‹ L'immaculée conception de la vierge Marie: poème de Robert GaguinChapitre 12 sur 64 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

alors, au rebours de ce qui est maintenant acquis à la science, que la femme émettait, comme l'homme, de la semence dans la copulation ; il fallait donc de toute nécessité que la semence de la Vierge eût été sanctifiée au préalable, pour qu'elle conçût saintement par l'opération du Saint-Esprit : de là le traité de ce théologien. De même, pour la démonstration que Gaguin entreprenait de faire, il était obligé d'entrer dans ces détails physiologiques qu'on lui reproche, et qui ne sont pas du tout libidineux, comme le prétend Du Radier, mais seulement indiscrets, ainsi que le dit très bien Mercier de Saint- Léger.

Quelle était, en effet, la question? Tout le monde, adversaires et partisans de l'Immaculée Conception, était d'accord sur un point : la sanctification de la Vierge dans le sein de sa mère, in utero matris; mais les adversaires ne faisaient remonter cette sanctification qu'au moment de l'animation, tandis que les partisans du dogme soutenaient qu'elle avait eu lieu à l'instant même de la conception, durant le rapprochemeQt conjugal d'Anne et de Joachim. Il faut savoir que les théologiens distinguent deux temps dans la conception de l'être humain: conception chamelle, opérée par l'union des sexes et l'émission de la semence ; conception spirituelle, opérée par l'insufflation de l'âme dans le fœtus déjà formé, quatre-vingts jours environ après le coït fécondant, « quand la femme sent remuer Iç fruit de ses entrailles; » c'est ce qu'ils appellent l'animation. Pour les adversaires du dogme.

la sanctification de la Vierge avant l'animation était impossible, par la raison que ce le fœtus inanimé n'était pas plus susceptible de grâce ou de péché qu'un crachat (i); » au reste, le mépris que les théologiens ont pour la conception charnelle, avant que la conception spirituelle n'ait fait du fœtus humain un être doué d'âme, est tel, qu'ils n'admettent pas qu'il y ait infanticide avant les quatrevingts premiers jours de la formation. « Si quelqu'un, » disent-ils expressément, « tuait un fœtus avant l'infusion de l'âme raisonnable, il ne serait pas homicide (2). » De plus, la volupté attachée à l'acte de la génération n'est, suivant eux, que l'effet, le résultat de la faute d'Adam, f ornes peccati; si Adam n'avait point péché, il n'y aurait dans l'union des sexes qu'une jouissance toute spirituelle, au lieu d'une jouissance charnelle. Ce serait bien le cas de s'écrier avec Saint Augustin : « Félix culpa! » puisque nous lui devrions ce qui fait la joie de vivre; mais> pour comprendre et juger les théologiens, il faut quelque peu entrer dans leurs idées. « Quand l'homme et la femme s'unissent, » dit le même Père de l'Église, « leurs rapports conjugaux ne peuvent avoir lieu sans lasciveté, et par conséquent la conception des fils qui naissent de leur

(i) i< Jn fœlu non plus pot ut t esse peccatum vel gratiam, quant in sputo, ut dixit Ansehnus. » Gté par Vincenzio Bandello : Tractât us de singuîari puritate, etc.

(2) « Si quis interficeret fœtum ante infusionem aninue rationalis, non esset homicida. » Vincenzio Bandello, ibid.

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