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ET LA CONVERSION D'ALPHONSE RATISBONNE

Ce ne fut que le lendemain, en contemplant le revers de la médaille , qu'il reconnut l'image et comprit sa signification.

Le double mystère lui était révélé d'un trait, le mystère de Tlmmaculée Conception uni au mystère de la Rédemption.

La croix, c'est-à-dire la lutte et la souffrance, avait paru avant la lumière et la grâce, comme pour marquer la voie sanglante où il fallait entrer et marcher désormais.

« Vous avez été introduit dans le christianisme, lui disait l'orateur de sa fête baptismale, par Marie et par la croix ; c'est une admirable entrée, » mais « prenez garde, le mystère de la croix, c'est le fond du christianisme. »

Nul tableau d'ailleurs , nulle figure de Marie ou de la croix, nul symbole de la Vierge immaculée ou du Christ rédempteur n'existait dans la chapelle, siège de la vision ; et cette lacune , qu'il est utile de souligner, achève d'enlever à nos adversaires toute chance d'expliquer le miracle , en le réduisant à un simple phénomène d'hypnotisme ou de fantasmagorie.

Un moment d'hallucination eût été par surcroît vite dissipé, et il ne suffirait pas à justifier toute une vie semblable à cette minute d'illusion.

Dix jours après le coup divin qui avait ouvert son intelligence et transformé son âme, c'est-à-dire le 31 janvier 1842, Ratisbonne recevait le baptême à

Téglise du Gesu, dans la chapelle de Saint- André, choisie pour être le lieu de sa première initiation à la vie chrétienne.

Tout ce que Rome renfermait de gens considérables assistait à la cérémonie présidée par le cardinal-vicaire. On se montrait le néophyte; on se montrait son parrain, M. de Bussierre ; et la foi en la médaille miraculeuse, en Marie conçue sans péché, redoublait.

L'émotion provoquée par l'événement servait la cause de Tlmmaculée Conception, dont le triomphe approchait, préparé par la Vierge elle-même.

Le saint-père s'était associé de tout son cœur aux sentiments publics; il voulut voir le converti et se plut à lui présenter « un magnifique tableau de ma chère médaille, écrit Ratisbonne, qu'il révère avec une tendre dévotion » ; il se plut également à bénir « un bon nombre de médailles miraculeuses dont je vais me servir pour conquérir des âmes à Jésus-Christ et à Marie ».

Ainsi parlait le juif d'antan!

Grégoire XVI ne se borna pas à une simple audience et à une vaine approbation. Cédant à l'opinion universelle qui voyait un miracle éclatant dans la conversion du jeune israélite, il ordonna une enquête et en confia la direction au cardinal Patrizzi.

A la suite de cette enquête menée selon toutes les règles canoniques, le cardinal « prononça et déclara, le 3 juin 1842, qu'il conste pleinement du vrai et insigne miracle opéré par le Dieu très bon et très grand , en vertu de l'intercession de la bienheureuse Vierge Marie, dans la conversion instantanée et parfaite d'ApIionse -Marie Ratisbonne du judaïsme au

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catholicisme. Son Eminence daigna permettre qu'à la plus grande gloire de Dieu, et pour accroître la dévotion des fidèles envers la bienheureuse Vierge Marie , la relation de ce miracle insigne fût imprimée, publiée et qu'elle eût autorité ».

En même temps , un tableau commémoratif de l'événement représentant la Vierge de la médaille miraculeuse fut placé dans la chapelle où le miracle s'était produit , afin d'apprendre à toute génération, avec le souvenir de l'acte, l'influence merveilleuse de la prière qui l'avait déterminé.

Dès son retour en France, Ratisbonne n'eut rien de plus pressé que de témoigner sa gratitude à Marie conçue sans péché, en érigeant une chapelle sous son invocation, à Paris, rue Oudinot, dans la maison des orphelines de la Providence , desservie par les filles de la charité. Le sanctuaire fut ouvert et béni solennellement le l"mai 1844, devant le curé de Notre- Dame -des -Victoires , l'abbé Dufriche-Desgenettes , fondateur de l'archiconfrérie. De cette manière, l'institut et le prêtre promoteurs du culte de la médaille miraculeuse étaient unis dans la même expression de foi et de reconnaissance.

C'est là , dans cette chapelle significative , en face d'un tableau de l'Immaculée Conception dressé audessus du maître -au tel, que le juif converti, devenu prêtre catholique, allait souvent, jusqu'à son dernier jour*, célébrer le saint sacrifice de la messe. C'est là qu'il allait chercher des forces et qu'il trouvait des inspirations propres à l'aider dans son touchant

* Arrivé en 1884.

apostolat de la congrégation de Notre-Dame-de-Sion , fondée et dirigée par son frère et par lui pour la conversion des juifs.

L'événement dont nous achevons d'esquisser les phases principales a retenti jusqu'aux extrémités du monde.

Il présente à son tour le trait caractéristique maintes fois signalé.

L'effet qu'il obtient est sans proportion avec la cause. Dieu travaille et se montre par l'action qu'il exerce. Sa main est ici manifeste derrière le fait individuel qui force l'attention publique et amène des résultats sans bornes. Nous avons déjà admiré ce contraste; nous le voyons, nous le verrons encore; et le croyant aura de nouveau l'occasion de remercier le Tout-Puissant qui, en demeurant voilé, comme aux yeux de Moïse, dans son immensité, a soin de semer notre route de lueurs, qui suffisent à éclairer et à soutenir la marche des hommes de bonne volonté.

Le dialogue suivant d'un de nos maîtres avec (( Gaster, magistrat administratif de premier rang » vient à point, ce nous semble, pour fournir le mot final.

« Quoi ! vous croyez que dernièrement , par exemple , à Rome , la Vierge est apparue à un juif?

— Oui.

— Moi, je n'en crois rien.

— Pourquoi?

— Parce que c'est impossible.

— Pourquoi?

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— C'est à VOUS de prouver que la chose n'est pas impossible.

— Moi, j'allègue un fait, et de plus je vous donne une preuve : c'est la conversion du juif.

— Alors, si la Vierge se mêle de convertir les gens, dites-moi pourquoi elle apparaît à ce juif inconnu plutôt qu'à moi , plutôt qu'à tel banquier israélite connu du monde entier?

— Quant à vous , je vois des raisons pour que la sainte Vierge n'apparaisse point à des gens qui aiment tant le vin et la viande : pour le surplus, je trouve que le miracle est aussi grand d'arracher un jeune homme à son amour qu'un banquier juif à ses usures *. »

* Louis Veuillot , les Libres penseurs, Paris, 1850.

On a célébré, le 20 janvier 1892, dans toutes les maisons de la congrégation des dames de Sion et de leurs Pères, les noces d'or de cette apparition. Voir à ce sujet la brochure publiée par la maison Boumard.

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