‹ L'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge MarieChapitre 7 sur 64 · GRÉGOIRE DE NAREGH, VERS LAN · texte numérisé non relu

GRÉGOIRE DE NAREGH, VERS LAN

« Les Arméniens, dit le P. Sukias Somal, dans son Histoire littéraire d'Arménie , se glorifient à bon droit de ce sublime poète sacré, comme les Grecs se vantent de Pindare et les Latins de Tibulle. Grégoire par la beauté de son esprit, par la pureté de son style et par l’élévation de ses pensées, surpassa tous les écrivains de sa nation... Le livre par lequel il acquit la réputation de poète sublime, fut l’incomparable recueil de prières ou d'élégies sacrées, qu’il composa à la demande des reli-

(1) Lettre de S. B. le Patriarche de Babylone, dans les Parer i dc'vescovi. ni. 177.

(2) Loe cit.

l’immaculée conception

gieux du monastère de Naregh, ses confrères. Ce livre contient une série de quatre-vingt-quinze oraisons qui attestent la finesse de son esprit et la pénétration avec laquelle il expliqua les mystères les plus profonds de la foi (1). »

Dieu a choisi ce saint et sublime auteur, pour témoin de la croyance à l’immaculée Conception de Marie, au sein de l’Eglise Arménienne.

S’adressant à la Mère de Dieu, il lui dit:

« Vous avez été comblée d’honneurs par votre Créateur, et par le créateur de toutes choses, ô Marie ! Celui qui a faille monde vous a appelée sa Mère! et l’on a toujours cru que vous avez été la fille sans péché de la première femme pécheresse (2). » Il ajoute, nous le verrons à l'instant, que marie a été préservée de la malédiction du genre humain.

Le rapprochement de la fille innocente et de la mère pécheresse, l’opposition marquée entre le péché de l’une et la sainteté de l’autre, ne permettent point de douter que ce pieux auteur n’ait professé par ces paroles la croyance à la sainteté originelle de Marie.

D’ailleurs un savant interprète des hymnes de l’Eglise Arménienne, Vardan, qui commenta les paroles de Grégoire de Naregh au XIIIe siècle, les entendit en ce sens

(i) Quadro delle storia letteraria di Armenia estesa daM. P. Sukias Somal. arcivesc. di Siuna, etc. pag. 65 et 6-4. Venezia. 1829.

(2J « A creatore tuo et universorum, munifice lionorata fuisti : et ab totius nnindi artifice vocata fuisti Matris noraine, atque peccautis mulieris primæfilia a eulpaimmunis. laudata fuisti.» Greg. Naregh. Delaud. B. M. V. ed. Venet. 1827. ap. Passaglia. p. 905.

DE LÀ SAINTE VIERGE MARIE

que «MARIE A ÉTÉ EXEMPTE DU CRIME I)E NOTRE MÈRE EVE (l). »

Dans sa confession de foi, ou symbole, l’église arménienne exprime la même croyance. Elle adresse à Marie cette belle invocation:

« 0 fleur immar cessible, rameau qui ne fûtes jamais condamné; Isaïe a prédit que FEsprit-Saint répandrait en vous ses septs dons! O fleur admirable qui, de VEden même , avez procuré le parfum de l’immortalité aux enfants d’Eve , laquelle avait répandu la mort dans tout l’univers... 0 champ pur des épines du péché, vous avez produit sans semence une moisson céleste, et procuré le pain de vie à notre nature affamée (2)! »

Une fleur immarcessible est celle qui ne peut se flétrir, et qui conserve toujours sa beauté naturelle. Un rameau qui ne fut jamais condamné, quoiqu’il ait poussé sur un tronc condamné, est un rameau qui conserve sa vigueur native et son intégrité originelle. Du sein du paradis où

(1) J’ai pour garant de ce remarquable témoignage le célèbre cardinal Mai que l’Eglise et les lettres ont hélas! perdu trop tôt. Voici ce qu’il a écrit dans son dernier recueil : « Immaculatæ B. Virginis Conceptioni favet Gregorius Narekiensis, sæculi X scriptor armenus, dicens Mariam pn'mee reæmulieris fUiam inculpât am... carentein peccati fomite... mariam maledictione humani generis libérait, ad quæ (ultima) verba (Hymnarii) conmientans Vardanus, item Armenus sæculi XIII, dicit Mariam fuisse immunem crimineEvœ. » A. Mai. Bibliolh. nova Patr. t. t. p. 452.

(2) « lmmarcessibilis flos, sine condemnatione ramus, te Isaïas prænunciavit septem luminum gratiæ Spiritus receptaculum esse... O admirabilis flos, qui ex Eden dedisti odorem immortalitatis filiis Evæ, ex qua diffusa est mors per universum ... A<jer purusa spinis peccatorum, qui segetem cœlestem sine semine produxisti, quo panem vitæ dedisti esurienti naturæ nostræ. » Ecclesia armena, in sua Confess. ap. P. Passaglia. n. 623. p. 534.

L’IMMACULÉE CONCEPT. T. II. t i

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elle se trouvait encore pleine d’innocence, Eve répandit la mort sur la surface de l’univers; Marie, comme une fleur plantée clans le jardin de délices avant la chute, répandit la vie dans le monde... Elle ressemble à un champ vierge où l’épine du péché n’a jamais paru!... Quoi de plus clair et de plus péremptoire?

Enfin Monseigneur A. Hassoun, archevêque Primat des Arméniens de Constantinople, écrivait le 25 juillet 1849 à S. S. Pie IX:

« J’ai consulté la doctrine des Pères de notre nation, et j’ai vu dans les recueils de nos hymmes que, depuis les premiers siècles de l’Eglise, ils n’ont point hésité à dire que la sainte Vierge Mère de Dieu a été bénie dès le sein de sa mère , dont elle est sortie sans contracter aucune tache; qu’elle est une fleur qui ne peut point se faner;

QUELLE EST UNE FILLE d’âDAM QUI n’a POINT SUBI LA SENTENCE

d’adam... Notre église chante aussi en l’honneur de Marie ces paroles : « Vous êtes une fleur intacte, la plante de bénédiction de notre premier père... délivrée tout a fait

DE LA CONDAMNATION D’ADAM (l). »

Les églises d’Egypte et d’Abyssinie, opprimées depuis douze siècles sous le joug de Mahomet, ont conservé la fête de la Conception de saint Anne et la croyance à l’origine tout à la fois prodigieuse et sainte de Marie. Dans leur liturgie cette croyance est formellement exprimée (2).

L’église Cophte chante cette prière: « Tous les fidèles

(\)Pareri dëvescovi. 1. 460.

(2) Voy. ici 1. 1. p. 97 et suiw

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

vous exaltent, ô notre souveraine, ô Mère de Dieu, vous qui en tout temps avez été pure (i). »

Malheureusement ces églises n’ont eu, depuis l’invasion musulmane, ni docteur ni écrits dont la notion soit parvenue jusqu’à nous. Cependant leur antique croyance a trouvé un écho dans les livres de leurs persécuteurs. Mahomet nous assure que Jésus et Marie ont échappé à la griffe de Satan dès leur origine, et qu’ils n’ont point reçu la blessure qui afflige à leur naissance le reste des hommes.

Le fait est trop curieux pour que nous l’omettions ici. Il constitue, sans contredit, une des preuves les plus frappantes de la croyance des chrétiens d’Arabie et d’Egypte à l’immaculée Conception de Marie ; car c’est évidemment à ceux-ci que Mahomet a emprunté les idées chrétiennes qu’il a consignées dans le Coran.

Ce grand imposteur place donc dans la bouche de sainte Anne ces remarquables paroles : « Seigneur, je viens de mettre au jour une femme ; et il n’y a point d'homme comparable à elle. Je l’ai appelée Marie; et elle est placée sous votre protection avec son fils, à l’abri de Satan le tentateur (2). »

Gelai, commentateur du Coran, qui florissait, si je 11e

(1) «Omnes te exaltant, Domina mea Deipara, omnique tempore para. Cophtorum ecclesiain Theotoch. pag. 55. ap. P. Passagl. p. 1552

(2) Refutatio Alcorani, auct. Lud. Maracci. fol. Patav. 1698. p. 110. A la lettre : de Satan le lapidé. Les Alahométans racontent qu’un jour Abraham tenté par le démon le mit en fuite en le lapidant; pour ce motif, ils appellent toujours satan tentateur le lapidé. Voy. Les livres sacrés de l'Orient , publiés par Pauthier. p. 556. Paris 1840.

me trompe, au XIIe siècle (i), explique ainsi ces paroles de Mahomet :

« On lit dans l’histoire, que personne ne vient au inonde sans que Satan le touche au moment de sa naissance, à V exception de Marie et de son Fils ; et c’est pour ce motif que les enfants se répandent en pleurs. Ce fait nous a été transmis par deux vieillards. »

Un autre commentateur, cité par L. Marracci, dit que les paroles rapportées par ces deux vieillards ont été prononcées par Mahomet lui-même.

Un troisième interprète, Cottada, s’exprime ainsi :

« Tousles enfants d’Adam, à leur naissance, reçoivent dans le flanc une blessure de la main de Satan, à l'exception de Jésus et de sa Mère : car Dieu a placé entre eux et Satan un voile, sur lequel le coup de Satan s’est arrêté, et n’a pu arriver jusqu’à eux d’aucune manière ; c’est-à-dire que ni F un ni l’autre n’a contracté aucun péché , comme en contractent les autres fils d'Adam (2). » Louis Marracci a traduit ce passage d’une manière un peu différente, mais je crois avoir rendu le vrai sens de Fauteur, qui m’a été indiqué par M. l’abbé Mamarhaschi, secrétaire de Mgr Ignace Samhiri, patriarche d’Antioche, lors de son passage à Bruges. Ma version s’accorde d’ailleurs avec le texte du Coran, dans lequel on lit quelques lignes plus bas : « Les anges ont dit à Marie : O Marie, certainement Dieu t'a choisie , et il t’a créée pure,

(1) Vov. Herbelot. Bibliothèque orientale , aux mots Gelalani , al-Mahalli et al-Soiouthi. p. 54-4. 542 et 799. fol. Maestricht. 1776.

(2) Maracci. loc. cit. p. 112.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

et il t’a placée au-dessus de toutes les femmes du monde. »

Voilà bien la pureté parfaite, perpétuelle et originelle de Jésus et de Marie exprimée en termes formels.

Les Musulmans ne s’y sont jamais trompés. « Hossaïm Yaez, commentateur persan du Coran, dit M. Garcin de Tassv, et les autres glossateurs entendent par ce mot l’immaculée Conception de la sainte Vierge (i). »

Il faut que la croyance à l’immaculée Conception de Marie ait été bien générale, bien populaire, pour qu’elle ait fixé l’attention de Mahomet au point qu’il Fait insérée dans le Coran, de préférence à beaucoup d’autres vérités qui semblaient, de leur nature, plus importantes dans l’ensemble des dogmes chrétiens. L’intervention personnelle de Satan donne à cette histoire le caractère frappant d’un récit populaire, et une apparence d’authenticité étonnante, aujourd’hui surtout que cet écho de l’ancienne croyance a son contre-écho retentissant dans la tradition de toutes les églises, dont les monuments s’étalent sous nos yeux.

La Providence a été vraiment admirable en conservant, dans les livres des ennemis de la foi, les vestiges de la révélation divine qui nous enseigne le mystère de l’immaculée Conception , et en nous fournissant des témoins musulmans de l’antique croyance des églises chrétiennes, alors que les témoins chrétiens de cette époque nous font défaut.

(L Doctrine et devoirs de la religion musulmane , tirés textuellement du Coran suivis de l’Euchologe musulman, trad. de V arabe, par M. Garcin de Tassy, etc. chap. vm. p. 44. Paris. 1826.

l’immaculée conception

ARTICLE III

Témoignages explicites de l'église grecque.

L’église grecque est plus riche que toutes les autres en monuments de l’antique tradition du grand privilège de la Mère de Dieu. On peut dire que par elle la croyance à l’immaculée Conception de Marie remonte ostensiblement et matériellement jusqu’à l’enseignement des apôtres. Je citerai ici en premier lieu la croyance explicite de l’église grecque considérée comme corps.

l’église grecque.

La Liturgie de l’église grecque consacre en vingt endroits différents cette croyance, que la Mère de Dieu a été toujours sainte , toujours bénie , toujours glorifiée ; et qu’elle a été tout entière sainte, tout entière bénie, tout entière glorifiée; qu’elle a été sainte d’une sainteté qui lui est propre, qui est unique, dont seule elle a joui.

« Jésus-Christ, dit-elle, a toujours fait en vous des choses magnifiques, ô Vierge sainte (1)! »

« Seule, ô Marie, vous êtes Mère et Vierge toujours bénie et glorifiée (2) ! »

« Toutes les générations vous proclament heureuse, ô Marie, vous qui avez toujours été béatifiée... Seule parmi les femmes vous êtes bénie, et vous faites disparaître la chute d’Adam (5)! »

(1) Joan. Monach. in Menæis, die 50 nov. p. 225. ap. Passagi. p. 15-49.

(2) S Joan. Damasc. in Antolog . p. 4. ap. Passagi. p. 1551.

(5) « Generationes generationum te semper beatiftcatam , nune beatam eele-

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Cette sainteté perpétuelle est très-souvent exprimée sous la métaphore d’une lampe toujours lumineuse , d’une lumière inextinguible , d’un candélabre autour duquel n’a jamais paru aucun nuage , aucune ombre; d’un paradis toujours fleuri ; d’un ornement toujours brillant , et sous d’autres figures analogues, qui tendent toutes à éloigner absolument de Marie toute notion, toute idée, toute apparence de la tache originelle (i).

L’église grecque professe la même croyance, lorsqu’elle dit que Marie a été tout entière pure , tout entière belle , tout entière sainte, tout entière bonne, tout entière glorieuse , expressions qui supposent en la bienheureuse Vierge, une innocence , une sainteté universelle et perpétuelle, qui excluent par conséquent, toujours et partout, toute ombre de péché de sa personne (2).

Pendant que l’Eglise chantait ces louanges dans ses temples, les saints Pères les répétaient dans leurs écrits.

L'auteur de l’homélie sur la sainte Vierge, qu’011 attribue à saint Athanase, dit : « Je ne pense pas que ces paroles : Et la vertu du Très-Haut vous ombragera, aient été vérifiées dans la sainte Vierge pour un temps seulement, mais toujours (3). »

« Au lieu d’Eve, dit Jean Géomètre, qui eut des dis-

brant... O sola in mulieribus benedicta, et lapsi Adami revocatio. » Meniea , die 30 nov. p. 177. ap. Passagl. p. 1350.

(1) Voy. de nombreux témoignages dans le P. Passaglia. p. 1511. 1515. et seq.

(2) Voy. le P. Passaglia. p. 1531 et seq.

(3) S. Athan. Orat. in Annunc. n. 9. t. n. p. 397.

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cours malheureux avec le démon, Marie qui a toujours été en rapport avec Dieu, fut choisie (1). »

Dire que la Mère de Dieu n’a jamais contracté l’ombre du péché ; qu’elle a été toujours sainte, toujours bénie, toujours béatifiée, toujours agréable à Dieu, c’est professer en termes exprès le privilège de son Immaculée Conception. Or l’église grecque parle ainsi de temps immémorial, depuis les premiers siècles du christianisme, dans ses prières publiques, dans sa liturgie, dans l’enseignement de ses docteurs ; elle a donc connu et professé toujours le mystère que le saint Siège vient de définir .

LES PRÊTRES ET LES DIACRES d’aCHAÏE, VERS L AN 80 DE l’ÈRE

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