INTRODUCTION LXIII
cher Josse, je veux que tu saches que c'est un* exemplaire magnifique^ en caractères de la plus grande beauté, ayant les titres des chapitres tracés en rouge, et que l'ensemble a une certaine majesté. J'y tiens donc fort, et surtout parce que c'est un de ceux que Bessarion a de son vivant corrigés et préparés pour rhnpression. Cela étant, je ne supporterais qu'avec chagrin que mon livre allât se maculer et se perdre entre les mains sales des imprimeurs. Ton patron devra donc prendre garde à ce que mon manuscrit soit recopié ici, ou bien à Lyon, et reste intact. S'il veut l'avoir à Lyon, il constituera une caution, me répondant que le volume me sera restitué complet et sans la moindre tache. A ces conditions, je suis tout prêt à lui être agréable (2). » Il lui fait des recommandations aussi méticuleuses pour le recueil des Epistoîay qu'il lui envoie, et ajoute, à propos du poème de la Conception Immaculée, quelques
(i) « Meum vero lihrum si patronus tuus hdbere cupit, exhibere illi non recuso, Id iamen te, Jodoce, scire volo, valumen pulcherrimis esse caracterihus, signala hàbens ruhro capita, cum totius lihri majesiate quadam. Quamobrem illud maxime carum haheo, prasertim cum sit unum ex ïllis qua ipse Bessarion vivens imprimendum castigandumque curavit. Qua cum ver a sint, agre ferrem lihrum maculatum aut perditum iri sordidis manïbus impressorum, Igitur id curandum a tuo patrono erit, ut veî hic, vél Lugduni exscrihatur, et meus codex maneat incontaminatus. Si Lugduni vehi velit, constituât hic fideijussorem de mihi lihro inlegro atque impolluto restituendo. Ego Us conditionibus moram tuo patrono perlibens geram. » (Epi st. LI).
lignés qui nous renseignent sur lés corrections et additions par lui faites à son ouvrage. « J'ai revu pendant ces vacances le petit traité qu'il y a six ans, comme tu le sais, j'ai publié sur la Conception de la Vierge. J'y ai modifié quelques passages, j'en ai ajouté quelques autres. Aie pour moi cette attention, mon cher Josse, qu'il soit imprimé en caractères bien nets, de belle taille, en tout conformes à ceux de mon manuscrit, avec les annotations qui sont en marge (i). » Ces annotations marginales nous montrent qu'il s'agit bien du poème, et non du traité en prose, qui en est dépourvu. La lettre ne porte pas de date, mais elle est évidemment de 1497, époque à laquelle Gaguin dit, dans l'épitre-préface à Josse Bade, lui avoir envoyé son recueil ; ce serait donc à 1491 que remonterait une des premières éditions du poème faite à Lyon.
Dans beaucoup de ses lettres il se plaint de ses infirmités ; c'était, dit Niceron, un malade inquiet et peu endurant. On a vu qu'il avait failli mourir d'une fièvre aigûe, à Cordoue, et qu'il sou&ait déjà de la goutte au retour de son ambassade en Allemagne; un peu plus tard il écrit d'Amboise à
(i) uRecognovi perhûs feriarum dies traclaculum quem supra annossex de Conceptionc Virginis, sicui nosti, edlderam. Aliqua in illo mutavi, addtdi item pauca. Hoc tu tnihi, Jodoce, induire, ut imprimatur purgatissimis îitteris et grandiusculis, ad eum modum quem m meo codice inveuieSy cum annotât ionibu s qua margini insunt, » (Ibid.)