INTRODUCTION LXV
Guillaume de Rochefort qu'elle le tient cloué au lit, et qu'elle l'a presque destitué de l'usage du pied droit (i). Une autre fois, c'est d'un épouvantable flux de ventre qu'il se plaint à l'abbé de Citeaux, puis d'une tumeur crurale, à Josse Bade. « J'étais si malade d'une grosse tumeur à la cuisse, que j'attendais mon dernier jour. Cette indisposition m'alita trois mois, privé de l'usage de mes membres au point que je ne pouvais pas me remuer sans l'aide d'autrui. Enfin, grâce à Dieu, me voilà debout et je marche à peu prés de l'allure d'une limace, en m'aidant du secours d'un bâton (2). » C'est sans doute à cette occasion qu'il écrivit sa jolie épigramnje Sur le bâton de Robert Gaguin (3). Sa dernière lettre, datée de Novembre 1498, est touchante en ce qu'elle nous montre la bonhomie du vieux maître, entouré de ses écoliers qui le suivent jusque dans son jardin, pour le faire causer et profiter de son savoir. Il y réfute la vieille légende qui avait cours sur Buridan, à laquelle nous
(i) « Invaîuit podagra vehementer,et nie dextri pedis officia prope destituit, » [Epist, LXXV).
(2) « Graviter agrotaham femoris tanlo tumore, ut inde mibiuîtimam diem exspectarem. Decubui eomorbo menses très, adeo membrorum omnium officio destitutus, ut non nisi alienis viribus tnovere me possem. Jam Dei henignitale exsurrexi, et paulo plus limace 'ingredior, baculi prasidio fuîtus. » Epist, LYl),
(3) V. à l'Appendice.
devons le drame de la Tour de Nesle et dont Villon s'était fait l'écho :
Semblablement où est la royne Qui commanda que Buridan Fust jette en ung sac en Seine?...
« Comme je me rendais ayant-hier à ces jardins que, pour me reposer de temps en temps l'esprit, j'ai achetés dans le faubourg de Saint-Germain, quelques écoliers, qu'une fréquentation continuelle a rendus des plus familiers avec moi, m'y suivirent. Nous nous y promenions, quand l'un d'eux, curieux investigateur de l'antiquité, me dit : « Puisque le bruit « court, ô Gaguin, que tu t'adonnes passionnément » à l'étude de l'histoire de France, il t'en coûtera » d'autant moins de rendre public ce que tu sais de » ce Buridan, dont il est fréquemment question » dans nos écoles d'Arts libéraux. Presque tout le » monde en parle, si bien qu'on pourrait à bon » droit le citer et le classer parmi les plus célèbres » philosophes, et je ne vais certes pas à rencontre; » mais à quelle époque s'est-il acquis en philoso- » phie une telle science, c'est ce que j'ai le chagrin »■ d'ignorer, avec bien d'autres. » Joyeux de cette interrogation : — « Tu me fais grand plaisir, » répondis-je, « en te souvenant des anciens. Autant j'ai » pour habitude d'admirer les excellents ouvrages » et les études de nos aînés, autant je m'efforce de » rappeler leur mémoire, pour que les jeunes soient » fermement et constamment animés de leur zèle et » de leur vertu. Il n'est en effet pas d'un médiocre