CHAPITRE V
l'immaculée conception et les apparitions de la 8ALETTB
ET DE PONTMAIN
I. Enchaînement des faits et rapport des apparitions. Les enfants et la Dame de la Salette. « Les raisins pourriront. » Mandement de M»f de BruiUard, évèque de Grenoble. — II. Les Prussiens près Laval. La Vierge àPontmain. Nouveau La/)arum. Quatre voyants. Mandement de Mir' Wicart, évêque de Laval. Nouvel hommage à la Vierge immaculée. — III. Nouvelles recherches et interrogations. Prédiction de la Salette. Prédiction de Pontmain. Adhésion et manifestations du peuple catholique. — IV. Un mot sur le miracle et le surnaturel. La cause est entendue et la question tranchée par la Vierge elle-même.
L'apparition de Lourdes, dont nous venons d'indiquer les origines, les analogues, les concordances, après avoir exposé ses effets miraculeux , a été précédée et suivie d'autres apparitions célèbres qu'on ne peut passer sous silence.
Bien qu'elles ne rentrent pas complètement dans notre sujet, les manifestations de la Salette et de Pontmain, encadrant la manifestation de Lourdes, ont une telle importance au point de vue des œuvres de la sainte Vierge parmi nous ; elles ont été accompagnées de phénomènes si frappants qu'on doit les
rappeler et les joindre au récit des communications spéciales de Marie relatives à son privilège.
Les unes et les autres s'appuient et composent une histoire surnaturelle qu'aucun siècle chrétien n'a vue, qui donne au nôtre un éclat, une perspective dont on peut tout espérer.
Elles découvrent une fois de plus la vigilance, la sollicitude de la mère commune , et elles ont droit à une mention filiale dans un livre destiné à dérouler le tableau des grandeurs et des miséricordes de Marie.
A la Salette, où sa venue (19 septembre i846) ne causa guère moins d'émotion qu'à Lourdes , la sainte Vierge se montrait à deux enfants * au sommet d'une montagne dauphinoise. Environnée de lumière, comme à Paris et à Rome, couverte de fleurs décorant sa robe blanche, un crucifix en travers de la poitrine, elle parla longuement, durement, et pleura sur les oublis, sur les prévarications de son peuple. Rappelant par son langage indigné la terrible solennité des condamnations de Jéhovah contre Israël coupable, elle prononça des mots sévères et menaçants qui confirmaient les avertissements sinistres faits à la sœur Labouré : « Je ne puis retenir, dit Marie, le bras de mon fils ; » elle sanctionna son arrêt au moyen de cette étonnante prophétie sur la maladie de la vigne : « Les raisins pourriront » , prophétie qui fit tant rire au commencement et qui n'a pas cessé de se vérifier sous mille formes inconnues, malgré la prime de trois cent mille francs promise par une académie , malgré quantité de récompenses diverses promises par
* Maximin Giraud, âgé de onze ans, et Mélanie Matthieu, âgée de quatorze ans, devenue religieuse.
d'autres sociétés au vainqueur, encore chimérique, de quelques-uns des fléaux venus après la prédiction.
Les larmes de la Vierge tombant sur nos fautes et nos malheurs, comme à l'apparition de i830, attestaient sa bonté maternelle et opposaient le trésor de ses miséricordes aux rigueurs de la justice divine.
Le nombre des fondations, des œuvres, des prodiges de tout genre opérés sous les auspices de Notre- Dame de la Salette, très considérable dès le premier jour, préparait, on peut le croire, les merveilles dues à Notre-Dame de Lourdes ^
Autorisé le 19 septembre 1851 , après une enquête de plusieurs années, par un mandement épiscopal de Mgr de Bruillard , évéque de Grenoble , le culte de Notre-Dame de la Salette atteint aujourd'hui des proportions dont les esprits indifférents ou sceptiques ne peuvent se douter.
A Pontmain, la Vierge s'est révélée par une autre prédiction surprenante qui s'accomplissait à l'heure même, dans la soirée du 17 janvier 1871, juste au moment où le dernier coup de canon de la guerre franco-allemande se tirait dans le voisinage de Laval*.
* On a célébré, en 189C, le 50c anniversaire de l'apparition de Notre-Dame de la Salette.
* Par une concordance remarquable , on commençait alors , à Tarchiconfrérie de Notre-Dame-des-Victoires, dans Paris assiégé , une neuvaine qui se terminait le jour où furent signés les préliminaires de la paix.
Pendant que la Vierge apparaissait à Pontmain, le prêtre de la
Cette fois , la sainte Vierge s'adressait à quatre enfants*, stationnant debout sur la place d'un petit bourg du département de la Mayenne, près de la ville de Fougères, sous les yeux de la population presque entière du village :
«... Mais priez , mes enfants ! Dieu vous exaucera en peu de temps...
« Mon Fils se laisse toucher : )> disait la vision en lettres d'or gigantesques, successivement tracées le long d'un étendard blanc déployé au-dessous d'elle, et lues séparément, une à une, à haute voix par les jeunes voyants , devant tout le peuple assemblé, que l'approche de l'ennemi tenait dans l'anxiété.
Un christ rouge, surmonté du nom de Jésus-Christ en lettres rouges , apparaissant entre les mains de la vision, aux derniers instants de la scène, qui ne dura pas moins de trois heures, illustrait pour ainsi dire les mots de la légende, et complétait leur signification.
Vêtue d'une robe bleue parsemée d'étoiles d'or qui se couvrit à moitié , vers la fin , d'un voile blanc , la Dame y debout entre le ciel et la terre , avait les bras
neuvaine prêchant à Paris, M. Tabbé Laurent Amodru, s'écria subitement d'une voix qui fit tressaillir Tauditoire :
« n faut promettre à Marie un cœur d'argent, parce que Marie sauve la France en ce moment 1 »
Autre trait à signaler : l'apparition de Pontmain disant : « Mon Fils se laisse toucher » coïncidait également avec le vœu formé par de fervents chrétiens, à Poitiers et à Paris, d'ériger dans la capitale de la France une église monumentale dédiée au sacré Cœur de Jésus ; vœu dont on vient de célébrer à Montmartre le 25e anniversaire.
^ Les deux frères Eugène et Joseph Barbedette, âgés de douze ans et de dix ans, devenus aujourd'hui des prêtres distingués, et deux jeunes filles, Françoise Richer et Jeanne -Marie Lebossé, âgées de onze ans et de neuf ans ; l'une maintenant religieuse et l'autre institutrice clirétienne.
étendus et les mains baissées dans l'attitude ordinaire des figures de Tlmmaculée Conception.
Elle souriait fréquemment, comme pour donner plus de certitude aux promesses de pacification que les enfants acclamaient lettre par lettre.
Cette autre apparition d'un nouveau Labarum^ longuement examinée par un comité officiel, ratifiée à son tour par un jugement doctrinal de rautorité diocésaine, a fondé dans le hameau de Pontmain un sanctuaire, un culte, des prières et des pèlerinages qui grandissent chaque année.
Nous nous bornons à rappeler la double manifestation de la Salette et de Pontmain, renvoyant aux livres spéciaux le lecteur curieux de détails ^
La seconde nous touche plus directement, puisque la vision affectait la pose de Marie conçue sans péché, et que la déclaration épiscopale concluait à l'apparition de la Vierge immaculée.
« Nous jugeons que Timmaculée Vierge Marie, mère de Dieu, a véritablement apparu le 17 jan-
* Pour la Salette on peut consulter les auteurs dont les noms suivent :
Rousselot, vicaire général ; trois rapports officiels : la Vérité sur l'événement de la Salette (1848) ; Nouveaux documents sur l'événement de la Salette (1850) ; Un nouveau sanctuaire à Marie : complément des deux volumes précédents (1853).
Marie de Brûlais : VEcho de la sainte montagne ou Un mois passé à la Salette (1852, 1853, 1854) ; Suite de l'Écho ou V Apparition de la Salette rendue plus évidente par ses épreuves , ses gloires et de nouveaux éclaircissements (1855).
Nicolas, avocat : La Salette devant la raison et le devoir d'un catholique (1855); et Bertrand : La Salette (1889).
Pour Pontmain :
L'abbé Postel, du clergé de Paris (1873).
M. Louis Colin (1894) : Histoire complète écrite d'après les renseignements pris au diocèse de Laval; et le P. Berthelon, oblat.
vier 1871 , dans le village de Pontmain : » décrétait Mgr Wicart, évêque de Laval, le 2 février 1872.
Mgr Laurence, évêque de Tarbes, avait parlé exactement de la même façon le 18 juillet 1862.
A dix années d'intervalle on retrouve le même hommage et la même sanction, qui suivent et commentent la même œuvre persistante de la Vierge sans tache.
En outre, le saint- père, après avoir autorisé la dévotion à Notre-Dame de Pontmain sous le titre de Notre-Dame de FEspérance, accordait au clergé du diocèse de Laval la faculté de célébrer chaque année , le 17 janvier, la messe de l'Immaculée Conception.
Cela dit en forme de mémorial d'événements connus du monde entier, qui corroborent notre thèse , le lecteur nous permettra de reprendre , à l'adresse de nos adversaires un procédé employé déjà , et d'appliquer aux faits de la Salette et de Pontmain les interrogations topiques, décisives, selon nous, appliquées aux faits de Lourdes.
Est-il vrai que deux pauvres enfants d'un village perdu au milieu des Alpes, dénués de toute espèce d'instruction , ont déclaré mille fois , ensemble et séparément, sans jamais varier, se contredire ou se troubler devant les questions les plus captieuses, qu'ils avaient vu une « Dame » ; que cette Dame leur avait tenu des propos extraordinaires , impossibles à
eux d'imaginer, voire même de répéter, en dehors d'une inspiration surnaturelle; et que parmi ces propos, les enfants rapportaient une prédiction bizarre, annonçant, entre autres fléaux près d'éclater, une maladie subite, incroyable, laquelle devait atteindre et détruire nos vignes : prédiction d'autant plus étrange dans la bouche des enfants qu'eux-mêmes, comme ils le racontaient à tout venant, n'avaient jamais vu ni entendu parler de raisin ni de vigne, ce qui se comprend aisément quand on connaît la zone où ils avaient passé leur vie * .
Est- il vrai que cette prédiction étrange, insolite, inouïe , aussi prodigieuse que les prédictions les plus inattendues de l'Ancien ou du Nouveau Testament, dont l'idée même n'aurait pu venir à l'esprit de l'homme le plus versé dans les matières agricoles,
* Maximin, que Fauteur de ce livre a vu, interrogé sur les lieux, quelques semaines avant sa mort, arrivée en 1873, lui a confirmé le dernier trait , bien digne d'attention, en arguant de son âge et de la situation du village de la Salettc , absolument rebelle à la culture de la vigne et fort éloigné de toute exploitation vinicole.
Il ajouta qu'un jour, pressé par un Anglais qui faisait miroiter à ses yeux des pièces d'or, il avait voulu livrer le secret que la Vierge lui avait confié, comme à sa compagne Mélanie, avec la recommandation de le communiquer seulement au saint -père; mais il avait senti tout d'un coup, au moment de parler, sa mémoire s'obscurcir et le secret lui échapper malgré tous ses efi'orts. 11 ne s'était jamais avisé de recommencer cette tentative, qui lui avait laissé un très vif souvenir.
L'auteur a vu pareillement et interrogé dans leur pays, en 1876, les voyants et les témoins de Pontmain , dont les réponses contribuèrent à fortifier sa conviction.
11 reviendra peut-être dans un autre livre, avec les documents à l'appui, sur ces faits à jamais mémorables.
On doit rappeler, en attendant, l'exclamation échappée à Pie IX. quand il apprit de la bouche des enfants le secret de la Salette :
(( Pauvre France ! malheureuse Italie ! » parole douloureuse qui a résonné dans la chrétienté et peut se passer de commentaire.
s'est réalisée de point en point, et continue à se réaliser sur toute la surface du globe?
L'oïdium , qui parut immédiatement après la prédiction, le mildew, le black-rot, et en tête le phylloxéra, sans compter les autres maladies moins nouvelles ou destructives, répondent suffisamment; et les efiForts infructueux jusqu'à ce jour tentés contre la bête invisible, impalpable, qui dévore nos ceps, réduisant aux abois l'univers viticole, ajoutent singulièrement à la valeur du témoignage ^
Voilà la prédiction , voilà le fait I Que peut-on trou-
* Depuis 18751e phylloxéra, dont rinvasion remonte à Tannée 1863, a détruit en France plus de 1 500 000 hectares sur 2 500 000 existants à son apparition, et il continue ses ravages dans tous les lieux du monde.
U a fait baisser notre production vinicole de 80 millions et plus d'hectolitres à 23 millions, récoltés en 1889.
On évalue à 20 milliards les pertes occasionnés dans notre pays par rinsecte rongeur , sans compter la dépréciation des terres , la diminution des salaires , la ruine et la misère d'un grand nombre.
Le black-rot, ou pourriture noire, qui détruit en quelques heures une récolte, semant le sol de grappes desséchées, est encore plus redoutable que le phylloxéra, et il augmente chaque année, sans qu'on puisse découvrir la cause ou le remède du mal.
Finalement, le fléau dévoilé d'avance par Marie à la Salette prend, un demi-siècle après, la physionomie d'une plaie biblique, dont les ravages, sous des formes variées, s'étendent partout et n'épargnent personne.
Telle est la suite et la confirmation des paroles comminatoires prononcées, dans une matinée du mois de septembre 1846, par la Vierge Marie, sur un sommet des Alpes françaises et transmises par deux enfants « à tout son peuple », suivant un ordre en apparence irréalisable que les deux chétifs porte -voix exécutent à la lettre.
Le succès plus ou moins sûr des plants américains contre le phylloxéra, dû au changement de cépages, non à la guérison ou à la disparition du fléau, n'entame point la prophétie, qui s'est vérifiée et se vérifie journellement, sans s'être promis l'éternité.
Nous nous contentons de mentionner la maladie des pommes de terre , également annoncée par l'apparition de la Salette et qui a longtemps sévi.
ver et objecter contre leur existence ou contre leur accord?
Passons maintenant à Pontmain.
Est -il vrai qu'au plus fort de l'invasion allemande , maîtresse de la moitié de la France , et prête à couvrir Tautre moitié, quatre enfants dont le plus âgé avait douze ans, ont vu, lu, crié à pleine voix, en présence de toute une population attentive, tremblante et stupéfaite, des paroles mystérieuses apportant Fespérance, promettant le pardon?
Est- il vrai qu'à Fheure même où cet événement sans pareil se produisait , à Fheure même où de petits paysansignorants, inconscients, annonçaient, sous des formules transparentes, la cessation des bruits de guerre , la fin des hostilités , la retraite de Fennemi , les Prussiens s'arrêtaient, les canons se taisaient, l'espoir revenait, et la paix se préparait, devancée par l'armistice?
Encore une fois voilà les faits, voilà les prophéties et leur accomplissement demeuré tangible pour tous nos contemporains.
Est-il vrai enfin que des manifestations grandioses de piété, des pèlerinages continus, viennent chaque jour apporter l'adhésion du monde catholique et le poids du consentement universel, à des révélations divines qui joignent littéralement le ciel et la terre, grâce à la médiation de la Vierge sans tache acclamée par ses enfants?
Qu'on dispute tant qu'on voudra : les choses tiennent avec leur irrésistible évidence et leur écrasante autorité. Vivantes sous nos yeux, elles restent absolu-
ment incompréhensibles^ si on refuse d'y voir Fœuvre propitiatoire et rédemptrice de la mère, soigneuse du salut de son peuple ^ .
Dans un temps où tout le conflit entre la foi et rincrédulité se réduit à la question du surnaturel , la sainte Vierge , dirait-on , a voulu par cinq apparitions successives, imprévues, variées, incontestables, dont l'apparition de Lourdes est le centre caractéristique , la sainte Vierge a voulu trancher la question et rendre le verdict : elle a voulu donner à l'Eglise l'argument décisif qui a fait et fera jusqu'au l)Out sa
^ Remarquons à ce propos le contraste des deux apparitions.
A la Salette , la Vierge a dit :
« Je ne puis retenir le bras de mon Fils. »
A Pontmain, elle dit :
« Mon Fils se laisse toucher. »
Le mot terrifiant de la Salette, le mot consolant de Pontmain se sont tour à tour réalisés.
a Le bras de mon Fils ï> s'est abattu sur la France , fille aînée de l'Église.
L'expiation a été complète, aussi dure que les plus efi'royables châtiments infligés au peuple juif.
La rémission prédite n'est pas moins surprenante.
Uû quart de siècle d'une paix unique dans Thistoire, que nul n'aurait osé préroir et qui étonne l'univers, d'une paix chaque jour prête à se rompre et qui ne se rompt jamais, tenant au contraire, par un miracle d'équilibre , contre les pronostics, les craintes, parfois les vœux et les manœuvres des hommes d^État, a rétabli la tranquillité ; malj^ré l'aveugle acharnement d'une becte impie, maîtresse du pouvoir en France, elle achève de refaire l'esprit chrétien, préservatif ou remède des maux de l'avenir, que Notre-Dame de Lourdes, planant sur tout le drame, développe incessamment.
force invincible, ^argument du miracle; en d'autres termes , Fargument basé sur la réalité du monde surnaturel , se dévoilant et se mêlant à Thumanité pour l'encourager, la soutenir, Téclairer, la guider.
Dans un temps où la discussion sans frein a obscurci et troublé les notions élémentaires, instinctives, de la vie morale comme de la vie sociale, la mère céleste a voulu raffermir par sa présence et ses discours le fondement sur lequel reposent les destinées terrestres et supra -terrestres de l'homme.
Grâce à elle, le miracle est redevenu une vérité actuelle, sensible, palpable, qu'on ne peut écarter ni dédaigner. Au lieu de le rejeter à priori^ comme une impossibilité , par des négations systématiques , les personnes qui se piquent de bon sens et de sincérité sont forcées de l'aborder, de l'examiner, de le discuter comme un fait. Le miracle s'offre à nous dans le siècle de la Vierge, avec des traits si marqués, qu'il s'impose au contrôle des philosophes et de tous les gens sérieux.
Dieu peut suspendre ou modifier, suivant sa volonté les lois qu'il a créées sans déranger le plan de son œuvre éternelle. Selon le mot de saint Thomas, il peut agir à son gré , en dehors de la marche ordinaire des choses. L'exception confirme et ne détruit pas la règle. L'auteur vivant et libre, personnel et distinct, n'est pas esclave de sa création. Il a prévu, décrété de tout temps ses phases successives , et il les accomplit à son heure, quand il lui plaît de manifester sa puissance et sa bonté.
Nier le miracle et le surnaturel, c'est nier l'intervention, l'action de Dieu : c'est nier Dieu, et voilà bien le fond de la pensée des hommes qui repoussent le miracle et le surnaturel.
Ils ont contre eux aujourd'hui les cinq grandes manifestations de la Vierge à Paris , à Rome , à la Salette , à Lourdes , à Pontmain , - qui sont la réplique de Dieu et de TEglise à Tathéisme contemporain .
Observons une dernière fois que Dieu se sert toujours de la bouche naïve des enfants , d'après la parole de l'Ecriture , pour abattre les superbes , pour venger ou propager la vérité.
Qu'on songe maintenant que les événements miraculeux et les providentielles concordances dont nous sommes l'interprète , se succèdent depuis des siècles sous la même inspiration , au profit de la même croyance; et l'on sera obligé non seulement d'en reconnaître les caractères surhumains, mais encore d'adorer derrière ces communications une pensée, un dessein persévérant, immuable, qui seul en explique l'unité, la suite, le sens et la portée.
S'il reste encore des choses mystérieuses, nécessaires pour exercer notre liberté ou donner du mérite à la foi , nul n'a plus le droit de s'en faire un grief contre la foi.
L'avenir entr'ouvert, la prophétie réalisée, la loi naturelle arrêtée ou changée n'admettent pas de résistance, et nous serions mal venus de demander à Dieu, qui veut bien se manifester par ses actes, les raisons de sa conduite ou les secrets de sa politique.
On formule ici une objection.
Impuissants à justifier les phénomènes surnaturels et multiples qu'ils ne peuvent plus nier , beaucoup de
nos adversaires se réfugient derrière l'inconnu, « l'inexpliqué*, » le relatif.
Qui connaît, disent-ils, les forces de la nature? qui a pénétré ses moyens et pesé ses ressources? qui osera lui fixer des limites et déterminer le degré de sa puissance ou son mode d'action? Comment soutenir que tel fait est extra-naturel ou surnaturel, puisque nul n'a mesuré l'étendue ou sondé les dessous du monde naturel?
Et partant de là, nos ennemis invoquent la science future, les découvertes à venir.
Ne pouvant écarter le miracle d'aujourd'hui ainsi que ceux du passé, sous le vain prétexte qu'on manque de « renseignements » ' ; ils soutiennent que les forces de la nature plus minutieusement interrogées, plus profondément analysées, découvriront dans l'avenir le secret ignoré dans le présent, comme si nous ne connaissions pas assez de la nature pour savoir ce qui la domine et s'en éloigne.
Les informations, les lumières surabondent, et rien dans le présent , rien dans l'avenir n'explique ou n'expliquera le renversement des lois de la nature constaté journellement à Lourdes et autre part, rien que l'intervention souveraine du Créateur et du roi de la nature.
Au fond l'impuissance des raisonneurs est un aveu, leur retraite une preuve.
Ils acceptent aujourd'hui le fait, « inexpliqué » pour eux, miraculeux pour nous, qu'ils repoussaient naguère. C'est un progrès. Plutôt que de saluer l'agent surnaturel justificatif du fait, ils préfèrent en
* E. Zola, Lourdes,
^ Ce joli mot est de Renan.
appeler aux futures découvertes de la science, aux futures révélations de la nature.
Akuraise!
Le fait « inexpliqué » demeure : voilà Tessentiel. En se dérobant devant lui, les esprits forts constatent leur déconfiture et donnent un plus vif relief à tout ce qui se passe : rien de plus.
Quelques-uns nous témoignent de la pitié. Ceux-là nous laissent nos « illusions » *, c*est-à-dire la foi et l'espérance, finalement douces et réconfortantes dans le dur chemin de la vie , comme on laisse entré les mains des enfants un jouet inoflFensif. Braves gensi ils ne veulent pas voir que ce jouet devient entre nos mains, ou plutôt entre les mains de Dieu, une arme qui suffit à les renverser.
Viatique nécessaire à Texistence, la foi et l'espérance religieuses ont une base appropriée à notre origine et à nos destinées.
Il n'y a point de contradiction entre les besoins du cœur et les besoins de la raison. Le cœur et la raison forment un seul tout qui s'abreuve aux mêmes sources. On ne peut les séparer, et quand le cœur crie vers Dieu , on n'a pas le droit de lui opposer la raison .
C'est le contraire de la raison qui prétend enrayer les tendances du cœur, comprimer ses élans.
Résumons -nous :
La Vierge Marie s'est montrée cinq fois dans notre siècle, en cinq lieux différents, d'une éclatante façon,
* E. Zola, P. Loti, etc.
188 t.*lMMACULÉE CONCEPTION
et trois de ses apparitions ont trait à sa prérogative sainte .
Continuant son œuvre maternelle d'enseignement poursuivie tout le long du christianisme, et la parachevant à Lourdes au sujet du mystère débattu pendant sept siècles, la Vierge a manifesté son privilège et sa présence par des témoignages répétés, irrécusables, prophéties et miracles, que nulle analyse, nulle critique , nulle contradiction ne peuvent infirmer.
Donc tout est vrai dans notre religion ; tout ce que les prodiges contemporains expriment est d'une certitude absolue, d'une lumière irrésistible; et notre foi est hors d'atteinte, particulièrement en ce qui concerne l'immaculée conception de la mère de Dieu * .
* Le fait historique de Lourdes, qui est comme le point mitoyen où tout vient converger, trouve des apologistes et monte incessamment.
Les dernières œuvres parues après tant d'autres : Hier^ aujourd'hui, demain j par M. Daniel Barbé; le Triomphe de Lourdes, par M. Guy de Pierrefeu; le Parfum de Lourdes, par M. Louis Colin; la Terre de Lourdes, par M. Boyer d'Agen, la Vraie Bernadette de Lourdes, par M?"* Ricard, ne peuvent suffire aux émotions ni satisfaire la curiosité du public.
L'organe attitré du rationalisme contemporain , la Revue des Deux Mondes, a consacré au même sujet, Bernadette de Lourdes, une de ses plus intéressantes publications. L'auteur, M. Emile Pouvillon, cité plus haut, maintient nettement sous la forme de Mystère et d'Essai d'art chrétien le fond surnaturel de l'histoire.
Nous n'aurons garde d'oublier, en face des œuvres de ces nombreux champions , qui proclament avec reconnaissance et avec joie le caractère divin des apparitions de Lourdes, le livre purement « humain » , suivant l'expression du romancier qui l'a écrit, destiné à nier et à combattre l'action divine.
Lourdes de M. Zola a provoqué du côté de nos amis tant et de si concluantes réfutations, tant de démentis , de protestations, de défis, sans parler d'une réclamation judiciaire, qu'on a le droit d'attendre que l'auteur ait répondu d'une manière satisfaisante à tous ces griefs avant de s'occuper encore de lui.
D'autre part, il a provoqué du côté de nos ennemis tant de mé-
contentements, de reproches, de quolibets, voire même d'injures, qu'on a le droit de demander que Fauteur se mette d'accord avec les siens avant de s'imposer derechef à nous.
Les passages précédemment notés sont suffisants pour indiquer le caractère et la valeur du livre.
Nous avons le droit d'ajouter que les succès de M. Zola en Italie ont quelque peu diminué ou compromis ses succès en France.