‹ L'immaculée conception de la vierge Marie: poème de Robert GaguinChapitre 45 sur 64 · INTRODUCTION LXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXI

maison, faute d'argent (i). » Et il compare son style inculte, dont Érasme lui faisait force éloges, à ces fruits verts qui irritent le palais et ragaillardis-^ sent un estomac fatigué, mais ne nourrissent pas. Une de ses lettres à l'évêque de Mâcon est intéressante pour l'histoire des commencements de l'imprimerie; c'est celle dont nous avons déjà parlé à propos des Annales de Robert Gaguin. On y voit que son admiration pour l'invention nouvelle n'était pas exempte d'une certaine méfiance ; il demande à l'art typographique encore eu enfance une perfection impossible, et regretje qu'on n'en soit pas resté à ces premiers spécimens des Gulenberg, des Fust, des Schaefier, qui n'étaient que des imitations scrupuleuses des manuscrits, et si beaux qu'ils pouvaient faire illusion. « Pas un bienfait en ce bas monde, » lui écrit-il, « que Tincurie ou riniquité de l'homme n'arrive à dépraver. L'Allemagne avait porté très haut son invention de l'art d'imprimer, art qui donna tout à la fois un grand éclat aux lettres et un grand secours à ceux qui recherchent la vérité. Des volumes qui gisaient depuis longtemps dans les ténèbres furent par lui remis en lumière, et ils étaient si soignés, qu'on n'aurait pu rien désirer de plus correct. Maintenant, les gens de ce métier s'étant multipliés, tous les livres fourmil-

(i) « Quasiviy faieor, diîigenter, Utteras et doctrinam, sed non comparavi, similis non satis consulti institoris qui per nundinas circumîatus, postquam multas merces est coniempîaius, tandem pecunia inops domum vehit, » (Epist, LXX).

lent d'imperfections et d'erreurs. J'ai eu Toccasion de m'en rendre certain maintes fois, et, plus que je ne l'aurais voulu, dans le Compendium que j'ai publié des Annales de France ; c'est surtout d'après le volume imprimé à Paris que tout lecteur instruit peut en juger. Aussi ai-je pris soin de le faire imprimer une seconde fois, et cela à Lyon, pour qu'il fût plus agréable à l'œil et moins fautif; c'est donc un exemplaire de ceux que j'ai fait imprimer à Lyon que j'envoie à ta Grandeur (i). » Pour son usage personnel , il préfère encore ces beaux manuscrits copiés avec amour par les moines ou les scribes, enluminés de rubriques et d'initiales, et où il y avait d'autant moins de fautes qu'on y obviait plus aisément par un grattage adroit. « Si ton patron veut avoir mon livre, » écrit-il à Josse Bade, « je ne refuse pas de le lui prêter ; mais, mon

(i) Nuîîutn in rébus humants est heniftcium, quodhominis vel in incuria vel iniquitas fere non depravet, Protulerat Germania inventum suum de arte impressoria, quo uno magnum litteris lumen et veritatis studiosis auxiîium allatum est . Nam qua in tenebris diu volumina jacuerant, luci sunt inde restituta, atqiie ita emendata, ut nihil purgatius desiderari potuisset, Jam vero multiplicatis ejus operis artijicibus, omnia redundant mendis atqtie errôribus. Quod vitiiim, cum in multis, tum in Compendio quod de Francorum Annalibus edideram, supra quam velletn compertum habeo, idque imprimis ex eo quod Parisii impressum extitit voîumine pervidere potuit lector eruditus, Ea pr opter secundo imprimendum euravi, idque Lugduni, ut illuminatius veriusque haberetur. Ex iis igitur qua Lugduni meo jussu impressa sunt unum tua Dignationi voîumen mitto, » {Epist. LU).

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