evêques qui avaient assisté à la définition, avec la belle image de la Vierge Immaculée, gravée d’après le type approuvé par sa Sainteté, et une médaille en or portant d’un côté l’effigie de la Vierge sans tache, et de l’autre cette inscription; Mariæ sine lobe Conceptæ Pins ÏX. P. M. ex auri Australiœ primitiis sibi oblatis eudi jussit VL Id. Dec. A. mdcccliv. Ce précieux souvenir de la fête fut reçu de la main du souverain Pontife, avec une vive re¬

connaissance.

Son Eminence le cardinal de Bonald, au nom de tous les cardinaux et prélats réunis, remercia le souverain Pontife et de la généreuse hospitalité qu’il avait accordée aux évêques invités, et de la bonté paternelle qu’il avait témoignée à tous. Il assura aussi que le souvenir du beau jour de la définition resterait à jamais gravé dans la mémoire de ceux qui avaient eu le bonheur d’en être témoins, et les engagerait à redoubler leurs prières pour le bonheur de sa Sainteté.

Ces paroles furent prononcées en français. Le saint Père répondit en italien, qu’il avait été très-heureux de se voir entouré d’un nombre aussi considérable d’évêques, et qu’il espérait que la bienheureuse Vierge, exauçant les prières de ses pontifes et de ses pieux serviteurs, ferait luire désormais des jours de paix et de prospérité sur l’Eglise.

Sur les instances d’un vénérable vieillard, S. E. le cardinal Pecci, sa Sainteté accorda à tous les évêques la faculté de donner une fois la bénédiction apostolique avec indulgence plenière à leur troupeau.

Le Dimanche 10 Décembre, le saint Père consacra la basilique de saint Paul, hors les murs, avec le concours de la plupart des cardinaux étrangers, en présence des évêques et au milieu d’un immense concours de fidèles.

Ce serait ici le moment de raconter avec quelle joie et quel pieux empressement la définition de l’immaculée Conception a été reçue dans tout l’univers catholique : mais un volume suffirait à peine pour traiter cet intéressant sujet. Forcé de le laisser à d’autres temps, et probablement à d’autres plumes, je tâcherai cependant de faire

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

connaître un jour le saint enthousiasme avec lequel ce triomphe de la Mère de Dieu a été célébré dans le diocèse de Bruges; afin que nos neveux sachent combien la définition de l’immaculée Conception y a contribué à enflammer la piété, et à encourager lapratique de toutes les vertus chrétiennes. Ce récit arrivera toujours à temps, puisque la fête de l’immaculée Conception, inaugurée le 8 décembre 1854, durera maintenant, comme celle de la maternité divine de Marie, jusqu’à la fin des siècles.

Il me reste à montrer que la définition de l’immaculée Conception de la très-sainte Vierge a été opportune, et qu’elle est souverainement utile à l’Eglise: ce sera le sujet des deux articles suivants.

ARTICLE VII

De l'opportunité de la définition .

Un acte aussi important qu’une définition de foi est toujours opportun, lorsque l’Eglise le juge tel. En pareille matière la masse des fidèles peut s’en rapporter en toute sécurité au jugement de ses pasteurs. A cet égard l’opinion de tous les bons catholiques est formée depuis longtemps. Tous se sont dit: puisque le saint Siège définit l’immaculée Conception de la Mère de Dieu, c’est que l’heure marquée par la divine Providence pour cet acte solennel a sonné.

Cependant comme avant la définition, quelques doutes ont été élevés sur cette opportunité, je ferai voir en

l’immaculée conception

peu de mots que ce jugement doctrinal a été prononcé fort à propos.

L’opportunité d’une pareille mesure est relative aux personnes et aux circonstances. Sous ces deux rapports la définition de l’immaculée Conception était souverainement opportune.

Il y a d’abord, quant aux personnes, une distinction essentielle à faire.

Si l’on considère la chose par rapport aux indifférents, à cette foule d’hommes ou incrédules ou impies; si l’on se demande si un jugement doctrinal du souverain Pontife n’était pas de nature à provoquer les blasphèmes des ennemis de la religion et de Dieu, il est évident que la définition n’était pas opportune. Mais il faut ajouter qu’un acte solennel de la religion, quelqu’utile, quelque nécessaire qu’il puisse être, n’est jamais opportun pour des personnes aussi malheureuses, c’est-à-dire qu’on ne doit y avoir aucun égard, et qu’il est peu raisonnable d’examiner l’opportunité de la définition à ce point de vue. L’Eglise n’est pas tenue de prévenir le scandale pharisaïque des hommes égarés qui trouvent, jusque dans les œuvres admirables de la bonté divine et dans les opérations les plus merveilleuses de la grâce, une occasion de malice et d’endurcissement.

On peut ensuite considérer l’opportunité de la définition par rapport à cette classe nombreuse d’âmes faibles, d’esprits indifférents, de demi-savants, de demi-chrétiens qui s’effraient d’un acte solennel de l’Eglise, qui s’embarrassent dans les objections que le faux savoir sème sous leurs pas, qui reculent devant un accroisse-

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

ment du symbole. N’avait-on pas à craindre d’étouffer dans ces âmes un mouvement de retour au bien, qui semblait y éclore?

En Angleterre et en Allemagne, une foule de protestants ébranlés dans leurs croyances par les excès du rationalisme, et touchés de la sainteté de l’Eglise catholique, étaient sur le retour et semblaient promettre de nombreuses conversions. N’avait-on pas à craindre qu’une définition de foi ne donnât de la consistance à la vieille objection des protestants, que l’Eglise catholique substitue des doctrines humaines à la parole de Dieu et crée des dogmes nouveaux de son autorité privée ?

Ces difficultés ont été soulevées de bonne foi : elles n’ont pas arrêté le saint Siège ; et à vrai dire elles ne devaient pas l’arrêter; aujourd’hui les effets de la définition le prouvent.

Non-seulement cet acte solennel du souverain Pontife na point provoqué une recrudescence dans la geurre que l’hérésie fait habituellement à l’Eglise ; mais il a plutôt marqué une trêve. J’ai tâché de voir tout ce que les protestants ont écrit depuis deux ou trois ans contre le privilège de l’immaculée Conception et contre la définition dogmatique de ce mystère, et je n’ai rencontré qu’un petit nombre de brochures insignifiantes, remplies de déclamations vagues, dénuées de science et de raison. Il en est une qui offre cette particularité remarquable, que l’auteur, ministre protestant à Brême, commence son écrit par déclarer que ses amis l’ont vivement détourné du projet d’écrire contre l’immaculée Conception, au péril de troubler l’harmonie qui existe entre

l’immaculée conception

les catholiques et les protestants, en lui disant que si cette croyance venait de Dieu, il la combattrait en vain ; que si elle était fausse elle périrait d’elle-même. Ainsi les protestants ont détourné un de leurs ministres du projet d’attaquer le mystère de l’immaculée Conception ! Est-ce là ce qu’appréhendaient les esprits craintifs ?

Quant au mouvement de retour des protestants de bonne foi, qui semblaient se rapprocher du centre de l’unité, il ne s’est point ralenti par suite de la définition ; au contraire, il paraît s’être plutôt activé : car tous les jours la renommée nous annonce lune ou l’autre conversion inattendue de personnes aussi distinguées par leur position sociale que par leurs vertus; et, chose remarquable, l’un des caractères dominants des nouveaux convertis est presque toujours une tendre dévotion envers la sainte Vierge. On m’a cité une famille protestante si vivement émue du touchant spectacle qu’offrit à tous les yeux l’Eglise catholique, au jour de la définition, qu’elle hâta son abjuration et s’empressa de rentrer plus tôt au sein de l’unité.

Mais la question mérite d’être considérée à un autre point de vue.

Tandis que des hommes timides et craintifs présentaient les dispositions des protestants comme un épouvantail qui devait détourner le souverain Pontife du projet de définir l’immaculée Conception, des esprits plus positifs avaient droit de se préoccuper des mauvaises impressions que de nouveaux retards auraient pu produire sur l’esprit des protestants réfléchis. Qu’on se rappelle les observations que le père Nierenberg présenta à Alexan-

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

dre VII pour le déterminer à prononcer la définition ; el l’on sera convaincu, pour peu que Ton réfléchisse aux circonstances où nous vivons, que dans le cours de ce siècle, la force de ces arguments est doublée.

La croyance à l’immaculée Conception, qui de sa nature est matière de foi, avait de nos jours plus clairement qu’au XVIIIe siècle, pour garantie de sa vérité, l'autorité de l’Ecriture, celle de la tradition catholique, la pratique universelle de l’Eglise, le jugement même d’Alexandre VII qui a déclaré que l’Eglise, par le culte et la fête de l’immaculée Conception, veut honorer la sainteté originelle de Marie, l'innocence parfaite dont elle fut ornée au moment de sa création. On ne pouvait rien ajouter à ces preuves. Sans vouloir empiéter sur les droits de l'autorité souveraine qui, en ces matières, juge toujours en dernier ressort, ne pouvait-on pas dire que, vu l’état de la cause, eu égard aux arguments que l’on faisait valoir, l’Eglise était obligée de définir le privilège de Marie, sous peine de s'infliger à elle-même une espèce de démenti, sous peine de déclarer inefficaces les preuves les plus solides, les plus inattaquables de ses croyances ? Si elle eût hésité encore à définir une doctrine qui avait pour garantie son autorité suprême, elle eût semblé révoquer cette autorité en doute, et mettre en question sa propre infaillibilité. Quel parti les sectes n’auraienî-elles pas pu tirer de cette espèce d’inconséquence ? Elles auraient pu lui dire : Avant de nous opposer votre autorité infaillible, tenez-en compte vous-même; professez hardiment, hautement les dogmes que vous ne pouvez nier, sans la désavouer vous-même ! C’est ainsi qu’un plus lonç délai

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