INTRODUCTION XLV
d'avoir adopté avec trop de crédulité des contes ridicules et d'avoir gâté son Histoire en y copiant à chaque page de ces merveilles incroyables qui ne peuvent avoir place que dans les romans. Mais cette critique serait peut-être plus juste à Tégard du siècle de Gaguin qu'à l'égard de l'auteur même qui n'était guère porté à donner dans les rêveries de la chevalerie romanesque. On voit dans quelques-unes de ses lettres jusqu'où il portait la défiance et le scrupule sur le merveilleux et sur les erreurs populaires. Par exemple en écrivant à Carolus Saccus, son ami, il lui mande qu'il a lu un manuscrit concernant les grandes actions de Charlemagne, mais que les faits qu'il y rencontre n'ont rien de conforme avec les bonnes histoires (i) ; qu'il ne peut
(i) Cétait sans doute là fabuleuse Chronique du pseudo- Turpin, dont Robert Gaguin passe pour avoir donné une traduction Française. Niceron, et après lui tous les biographes, mentionne cette traduction comme son ouvrage : Chronique et histoire faicte et composée par révérend père en Dieu Turpin, archevesque de Reims, Vun des Pairs de France^ contenant les prouesses et Jaict^ d'armes advenu:;^ en son temps, du très magnanime Roy Charles le Grand, autrement dit Charlemaigne et de son nepveu Roland [trad. du Latin en François par R. Gaguin, par ordre du Roi Charles VIIT], Paris, Regnauld Chauldière, 1527, in-40. Ce que nous avons mis entre crochets a été ajouté au titre par Niceron, dans la description qu'il en donne ; l'ouvrage est anonyme, et Brunet fait judicieusement observer (Manuel du Libraire, art. Turpin) qu'étant dédié, dans le Prologue, à François 1", il ne peut être de Gaguin, mort en 1501.