‹ L'immaculée conception de la vierge Marie: poème de Robert GaguinChapitre 5 sur 64 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

d'une voix triomphante maître Robert Gaguin, dans son célèbre poème :

Si decuit, voluit; si voluit, quid ohest ?

Si cela convenait, Dieu le voulut ; s'il le voulut, qui s*y oppose ?

Thomas d'Âquin, le rude logicien en qui mieux qu'en tout autre théologien se personnifie le combat de la raison et de la foi, aurait pu résoudre la question, de sa haute autorité; mais tantôt il avait suivi l'opinion commune, et tantôt cédé, comme Duns Scot, à ce motif de convenance et de sentiment : ce qui fit que les deux partis aux prises purent s'étayer également de lui, dans une lutte à laquelle la rivalité des deux grands ordres mendiants, Franciscains et Dominicains, allait donner un caractère particulier d'acharnement. De part et d'autre, on se battit à coups de syllogismes. Les Dominicains, adversaires de l'Immaculée Conception, s'appuyant sur tous les Pères et la plupart des Docteurs, disaient : — « Majeure : La conception de Marie n'est pas immaculée, n'est pas sainte. Mineure : Or, on ne doit, dans l'Église, fêter que ce qui est saint. Conclusion : Donc il est d'une dévotion superstitieuse et blâmable de fêter la conception de Marie. » Les Franciscains, se basant sur le fait, répondaient : « Majeure : L'Église fête la Conception de Marie. Mineure : Or, l'Église ne fête que ce qui est saint. Conclusion : Donc la Conception de Marie est sainte et immaculée. » Ils faisaient de plus grand

tapage ces révélations d'une visionnaire Suédoise, Sainte Brigitte, à qui la Vierge était apparue pour lui dire qu'elle était immaculée, et que si quelques-uns de ses amis doutaient pieusement de sa conception, c'était afin que chacun montrât son zélé à la défendre, jusqu'à ce que la vérité éclatât enfin dans tout son jour. Pour ne pas être en reste, les Dominicains opposèrent à ces révélations celles de Sainte Catherine de Sienne, à qui la Vieige était apparue aussi, en tenant un langage tout difiérent, et les témoignages s'équilibrèrent.

Ces querelles atteignaient toute leur intensité entre 1370 et 1380; mais il était à prévoir qu'une croyance qui avait pour elle le mysticisme des plus ardents docteurs, et qui était comme portée par le courant de la piété populaire, devait finir par triompher. Au commencement du xv« siècle, Gerson déclara que l'Immaculée Conception, étant une de ces vérités récemment révélées ou manifestées par des miracles (qua noviter sunt reveîata veî decla" rata per miracuîaj, devait être tenue pour vraie par tous, et la plupart des théologiens Français se rangèrent à son avis. Le Concile de Bâle leur donna raison en déclarant « pieux, conforme au culte ecclésiastique, à la foi catholique, à la droite raison et à l'Écriture Sainte, la doctrine d'après laquelle la glorieuse Vierge Marie, mère de Dieu, par la prévenance et l'opération d'une grâce singulière de la divinité, n*a jamais été actuellement assujettie au péché originel, mais a toujours été affranchie de tout péché originel et actuel, et par conséquent est

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