ET UTILITÉ DE LA CONTROVERSE
Nécessité d'expliquer la pensée des principaux adversaires de l’immaculée Conception. — Art. i Doctrine de saint Anselme. — Art. ii. Saint Bernard. — Sa lettre 174 est authentique; — il nie l’immaculée Conception, comme une opinion contestable, incertaine. — Art. iii. Les scholastiques. — Fluctuations de l’école;— mouvements des esprits. — Arguments des scholastiques.— Principes théologiques, physiologiques, philosophiques invoqués. — Réfutation. — Art. iv. S. Thomas d’Aquin.— Il paraît avoir flotté —Il nie l’immaculée Conception et il l’admet dans différents passages de ses œuvres. — Il a professé les principes dont on la déduit. — Art. v. L’ordre de saint Dominique contraire au privilège. — Exceptions. — Le cardinal De Turrecremata fut un adversaire modéré. — Vincent Bandelli passa toutes les bornes. — On peut excuser l’ordre.— Art. vi. Les Baianisteset les Jansénistes. — Pourquoi ont-ils combattu l’immaculée Conception ? — Art. vu Opposition de De Launov, au XVIIe siècle ; — ses prétendues Prescriptions contre le mystère. — Art. viii. Louis Antoine Muratori, au XVIIIe siècle. — Il prétend combattre seulement le vœu de répandre son sang pour la défense du privilège. — Ses torts. — Art. ix. Les Hermésiens, — deux objections récentes. — Art. x- Conclusion
Pour achever le tableau de la controverse relative au dogme de l’immaculée Conception, dont j’ai raconté les principaux épisodes dans le troisième chapitre de cet ouvrage, il me reste à faire quelques remarques sur les adversaires les plus célèbres du privilège de la Mère de Dieu.
Trois motifs principaux m’engagent à les consigner
l’immaculée conception
L’autorité et le prestige dont jouissent des hommes tels que saint Bernard et saint Thomas d’Aquin, ont exercé une influence considérable sur les esprits. Leurs sentiments personnels ont étéjusqu’à ces derniers temps l’objet de la préoccupation la plus vive chez des hommes timides, et une des armes les plus puissantes des adversaires de l’immaculée Conception. Il importe de faire évanouir cette difficulté.
En second lieu, les efforts qui ont été faits pour concilier la doctrine de ces grands hommes avec la croyance de l’Eglise, n’ont pas toujours réussi. L’on a nié parfois les faits au lieu de les expliquer, ou l’on en a donné des explications forcées, invraisemblables, manifestement fausses. Au lieu d’amoindrir la difficulté on l’a aggravée, en laissant croire qu’elle était insoluble.
Enfin, malgré la définition dogmatique, la question historique ne paraît pas vidée : on la discute encore aujourd’hui. Un savant théologien romain révoque en doute l’authenticité de la lettre de saint Bernard (i) ; un pieux laïque français, qui a traduit la somme théologique de saint Thomas, soutient que le docteur angélique a figuré à tort parmi les adversaires de l’immaculée Conception (2).
{i) Le P. Ballerini. Sylloge Monum. 1. 11. pag. 759 et seq. De scriptis S. Bernardi circa Deiparæ Virginis Conceptionem dissertatio. § 27 à 43.
(2) M. Lâchât, dans les notes qu’il a ajoutées à la Somme théologique de saint Thomas, traduite en français. Voy. L’Univers du 5 Mars 1857. M. Lâchât montre très-bien que les raisons alléguées par saint Thomas ne sont pas concluantes, ne sont pas dignes de lui ; mais en déduire contre la foi des manuscrits, et en
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Au milieu de ces perplexités et, si j’ose le dire, de ces tâtonnements posthumes, je ne puis me dispenser de dire ce que je pense de ces intéressantes questions.
J’établirai d’abord les faits qui sont incontestables, quelqu’effrayants qu’ils puissent paraître à ceux qui n’embrassent pas l’ensemble de la doctrine. Je ferai voir ensuite quelle a été l’opinion des grands hommes qui ont combattu le privilège de la sainte Vierge et j’arriverai par un simple examen des faits, par une appréciation impartiale des circonstances, à cette conclusion, que l’on aurait tort d’attribuer le don de l’infaillibilité aux pieux docteurs de l’Eglise, sur des questions à peine soulevées de leur temps; que les méprises dans lesquelles ils ont pu tomber par mégarde au sujet de l’immaculée Conception, n’ôtent rien à leur autorité en d’autres matières; enfin que leur opinion contraire au mystère n’enlève à celui-ci aucun degré de vérité ni de certitude.
dépit des points de doctrine enseignés ailleurs, que ces passages sont supposés, c’est bien hardi, c’est peu convaincant. On nous dit : je ne croirai jamais que l’Ange de l’école ait soumis la Mère de Dieu au déshonneur de la souillure du péché originel. A la bonne heure! Mais l’Ange de l’école et ses disciples ont prétendu que dans la souillure du péché originel il n’y a point de déshonneur pour Marie, parce que ce péché, quoique mortel, est le moins de tous volontaire; qu’il est dans un sens le plus petit de tous les péchés ; que le grand honneur de Marie consiste à avoir un fils qui a été seul exempt du péché originel, et à être la seule mère qui a eu un tel enfant. Ces raisonnements sont pitoyables, je le sais, et j’en ai fait justice ailleurs ; mais encore prouvent-ils qu’on ne peut dire : le péché originel est un déshonneur; donc saint Thomas ou tel autre docteur, ne l’a pas attribué à Marie.
L’opposition que la pieuse croyance a rencontrée, lui a servi d'épreuve, d’une sorte de creuset. Elle a servi à démontrer l'origine céleste de cette doctrine qui eût infailliblement péri, sous les attaques de ses adversaires, si Dieu même n’en avait été Fauteur. Loin d’affaiblir notre démonstration, le récit de ces luttes la complète et la confirme.
J'indiquerai donc brièvement quelle a été la doctrine de saint Anselme, de saint Bernard, de saint Thomas d’Aquin, des scholastiques et de l’ordre de saint Dominique; j’ajouterai quelques mots sur l’opposition des Jansénistes, de De Launov, du célèbre Muratori et des Hermésiens. La conclusion favorable au mvstère décou-
lera des faits.
ARTICLE i.
De la doctrine de saint Anselme.
Ce grand docteur passe pour le premier promoteur de la fête de l'immaculée Conception. Cependant le monument le plus ancien qui lui attribue ce mérite comme je l’ai fait observer ailleurs, date du Concile d’Oxford, célébré en 1328, et postérieur par conséquent de deux cents ans à la mort de cet homme illustre.
L'histoire apocryphe de la vision de l’abbé Elsin parait dater, au plus tard, des années qui ont immédiatement suivi cette mort. Elle présente saint Anselme comme le promoteur du culte de l’immaculée Conception ; mais son autorité à cet égard est au moins trèssuspecte.
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Ce qui est incontestable, c’est que saint Anselme dans son livre intitulé: Cur Deus homo, nie formellement l’immaculée Conception de la Mère de Dieu, et dit que Marie a été conçue dans le péché originel (1). Il composa cet ouvrage en l’an 1094, environ quinze ans avant sa mort.
Dans son livre intitulé : De Conceptu VirginaU , le saint docteur exprime la même opinion (2). Le but principal de l’ouvrage est d’expliquer comment Jésus-Christ, le divin Sauveur, a pu naitre de la race corrompue d’Adam,
(1) « Licet jpsa hominis ejusdem (assumpîio seu) conceptio sit munda, et absque carnalis delectationis peccato, Virgo tamen ipsa, unde assura p tu s est, est in iniquitatibusconcepta, et in peccatis concepit eam mater ejus, et cum originali peccato nata est, quoniam et ipsa in Adam peccavit, in quo onmes peccaverunt» Cur Deus homo. 1. n c. 16. p. 92. Il nie même la sanctification in utero. C’est lk l’objection de Boso. S. Anselme en répondant, ne rejette pas la proposition, mais il explique, comment, ce principe posé, Notre-Seigneur n’a pas contracté le péché originel. Après beaucoup de raisonnements il conclut ainsi : « Virgo ilia, de quaillehomoassumptus est, de quo loquimur, fuit de illis, qui ante nativitatemejus per eum mundati sunt a peccatis, et in ejus ipsa munditia de ilia assumptus est.»
« Matris munditia, per quam mundus est (assumptus homo) non fuit nisi ab illo; ipse quoque per seipsujn et a se mundus fuit. » Ainsi saint Anselme admet l’objection et répond que la sainte Vierge a été purifiée avant l’annonciation. A la fin du chap. 17. p 95.il dit que la sainte Vierge et baucoup d’autres ont été purifiés de leurs péchés par la foi en la mort de Jésus-Christ.
(2,) « Si verodicitur originale peccatum non esse absolute dicendum peccatum, sed cum additamento originale peccatum.. sequitur quia . . . nec fuit solus inter
homines filius Yii ginis in utero matris et nascens dematre sine peccato ... sed nihil horumaccipimus.'i» De Conceptu virginaliet orig. pecc. cap. 3. p 98 cap. n. p. 101. Il conclut de ce que la conception de Notre-Seigneur n’a été ni naturelle, ni volontaire, mais opérée miraculeusement, que Notre-Seigneur n’a pas contracté le péché originel. Dans la pensée exprimée ici et dans le chapitre 12 qui suit, ceux qui n’ont pas une origine miraculeuse, contractent, d’après saint Anselme, le péché originel.
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sans contracter le péché originel. L’argument le plus spécieux et sans contredit le plus direct que saint Anselme pouvait produire, était la croyance à l’Innocence originelle de la sainte Vierge, Mère du Sauveur. Or saint Anselme n’en dit absolument rien. Il y a plus; il dit le contraire, comme nous venons de le voir.
Ce livre fut écrit en 1099, dix ans avant la mort de l’auteur.
Je pense donc que si saint Anselme a jamais professé la doctrine de l’immaculée Conception, ce n’a pu être qu’à la fin de sa vie; ce qui est encore incertain.
A son époque la question n’était pas même posée. Le saint Docteur traitait le sujet de V Immaculée Conception du Sauveur, comme une question nouvelle, et il la traitait plutôt en philosophe qu’en théologien; en discutant plutôt qu’en affirmant. A la fin de son livre sur la Conception du Sauveur, il déclare en termes formels qu’il s’est livré à des conjectures; en attendant qu’il découvrit quelque chose de mieux et en réclamant les lumières d’autrui (1). Il était donc bien disposé à accueillir la doctrine relative à l’immaculée Conception qui eût jeté une si vive lumière sur son sujet. La tradition implicite lui était connue. Nous avons fait voir avec quel saint enthousiasme il a célébré les prérogatives de Marie qui renferment évidemment le privilège de l’immaculée Concep-
(I) « Hæc breviter de originali peccato pro capacitate intellectus mei, non tant aflirmando quant conjectando dixi, donec mïhi Deus melius aliquo modo revelet. Si cui vero aliter \isum fuerit, nullius respuo sententiara, si vera probari poterit. » De Conceptu virg. cap. 39. p. 106.
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tion (i). Saint Anselme n’a donc pas nié la pieuse croyance avec conviction et réflexion, mais hypothétiquement, alors que la discussion n’était pas même née.
De son opinion, on ne peut rien conclure contre la pieuse croyance : de sa doctrine relative à la sainteté parfaite de Marie on conclut légitimement en sa faveur.
ARTICLE II
Saint Bernard de Clairvaux.
Saint Bernard passe pour le premier adversaire du privilège de la Mère de Dieu. Cependant quelques écrivains l’ont nié avant lui; mais ils étaient moins connus et avaient moins d’autorité que lui dans l’Eglise; de là vient que la 174e lettre du saint abbé de Clairvaux aux chanoines de Lyon, a toujours été considérée comme le point de départ de la controverse.
Il en a toujours coûté infiniment aux défenseurs de l’immaculée Conception de compter parmi leurs adversaires saint Bernard, le docteur à la plume de miel, le grand admirateur et l’enfant privilégié de Marie. Il n’est point d’effort qu’ils n’aient tenté pour le placer dans leurs rangs, ou du moins pour l’enlever aux défenseurs de l’opinion contraire. Les uns ont nié l’authenticité de sa lettre; les autres ont torturé cette pièce dans tous les sens, pour en extraire une pensée qui n’y était
(1) Voy. ici t. i. pag. 4 U.
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pas. La plupart n’ont pu se persuader que saint Bernard s'était trompé dans une question qui concernait l’honneur de la sainte Vierge; ils ont tenté l’impossible plutôt que de l’admettre.
Tout en reconnaissant ce qu’il y a de noble et de louable dans ces pieux sentiments et dans ces courageux efforts, je crois qu’il vaut mieux rester dans le vrai et s’en rendre compte, que de se livrer à des tours de force qui ne portent aucune conviction dans les esprits : l’expérience et la raison prouvent que la vérité n’est vraiment servie que par la vérité.
Je tâcherai donc de montrer en peu de lignes, 1° que la lettre 174 de saint Bernard aux chanoines de Lvon, est bien de lui ; 2° que dans cette lettre le saint abbé nie formellement l’immaculée Conception, telle que nous la croyons aujourd'hui; 3° qu’il est facile d’expliquer et d’excuser cette méprise; 4° qu’il n’en résulte aucun préjudice pour le dogme défini.
D'abord la lettre 174 de saint Bernard est bien de lui.
Mabillon atteste que tous les manuscrits sont d'accord sur ce point (i). C’est dire beaucoup; car Mabillon avait
fl) « Ad emendationem (epistolarum) quod attinet, varios variarum bibliothecarum codices consuluimus, Vaticanos, Colbertinos, Belgicos sancti Pétri apud Gandavum et Aureævallis, præter eos quibus in priori editione usi fuimus... Ad servandum antiquum ordinem epistolarum movebat primo antiquitas illius ordinis quem ipso Bernardo adhuc vivente institutum fuisse constat , nimirum pro trecentis illis ac decem epistolis quarum ultima est ea quæ ad Arnoldum Bonævallis abbatem a Bernardo extrema seripta fuit. » Mabillon. Præf. in op. S. Ber» nardi. n. xv et xvi. Eh bien, la lettre aux chanoines de Lyon est la 174% daos cette série de 310 lettres fixée du vivant de saint Bernard. Il faut vraiment beau-
vu tous les manuscrits principaux; les manuscrits contemporains de saint Bernard; les manuscrits de luxe et les manuscrits d’usage (1). L’autorité de ces livres renverse à priori toutes les conjectures et toutes les hypothèses en sens contraire, quelqu’ingénieuses qu'on les suppose.
Les hommes les plus intéressés en apparence à contester l’authenticité de cette lettre la reconnaissent candidement. Le savant Manriquez dans ses Annales de Ci teaux (2), et le P. Sartorius, autre historien de l’ordre et l’un de ses écrivains les plus remarquables, 11e souffrent pas que l’on conteste ce fait (3). Ils déclarent sans détour
coup de courage pour raisonner contre des faits décisifs, comme celui que je viens d'indiquer. Le P. JBivarius qui a beaucoup osé pour expliquer saint Bernard et d’autres auteurs contraires à la pieuse croyance, déclare qu’il est impossible de nier l’authenticité de cette lettre, qui était conservée dans les archives de l’abbaye de Clairvaux parmi les œuvres authentiques du saint. Les premières éditions des écrits de saint Bernard, faites sur ces manuscrits, renferment toutes la lettre aux chanoines de Lyon. Voy. SancH Patres vindicati a vulgari sententia quæ Mis in controversia de Immaculaîa Yirginis Concepiione imputari solet, vindice F. Franc. Bivario 8. Lugd. 1624. lib i. § 3. p. 21 et seq. Il est étonnant que le R. P. Ballenni ait cru pouvoir renverser ces faits matériels par de simples conjectures, Syll monum. t. n. pag. 739 et seq.
(Ij L’abbaye des Dunes, une des tilles de saint Bernard, fondée en 1 158, possédait au moins trois manuscrits des lettres de saint Bernard, dont un, contemporain du saint, est incomplet. Tous renferment la lettre 174.
(2) Après avoir cité Nicolas de saint Alban, Pierre de Celles, contemporain de saint Bernard, Albert le Grand, Alexandre de Haies, saint Thomas, etc., qui parlent de cette lettre comme de l’œuvre de saint Bernard, Manriquez ajoute : « Stat crgo inconcussa illius autoritas, a qua nemini liceat resilire. » Manriq. Annal. CisterG. ad an. 1156. cap. 4. p. 5l2. Lugd. 1642.
(5) A. Sartorius, Cistercium Bis-Tertium , seu hist. elogialis s. ord. Cislerc. etc. p. 92. Vetero-Pragæ 1700. Il suit l’opinion de Manriquez.
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que la lettre 174 est du saint abbé de Clairvaux, qu’aucun doute à cet égard n’est possible. La tradition des enfants de saint Bernard, la persuasion de sa famille est encore un fait matériel, contre lequel toute les conjectures et les hypothèses viennent échouer.
Les savants les plus compétents jugent qu’il est impossible de contester l’authenticité de cette lettre, tant elle reflète la méthode de saint Bernard, tant elle est empreinte de son cachet. Le père Théophile Beynaud dit qu’autant vaudrait refuser à saint Bernard toutes ses œuvres que de lui contester cette lettre. En effet, pour peu que l’on soit habitué à la tournure de son discours, à la suite de ses idées, à la forme de son style, on sera intimement convaincu qu’il a écrit lui-même sa lettre 174 (î).
La tradition qui attribue cette lettre à saint Bernard remonte à son époque. La doctrine que cette lettre contient, a été combattue du vivant de l’abbé de Clairvaux par l’auteur du livre sur l’immaculée Conception attribué à saint Anselme, et par Pierre Comestor. Saint Bernard aurait donc pu la désavouer lui-même. Peu d’années après sa mort, Nicolas de saint Alban, Pierre de Celles, son ami et son apologiste, puis tous les scholastiques avec Albert le Grand, Alexandre de Haies, saint Thomas d’Aquin, saint Bonaventure,etc.,ont reconnu cette lettre pour son œuvre authentique.
(1) C’est aussi l’opinion de DomClémencet dans V Histoire littéraire de saint Bernard, pag. 127. Paris 1775. Il ne discute point la chose; il la considère comme placée au-dessus de toute contestation.
Pendant trois ou quatre siècles tout le monde Ta citée comme l’œuvre de saint Bernard. Une erreur commune aussi prodigieuse est sans contredit plus difficile à expliquer, qu’une méprise du saint abbé, sur une question de théologie qui était à peine posée de son temps.
A moins qu’on ne veuille renverser toutes les règles de la saine critique, il faut tenir pour certain que la lettre 174 est l’œuvre de saint Bernard. Vouloir prouver le contraire, c'est, à mon avis, perdre son temps et ses peines.
Dans cette lettre saint Bernard nie formellement le privilège de l’immaculée Conception.
11 nie, je le sais, autre chose, par exemple, la sainteté de la conception matérielle antérieure, d’après la physiologie de cette époque, à l’animation de l’enfant conçu: mais il nie aussi le privilège.
Voici la filiation de ses idées.
Il a appris avec un certain regret que l’Eglise de Lyon, la première des Gaules en dignité, ait adopté la fête de la Conception de la très-sainte Vierge. Des églises moins célèbres l'avaient précédée dans cette démarche; mais le saint abbé n’avait point voulu élever la voix, parce qu'il ne craignait pas la contagion de l’exemple. C’étaient des frères qui dans leur simplicité s’étaient trompés, mais qui semblaient ne pas devoir séduire leurs confrères. Du moment que la célèbre église de Lyon se prononce, le silence devient pour lui un crime.
Il combat donc d’abord le projet de célébrer la fête de la Conception de la sainte Vierge.