CHAPITRE III
l'immaculée conception et le jubilé du pèlerinage national
I. La dernière grande journée de Lourdes. Le jubilé et les miraculés de 1897. Coup d'oeil général. Les monuments et la statue de la Vierge. Mouvement des pèlerins. Les brancardiers et les hospitalières. Un passage du Figaro, du Gil Blas, du Signal. — IL La messe pontificale. Discours de Mg:'" de Cabrières. Action de grâces des miraculés. — IIL La pluie et la procession du premier jour. Réflexions justificatives. — IV. Nouvelle procession et nouvelle description. Les malades et la foule. Les trois cent vingt- cinq miraculés. Leur défilé, leur serment, leur arrivée à l'hémicycle du Rosaire. Procession et salut du saint sacrement. — V. Un mot historique : Levez-vous! Les nouveaux miraculés. Faits et détails caractéristiques. Les malades guéris et non guéris. — VI. Réflexions générales. Chifl*res et circonstances à l'appui. Médecins et publicistes. Déclaration du Figaro, du Gaulois, Le nouveau consentement universel. Le dernier mot du jubilé.
Les journées des 22 et 23 août 1897 marquent la dernière grande date de l'histoire de Notre-Dame de Lourdes. Après l'inauguration du nouvel office (1892) et de Téglise du Rosaire (1889), après la consécration de la basilique et le couronnement de la statue de rimmaculée Conception (1876), après le pèlerinage de pénitence (1872), le jubilé du pèlerinage
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national, institué il y a vingt-cinq ans par les Pères de TAssomption et rehaussé cette fois de la procession des miraculés ^ , qu'ils avaient imaginé de lui adjoindre, clôture l'œuvre antérieure et vient sceller en quelque sorte l'authenticité des merveilles accomplies, par un témoignage imposant, unique dans les fastes de l'Église.
Nous allons raconter sobrement les faits nouveaux qui renforcent et achèvent d'une façon si opportune notre travail.
Donnons d'abord un coup d'œil à la mise en scène architecturale, aujourd'hui complète, que nous avons à peine indiquée. La masse des constructions et la grandeur des édifices méritent quelques minutes d'attention. Les monuments s'ajustent bien aux lieux, et l'art a tiré un heureux parti de la nature.
Les quatre sanctuaires, la basilique, la crypte, la grotte et l'église du Rosaire sont reliés entre eux par des escaliers, des rampes, des galeries, des platesformes colossales, qui mènent de l'un à l'autre. La coupole byzantine du Rosaire sert de support ou plutôt d'avant-garde à la flèche gothique de la basilique, dressée elle-même sur la crypte; et les trois temples se rejoignent par une double montée circulaire de marbre pyrénéen , s'ouvrant d'un côté en arcades, dans la direction de la grotte. L'ensemble énorme, cyclopéen, régulier, harmonieux dans son immensité, fait face au château fort. Sanctuaires et château fort limitent le royaume de Marie, encadré
* Le mot miraculé est du vieux français, presque oublié, que la Vierge a remis en honneur d'une incomparable manière.
à droite par la montagne du calvaire, à gauche par le Gave et les couvents ou chapelles qui surplombent.
Panorama superbe, théâtre gigantesque, propre aux vastes agglomérations et aux larges déploiements.
La statue de la Vierge tient le centre du royaume. Blanche et bleue, très grande, posée sur un haut piédestal, couronnée d'étoiles, elle domine le voisinage. Un rempart circulaire en granit la protège ; une zone de sable fin, hérissée de cierges qui brûlent autour de la statue , sépare le socle du rempart ; des bouquets de fleurs artistement arrangés, fournis par des vendeurs à Feutrée de Tesplanade, s'accumulent devant le socle.
La multitude des pèlerins arrive incessamment du débarcadère et de la ville haute dans la ville de Marie. Ils se pressent à chaque sanctuaire et tous parfois deviennent insuffisants. C'est un mouvement ininterrompu qui va de l'église du Rosaire à la grotte, de la grotte à la crypte et à la basilique ; une foule qui monte et qui descend par les rampes, les gradins, le grand escalier d'une tour flanquant la basilique.
Au bas de la tour, devant les piscines précédées de la série des robinets , une troupe perpétuellement renouvelée, contenue par un simple cordeau, s'unit aux prières qu'un Père de l'Assomption debout, les bras en croix, au milieu de l'espace resté libre, profère ou psalmodie à l'intention des malades amenés et plongés successivement dans l'un ou l'autre réser-voir.
Autour de la grotte, une seconde troupe plus compacte enveloppe les malades étendus le long de la grille, et assiste à la messe que l'officiant célèbre sur