CHRÉTIENNE
Les actes du martyre de l'apôtre saint André, qui ont été écrits vers l’an 80 de notre ère, par les prêtres et les diacres de l’Achaïe, sont reçus comme authentiques par les critiques catholiques et protestants qui les ont examinés avec impartialité. Lorsqu’on les lit sans prévention , on y reconnaît de prime abord le caractère de sincérité et de vérité qui est propre aux anciens actes authentiques des martyrs.
Dans le dialogue que saint André entreprit avec Egée, proconsul de Patras, il tâcha de lui expliquer le mystère de la croix : « Le premier homme, dit l’Apôtre, par le
(1) « Proilla(Eva) quæmale cum diabolo sermones miscuit, ea (Maria) seligitur, quæ semper cum Deo conversata est. » Joan. Geom. ap. Mai, Script, veter. t. ix. p. 630.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
bois de la prévarication (l’arbre de la science du bien et du mal), avait introduit la mort (dans le monde). Il était donc nécessaire que la mort, qui était entrée, fût repoussée par le bois de la passion : et pour ce motif, comme le premier homme avait été créé d'une terre immaculée , il fallait qu’un homme parfait naquît d’une Vierge immaculée , afin que le Fils de Dieu, qui avait créé les hommes, put réparer la vie qu’Adam leur avait fait perdre (1). »
La dénomination de Vierge Immaculée au temps des apôtres, car ces actes furent écrits plus de vingt ans avant la mort de saint Jean, est une chose bien remarquable ; mais elle acquiert une nouvelle importance lorsqu’on songe que la pureté de Marie est comparée ici à la pureté de la terre du paradis de délices, avant que Dieu l’eût maudit et après qu’il l’eût béni. Ces paroles, surtout lorsqu’on les met en rapport avec les témoignages des saints Pères qui ont proclamé, en termes formels, la sainteté perpétuelle et originelle de Marie, ont à mes yeux la valeur d’un témoignage explicite.
Les saints docteurs des âges suivants en ont bien senti la porté ; ils ont répété, après les diacres d’Achaïe, pour ainsi dire de concert, que l’humanité sainte de Notre Seigneuraété créée de la terre immaculée du paradis virginal, d’une argile pure et sainte, qui est la bienheureuse Vierge Marie. Cette expression a été employée par Produs, disciple de saint Jean Chrysostôme et patriarche
(I) Presbyt. et Diac. Achaiæ Epist. De Martyrio S. Àndreæ. ap. Galtontf. Biblioth. Patrum. t. i. p. 156. Venet. 1765.
l’immaculée conception
de Constantinople, après lui (1) ; par André de Crète (2) ; par saint Jean Damascène (s) ; par saint Théodore Studite (4) ; par George de Nicomédie (5) ; par saint Pierre Chrysologue (e); par les pères du Concile de Francfort l’an 794 (7), et par d’autres auteurs encore; d’où il est permis de conclure que la croyance à la pureté originelle de Marie était universelle et traditionnelle dans l’Eglise.
La manière dont les prêtres et les diacres de TAchaïe présentent cette vérité, dans les actes de saint André, a l’avantage de résoudre une difficulté, que les écrivains du moyen âge aimaient surtout à soulever contre le privilège de la Mère de Dieu. Les idées d’Aristote, sur la matière première et sur les formes substantielles, leur avaient persuadé, que la grande difficulté du mystère consistait dans la sanctification du corps et de la substance corporelle avant l’animation de la personne ; ils 11e concevaient point comment une matière inerte, d’après leur système, pût recevoir l’influence de la grâce, et devenir le sujet d'une sanctification réelle. Or c’est précisément sous l’image d’une terre pure et sainte, d’un élément matériel du corps de Jésus-Christ, que la sainte Vierge nous
(1) Proclus Hom. vi. inlaud. Deip. ap. Galland. t. ix. p. 637.
(2) Andréas Cretens. Hom. in Dormit Deip. ap. Galland. t. xiii. p. loo.
(3) S. Joan. Damasc. Hom. in Dormit. Deip. n. 2. t. ii. p. 869.
(4) S. Theodorus Studita. Hom. in Nativ. Deip. ap. Maracci, Mariale , Isidori Thessalon. p. 179.
(5) Georg. Nicomed. Hom.
(fi) S. Petr. Chrysol. Serm. cxlviii. delncarn. p. 211.
(7) Conc. Fraucof. anni 794. in Synodica ad episc. Gai. et Germ. ap. Labbe Coll. Concil. t. vu. col. 1041 et 1042. ed. Paris. 1671. — Voy. aussi le P. Passagl. p. 418, 482, et 1328.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
est dépeinte dans les actes du martyre de saint André. Le corps de Marie dans lequel Jésus-Christ, le divin Sauveur, prit naissance, figure comme le premier siège de la bénédiction divine, comme l’élément saint dont Dieu a voulu former le corps de son Fils. Nous ne pouvons douter que le corps de Marie n’ait été saint, puisque l’humanité sainte du Sauveur n’a pas été empruntée à l’âme de la bienheureuse ViergeMarie, mais à son corps; cependant qu’il est beau et consolant de rencontrer cette vérité enseignée dans les plus anciens monuments de la tradition catholique !