INTRODUCTION LXVII
» secours à ceux qui veulent bien faire, d'avoir un » précédent sur lequel ils fixent les yeux, et qu'ils » s'efforcent d'imiter. Aussi m'irrité-je, non sans » cause, contre nos contemporains, de ce qu'ils » négligent l'antiquité au point d'ignorer honteuse- » ment, non seulement l'histoire étrangère, mais ce » qui s'est passé chez eux-mêmes. Je te dirai donc » que Jehan Buridan était originaire de l'Artois, » mais il n'est personne qui nous ait transmis le lieu » de sa naissance ou se soit souvenu de sa famille. » Il vint aux écoles de Paris s'adonner aux études » libérales, y profita d'une façon peu commune, » s'appliqua surtout à la logique et devint un dia- » lectien très renommé ; il a écrit sur ces matières » des ouvrages qui ne sont pas à mépriser. Il expli- » qua ensuite les Météoriques d'Aristote, et, en phi- » losophie morale, fut un auditeur puis un profes- » seur des plus subtils. Quant à la légende qui a x> cours sur lui, et d'après laquelle il aurait partagé » les débauches de la reine Jeanne, femme de Phi- » lippe le Bel, je dirai qu'elle est de tout point » mensongère, en ce qu'elle ne s'accorde ni avec la » pudicité de cette reine, ni avec le siècle où vivait » Buridan, qui professait à l'époque de la bataille » de Crécy, alors que Philippe de Valois, en 1347, » gouvernait la France. En ce temps-là était à la » tête de l'Église de Paris l'évêque Foulques, dont » il reçut un bénéfice, appelé Chapellenie, dans » l'église de Saint- André-des-Arcs. Ce bénéfice avait » été institué par une fondation de Jehan de Cheba, » professeur de droit canon, sous le régne de Louis
» le Hutîn, comme tù le trouveras consigné sur les
» registres de la nation de Picardie, si tu y fais des
» recherches. Que cela soit ignoré de tant de gens,
» je m'en étonne d'autant plus, que les régents de
» cette nation tiennent à grand honneur de Toccu-
» per. Il faut donc leur reprocher leur incurie, en ce
» qu'ils laissent se consumer de la rouille de l'ou-
» bli la glorieuse mémoire de leurs propres compn
» triotes... Pour en revenir à Buridan, quoique nous
» en sachions le nom, nous savons peu de chose de
» sa vie. Nous ignorons le lieu de sa naissance,
a celui de sa sépulture, et je n'ai rien de plus à te
» dire sur lui. Si dans tes investigations tu rencon-
>) très quelques autres renseignements, écris-les,
» pour que la postérité les connaisse. — Nous te
» devons beaucoup de grâces, » me répondit-il,
« pour nous avoir révélé ce qui était resté si long-
» temps inconnu. » Et après qu'ils se furent éloignés, je me mis à faire ce pourquoi j'étais venu au jardin (i). »
(i) Cum in hortiilos quos S. Germani suburbano, laxandi nonnunquam animi causa, comparavi, me nudiustertius contulissem, eo consecuti sunt me aliquot Schdlasticî, consuetiidtfie quidemmihi perfamiliares , Ubi dum deambuîamus, untis antiquitatisvestigator : — « Quandoquidem, » inquit, «fama » est, Gaguifte, te opérant vehementer dare gestis Francorum » cognoscendis , minime tibi grave fuerit palam facere si quid }) de Buridano, quem fréquenter liberalium Artium scïjola » refert, memoria tenes. Plerique enim omnes illum noml- » nant, ita ut inter célèbres philosophas scribi et laudari op- » timo jure possit, quod médius fidius non inficias eo; scd