INTRODUCTION XXXI
trépide paillard, qui sortant des bras d'une femme, a stupro recens, commet l'imprudence de vouloir traverser la Seine à la nage, se noie ; il est rappelé à la vie par la Vierge, qu'il avait invoquée. Ni l'un ni l'autre de ces deux épisodes ne se trouve dans le traité en prose ; nous y trouvons à leur place, un récit qui a pour nous quelque intérêt biogra" phique, l'auteur y relatant une faveur que la Vierge lui aurait faite à lui-même. « Je me présente en personne, » dit-il, ce véridique témoin de la munificence de Marie, moi qui me trouvant dans la Bétique, province de l'Espagne, y fus longtemps et très gravement malade; alors que tout l'empressement du médecin ne m'apportait aucun remède, et que désespérant de recouvrer la santé, je ne plaçais plus mon salut, uniquement, que dans la bénignité et le secours de Marie, abattu par mes oraisons continuelles et la persistance du mal, je m'endormis. Je ne sommeillais pas depuis longtemps, que voici m'apparaître la miséricordieuse Vierge; tenant son fils Jésus dans son bras droit, enveloppée d'un manteau d'or, d'une figure si gracieuse et si douce qu'on pouvait facilement deviner la plus chaste vierge, une couronne ornée de mille gemmes posée sur sa tête, elle entra discrètement dans ma chambre, monta sur la table, recouverte d'un tapis, où l'on plaçait mes tisanes, et s'y tenant debout, rien qu'en me regardant avec bonté, moi qui en songe fixais sur elle mes yeux, elle m'apporta un très grand soulagement. Comme j'admirais la beauté de la Vierge et sa bienséante modestie, enfin elle se mit à me
^«liwi aueciueusement en ces termes : — «Tu » m'as, » dit-elle, « suppliée, et par tes prières in- » cessantes sollicitée d'apporter un allégement à » ton mal, de ne pas souffrir qu'une terre lointaine, » ainsi que tu en as maintes fois et douloureusement » gémi, te garde, privé de vie, dans le sépulcre, » mais de te permettre de revoir, guéri et en bonne » santé, ceux que les liens d'une vie commune et » de l'intimité t'ont rendus chers, après t'être acquit- » té de ce que tu étais venu faire ici. Persévère dans » ta foi, tu es exaucé; tu recouvreras la santé, tu » retourneras en France et ne seras pas privé de la » douceur du sol natal. » A peine la Vierge avait-elle achevé ces mots, qu'elle disparut de ma chambre, et je la rappelai dévotement de mes vœux et de ma voix, aussi désireux de la revoir que je l'étais de recouvrer la santé. Et ce n'est pas une foi vaine, celle que j'ai dans cette consolation de la Vierge. Aussitôt, en effet, la maladie décrut et les forces revenues me raffermirent, à la grande stupeur des médecins, le lendemain, eux qui la veille m'avaient délaissé, comme promis à la mort, au milieu des gémissements de mon entourage désolé. Tant a de puissance la Mère et Reine de miséricorde, pour secourir ceux qui l'implorent et qui l'aiment uniquement (i)! »
(i) oc Ipse ego, Maria heneficeniùe testis non mendax, accedo, qui in Belhica, Hispanice parte, quiun diu gravissime cegrotarem, nec medici scdulitas remedium ojferret, sed saïutis cxspectatiom defecttiSy in uniiis Mari^ henignilale