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J, IMMACULEE CONCEPT. T. II

aurait pu, au lieu de faciliter le retour de nos frères égarés, placer une pierre de scandale sous leurs pieds, et leur fermer la voie qui les ramenait à l’Eglise.

Le même raisonnement s’appliquait à l’argument puisé dans le consentement unanime des fidèles et des pasteurs.

L’Immaculée Conception qui de sa nature est matière de foi, est admise par l’Eglise universelle ; elle est donc évidemment révélée. Si l’Eglise ne la définit point encore ; si elle hésite à la ranger parmi les dogmes indubitables de la foi, quoique appuyée sur l’autorité du consentement universel, ce consentement n’est donc pas décisif en matière de foi ; les fidèles ne sont donc pas obligés de s’y rallier!

Ce raisonnement eût été certainement très-spécieux. Il prouve que, loin de créer un obstacle au retour des protestants, en prononçant la définition de l’immaculée Conception, l’Eglise, au point où les choses en étaient venues dans ces derniers temps, eût créé cet obstacle, en ne la prononçant pas. Au lieu de préparer les voies à la conversion des hérétiques, l’Eglise eût confirmé ceuxci dans leurs erreurs.

Que dirons-nous maintenant des pieux fidèles ? que dirons-nous du clergé? Les vœux ardents et unanimes de l'Eglise catholique tout entière n’étaient-ils point connus ? Depuis quatre siècles les démarches les plus actives et les plus solennelles avaient été faites et multipliées. Les pieux serviteurs de Marie avaient fatigué le saint Siège de leurs instances. Grégoire XVI avait reçu les suppliques d’une multitude d’évêques et d’églises particulières. Sa

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Sainteté Pie IX, à qui le mouvement général des esprits n’avait point échappé, venait de provoquer une manifestation nouvelle, une manifestation décisive. Tous les évêques du monde, officiellement consultés par le souverain Pontife touchant la croyance de leurs troupeaux et sur leur propre foi, venaient d’attester que tous les catholiques de lTinivers honorent le privilège de la Mère de Dieu, que les plus simples sont convaincus de la vérité de cette croyance et ne soupçonnent pas même qu’on y puisse rien ajouter pour la rendre obligatoire ; que les autres adressent au Ciel les prières les plus ferventes, afin qu’il inspire au chef de l’Eglise la pensée de lasanctionnerpar un jugement doctrinal; que les pasteurs et les brebis, les maîtres et les disciples ne forment qu’un seul vœu, celui d’entendre sortir de la bouche du successeur de saint Pierre la sentence qui consacrera la persuasion générale; que la définition du mystère répandra la joie la plus vive au sein du peuple fidèle, et deviendra pour lui la source d’innombrables bienfaits ; que Marie du haut des deux bénira ses enfants et leur rendra en grâces célestes tout ce qu’ils lui offriront d’honneurs sur la terre.

Plusieurs prélats ajoutaient que de nos jours la définition n’était pas seulement opportune mais même nécessaire. L’attente était générale, l’espérance inébranlable, la conviction profonde. La moindre hésitation eut jeté le doute et le trouble dans les esprits, et découragé les cœurs les plus généreux. La divine Providence avait conduit les choses à ce point que la définition était devenue nécessaire, inévitable. Comment dès lors douter de son opportunité?

l’immaculée conception

Je viens de prouver l’opportunité de la définition par rapport aux personnes; examinons-la maintenant par rapport aux circonstances.

Je ne m’arrêterai point à ce qu’on a appelé l’opportunité négative, c’est-à-dire l'absence de tout motif de différer la définition. On a vu, dans les pages qui précèdent, que Dieu a fait disparaître successivement tous les obstacles qui auraient pu s’opposer au jugement de l’Eglise, et qu'il a pour ainsi dire aplani lui-même les voies à la définition. Les anciennes querelles de l’école ont cessé depuis longtemps. L’ordre de saint Dominique s'est associé à la croyance commune; les inconvénients que l’on aurait pu redouter de la part des hérétiques, des indifférents et des incrédules ont été reconnus ou imaginaires ou indignes d’égards. L’Eglise, au moment où le souveraifi Pontife a prononcé, n’avait plus aucun motif de se taire; elle avait au contraire beaucoup de motifs de parler.

Je signalerai cinq circonstances principales qui ont dû déterminer le S. Siégea prononcer son jugement; je veux dire le degré d’évidence que la pieuse croyance avait atteint, l’inspiration que l’Esprit-Saint envoya au souverain Pontife, la nécessité de procurer au peuple de Dieu un nouveau secours dans le culte de Marie, la nature des erreurs qui désolent notre âge ; enfin les grands biens qui résulteront infailliblement de la définition.

Et d’abord le degré d’évidence que la pieuse croyance avait atteint.

L’Eglise n’est pas obligée sans doute de trancher immédiatement, par un jugement doctrinal, toutes les ques-

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lions que l’on soulève dans son sein. L’histoire montre au contraire qu’elle est très-sobre de décisions souveraines. Elle n’a coutume de prononcer avec autorité que dans les circonstances où la vérité de la foi ou bien le salut des âmes l’exige. Elle tolère les opinions opposées sur des matières fort délicates, aussi longtemps que la vérité n’apparait point avec un éclat qui éblouit tous les veux. Mais au moment où la vérité brille de manière à convaincre les esprits les plus rebelles; au moment où l’erreur qui lui est contraire, devient manifeste, l’Eglise ne peut plus se taire; elle doit parler. Ce devoir est évident surtout lorsque la question concerne des matières de foi. On conçoit que l’autorité tolère, même après en avoir reconnu la fausseté, des points de doctrine qui méritent d’être censurés comme téméraires, comme mal sonants, comme blessant les oreilles pieuses; parce que cette réserve peut n’entrainer aucun dommage spirituel pour les fidèles; mais il est impossible que l’autorité tolère des doctrines manifestement hérétiques, (pii altèrent le dépôt de la foi. Dès qu’une doctrine est reconnue appartenir à la révélation divine, l’Eglise ne peut plus tolérer dans son sein la doctrine contraire: elle est obligée de la condamner.

L’Eglise en a toujours agi ainsi. Le système des Millénaires, dans sa partie honnête et spécieuse, a été soutenu par des hommes de grand savoir et de grande renommée, tels que saint Justin et saint Irénée. Il paraissait révélé dans les saintes Ecritures en termes formels ; il ne renversait aucune vérité fondamentale enseignée dans l’Eglise. Cependant le concile de Cou-

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stantinople le condamna indirectement, en insérant au symbole deNicée cette proposition: Le royaume de Jésus- Christ ri aura point de fin ; et saint Damase, en ayant reconnu la fausseté, le proscrivit solennellement dans un concile romain.

Citons un autre exemple. La vénération des images n’est point essentielle au culte sacré. L’Eglise l’a réglée de différentes manières à diverses époques. Saint Augustin n’approuve pas les images de la sainte Trinité et des anges que l’Eglise approuve aujourd’hui. Si, à l’exemple des protestants, l’on appliquait au nouveau Testament les lois de l’Ancien, il faudrait dire que le culte des images est défendu dans l’Ecriture. Cependant l’Eglise, éclairée par la tradition apostolique et par l’Esprit de Dieu, n’a pas toléré l’erreur, l’hérésie des iconoclastes qui déclaraient le culte des images illicite et contraire à la loi de Dieu. Elle l’a condamnée aussitôt qu’elle l’a reconnue, et elle a défini que le culte des images, tel que le peuple fidèle l’a toujours pratiqué, est permis, utile et louable.

Eh bien, l’opinion qui contestait à la sainte Vierge le privilège de son Immaculée Conception, était devenue si manifestement erronée, si évidemment contraire à une croyance générale en matière de foi, que l’Eglise semblait ne pouvoir plus la tolérer ultérieurement sans conniver à l’erreur.

La question ne se présentait plus comme autrefois, lorsqu’elle était vivement débattue, violemment agitée; elle apparaissait dégagée des difficultés dont on l’avait entourée et obscurcie, et appuyée sur les plus

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respectables autorités. Un concile œcuménique, le Concile de Trente, avait positivement excepté la sainte Vierge de la masse des pécheurs, et réduit ainsi à néant les seules ressources auxquelles pussent recourir les adversaires du privilège, pour soutenir leur cause. Paul V et Grégoire XV leur avaient imposé un silence absolu; Alexandre VII avait déterminé solennellement l’objet réel du culte rendu dans l’Eglise entière à la Vierge Immaculée; il avait déclaré que l’Eglise approuvait et favorisait ce culte; il avait prononcé les peines les plus sévères contre ceux qui l’entraveraient, ou qui combattraient d’une manière quelconque la pieuse croyance; les théologiens les plus habiles déclaraient

d’une voix unanime que la prérogative de l’immaculée Conception est une vérité de foi, et affirmaient que, pour la ranger parmi les dogmes incontestables, il ne manquait plus que le jugement définitif de l’Eglise. Une resta plus de recherches à faire, de difficultés à résoudre: la pieuse croyance était évidemment vraie, l’opinion contraire manifestement fausse, et cela en matière de foi; l’Eglise ne pouvait plus se taire ; elle devait parler.

Si elle eût encore gardé le silence, elle eût mis ellemême en question une vérité de foi ; elle eût, comme je l’ai fait remarquer plus haut, paru douter de la légitimité du culte qu’elle autorisait et dont elle avait déterminé l’objet; elle eût pratiquement révoqué en doute la valeur du consentement universel de l’Eglise; elle eût méconnu le sens de sa propre tradition ; elle eût enlevé toute valeur aux arguments qu’elle oppose chaque jour à l’hérésie pour la convaincre de la vérité de sa foi : en

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un mot, son silence eût fini par ressembler à la négation du privilège de l’immaculée Conception, c’est-à-dire à la profession d’une hérésie manifeste.

L’opportunité de la définition, eu égard au degré d’évidence que la doctrine favorable au privilège avait atteint, est donc incontestable.

Parmi les motifs que Sixte IV, Paul V, Grégoire XV et Alexandre VII lui-même ont allégués pour ne point prononcer la définition doctrinale, on voit figurer celui-ci : L’Esprit-Saint ne nous a pas encore inspiré de prononcer ce jugement. Ces grands Pontifes attendaient le souffle d’en haut pour se déterminer à ce grand acte.

Eh bien, ce souffle de l’Esprit-Saint s’est fait sentir au grand Pontife qui gouverne aujourd’hui l’Eglise; nous en avons pour garant la bulle même de définition. Ecoutez sa Sainteté :

« Pleins de confiance, dit-il, dans le Seigneur, nous avons cru que le temps opportun, pour définir la Conception de la bienheureuse Vierge était venu... Après avoir pesé mûrement toutes choses, et avoir répandu nos prières les plus ferventes devant le Seigneur, nous avons jugé que nous ne pouvions plus différer de définir, par notre jugement suprême, V Immaculée Conception de la sainte Vierge. Nous n’avons pas cessé d’offrir, dans l’humilité et le jeûne, nos prières particulières et les prières publiques de l’Eglise à Dieu le Père, par l’intermédiaire de son Fils, afin qu'il daignât diriger et confirmer notre esprit par la vertu de l'Esprit-Saint, et maintenant que cet Esprit nous inspire ainsi , à l’honneur de la sainte et indivisible Trinité, à la gloire et à l’honneur de la Vierge

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Mère de Dieu, pour l’exaltation de la foi catholique et l'accroissement de la religion chrétienne... nous déclarons, prononçons et définissons (i). »

Voilà certes une opportunité dont aucun catholique ne contestera la valeur! Quand le Saint-Esprit marque l’heure et le moment de ce grand événement, qui oserait penser que l’heure et le moment ne sont pas encore venus? Mais prêtons l’oreille à la voix de l’éloquent évêque de Tulle, qui nous expliquera dans son style pittoresque cette incontestable opportunité.

« Le souverain Pontife, dit-il, a une grâce spéciale d’enseignement. Quand le Saint-Esprit ne l’inspire pas, il ne prononce rien de sa chaire. Un Concile général l’appelle admirablement l’organe de V Esprit-Saint. ïl y a dans cette expression toute une doctrine : l’instrument musical a une voix, mais l’harmonie dort dans ses lianes; elle ne s’en échappe que lorsqu’il est frappé : qu’aucun

doigt ne le touche, il est silencieux . 11 y a difficulté

dans le discernement infaillible des objets de la foi, dans la connaissance des moments opportuns, dans l’appréciation de l’état des esprits. Le souverain Pontife a droit.

(1) « Plurimum in Domino confisi advenisse temporum opportunitatem pro Immaculata sanctissimœ üei Genitricis Virginis Mariœ Conceptione défi-' nienda... Rébus omnibus diligentissime perpensis, et assiduis fervidisque ad Deum precibus effusis, minime cunctandum Ni, bis esse censuimus supremo Nostro judicio lmmaculatam Virginis Conceptionem scincire , definire... Quare postquam nunquam intermisimus in humilitate et jejunio pri votas nostras et publias Ecclesiæ preces Deo Patri per Filium ejus offerre, ut Spiritus sancti virtute mentem Noslram dirigere ac cunfirmare dignare'ur, implorato universæ cœlestis curiæ præsidio, et advocato cum gemitibus Paraclito Spiritu , eoque sic adspirante... declaramus , pronunciamus,et definimus... » Bulla Ineffabilis, circa fin.

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à une assistance complète de tous points... La grâce qui lui est préparée est donc exquise et spéciale. L’Esprit céleste qui était placé sur les bords de la piscine, est l’emblème de l’évêque universel. A cet évêque appartient le devoir de remuer les eaux de la doctrine catholique. Au milieu de ces agitations mystérieuses, les languissants, les faibles vont prendre la vigueur de la foi. Mais remarquez cette circonstance : Lange du Seigneur descendait , selon les moments dans la piscine , et Veau était remuée. Il y a donc des temps prédestinés ; en dehors de ces temps la vertu de l’eau est assoupie, et les flots de la divine sagesse, le beau lac de la vérité, ont leurs heures aussi. Qu’on se garde de les agiter dans des moments inopportuns ; la santé des âmes n’en sortirait pas. Le souverain Pontife est ce dispensateur fidèle et prudent que le Seigneur a préposé au soin de sa famille .11 doit lui distribuer, selon le temps et dans des mesures exactes, le froment immortel de la vérité... Si la vérité de sa bouche va provoquer quelque part des frémissements, qu’il attende la venue du Saint-Esprit. Avant il faiblirait, peut-être après il sera invincible. Or le Saint-Esprit descend selon sa sagesse ; il a ses heures marquées. Quand le souverain Pontife sentira au-dedans de lui-même les impressions divines ; quand après les jeûnes, les prières et les larmes et les saints sacrifices de l’Eglise, après ses propres et ardentes supplications, il entendra les commotions célestes, on pourra du moins, aux lueurs d’une pieuse prudence, conjecturer que le moment est venu ; qu’il se mette à l’œuvre ; il domine désormais le temps, la nature, les vicissitudes de la terre ! »

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Magnifique opportunité, qui répond à l’opportunité manifestée par les dispositions des fidèles!

« Le Saint-Esprit est dans l’Eglise, dit le même prélat avec autant de profondeur que d’éloquence; il en est l’âme infinie, forte et suave en même temps ; son habituelle présence s’y révèle sans doute par une action continue ; l’Eglise vit à toute heure ; elle a donc sans interruption au-dedans d’elle-même ce souffle inspirateur. Mais dans des moments déterminés, elle est agitée d’un mouvement spécial ; selon l’occurrence de ses devoirs et de ses besoins FEsprit-Saint la transporte. Dans les jours du martyre, il lui imprime les fières énergies ; aux époques où a lieu la promulgation des dogmes, il anime la multitude des fidèles à croire avec amour. Un grand et doux mouvement est imprimé alors à cette vaste Eglise : ses membres sont excités et entraînés vers la foi. La parole du dogme vient dans les espaces spirituels où tout l’attend et l’aspire ; elle n’est pas une violence, c’est une rosée pour des figes impatientes. La vertu de foi, l’accoutumance religieuse ne font pas cela sans un concours spécial de l’Esprit-Saint. L’universalité du croire, les empressements uniformes, le bonheur souriant montré partout, vous n’expliquerez pas ces choses autrement que par une action générale et simultanée. Un grand respect seul peut l’inspirer ; c’est l’esprit infini qui, sans se mettre en parcelles, entier, puissant et commun à tous, les dispose souverainement, fait avec le nombre une grande unité, sème dans ces sillons d’âmes innombrables un semblable amour. Que l’on comprenne enfin cette docilité de tant de siècles et de tant d’esprits. »

« Quel est le catholique qui n’ait aperçu ces empressements uniformes, et ces tiges impatientes attendant la rosée ? ce doux mouvement des esprits, à propos de la définition du privilège de Marie ? L’heure avait donc sonné; le moment était venu; le Saint-Esprit voulait la définition; il manifestait sa volonté par le pieux entrainement qu'il imprimait aux cœurs des fidèles et par le désir qu’il inspirait au Pontife, le dispensateur du froment de la vérité. Aucun délai n’était plus possible (1). «

Quoique l’Eglise soit constamment en butte aux attaques de l’enfer, et ne triomphe, comme son divin fondateur, qu’au milieu des douleurs et des angoisses, il est cependant des heures où elle est plus fortement oppressée, où elle éprouve un besoin plus urgent des secours célestes pour déjouer les machinations du prince des ténèbres. Dans ces moments d’épreuve, l’Eglise prend son recours vers ses saints protecteurs , et surtout vers Marie qui, selon l’expression de saint Ambroise, est l'aïeule de l’Eglise, en sa qualité de Mère de Jésus- Christ qui en est le père.

Mais je le demande à quelle époque l’Eglise a-t-elle eu un besoin plus pressant du puissant secours de Marie, que pendant ces dernières années où toutes les puissances de l’enfer semblaient déchaînées sur la terre? L’Europe a entrevu en 1848 un monstre affreux, qui est endormi en ce moment, mais qui n’est point étouffé, et si le Ciel ne vient au secours de l’Europe elle en sera dévorée. L’Eglise a donc voulu intéresser Marie au

il) Voy. L’univers du 26 avril 1855.

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péril de ses enfants, en lui déférant un honneur nouveau ; en célébrant une de ses plus glorieuses prérogatives, par un jugement doctrinal solennel ; par la proscription d’une doctrine contraire à sa parfaite sainteté; par un hommage éclatant et définitif rendu à son innocence inviolable.

Les hommes clairvoyants ne s’y sont pas trompés: plusieurs prélats, en suppliant avec instances le souverain Pontife de définir le dogme de l’immaculée Conception, ont allégué pour motif déterminant la nécessité de procurer aux nations chrétiennes, au milieu des temps difficiles où nous vivons, un secours tout-puissant de Marie.

Telle est, entre autres, la pensée de Mgr Koett, le savant évêque de Fulde, qui, après avoir rappelé que certaines personnes, eu égard à la faiblesse des catholiques indifférents, et à la fureur des hérétiques qui ne cherchent que l’occasion de multiplier leurs blasphèmes, voudraient voir différer encore la définition du privilège de Marie, s’adresse au souverain Pontife en ces termes : « Quoique je ne veuille point mépriser ces craintes, ni les cacher à votre Sainteté, je dois déclarer, en approchant de votre trône, que je ne les partage pas. Plus le nombre de nos adversaires est grand, plus iis persécutent insolemment Jésus-Christ dans son Eglise, plus le bras séculier est raccourci, plus les rois (pii la protègent sont devenus impuissants, plus aussi l’Eglise, qui est en guerre avec les puissances des ténèbres, doit demander l’aide et le secours de Celle qui a brisé la tête du serpent, plus elle doit louer et vénérer Celle qui, en priant son

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Fils, a écrasé seule toutes les hérésies. L’heure est venue, si je ne me trompe, où Dieu visite de nouveau son Eglise, en portant le van dans sa main, et en purifiant son aire. L'heure est venue où l’Eglise, dont la vie est la vie de Jésus-Christ même, gémit et s’écrie : Mes ennemis m'ont foulée aux pieds toute la journée , et ceux qui me font la guerre sont sans nombre. Seigneur ri éloignez point votre secours de moi; mais veillez à ma défense; délivrez moi de la gueule du lion, et mettez ma faiblesse à l’abri de Vunicorne. Que les hommes craintifs, poursuit le courageux Prélat, qui n’osent pas résister jusqu’au sang, s’enfuient et qu’ils se cachent! La prudence du monde est impuissante pour remédier à ces maux; car pleine d'inquiétude elle ne songe qu'aux faibles, et la peste qui se répand partout ne peut céder qu’au courage de ceux que l’Esprit-Saint a posés pour gouverner l’Eglise de Dieu, qu’à une confession généreuse de la foi. Il faut maintenant préparer à l’Eglise ses armes sacrées et toujours victorieuses, afin d’abattre les ennemis du royaume de Jésus-Christ, et sans aucun doute l’Eglise catholique a toujours compté le patronage de Marie, comme une de ses armes les plus puissantes (i). »

Telle est encore la pensée de Mgr Studach, vicaire apostolique en Suède, qui, au milieu des glaces du Nord, répond avec une ardeur toute méridionale, à l’encyclique de Pie IX :

« Je ne sais comment exprimer ma joie de ce que Dieu a inspiré à sa Sainteté de s’occuper plus que jamais

(I) Parai, n. 458.

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de l’importante question de l’immaculée Conception, dans ce temps qui a plus besoin que tout autre de l’intercession et de la protection puissante de la sainte Vierge. Certes, la solution catholique de cette question viendra mettre en rage tout l’enfer, mais elle sera le triomphe complet de la Mère de Dieu sur la terre, et fixera les yeux de l’univers catholique d’une manière spéciale et ranimante sur le saint Siège, et même ceux des hérétiques de bonne foi. Le monde chrétien est attaqué aux entrailles, dont le remède doit tenir aussi aux entrailles, et c’est ce que fera la définition finale de la doctrine catholique sur l’immaculée Conception. Nos cinq prêtres catholiques dans la péninsule scandinavique en sont ravis, en prévoyant que la décision de cette importante doctrine par le saint Siège tombera comme la foudre du haut du ciel sur le monde incrédule (1)! »

Ce langage, qu’on nous en croie, est bien plus conforme à la prudence chrétienne et à la science de Dieu, que les conseils timides de la prudence humaine. Les circonstances où nous nous trouvons le justifient déjà; mais f avenir lui imprimera un cachet plus frappant encore de vérité.

La définition de l’immaculée Conception était donc opportune, parce que l’Eglise devait y trouver des armes redoutables contre ses ennemis, un gage certain de nombreux et éclatants triomphes.

Enfin il est une quatrième circonstance qui donne à la définition du privilège de Marie un caractère très-pro-

(I) Pcireri. m. 309.

l’immaculée conception

noncé d’opportunité ; je veux dire la nature des erreurs qui aujourd’hui ravagent le monde.

Le peuple fidèle ne vit pas seulement de pain, mais aussi de toute vérité qui sort de la bouche de Dieu. L’Eglise sa mère s’efforce toujours d’adapter son enseignement aux besoins des âmes. Dès qu’une erreur cherche à corrompre les esprits et à troubler les cœurs, l’Eglise s’alarme, avertit, enseigne les vérités contraires, et offre ainsi un antidote efficace contre le poison de la fausse

science. Or la définition du mvstère de l’immaculée

Conception était sans contredit le remède le plus puissant que l’Eglise pût appliquer, en fait de doctrine, aux esprits malades des erreurs du jour.

Quelle est aujourd’hui l’erreur dominante?

« La grande erreur du jour, répond avec la supériorité de vue qui la distingue, la Civiltà cattolica , est le rationalisme ou effronté ou déguisé. Le rationalisme est la déification de la raison et par conséquent de l’homme. Il a conduit en Allemagne à Fautolatrie, au culte de soi; et au panthéisme, qui est une des formes de la déification de l’homme.

« La conséquence inévitable de ce système est la négation de la chute primitive et de la transmission du péché originel avec ses suites.

« Le rationalisme prétend que l’homme est parfait, qu’il se suffit ; qu’il n’a qu’à développer ses qualités naturelles pour être heureux ; qu’il trouve en lui-même son bonheur. Le mal, les misères, les difficultés qu’il rencontre, il ne les attribue pas aux défauts et aux défaillances de l’humanité, mais aux institutions religieu-

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ses et civiles qu’il veut abolir et remplacer par des institutions sorties de son sein, par des lois nouvelles qu’il vante comme une source de progrès et de bonheur dans l'avenir.

« Le rationalisme déguisé, propagé en Italie par Gioberti, n’est pas moins hostile au dogme de la chute de l’homme et des suites qui en découlent.

« Ces rationalistes, dit le même écrivain, admettent deux ordres de choses, l’un naturel et l’autre surnaturel, mais ils les confondent; ils ne nient pas ouvertement le péché originel, mais en pratique ils supposent qu’il n'existe pas: ils combattent la mortification de la chair, tout exercice ascétique, toute expiation par l’esprit, tout ce qui soumet la chair à l’esprit. Ils croient au bonheur de la vie future, mais à condition qu’il n’ôte rien au bonheur de la vie présente; ils reconnaissent un tribunal de la vérité, mais ils le placent dans l’opinion universelle, qu’ils proclament la reine du monde. La nécessité d’un gouvernement n’est point contestée par eux, mais ils prétendent le faire découler de la volonté populaire. La société a le droit de punir, mais seulement pour se défendre, et non point pour faire expier le crime. Ils rejettent la fatalité d’un progrès indéfini; mais ils entretiennent les esprits dans une vive agitation par l’espoir d’un perfectionnement illimité. Ils ne demandent pas une église nouvelle ; mais ils prétendent moderniser l’église catholique ; ils blâment le clergé de soutenir un catholicisme exagéré, suranné, mystique, contraire à la civilisation, ambitieux, qu’ils résument dans l’épithète de Jésuitisme. Ils confessent la rédemption

de Jésus-Christ, mais ils la font consister surtout en effets civils, temporels et humains, comme l'affranchissement de la multitude et l’amélioration de la vie sociale. C’est là le libéralisme prôné par Gioherti et par ses nombreux adhérents.

« Le rationalisme pur nie la cause du péché originel, le sémi-rationalisme en nie les effets; de sorte qu’ils arrivent au même résultat d’anéantir la croyance du péché originel en lui-même.

« Tous deux méconnaissent la condition actuelle de l’homme sur la terre, tous deux se trompent sur le but et sur les effets de la rédemption.

« Le double rationalisme, poursuit 1 écrivain de la Civiltà cattolica , a pris mille formes différentes et s’applique à mille questions. Le condamner dans toutes ses applications est une chose presqu’impossible. D’ailleurs la froideur et l’indifférence sont si grandes chez une foule de chrétiens, qu'ils profiteraient peu de cette condamnation négative, qui proscrirait l’erreur. Il vaut mieux proposer la vérité positive contraire. Mais cette vérité a été définie, il y a longtemps. Le dogme du péché originel a été placé au nombre des vérités incontestables de la foi, dès les premiers siècles de l’Eglise. Il convient donc de proposer plutôt une vérité positive indirecte, qui confirme et renouvelle, pourainsi dire, cette ancienne définition ; et cette vérité positive n’est autre que lTmmaculée Conception de Marie dont la croyance implique toutes les vérités contraires aux erreurs modernes. Cette vérité a l’avantage de n’être pas purement spéculative et de n’éclairer seulement que l’esprit, comme le serait une

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condamnation solennelle des erreurs courantes; elle s’adresse aussi au cœur en se rattachant à l’objet d’un culte cher aux fidèles.

« Du moment que l'immaculée Conception est proclamée dogme de foi, il en résulte que l’homme est tombé, que le péché originel passe à tous les enfants d’Adam, que Jésus-Christ a dû réparer la chute du premier homme, que la grâce est nécessaire pour l’expiation du péché, que l’homme ne trouve pas son bonheur en luimême, qu’en ce monde nous vivons dans l’exil, que nous devons expier nos péchés, que nous ne pouvons arriver au ciel qu’en nous appliquant les mérites du Sauveur (i). »

Ainsi le saint Siège en définissant le mystère de l’immaculée Conception a rappelé l’ensemble des vérités chrétiennes, contraires aux erreurs du jour, et il a condamné ces erreurs par un jugement doctrinal solennel, auquel tous les catholiques du monde adhèrent d’esprit

(1) Cet exposé est tiré d'un excellent article de la Civiltà cattolica, intitulé : Congruenze sociale di urta defini zione dogmatica sali' Immacolalo Concepimento délia B. V. M. Il est emprunté lui-même a une brochure publiée a Turin, en 1849, sous ce titre : Saggio intorno al socialismo. L’article de la Civiltà est reproduit à la tête du cinquième volume des Pareri de'vescovi. — M. l’abbé Valroger a prouvé avec quelle effronterie les incrédules modernes nient l’histoire de la chute primitive, et le péché originel qui en est la suite. Voy. ses excellentes Etudes sur le rationalisme contemporain, pag 259, 278, 283, -132, etc, etc. On trouve d’autres preuves des mêmes erreurs dans un ouvrage de circonstance, mais plein d’intérêt, intitulé : Le monopole universitaire destructeur de la religion et des lois. Lyon 1845. Voy. pag. 362 et s. Les catholiques belges savent que ces hérésies ont été enseignées récemment à l’université de Gand, et qu’elles n’ont pas été rétractées jusqu’ici, quoique signalées et condamnées par Mgr l’évêque de Gand et par Nous.

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et de cœur. Quel préservatif contre l’esprit de mensonge! Quelle protestation énergique, calme et efficace contre l’incrédulité ! Quelle garantie pour les autres dogmes de foi! Par un seul acte l’Eglise a condamné toutes les hérésies du jour, et confirmé toutes les vérités contestées par l’esprit d’erreur. Pouvait-elle poser un acte plus sage, plus opportun, plus utile?

L’utilité de cette grande mesure expliquerait seule, s’il le fallait, et justifierait au besoin la conduite du saint Siège. Mais les avantages qui découlent pour l'Eglise de la définition dogmatique de l'immaculée Conception sont si nombreux et si importants, que j’en ferai le sujet d'un paragraphe distinct.

Avantages, résultats pratiques de la définition de l'immaculée

Conception.

Des esprits superficiels se sont demandé quel avantage l'Eglise pourrait retirer de la définition de l'immaculée Conception? Quel bien, disaient-ils, produira la définition spéculative d'une croyance déjà universelle? La dévotion des fidèles envers Marie est déjà si grande, qu’il est impossible de l’augmenter; on va donc s’engager dans le péril certain d’irriter les hérétiques et d'effrayer les indifférents, pour obtenir un avantage au moins problématique et tout à fait inutile.

Ce raisonnement repose sur de nombreuses et de bien fortes méprises.

Nous avons déjà fait voir que l'irritation des héréti-

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ques et les inquiétudes des indifférents étaient des fantômes, de vains épouvantails, qui ne devaient, qui ne pouvaient arrêter l’Eglise. Nous dirons maintenant qu’une définition de foi n’est point, comme on le suppose, une chose purement spéculative. A la rigueur toutes les vérités de foi sont des choses pratiques, d’abord parce qu’elles exigent de nous un acte positif d’adhésion, un assentiment pratique de l’esprit et de la volonté ; ensuite parce qu’elles nous éclairent sur les règles de nos devoirs à la tète desquels se trouve la pratique de la foi. Tout chrétien doit croire d’esprit et de cœur, professer de bouche, et mettre en pratique les vérités que Dieu a révélées et que l’Eglise nous propose à croire. La spéculation dans tout cela est une chose accessoire.

Ainsi, par exemple, quoi de plus spéculatif en apparence que le mystère de la sainte Trinité? Et cependant, sans la foi en ce mystère, personne ne comprend le dogme de l'Incarnation. Quoi de plus spéculatif en apparence que le mystère de l’Incarnation? Et cependant, sans lui, la rédemption est inintelligible. La rédemption ellemême, vérité à certains égards spéculative, nous rappelle la chute d’Adam, le vice héréditaire, l’efficacité de la grâce, la sainteté des sacrements, les préceptes du Rédempteur, les justes jugements de Dieu, les espérances de la vie future. Voilà comment tous les dogmes s’enchaînent et conduisent tous à des résultats pratiques.

Il n'est donc pas exact de dire que la croyance à l’immaculée Conception de Marie est une vérité purement spéculative; elle est intimement liée, nous le verrons à

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l'instant, aux mystères les plus pratiques de la foi, et elle conduit à une foule de résultats positifs, les uns momentanés, les autres durables, tous vraiment précieux pour le peuple fidèle et capables de déterminer l’Eglise à prononcer un jugement doctrinal définitif.

Je distinguerai ces résultats en trois classes: les uns découlent de la définition même, les autres de la manière dont elle a été prononcée; d’autres enfin de l’ensemble de cet acte solennel.

D’abord la définition de l’immaculée Conception de la sainte Vierge a procuré à l’Eglise un accroissement de connaissances surnaturelles; elle a augmenté le trésor des vérités saintes; de plus elle a manifesté la vie, l’autorité et l’unité parfaite de l’Eglise.

Ensuite par la forme dans laquelle elle a été prononcée, cette définition a jeté un grand éclat sur le saint Siège; elle a frappé certaines opinions hasardées, peu favorables à l’autorité pontificale.

Enfin dans son ensemble, elle a donné un nouvel élan à la dévotion du peuple fidèle envers la Mère de Dieu, et elle procurera à l’Eglise une protection plus puissante de son auguste souveraine et de grandes victoires sur les puissances de l’enfer.

Expliquons brièvement ces précieux avantages.

Au point de vue de la pratique, ce n’est pas un petit avantage pour l’Eglise d’augmenter le trésor de ses vérités saintes, et de multiplier les lumières qui guident les pas des fidèles dans les voies des vertus chrétiennes. Un savant prélat, que nous avons déjà cité, rencontrant l’objection tirée du danger d’éloigner les protestants du

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centre de l’unité, loin de voir dans cet accroissement de vérité un motif de crainte, y découvre au contraire une source d’espérance. Pour les esprits droits ce progrès de la doctrine a un attrait réel qui frappe et qui captive, qui attire et qui attache. « Ceux, dit-il, qui n’ont pas le bonheur d’appartenir à l’Eglise, devraient être attirés par un symbole où brillent des splendeurs nouvelles; c’est plus de substance apparue dans l’objet de la foi ; l’âme famélique se rassasiera mieux après ses longs jeûnes. Si après tout quelqu’un prenait occasion de là pour s’obstiner à rester dehors, qu’y voulez-vous faire? L’Eglise ne doit pas être frustrée, parce que l’étranger continue d’exercer ces choix dédaigneux. L’hérétique garde son humeur native; il fait ses perpétuels triages; le fidèle accepte le don de Dieu dans son entier (1). »

Voyons combien ce don de Dieu jette de lumière sur l’ensemble des croyances chrétiennes.

La définition de l’immaculée Conception, en dissipant toute espèce de doutes au sujet du privilège de la Mère de Dieu, donne d’abord un nouveau relief au dogme de l’Incarnation, en nous découvrant les vues cachées de la divine Sagesse sur les préparations éternelles et temporelles de ce grand mystère.

Nous savons maintenant d’une certitude de foi que la Mère du Fils de Dieu incarné a été prédestinée de toute éternité à une sainteté parfaite et perpétuelle ; qu’un miracle de la grâce a été opéré à l’instant de sa création, et a préludé aux autres miracles de son existence;

(1) Dans l'Univers du 26 avril 1853.

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que la sainteté de Marie a été annoncée aux premiers jours du inonde avec la venue du Messie; que pour devenir la Mère du Fils de Dieu, la sainte Vierge a été soustraite à toute action du démon, à toute influence du péché; que la virginité perpétuelle de Marie n’a été que l’image et la conséquence de l’intégrité perpétuelle et de la sainteté continue de son âme. Par là nous acquérons une plus haute idée du grand mystère de l’Incarnation, qui, opéré pour notre rédemption et notre sanctilication, a été rempli de sainteté jusque dans les instruments dont Dieu s’est servi pour l’accomplir.

La définition de l’immaculée Conception éclaircit aussi le dogme de la rédemption, en confirmant indirectement la croyance à la chute originelle ; en expliquant mieux l’étendue et la puissance de notre rachat; en nous montrant, parmi les effets admirables des mérites de Jésus-Christ , une rédemption préventive, anticipée, qui nous révèle la prédilection éternelle du Dieu Sauveur pour sa Mère. La nécessité absolue de la grâce, dont la plus parfaite des créatures a eu besoin, la libéralité de Dieu envers les hommes, reçoivent une lumière nouvelle, et, s’il est possible, un nouveau degré de certitude.

La définition de l’immaculée Conception éclaire aussi le dogme de la sanctification de nos âmes, en nous découvrant dans Marie une simple créature, ramenée, comme notre parfait modèle, à la sainteté et à la perfection de nos premiers parents avant leur chute. Marie, sanctifiée dès le premier moment de sa création, marche à la tête des élus et les présente, comme sa famille, à Dieu au plus haut des deux. Cette sanctification prodi-

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gieuse nous rappelle que la sanctification de nos âmes est le but de notre existence terrestre, et que Dieu nous a imposé le devoir d’imiter un modèle, qui est une simple créature comme nous. Si Dieu a ennobli notre nature en la revêtant lui-même, ne lui a-t-il point conféré un nouveau degré de dignité en l’élevant si haut en Marie, et ne nous a-t-il point fourni un nouveau motif et de reconnaissance envers lui, et de perfectionnement de nous-mêmes?

Les lumières que nous venons d’indiquer ne constituent point un léger bienfait pour l’Eglise; elles lui procurent pour l’enseignement de la foi un avantage considérable.

Ace bienfait qui profite aux enfants de l’Eglise, ajoutons un bienfait qui doit profiter surtout à ceux qui sont dehors.

Une des erreurs les plus répandues de nos jours consiste à croire, que la religion catholique se meurt, que les dogmes finissent, que l’Eglise a fait son temps, que la vie lui échappe.

Ce préjugé aveugle et fatal a reçu un éclatant démenti par la définition de l’immaculée Conception de la sainte Vierge.

L’univers entier a vu que l’Eglise catholique a autant de vie aujourd’hui qu’elle en eut jamais ; que son autorité est aussi grande et aussi respectée que dans les siècles de ferveur; que sa hiérarchie conserve toute sa vigueur primitive ; que Dieu est sensiblement avec elle, comme aux plus beaux temps de son histoire.

l'immaculée CONCEPT. T. II.

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Quels signes de vie dans les manifestations populaires qui ont éclaté, lorsque le saint Père eut réclamé les prières du peuple fidèle, afin d’obtenir plus de lumières du Saint-Esprit! Quel empressement chez les premiers pasteurs, pour répondre au souverain Pontife, et pour lui adresser leur profession de foi ! Quelle ardeur et dans les pasteurs et dans le troupeau à solliciter la définition dogmatique du privilège de la Mère de Dieu! Tandis qu’une philosophie, orgueilleuse mais aveugle, s’engageait de plus en plus dans les ténèbres du paganisme dont Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a délivrés, en nous faisant passer à la lumière admirable de son Evangile; landis que l’incrédulité accueillait avec dédain et mépris l’annonce de la définition prochaine du mystère, on voyait, dans toutes les contrées du monde, des millions de pieux fidèles accourir aux pieds des autels, et conjurer l’Esprit-Saint d’inspirer enfin au Vicaire de Jésus- Christ la résolution de définir la grande prérogative de la Mère de Dieu. Cette question préoccupait vivement les esprits et tenait les cœurs en suspens. C’était, pour les enfants de Marie, une question vitale: il s’agissait d’ajouter une perle à la couronne déjà si riche de la bienheureuse Vierge, et ce projet paraissait à tous les chrétiens une affaire de la plus haute importance. Quelle est la secte séparée, quelle est l’école philosophique qui pourrait exciter dans les esprits un semblable intérêt; un aussi grand mouvement dans le monde? On a vu, il est vrai, des sectes politiques exciter dans certaines nations un mouvement fiévreux, en remuant les passions les plus viles, en aiguisant les appétits les plus grossiers ;

mais ce mouvement, accompagné de désordres, de crimes et d’excès, n'a fait naître autour de lui qu’aversion et terreur, et il a disparu rapidement sous les coups de la réprobation générale. La vie de l’Eglise s’est manifestée au contraire par un mouvement pacifique, généreux, noble, durable, qui n’a effrayé, ni troublé personne, mais qui a pu attester à tout l’univers que Jésus-Christ vit encore dans son Eglise, et que son corps mystique après dix-huit siècles conserve toute la vigueur des temps apostoliques.

La définition de l’immaculée Conception à fourni une preuve non-seulement de la vie, mais aussi de l’unité de l’Eglise.

On a vu, dans les chapitres qui précèdent, au milieu de quel merveilleux concours de circonstances la tradition vivante de l’Eglise, au sujet de l’immaculée Conception de Marie, s’est manifestée, à une époque où ce privilège n’était point défini. Pendant des siècles on a pu contester cette belle prérogative de la Mère de Dieu sans rompre les liens de l’unité; un petit nombre de fidèles l’ont niée; mais la masse des chrétiens n’en a jamais douté; bientôt la croyance est devenue explicite, commune, et a été soutenue avec ardeur, je dirai même avec animosité.

Vit-on jamais dans le monde une semblable unité de croyance et de persuasion à l’égard d’une vérité positive qu’aucune autorité n’imposait ? L’accord sur les vérités naturelles qui sont gravées dans l’âme, et qui découlent de la nature raisonnable, n’est point étonnant; mais lorsqu’il se manifeste dans des matières positives, libres,

controversées, il est nécessairement l’effet d’une action divine, qui par des lumières intérieures attache l’esprit des fidèles aux vérités de la foi, avant que celles-ci aient été définies par l’Eglise.

Aux liens d’unité intérieure que l’Esprit-Saint crée dans les âmes, correspondent les liens d’unité extérieure qui naissent de la subordination volontaire de tous les lidèles à leurs pasteurs, et de la concorde fraternelle qui existe entre les pasteurs eux-mêmes.

La définition de l’immaculée Conception a fait éclater aussi la force de ces liens extérieurs et sensibles.

A peine le saint Père eut-il invité quelques évêques à venir assister à cet acte de la souveraineté pontificale, et laissé entrevoir aux autres que leur présence à Rome lui serait agréable, que l’on vit les évêques des contrées les plus lointaines, malgré leur âge avancé, malgré la rigueur de la saison, quitter leurs troupeaux, passer les montagnes, traverser les mers, entreprendre les plus longs et les plus pénibles voyages, et tout cela pour obéir, non pas à un ordre, mais à un simple désir du souverain Pontife.

Ensuite quel touchant accord, quelle parfaite unité de sentiments, quelle douce fraternité entre ces deux cents cardinaux et évêques réunis en quelques jours de tousles pays du monde? On eût dit des frères qui se connaissaient de longue date; qui avaient toujours habité sous le même toit. Rien n’était plus propre à manifester les liens d’unité qui attachent entre eux tous les pasteurs et qui les attachent au souverain Pontife, centre de l’unité, que ces rapports de respect, de vénération et de charité récipro-

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ques, qui ont éclaté aux yeux de tout l’univers, et auxquels, j’en suis convaincu, les anges du ciel ont applaudi.

Quand même la définition de l’immaculée Conception de la sainte Vierge n’eût procuré à l’Eglise catholique que cette grande manifestation de son unité parfaite, il faudrait avouer qu’elle a procuré à l’Eglise un immense avantage, et que de ce chef elle était souverainement opportune.

La définition de l’immaculée Conception de la sainte Vierge a de plus jeté un vif éclat sur l’autorité spirituelle de l’Eglise en général et du saint Siège apostolique en particulier.

Ce fut une grande et nohle pensée du grand Pontife qui gouverne l’Eglise, de songer à exercer son autorité souveraine, en matière de foi, à une époque où la tempête révolutionnaire mugissait de toutes parts, et où presque tous les trônes d’Europe chancelaient où étaient ébranlés. Il est impossible que les hommes réfléchis n’aient pas fait déjà, ou ne fassent un jour la comparaison de l’autorité spirituelle, indépendante des hommes et des événements, qui a faction aussi entière et aussi libre au milieu des révolutions sociales, qu’au milieu du calme le plus parfait, avec l’autorité civile et politique, sujette dans son action à mille vicissitudes, et exposée à mille périls, qu’aucune force humaine ne peut conjurer, qu’aucune prudence ne peut prévenir.

Tandis que le pouvoir temporel tremblant devant l’émeute, faisait des concessions forcées ou spontanées à l’esprit révolutionnaire, et semblait n’avoir point d’autre

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souci que de détourner de sa tête les orages qui grondaient de toutes parts, le pouvoir spirituel interrogeait les évêques du monde touchant leur croyance et celle de leur troupeau, et se préparait cà poser un acte de son autorité souveraine, dont les effets s’étendraient à tout l’univers.

Quelle différence, et quel contraste !

Eh bien, en exécution de ces projets, le souverain Pontife, du haut de la chaire de saint Pierre a commandé à plus de deux cent millions de catholiques, d’adhérer d’esprit et de cœur à une vérité, qu’en vertu de son autorité apostolique il déclarait révélée; il a séparé du corps mystique de Jésus-Christ, du sein de l’Eglise catholique, quiconque oserait contredire son jugement; et ces deux à trois cent millions de catholiques, ont accueilli ce jugement, je ne dirai pas avec soumission et avec une docilité filiale, mais avec un sentiment très-vif de joie et de reconnaissance.

Qu’on nous montre sur la terre une autre autorité aussi grande, aussi forte, aussi respectée; qu’on nous indique un monarque qui commande sans contestation aux esprits et aux cœurs; qui en soit écouté et béni! La définition du privilège de Marie a fait voir la puissance surnaturelle et universelle dont le souverain Pontife est revêtu; etelie l’a fait briller aux yeux de tous les peuples comme l’autorité la plus grande et la plus respectée qui soit sur la terre.

Il y a plus. Comme cette définition n’a pas été prononcée par un concile œcuménique, mais par le souverain Pontife seul, elle estvenue fort à propos pour prou-

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ver que l’autorité spirituelle du saint Siège n’avait souffert aucune atteinte, aucune diminution, par les attaques et les injures dont avait été l’objet l’admirable Pontife qui en était le dépositaire. Ce jugement solennel a donné un nouveau relief au S. Siège apostolique, comme pour le venger des injures et des outrages qui avaient forcé le chef de l’Eglise à quitter sa capitale et à subir l’exil.

Ap rès la captivité de Pie VI, vint le concordat de 1801 qui donna lieu à l’exercice le plus solennel de la primauté du saint Siège. Après l’exil de SS. Pie IX devait venir la définition dogmatique de l’immaculée Conception, pour attester devant les nations que les malheurs et les souffrances des souverains Pontifes n’altèrent en rien leur autorité suprême; que leur pouvoir émane du Ciel et ne reçoit aucun dommage des événements qui se passent sur la terre.

L’autorité du saint Siège paraît grande sans doute, lorsque le successeur de saint Pierre préside à un Concile œcuménique, ou qu’il confirme, en sa qualité de monarque spirituel du peuple de Dieu, les décrets dogmatiques ou disciplinaires d’une aussi auguste assemblée; mais elle parait à certains égards plus grande encore, lorsque seul, de son autorité apostolique, en vertu du pouvoir qui ne réside qu’en lui, il imprime aune décision dogmatique, la force, la certitude d’une sentence œcuménique, d’une sentence infaillible, à laquelle personne au monde ne peut contredire. Quand le souverain Pontife parle ainsi du haut de la chaire apostolique, et commande à plus de deux cent millions de consciences, les

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obligeant à un assentiment de la fidélité, duquel ils devront répondre au tribunal de Dieu, il apparaît investi de l’autorité de Jésus-Christ même, entouré du prestige le plus sublime que l’on puisse imaginer.

En exerçant son autorité infaillible dans ce jugement solennel, le souverain Pontife a porté aussi un coup mortel aux opinions gallicanes qui attribuent surtout aux conciles généraux le droit de décider définitivement les questions de foi, ou qui font dépendre l’infaillibilité et l’autorité définitive des décisions du saint Siège en ces matières, de l’assentiment au moins tacite de l’Eglise dispersée, c’est-à-dire des Evêques.

Le souverain Pontife non-seulement n’a eu aucun égard à ces opinions surannées et fausses, mais il les a solennellement répudiées et frappées. 11 a voulu que son jugement obtînt immédiatement tous ses effets, en vertu de l’autorité apostolique du chef de l’Eglise seul, sans délai, sans conditions, et l’Eglise catholique tout entière à accueilli avec enthousiasme la définition dogmatique en ce sens et de cette manière. La condamnation pratique, par les faits, du système gallican, est un des avantages incontestables de la définition que nous venons d’entendre.

Enfin je vois un dernier résultat pratique de la définition dans l’accroissement certain, inévitable de la dévotion du peuple fidèle envers la Mère de Dieu, et dans les faveurs célestes que la bienheureuse Vierge Marie procurera au peuple fidèle, en retour de ce culte.

Par ce jugement doctrinal, l’Eglise a écarté plusieurs obstacles qui s’opposaient à la dévotion des fidèles en-

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vers Marie, et elle a fourni à cette dévotion un motif nouveau, très-puissant.

L’enfer s’acharne à ternir la plus belle des vertus chrétiennes, à déclarer la pureté parfaite impossible, cà couvrir d’injures et d’outrages la mère du bel amour qui en est le premier modèle. La sainteté parfaite, la pureté sans tache, l’innocence inviolée de la Mère de Dieu fait le désespoir de l’incrédulité et l’objet de ses plus affreux blasphèmes. L’impiété voit bien que l’exemple de Marie charme et entraîne le coeur de ses enfants, et leur fait mener sur la terre la vie des anges et des saints. Ce spectacle qui les condamne, les remplit de fureur, et leur inspire une aversion insurmontable pour tout ce qui commande, inspire, honore la pureté, l’innocence et la sainteté.

L’Eglise a attaqué de front cet excès de l’incrédulité moderne. En rangeant la croyance à la sainteté parfaite et perpétuelle de Marie parmi les dogmes de foi. révélés de Dieu, dogmes que personne ne peut nier sans se séparer de l’Eglise, elle a confondu les docteurs de l’impiété, les apôtres du vice, et elle a fourni à ses enfants fidèles un nouveau stimulant pour le bien. Elle a réparé les insultes et les outrages dont la bienheureuse Vierge est l’objet de la part des méchants ; et elle a invité les fidèles à louer en Marie avec plus d’amour et d’admiration une prérogative qui nousla montre comme un miracle de la grâce.

S’il est de foi que Marie a été créée dans l’innocence et dans la sainteté, la bienheureuse Vierge est donc,

digne à un titre nouveau, de notre vénération et de no-

tre amour. De là doit naître dans nos coeurs une confiance plus ferme, une espérance plus vive, une admiration plus sincère et plus expansive. Comment ne point célébrer ce prodige de la grâce, lorsque l’Eglise même nous l’enseigne comme une vérité révélée? Comment ne point aimer davantage Celle qui est plus sainte, et par conséquent plus belle aux yeux de la foi, que les anges, que les chérubins et les séraphins? Quiconque a compris quel haut degré de sainteté, de gloire et de bonheur cette prérogative assure à la Mère de Dieu, doit se sentir ému des sentiments de la dévotion la plus vive envers elle, et du désir le plus ardent d’éprouver les effets de sa puissante protection.

D’autre part la sainte Vierge ne peut rester indifférente à ce redoublement d’hommages, à cette extension générale de son culte. Plus les demandes que ses enfants lui adressent, sont nombreuses et ardentes, plus elle est disposée à les entendre et à les exaucer. Il n’entre dans la pensée de personne de croire que Marie est sensible à ces hommages extérieurs, à la pompe de ce culte, ou à la multitude de ces vœux, de manière à y trouver, comme de faibles mortels pourraient le faire, une jouissance personnelle, ou, comme on l’a dit, une satisfaction d’amour-propre. Non tel n’est point l’idée que nous avons des dispositions de la sainte Vierge en présence du redoublement d’hommages qui lui sont offerts. Mais nous croyons, et avec raison, que Marie se réjouit et se glorifie dans le Seigneur de la manifestation de cette gloire, de la multitude de ces hommages, de la splendeur de ce culte, parce qu’ils rappellent plus

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parfaitement les miracles que Dieu a opérés en elle, et lui permettent de dire encore : Celui qui est tout-puissant a fait en moi de grandes choses; et surtout parce qu’ils deviennent pour le peuple fidèle l’occasion d’un grand nombre de bonnes pensées, de bons sentiments et de bonnes actions. Marie y trouve sans aucun doute un puissant motif d’intercéder plus efficacement auprès du Seigneur en faveur de ses enfants, et de répandre plus de grâces sur la terre; elle s’en réjouit donc au haut des deux, et bénit le Pontife qui lui a procuré ces joies. Pour nous, nous devons nous en réjouir à cause des immenses bienfaits qu’ils nous procurent.

Pour ne rien dire des innombrables bienfaits que la Vierge Immaculée a accordés à ses enfants dans le secret des consciences ou des familles, je rappelleras en terminant ceux que l’Eglise espère de sa puissante protectrice, et qu’elle a déjà vus éclore ou poindre d’une manière sensible.

On se souvient de l’espérance prophétique dont le bienheureux Léonard de Port Maurice a été l’organe. Nous en avons dit un mot dans ce chapitre. Il annonçait pour l’époque de la définition de l’immaculée Conception une pacification générale, et un grand bien, un très-grand bien. Déjà nous commençons à voir réaliser cette espérance. Une guerre qui semblait menacer l’Europe des derniers malheurs, en l’épuisant, et en la livrant à la longue aux coups de l’anarchie, a été soudainement terminée. Toutes les puissances militaires désarment.

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Le grand ennemi de l’Eglise et de l’Europe, l’antique épouvantail des peuples chrétiens, l’empire Turc en un mot, apparaît abattu et mourant. Mais ce qui est de tous ces pronostics favorable pour l’avenir, le plus inattendu et le plus consolant, la politique anti-chrétienne, inaugurée par le protestantisme en Europe et adoptée hélas! surtout dans ces derniers temps, par les puissances chrétiennes, cette politique défiante, hostile à l’Eglise, qui a profondément altéré le droit public de l’Europe, au détriment de la religion et de tous les intérêts chrétiens, vient de recevoir une blessure profonde, et de subir un coup qui lui sera fatal. Je me trompe fort, ou le concordat conclu récemment entre S. S. Pie IX, et S. M. l’empereur d’Autriche a porté à la politique païenne, au droit public anti-chrétien, une atteinte dont ils ne se relèveront pas.

Cet admirable traité a placé dans des conditions nouvelles les rapports des deux puissances. A la défiance et à la malveillance de la politique qui faisait naître souvent entre elles une hostilité fâcheuse et des conflits sans cesse renaissants, le concordat d’Autriche a substitué la confiance, la concorde et la paix. C’est là pour l’Eglise une victoire d’une portée immense, et qui lui est d’autant plus chère, qu’elle la doit aux idées élevées, aux généreux sentiments et à la tendre piété d’un jeune empereur, l’amour des catholiques, l’admiration du monde, qui du haut de son palais peut contempler la statue de la Vierge Immaculée qu’un de ses ancêtres érigea il y a deux siècles, sur une des places publiques de Vienne, afin de consacrer ses états, sa famille et ses succès-

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seurs à la toute-puissante protection de Marie conçue sans péché.

Témoins de ces premiers effets de la définition de lTmmaculée Conception de la sainte Vierge, nous pouvons, sans témérité, en espérer une paix durable pour l’Eglise, et une ère de bonheur pour le monde.

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