INTRODUCTION XVII
avis, le duc d'Esté l'avait chargé de rédiger et de publier toute la discussion.
Le poème par lequel Robert Gaguin répondit à ce libelle est loin d'être d'une dialectique aussi pressante, quoiqu'il en affecte l'âpreté des formules et des tournures ; en revanche, il se recommande par des mérites littéraires qui le mettent bien au-dessus des simples ouvrages de polémique. Gaguin, qui n'a que des raisons de sentiment à faire valoir, les présente avec force, avec grâce aussi parfois, dans une langue souvent obscure par sa concision, ou parce que les mots y sont pris dans des acceptions inaccoutumées ; mais le vers est ferme, bien rythmé, et la poésie a d'autant plus de saveur peut-être qu'elle apparaît au milieu d'une Latinité à demibarbare. C'est pour nous un monument précieux de la culture intellectuelle au xv« siècle, à cette période crépusculaire qui n'était pas encore la Renaissance et commençait seulement à l'annoncer ; on y pressent un réveil prochain, ne serait-ce que dans ce goût délicat qui se manifeste de jeter quelque ornement, quelque parure sur la maigreur et la sécheresse gothique des arguments de l'école.
Ce n'est cependant pas sa valeur littéraire qui a sauvé ce poème de Toubli ; trois ou quatre distiques dans lesquels le théologien expose crûment ses idées, d'une physiologie aussi hasardée que singulière, sur la Conception de la Vierge, lui ont sur-
d*excuse à Robert Gaguin, s'il le traite à son tour d'animal et de gibier de potence.